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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 22 décembre 2025 24 minComplaisantPortrait personnelCulture, médias & sportInstitutions & électionsSolidarités & familleEurope & international

Jean-François Colosimo : "Noël est une fête inscrite dans notre génotype"

Source d'origine 3 locuteurs

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:07OuverteRéponse directe

    Quelle place occupe Noël et plus généralement la tradition catholique dans notre société ?

  • 0:49OuverteRéponse directe

    Pourquoi, d'après vous, les Français sont-ils autant attachés à Noël ?

  • 2:39OuverteRéponse directe

    Ça se fait beaucoup en Corée du Sud, par exemple, ou en Chine, vous l'avez dit.

  • 2:55OuverteRéponse directe

    Un sondage montre que 9 Français sur 10 accordent beaucoup d'importance aux fêtes de fin d'année.

  • 3:18OuverteRéponse directe

    Est-ce que les fêtes sont toujours à inscrire dans cette tradition chrétienne, ou ça s'est sécularisé ?

  • 5:34OuverteRéponse directe

    On parle de la sécularisation, est-ce qu'il faut toujours rattacher Noël à une dimension religieuse ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:53InvitéFait
    « il y a une imprégnation, évidemment, dans l'imaginaire, dans l'inconscient français, du catholicisme »
  • 1:01InvitéFait
    « Si la France, elle n'est pas que catholique, mais elle est impensable. Sans ce fait catholique, il n'y a, je dirais, qu'à tourner le regard autour de soi et de voir, ne serait-ce que toutes ces églises, chapelles qui parsèment le territoire »
  • 1:30InvitéFait
    « Noël, c'est une fête qui est inscrite, je dirais, dans notre génotype, parce que Noël, c'est le solstice d'hiver »
  • 2:43InvitéChiffre
    « la Corée du Sud, c'est un pays où, quand même, il faut savoir qu'il y a à peu près 35 à 40% de chrétiens »
  • 3:28InvitéFait
    « La sécularisation, c'est pas l'annulation du sacré, c'est son déplacement »
  • 4:05InvitéFait
    « on note, il faut le dire, une explosion des ventes de dinde halal, au moment de Noël, ce qui veut dire que dans les familles musulmanes, il y a une dinde au marron »
  • 9:08PrésentateurChiffre
    « 330 000 victimes, d'après le rapport de la commission sauvée, extrapolation épidémiologique. Depuis les années 50 »
  • 9:35InvitéChiffre
    « ils sont quand même 15 000 à demander le baptême par an »
  • 10:47InvitéChiffre
    « ces 6 millions dont vous parlez, ils se partagent en 3 millions qui sont très assidus »
  • 15:46InvitéFait
    « c'est en France qu'on cuit le pain intellectuel de la chrétienté »
  • 18:03InvitéFait
    « la laïcité, ce n'est pas une construction idéologique, ce n'est pas une religion de substitution, c'est la pratique par laquelle l'État neutralise, en quelque sorte, tous les excès potentiels qu'une religion a en elle-même »
  • 18:34InvitéFait
    « nous sommes en fait les héritiers d'une forme de catho-républicanisme »
  • 22:23InvitéFait
    « aux États-Unis, les églises sont libres de l'État, mais l'État n'est pas libre de Dieu »

Temps de parole

  • Invité73 %
  • Présentateur25 %

2,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Auditeur

France Inter, Simon le Baron, le 6-9.

0:07
Présentateur

Quelle place occupe Noël et plus généralement la tradition catholique dans notre société ? C'est le moment de se poser la question, ne serait-ce que pour alimenter vos sujets de conversation à table cette semaine. Et pour en parler avec nous ce matin, c'est un historien des religions, éditeur, théologien, qui est avec nous, Jean-François Colosimo. Bonjour.

0:25
Invité

Bonjour.

0:25
Présentateur

Directeur général des éditions du Cerf. Vous avez publié, entre autres, sur le sujet qui nous intéresse, la religion française, mille ans de laïcité. Comme d'habitude, on va essayer de dialoguer avec vous, auditeur, au 01 45 24 7000 et sur l'application de Radio France. On va voir, Jean-François Colosimo, que l'attachement à cette période des fêtes dépasse largement l'appartenance à telle ou telle religion ou telle ou telle culture. Pourquoi, d'après vous, les Français sont-ils autant attachés à Noël ?

