Instéco | Macron et ses influenceurs : Thomas Porcher démonte ses manipulations
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:59OuverteRéponse directe
Quelle est cette nouvelle stratégie du gouvernement à l'heure où la jeunesse alerte sur sa détresse ?
- 1:19OuverteRéponse directe
Comment ces mesures ont-elles touché les femmes en précarisant les travailleurs ?
- 3:13FerméeÉludée
As-tu regardé la vidéo de McFly et Carlito ?
- 4:52RelanceRéponse partielle
Pourtant, les jeunes regardent moins la télévision, est-ce une bonne stratégie d'aller sur YouTube ?
- 8:58OuverteRéponse directe
Quelle est cette nouvelle stratégie du gouvernement sur les réseaux sociaux ?
- 10:54OuverteRéponse directe
Comment expliquer que l'État mendie de l'argent auprès des influenceurs ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:21InvitéFait
« Gabriel Attal, secrétaire d'État en charge de la jeunesse, j'ai eu 30 ans en mars dernier. »
- 3:27PrésentateurFait
« Les deux youtubeurs avouent en chantant ne pas avoir toujours suivi les gestes barrières et les directives du gouvernement. »
- 6:01Invité politiqueChiffre
« Le coût par élève à l'école primaire est 1,5 fois plus élevé dans les pays de l'OCDE qu'en France. »
- 6:04Invité politiqueChiffre
« Plus de deux fois plus élevé en Allemagne qu'en France. »
- 6:45Invité politiqueFait
« Les moyens alloués à chaque étudiant diminuent en France. »
- 10:16Invité politiqueChiffre
« Ce gouvernement a supprimé 250 000 emplois aidés. »
- 13:02Invité politiqueChiffre
« Les femmes sont deux fois plus représentées que les hommes dans les emplois précaires. »
- 14:59Invité politiqueFait
« La loi travail, le principe de base, c'était de plus facilement licencier pour embaucher. »
- 15:41Invité politiqueFait
« L'assurance chômage, les gens qui vont être frappés, c'est les carrières discontinues. »
- 16:23Invité politiquePromesse
« Déjà, ne pas mettre en place des lois qui permettent de s'en débarrasser plus rapidement. »
Temps de parole
- Invité politique63 %
- Présentateur27 %
- ?3 %
≈ 0,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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L'Instant Éco, présenté par Elsa Marguerita. Macron et ses influenceurs, Thomas Porcher démonte les manipulations. Bonjour à tous et merci de nous retrouver sur notre chronique hebdomadaire L'Instant Éco de la Web TV Le Média où je vous retrouve en compagnie de Thomas Porcher, économiste, membre des économistes atterrés et chroniqueur avec qui nous décrypterons deux sujets cette semaine. Cela n'a pas dû vous échapper, les politiques tentent par tous les moyens de s'immiscer sur les réseaux sociaux. C'est sur TikTok, YouTube, Clubhouse ou encore Instagram que les membres du gouvernement cessaient à séduire les générations les plus jeunes.
En story Instagram, avec la célèbre YouTubeuse EnjoyPhoenix à qui Gabrielle Attal déroule le tapis rouge pour venir parler du désarroi des étudiants, sur YouTube avec McFly et Carlito où Emmanuel Macron cessait à la sensibilisation aux gestes barrières, les nouveaux moyens de communication de la campagne gouvernementale ne cessent de se renouveler. Quelle est cette nouvelle stratégie du gouvernement à l'heure où la jeunesse ne cesse d'alerter sur sa détresse à un an des élections présidentielles ? Le 8 mars dernier, nous célébrions la journée des droits des femmes.
L'occasion pour nous de revenir sur la politique du gouvernement en termes de lutte contre les différences entre les hommes et les femmes et notamment l'impact des réformes sur le travail comme la loi travail ou l'assurance chômage. Comment ces mesures ont-elles, tout en précarisant l'ensemble des travailleurs concernés, particulièrement touché les femmes ? C'est sur une chaîne YouTube, suivie par plus de 6 millions d'abonnés, qu'Emmanuel Macron a décidé de sensibiliser les jeunes aux gestes barrières. L'entreprise paraît audacieuse, voire disruptive. Le 19 février dernier, Emmanuel Macron lance un défi aux vidéastes McFly et Carlito.
Faire une vidéo, peu importe quelle forme, pour sensibiliser aux gestes barrières. Une condition pour que le défi soit remporté cependant, la vidéo doit impérativement atteindre les 10 millions de vues. Ce défi remporté, les deux Youtubers auraient alors la chance de pouvoir tourner au sein du Palais de l'Elysée. McFly et Carlito sortent alors un clip, à l'air entraînant, et c'est en un peu plus de 48 heures qu'ils réussissent leur pari.
Cette invasion des politiques sur les plateformes jeunes n'est pas une première, puisque depuis quelques mois, les politiques, et notamment Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, multiplient les interventions auprès de ceux que l'on appelle aujourd'hui les influenceurs.