0:53
Invité

Alors, d'abord, parce qu'il y a une imprégnation, évidemment, dans l'imaginaire, dans l'inconscient français, du catholicisme, n'est-ce pas ? Si la France, elle n'est pas que catholique, mais elle est impensable. Sans ce fait catholique, il n'y a, je dirais, qu'à tourner le regard autour de soi et de voir, ne serait-ce que toutes ces églises, chapelles qui parsèment le territoire, ces noms de village qui commencent par saint quelque chose, donc on est véritablement les héritiers d'une culture qui nous a façonnés. Le deuxième point, évidemment, c'est que Noël, c'est une fête universelle qui dépasse de loin la France.

Noël, c'est une fête qui est inscrite, je dirais, dans notre génotype, parce que Noël, c'est le solstice d'hiver. C'est ce moment où, en fait, jusqu'à ce jour de Noël, les ténèbres, l'obscurité, la nuit, gagnent chaque jour, n'est-ce pas ? Est-ce que la Terre va disparaître ? Est-ce qu'elle va venir complètement noire ? Est-ce qu'elle va se refroidir ? Est-ce qu'on va mourir ? Non ? Arrive ce moment où le jour commence à regagner, c'est la fête des Lumières, Noël.

1:59
Présentateur

Donc ça, ça remonte avant même...

2:01
Invité

Chez les Romains, bien sûr, là, les chrétiens ont placé, je dirais, la date de naissance du Christ, le jour, dans cette fameuse fête, où à Rome, en plus, il y avait de grandes festivités publiques, et on offrait des cadeaux aux enfants. Pourquoi ? Parce que les enfants, c'est la promesse du renouveau du monde, et ils voient bien qu'on est dans toute symbolique énorme. C'est pourquoi Noël est une fête qui peut être fêtée là où même le christianisme est minoritaire. Pensez à la Chine, pensez à d'autres pays du monde.

2:32
Présentateur

Il y a eu beaucoup de pays en Asie, c'est vrai, qui reprennent des fêtes de religions qui ne sont pas forcément très importantes dans le pays. Ça se fait beaucoup en Corée du Sud, par exemple, ou en Chine, vous l'avez dit.

2:43
Invité

Oui, la Corée du Sud, c'est un pays où, quand même, il faut savoir qu'il y a à peu près 35 à 40% de chrétiens. Et la chrétiété augmente ? Voilà, des rares pays d'Asie où le christianisme a véritablement réussi.

2:55
Présentateur

Mais si on revient à la France, c'est un sondage de l'Observatoire, qui a été commandé à l'IFOP par l'Observatoire français du catholicisme, qui nous montre que 9 Français sur 10 accordent beaucoup d'importance aux fêtes de fin d'année, et que la proportion est très importante aussi chez ceux qui se disent sans religion ou d'une autre religion. Les trois quarts des Français d'une autre religion que le catholicisme sont aussi attachés aux fêtes de fin d'année. Alors, est-ce que les fêtes sont toujours, finalement, à inscrire dans cette tradition chrétienne, ou ça s'est sécularisé ?

3:25
Invité

Alors, c'est les deux, c'est-à-dire la sécularisation. La sécularisation, c'est pas l'annulation du sacré, c'est son déplacement. Alors, vous voyez que même historiquement, vous voyez, dès le 19e siècle, cette fête chrétienne de Noël, elle influence une fête qui est toute proche, qui a à peu près le même sens, qui est une fête juive. Hanoukka, qui est une fête des Lumières, n'est-ce pas ? Ben, à Hanoukka, on va prendre l'habitude, qui est tout à fait à proximité de Noël, d'offrir des cadeaux aux enfants. Pourquoi ? Parce qu'effectivement, on ne veut pas que, en quelque sorte, lorsqu'on est membre d'une communauté, que nos enfants soient moins que les autres.

Et aujourd'hui, on note, il faut le dire, une explosion des ventes de dinde halal, au moment de Noël, ce qui veut dire que dans les familles musulmanes, il y a une dinde au marron, voilà. On se réunit en famille aussi, dans beaucoup de familles. Et il y a cette notion de la sacralité de l'enfance, parce que, quand même, la grande symbolique chrétienne, il faut y revenir, cette symbolique, je veux dire, c'est quoi ? C'est qu'un enfant désarmé vient au monde, mais en même temps, il est le roi du monde, parce que c'est justement cette puissance de l'enfance, la royauté de l'enfance, voyez, la sacralité de l'enfance.