Gabriel, je t'en prie, présente-toi alors. Gabriel Attal, secrétaire d'État en charge de la jeunesse, j'ai eu 30 ans en mars dernier. Le SNU, qu'est-ce que c'est ? Un moment de cohésion où les jeunes, qui viennent de quelques milieux sociaux que ce soit, ils se retrouvent autour des valeurs de la République.
Oui, on est politique, oui, on est ministre, mais on reste des gens normaux. Et puis même, on s'est engagé parce qu'on était normaux, en fait. Parce qu'on avait des soucis, soit de mère de famille, etc., qu'on a envie de tenter modestement de résoudre à plus grande échelle.
Bienvenue sur ce live exceptionnel, un entretien de 35-40 minutes avec le président de la République. Moi, je suis très heureux d'être là.
La prochaine fois, inviter un journaliste, un étudiant, quand on parle d'un sujet, autant qu'il y ait un étudiant qui soit concerné.
Je me souviens très bien du marathon que vous aviez organisé il y a quelques mois, pour nos soignants, et merci encore de l'argent qui avait été levé. Face à l'épidémie, il y a des gestes simples qui permettent de ralentir ou d'arrêter ce virus. Faites une vidéo pour réexpliquer ces gestes.
Thomas, as-tu regardé la vidéo de McFly et Carlito ?
Non, je ne l'ai pas regardée.
Pourtant, elle est plutôt sympa. Les deux youtubeurs avouent en chantant ne pas avoir toujours suivi les gestes barrières et les directives du gouvernement, mais finissent par en appeler à la solidarité nationale. En gros, si tout le monde suit les directives, alors les choses pourront revenir très vite à la normale. Ça paraît être plutôt un bon moyen de toucher les plus jeunes dans le contexte de la crise sanitaire.
Je ne sais pas. En fait, je pense que la plupart des gens ont compris les gestes barrières. Si on ne les a pas compris, c'est que sérieusement, on a un problème. Il suffit de se promener dehors. Vous voyez, tout le monde a un masque. Moi, j'ai donné des cours au début de l'année. Tous les élèves avaient leur masque. Tout le monde se lave les mains trois, quatre fois par jour. Je ne pense pas que le problème de la pandémie soit dû au fait que les Français ne respectent pas leurs gestes barrières. Il y a toujours une minorité probablement qui ne les respecte pas, mais dans l'ensemble, j'ai plutôt l'impression que les gens les respectent.
Donc pour moi, ce que je vois en tous les cas dans l'utilisation de ces influenceurs et dans le fait aussi que Gabriel Attal, en même temps, invite aussi des influenceurs à l'Élysée, à discuter de la situation des jeunes et qu'en même temps, on a Hollande qui répond à des questions et on apprend qu'il aime bien Booba, par exemple. C'est très intéressant pour la jeunesse. Je ne sais pas ce que ça lui met dans son assiette, mais pas grand-chose. Je me dis surtout qu'il y a une instrumentalisation des influenceurs pour redorer son image auprès d'une partie de la population, les jeunes, qui sont moins investis dans les partis politiques.
Et si vous voulez mon avis, et je finis là-dessus, pour moi, on est vraiment au dernier étage de la décomposition du système politique si on a recours aux influenceurs.
Pourtant, aujourd'hui, les jeunes regardent de moins en moins la télévision où les politiques s'expriment. C'est plutôt une bonne entreprise de communication d'aller sur YouTube, TikTok ou Instagram pour sensibiliser les jeunes, en général, à la politique.
Les politiques, pour moi, ils ont les manettes pour changer la vie des jeunes. Leur but, ce n'est pas d'aller faire les guignols avec des influenceurs ou d'interroger des influenceurs en se mettant en valeur à le liser, en ayant l'impression de faire des choses pour les jeunes. Moi, concrètement, quels moyens tu donnes aux jeunes ? Et quand on regarde aujourd'hui, vous prenez n'importe quel enfant jusqu'à l'âge de l'université, qu'est-ce qui se passe ? Vous avez un enfant en très bas âge, vous voulez le mettre à la crèche ? Il n'y a pas suffisamment de place dans les crèches. On ne veut pas employer des puricultrices, on ne veut pas augmenter les espaces.
Par contre, on veut que les puricultrices gèrent beaucoup plus de bébés. Elles vont finir par gérer 10, 15 bébés. Moi, j'en ai un seul chez moi, c'est déjà très difficile. Alors 15, je ne sais pas comment on peut le gérer dans des bonnes conditions. Donc, on ne donne pas des moyens aux crèches, alors même que l'on sait qu'un enfant s'épanouit mieux en collectivité. Ensuite, on arrive à l'école primaire. Le coût par élève à l'école primaire est 1,5 fois plus élevé dans les pays de l'OCDE qu'en France. Plus de deux fois plus élevé en Allemagne qu'en France. Donc, on ne donne pas de moyens aujourd'hui aux élèves de l'école primaire.