4:34
Présentateur

Oui, vous nous avez dit, en préparant l'interview, le génie du christianisme, c'est cette idée d'un dieu qui s'incarne dans un enfant fragile. Oui, c'est ça, non seulement un enfant fragile,

4:44
Invité

et qui va être ensuite un dieu qui perd. Le christianisme, c'est la seule religion où il y a un dieu qui finit crucifié, qui finit quand même très mal, mis à mort par tout le monde, tu vois. Et là, ça commence comme ça, c'est un enfant, il naît en exil, il n'est pas là où il devrait, parce qu'il est persécuté, il naît sans protection, et pourtant, vous voyez, c'est dans l'évangile de Matthieu, surtout, mais on retrouve ça, évidemment, c'est une grande, grande image, qu'on va retrouver, là aussi, universelle. Il y a ces rois mages, il y a ces mages, ces rois venus d'Orient, qui viennent s'incliner devant lui.

Quelque chose se passe dans chaque naissance, qui tient du miracle dans chaque naissance, c'est l'aventure humaine qui repart en totalité, voyez, comme si, en fait, c'était le premier jour du monde. C'est ça, Noël aussi, cette grâce-là. Oui, un dieu créateur du ciel et de la terre,

5:32
Présentateur

qui tient dans un petit corps de bébé, voilà. On parle de la sécularisation, c'est-à-dire que les traditions peuvent rester, mais la dimension religieuse s'estompe. Donc, est-ce qu'il faut toujours rattacher Noël à une dimension religieuse ? D'ailleurs, beaucoup de personnes, puisque vous le disiez, que les familles musulmanes, notamment, et d'autres religions se réunissent aussi en famille à cette période, est-ce qu'il faut arrêter de dire joyeux Noël, par exemple, dire bonne fête ?

5:55
Invité

Ah, écoutez, mais ça, je crois que c'est une horreur, et un peu une bêtise, un peu vandale et un peu iconoclaste. C'est pas parce qu'on dit joyeux Noël que l'on veut d'un coup que toute la France, je ne sais pas, devienne en quelque sorte, je dirais, bigote, ultra-chrétienne, ou je ne sais trop quoi. Laissons faire l'histoire. On ne refait pas le match de l'histoire, vous voyez. Voilà, et on a des héritages, voilà, ces héritages, tant qu'ils vivent par eux-mêmes, laissons-les vivre.

6:24
Présentateur

On a une question au Standard de France Inter. Jean-Louis, bonjour.

6:27
Auditeur

Bonjour, bonjour Simon, bonjour M. Colosimo. Je souhaiterais vous poser une question avec une touche humoristique.

6:36
Invité

Oui, je vous en prie.

6:37
Auditeur

Quand une société continue à célébrer Noël tout en oubliant ce qu'elle célèbre, est-ce un signe de vitalité culturelle ou bien une fatigue spirituelle ? Merci.

6:48
Présentateur

Merci pour cette question, Jean-Louis, Jean-François Colosimo.

6:51
Invité

Alors, je crois que c'est toute l'ambivalence, mais cette ambivalence, elle est temps aujourd'hui à s'estomper. Pourquoi ? Parce qu'en fait, l'église sociologique, vous voyez, cette église qui existait encore dans les années 1950 et qui faisait que 80% de Français sacrifiaient à la pratique, à baptême, mariage religieux, funérailles à l'église, bon, cette église sociologique qui était énorme, qui était encore une fois 7-8 Français sur 10, elle s'est quand même estompée. Donc aujourd'hui, on a effectivement une église qui, en quelque sorte, a fait une cure d'un maigrissement incroyable, en fait, parce qu'aujourd'hui, on parle...

On va parler de la place de l'église catholique aujourd'hui dans la société. Mais en même temps, une église qui repose beaucoup plus sur ses convictions. Et donc, cher monsieur, si vous allez au supermarché, vous trouverez effectivement un consumérisme tout à fait regrettable. Mais je pense que si vous poussez la porte d'une église, vous trouverez une proclamation, certainement, que vous avez l'air d'aimer, c'est-à-dire de caractère spirituel.

8:01
Présentateur

Est-ce qu'il y a un paradoxe ? On disait entre certains qui... En tout cas, une opposition entre ce moment qui rassemble la société et les familles bien au-delà de l'appartenance culturelle et religieuse et ces traditions catholiques qui sont récupérées à des fins identitaires, beaucoup.

8:23
Invité

Ah ! Alors, là, on rentre dans un autre problème. Donc, cette église, qu'est-ce qui lui est arrivé ? Bon, elle a en quelque sorte fondu parce que c'était une église sociologique qui n'était pas forcément une église d'adhésion, mais qui était, je dirais, une église d'héritage, en quelque sorte, et d'héritage souvent très passif. Bon, ce qu'on voit aujourd'hui, c'est que ce mouvement qui semblait irrésistible de décroissance, d'abord, il s'est arrêté.

Deuxièmement, ce qu'on voit aujourd'hui, c'est qu'en dépit du caractère complètement abyssal qui a heurté tant de catholiques de toutes ces affaires d'abus sexuels, et évidemment, en premier lieu, avec, je dirais, cette vision terrible des victimes, n'est-ce pas ? victimes. 330 000 victimes,

9:09
Présentateur

d'après le rapport de la commission sauvée, extrapolation épidémiologique. Depuis les années 50.

9:14
Invité

Mais, voilà, donc, eh bien, malgré cela, on voit que cette église, elle tient, d'une part, deuxième, qu'elle attire, qu'elle attire de plus en plus de jeunes, de gens qui ne viennent pas du monde catholique, de gens qui ne sont pas nés dans une famille catholique, n'est-ce pas ? Même, voilà. Et on voit qu'ils sont quand même 15 000 à demander le baptême par an, ce qui fait comme ce sont tous des catéchumènes, c'est-à-dire ils suivent un catéchisme, ça veut dire que c'est 45 000 jeunes dont 15 000 chaque année deviennent, puis ça dure trois ans.

Donc, ce qu'on voit, c'est que c'est une église, finalement, aujourd'hui, qui se pose la question de savoir ce qu'elle est et qui veut retenir, revenir à des signes forts de spiritualité, de verticalité, de pratiques religieuses profondes, et c'est ça qui attire en plus ces jeunes, plus la fraternité, évidemment.

10:07
Présentateur

Est-ce qu'il y a une, on peut dire, une radicalisation, c'est un terme qu'on entend beaucoup, de cette base, ce noyau dur catholique, c'est 1 français sur 10, à peu près, les pratiquants réguliers et occasionnels, 6 millions, un peu plus de 6 millions de français. Voilà. On entend qu'ils se radicalisent, est-ce que c'est le cas

10:26
Invité

vers davantage de conservatisme ? Il évoque des choses, pour l'instant, on n'a vu aucun jeune catholique, je dirais, attenté à l'avis de qui que ce soit, donc faisons attention au vocabulaire. Est-ce qu'il y a une crispation identitaire ? Alors, d'un point de vue politique, ce qui est intéressant, c'est que vous voyez, ces 6 millions dont vous parlez, ils se partagent en 3 millions qui sont très assidus.

10:50
Présentateur

Qui vont à la messe plusieurs fois par mois.

10:52
Invité

Voilà. Et 3 millions qui sont un peu plus modérés, n'est-ce pas, dans leur pratique. Ceux qui sont le plus modérés dans leur pratique, ce sont ceux qui suivent le plus, en fait, l'évolution politique française. C'est-à-dire, ce sont ceux qui se droitisent. En d'autres termes, ceux qui pratiquent, votent moins Rassemblement National que le reste des Français. Pourquoi ? Parce qu'ils sont très attachés, malgré tout, au message central de l'Église. Et dans ce message central de l'Église, il y a évidemment la place de l'étranger, la place du migrant, la nécessité de la fraternité, la communion, le partage, etc.

Et donc, de ce point de vue-là, évidemment, il y a des dimensions du message d'extrême droite qui est tout à fait répulsif. Mais d'un autre côté, vous avez une volonté de captation qui est assez claire. Lorsque Éric Zemmour propose générer une alliance judéo-chrétienne, même si personne ne comprend vraiment ce que cela veut dire d'un point de vue théologique, n'est-ce pas ? Dans un livre qui est farci, quand même, un peu d'approximation et d'erreur. Lorsque Marion Maréchal affirme aussi son catholicisme, n'est-ce pas ? Etc. En fait, on voit qu'il y a une volonté de reconstruire un catholicisme identitaire. Alors, de ce point de vue-là, peut-être que des catholiques sont tentés.

Peut-être qu'il y a des gens qu'on croise plus souvent sur Internet que dans les paroisses qui s'emparent de ce thème dans une espèce de recherche identitaire qui est multiforme aujourd'hui. Mais ce qu'il y a de sûr, c'est que l'épiscopat en France, c'est-à-dire quand même les cadres de l'Église catholique, qui sont sensibles à ces questions de recherche, marquent nettement que le catholicisme, c'est une foi. C'est pas... C'est pas... C'est pas un engagement... Une idéologie. C'est pas une idéologie,

12:36
Présentateur

c'est une foi. Ça, c'est clair. Vous disiez, l'Église au fond, même si elle est devenue minoritaire, a survécu à la sécularisation. On parle de ces 6 millions de pratiquants, 3 millions de réguliers, un peu plus d'occasionnels. Est-ce qu'on peut dire qui ils sont au-delà du vote et des engagements politiques ?

12:58
Invité

Oui, je crois qu'il n'y a pas d'affiliation sociologique bien claire. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'aujourd'hui, dans la carte du catholicisme français, il y a une grande différence, mais c'est vrai aussi du reste de la France, n'est-ce pas ? Entre les grandes zones urbaines, où là, il y a un catholicisme souvent très actif, avec de grandes paroisses, avec des prêtres excellemment formés, avec des communautés ultra-vivantes, Pâques à Paris, à Lyon, à Strasbourg,

13:23
Présentateur

dans les grandes villes. Oui, quand on entend l'Église dire, il y a du monde à Pâques, par exemple, dans les églises, c'est souvent un phénomène de centre-ville, en fait.

13:30
Invité

Il y a beaucoup de monde dans certaines paroisses qui sont archi-plaines, et comme le reste de la France, pour des tas d'autres questions et dans d'autres domaines, il y a des trous sidéraux, et particulièrement, évidemment, tout l'univers des campagnes. Les évêques, aujourd'hui, souvent sur leur territoire, qui correspondent, grosso modo, aux départements pour aller vite, n'est-ce pas ? Ils ont à gérer une pénurie, pénurie de prêtres pour desservir, parfois, une foultitude de paroisses qui, aujourd'hui, sont résiduelles. Donc, vous voyez que, finalement, cette église catholique de France, elle ressemble assez à la France.

14:07
Présentateur

Oui. Vous parliez tout à l'heure des catéchumènes, donc, ces adultes, jeunes adultes, en général, qui sont engagés dans un parcours vers le baptême. Oui. C'est souvent un choix personnel qui, bien souvent, n'est pas lié à une histoire familiale, d'ailleurs, où l'histoire, le rapport familial avec le catholicisme s'était distendu. Alors,

14:29
Invité

il y a des recommençants.

14:30
Présentateur

Voilà,

14:30
Invité

des jeunes qui reviennent vers le catholicisme. qui étaient baptisés, qui avaient fait un peu de catéchisme, qui avaient oublié, qui reviennent. Mais, le phénomène le plus important, ce sont ceux qui viennent, s'ils me permettent l'expression, de nulle part. Oui. C'est-à-dire, ils n'ont pas d'enracinement chrétien, ils n'ont pas une grand-mère qui les a amenées à l'église, ils ne savent rien. C'est très important, ça, ce qui veut dire aussi qu'il y a une nécessité de formation qui est extrêmement forte. Pourquoi ? Parce que vous êtes dans un univers, aujourd'hui, où l'émotion a pris le pas sur la raison, n'est-ce pas ? Où l'effusion a pris le pas sur la communion.

Alors, c'est vrai des catholiques, c'est vrai de tous les autres groupes religieux, où, finalement, le fait d'être ensemble, le fait d'être dans l'adulation, le fait d'être dans l'exaltation, ça prime sur le raisonnement, la rationalité, le positionnement social et politique. Donc ça, ça existe chez les juifs, chez les musulmans, ça existe évidemment chez les protestants. Regardez les évangéliques venus des Etats-Unis avec les méga-churches, avec l'émotion, n'est-ce pas ? Or, le problème, là, il est très important parce que le catholicisme français, c'est le grand catholicisme intellectuel de l'Église catholique à l'échelle planétaire.

Là, c'est ce que disait le pape Paul VI, il disait, c'est en France qu'on cuit le pain intellectuel de la chrétienté. Il y a toute une grande tradition française, théologique, littéraire, pensée aux grands romanciers catholiques, etc. Et donc ça, il ne faut pas que cette tradition se perde au profit, je dirais, d'une espèce d'adhésion qui serait surtout, relèverait surtout du cerveau émotionnel.

16:11
Présentateur

Oui, avec une demande, effectivement, de quelque chose de plus démonstratif qui est plutôt en contradiction avec la pratique catholique traditionnelle en France.

16:18
Invité

Et ça, c'est l'impact, évidemment, je dirais le non-dit, c'est le miroir qui n'est pas toujours bien présenté et situé, c'est l'islam qui a créé sa propre visibilité, n'est-ce pas, avec, évidemment, tous ces signes ostentatoires qu'on parle, évidemment, l'émergence des mosquées, les prières dans la rue, le foulard, le ramadan, etc. Le catholicisme... Les prières dans la rue,

16:44
Présentateur

on ne voit pas non plus à chaque... Non, bien sûr, ce que je veux dire,

16:47
Invité

c'est que ces images-là, frappent, suggèrent, stimulent, et que les catholiques se sont dit qu'à force de s'enfouir, de s'ensevelir, à force de devenir, en quelque sorte, très sécularisés, ils avaient perdu leur pèlerinage, leur procession, leur démonstration collective de foi, et c'est à ça qu'on assiste. C'est à ce retour-là, mais c'est, encore une fois, dans un contexte, aussi, où moins on est nombreux, plus on veut se montrer.

17:15
Présentateur

Oui, moins on est nombreux, parce que c'est vrai qu'il faut le préciser aussi, il y a beaucoup d'adultes qui veulent se faire baptiser, mais ça ne couvre pas la diminution d'enfants baptisés.

17:23
Invité

Le nombre des baptêmes, et bien sûr, et des mariages religieux aussi, parce que les mariages religieux, c'est la source des baptêmes des enfants.

17:30
Présentateur

Ça nous amène à la question de la laïcité, est-ce que ça a encore un sens d'affirmer, aujourd'hui, alors vous le disiez, au début, c'est un fait, il y a des églises, il y a des villages en sain, quelque chose, etc., évidemment, mais d'affirmer l'identité française comme exclusivement ou essentiellement judéo-chrétienne, alors que depuis 200 ans, on a construit autre chose, un rapport au vivre-ensemble qui est davantage fondé sur la laïcité.

17:56
Invité

Alors écoutez, d'abord, la laïcité, ce n'est pas une construction idéologique, ce n'est pas une religion de substitution, c'est la pratique par laquelle l'État neutralise, en quelque sorte, tous les excès potentiels qu'une religion a en elle-même, quelle qu'elle soit, et qu'une religion, c'est forcément exclusif, j'ai la vérité, vous ne l'avez pas, et c'est inclusif, vous allez faire comme je vous dis de faire, et taisez-vous. Donc, ça, ça, c'est la laïcité.

Aujourd'hui, en France, la véritable question, c'est que nous sommes en fait les héritiers d'une forme de catho-républicanisme, c'est-à-dire que, regardez la Troisième République, c'est une notion de communion, c'est une notion de solidarité, la place du pauvre, n'est-ce pas ? Pas besoin d'être catholique pour ça, mais s'il n'y avait pas eu le catholicisme, ce ne serait pas aussi important. Regardez que la France, ce n'est pas une société protestante du Nord, n'est-ce pas, où on valorise la réussite, l'argent, etc., comme dans le calvinisme, et c'est tout à fait respectable, mais c'est une mentalité.

La mentalité française, elle est catho-républicaine, elle pense qu'il y a une espèce de communion, et où on se distingue, en fait, à la manière dont on s'occupe du plus faible, la notion de solidarité. Bon, est-ce que cette notion de solidarité, elle va survivre, en fait, en France ? C'est ça, la véritable question.

19:18
Présentateur

La laïcité, selon la loi de 1905, vous l'avez dit, l'État ne finance pas les cultes, chacun est libre de croire ou de ne pas croire, d'affirmer ses convictions dans la limite du respect de l'ordre public, ça paraît assez simple. Alors, cette loi a été évidemment précisée, complétée par de multiples lois, depuis, pour les cas concrets, mais pourquoi quelque chose qui paraît aussi simple suscite des lectures si opposées ?

19:43
Invité

Parce que vous avez, en fait, eu une mutation entre 1905 et aujourd'hui du paysage religieux français, le judaïsme a connu l'apport très significatif qui était Ashkenaz du judaïsme séfarade, avec les rapatriés d'Algérie, le catholicisme a vécu l'arrivée des charismatiques, un mouvement très marqué, malgré tout, par les États-Unis, a fortiori, les protestants ont connu les évangéliques, et là aussi, c'est un mouvement d'américanisation ou l'imbrication entre politique et religion, la démonstrativité sociale, l'affiliation, etc., tout ça compte énormément, et puis sont arrivés très visibles l'islam, et invisibles, on n'en parle jamais, mais elles existent, évidemment, à tous les rites et cultes qui sont associés aux sagesses d'Asie.

N'est-ce pas ? Et donc, ce paysage, il a complètement changé, et sous ce paysage, en fait, on a complètement perdu les pédales, vous l'avez dit, la laïcité, c'était le fait de pouvoir croire ou ne pas croire, aujourd'hui, c'est devenu, en fait, une espèce de marche-pied où les croyances réclament toujours plus de droits, et en plus, il y a une polarisation politique.

20:46
Présentateur

Oui, à l'inverse, à l'inverse,

20:49
Invité

c'est-à-dire, aujourd'hui, la laïcité, c'est qu'est-ce que l'État me doit ? Avant, l'État vous disait, je ne suis pas théologien, je vous laisse faire tant que vous ne perturbez pas l'ordre public. Maintenant, les religions disent, qu'est-ce qu'on me doit dans l'ordre public ?

Et d'un autre côté, vous avez une polarisation, l'extrême droite et l'extrême gauche, aussi, je dirais, se servent, l'extrême droite de repoussoir, l'extrême gauche, en fait, veut en faire un atout de cette question de l'islam de France qui reste une question compliquée, parce que cette question de l'islam de France, il faut qu'il existe, cet islam de France, mais aujourd'hui encore, il est empêché par le fait que beaucoup de pays étrangers, nommément l'Algérie, le Maroc et la Turquie, veulent à tout prix préempter les Français musulmans ou les musulmans vivant en France au nom de leur propre nationalisme. Et puis,

21:36
Présentateur

il y a une organisation du culte, aussi, qui est difficile. Et d'où la difficulté d'organiser le culte. Il n'y a pas de clergé en islam.

21:42
Invité

Oui, mais vous avez plusieurs ministres de l'intérieur, de droite comme de gauche, qui se sont efforcés de forger un interlocuteur valable pour l'État, parce que c'est comme ça que ça marche en France. L'État, en fait, ne reconnaît aucun culte, mais il ne le reconnaît pas non plus.

21:56
Présentateur

Une dernière question, Jean-François Colosimo, ou avant-dernière peut-être, je crois qu'il nous reste un peu plus d'une minute. Question de Mathilde sur l'application de Radio France. On parlait tout à l'heure des questions identitaires. Comment expliquer, dit Mathilde, la montée du nationalisme religieux, notamment aux États-Unis, incarné par J.D. Vence, le vice-président, qui a encore eu, pas plus tard qu'il y a quelques heures, des propos très forts sur l'identité chrétienne et blanche des États-Unis.

22:22
Invité

Les États-Unis, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'aux États-Unis, les églises sont libres de l'État, mais l'État n'est pas libre de Dieu, n'est-ce pas ? Le président porte serment sur la Bible, le nom de Dieu est sur le dollar, le nom de Dieu commence l'hymne et le finit, le Capitole ressemble à un temple, il y a des fêtes civiles qui sont aussi des fêtes religieuses, comme évidemment Thanksgiving, etc., le culte du drapeau, le culte des cimetières militaires, vous êtes dans un univers extrêmement religieux, les Français ont mis beaucoup de temps à le comprendre, mais l'Amérique, elle est religieuse.

Là-dedans, il y a une forte conversion au catholicisme, parce que le catholicisme semble une valeur refuge, une valeur traditionnelle face à un monde déstructuré, mais il faut savoir que le premier contradicteur de G.D. Vance, sur cette espèce, je dirais, de christianisme identitaire, c'est le pape Léon XIV lui-même, lorsqu'il était cardinal Prévost encore, et qui a fait railler sur Twitter les interprétations de G.D. Vance pour lui dire de revoir son catéchisme.

23:19
Présentateur

Merci. Merci beaucoup, et ça répond à la question de Mathilde, l'auditrice de France Inter. Jean-François Colosimo, je rappelle que vous êtes historien des religions, essayiste, théologien, éditeur et patron des éditions du Cerf notamment.