D'ailleurs, les professeurs sont beaucoup moins bien payés chez nous que dans le reste des pays de l'OCDE. Puis ensuite, ils vont au lycée. C'est la même chose. Je veux dire, moi, je viens d'un lycée à la Courneuve. Je suis ce qui se passe dans ce lycée à la Courneuve. Vous savez, la Courneuve, c'est une ville où il y a 40% de la population qui vit sous le seuil de pauvreté. C'est une ville où il y a majoritairement des jeunes. Vous savez ce qu'ils ont fait dans le lycée public de la Courneuve ? Ils ont arrêté les cours du soir parce qu'ils n'ont pas suffisamment de moyens. Ils ont passé les classes de 28 à 35 élèves parce qu'ils n'ont pas suffisamment de moyens.
Et puis après, pour ceux qui ont la chance de finir ce parcours avec un certain nombre d'obstacles et qu'ils arrivent à l'université, qu'est-ce qui se passe à l'université ? À l'université, vous avez les moyens qui sont restés stables depuis 10 ans alors que le nombre d'étudiants a augmenté. C'est-à-dire que les moyens alloués à chaque étudiant diminuent en France. Donc il y a un appauvrissement général de l'enseignement supérieur. Donc c'est là qu'un politique doit être présent et qu'il doit faire des choses. Ce n'est pas en allant dire qu'il aime Booba comme Hollande sur Twitch ou en faisant le guignol avec des influenceurs. C'est là qu'on les attend. Mais là, on ne les voit pas.
Donc pour moi, c'est la décomposition vraiment du système politique qui ne sait plus quoi faire, qui est au service finalement d'un système qui a pour but d'économiser dans la sphère publique. Parce que c'est le seul but de leur politique. Et à la fin, on doit faire de la communication pour combler tout ça. Mais je pense que les jeunes ne sont pas dupes. Il y a des hashtags de contre-attaques qui sont montés, notamment étudiants pas influenceurs, tenus par des étudiants qui vivent la vraie vie. Et je vais rajouter une dernière chose là-dessus. Je vais être un peu long, mais c'est important. Il connaît quoi Blanquer de la vie d'un étudiant normal ? Il a étudié à Stanislas dans le 6e ?
Il n'a fait que des grandes écoles ? Est-ce qu'il s'est assis une seule fois dans un amphi, bondé, sur des marches ? Est-ce qu'il a déjà vécu ça ? Jamais de sa vie ? Et Gabriel Attal, il a été à l'école alsacienne, puis Sciences Po. Ces gens-là, en fait, quand vous leur présentez un étudiant moyen qui doit travailler à côté, comme 50% des étudiants, qui doit se payer à manger des pâtes et qui s'assoit comme ça sur un amphi parce qu'il n'y a pas suffisamment de place, pour eux, c'est un concept, c'est comme si vous lui parliez d'un enfant qui crève de faim en Afrique. C'est loin d'eux, tout ça, ils ne connaissent pas.
Donc, c'est très difficile pour eux de se mettre à la place de ces étudiants. Vous savez, à un moment, l'existence détermine à minima la conscience dans les luttes. Et ces gens-là, ils sont complètement à côté de la plaque. Voilà, et c'est pour ça qu'ils invitent EnjoyPhoenix, ils trouvent ça sympa. Ils n'ont pas compris que c'est à insulter la majorité des étudiants qui n'ont pas l'avis de ces influenceurs. Et qui, pour eux, encore une fois, la fin du monde, c'est tous les soirs. Ce n'est pas dans trois mois, dans quatre mois, vous voyez ? Et donc, ces gens ne font rien et donc, ils font de la com. Et je trouve ça assez désastreux.
Il y a eu beaucoup de vidéos à ce sujet, très rapidement, après le clip de McFly et Carlito, qui dénonçaient le fait que ça dénaturait le monde politique à un an des élections présidentielles. Et c'est vrai qu'on peut se poser la question, quand même, que sur YouTube, Instagram, TikTok, etc., il n'y a pas de contrainte du CSA sur le temps de parole des politiques. Quelle est cette nouvelle stratégie du gouvernement, du coup ?
Je pense que tous les politiques essayent d'aller sur les réseaux sociaux maintenant, parce que c'est des plateformes où on peut maîtriser son temps, maîtriser son temps de parole, et puis on peut communiquer comme on l'entend. Donc, il peut y avoir des bons côtés à ça. Il peut y avoir des bons côtés. Mais moi, là, au-delà de ça, ce qui m'embête, et j'espère que la jeunesse n'est pas dupe, mais je pense qu'elle n'est pas dupe. Normalement, les influenceurs, ils sont là pour vendre des produits. C'est à peu près ça qu'ils font à leur communauté. Et c'est comme ça qu'ils sont rémunérés.
Bon, visiblement, la politique, c'est devenu un produit maintenant, puisqu'on se fait vendre avec des influenceurs. Mais moi, ce qui m'embête et ce qui me choque profondément, c'est qu'avec la crise du Covid, on a beaucoup parlé des premiers de corvée, de ceux qui ont subi cette crise. Et moi, je pensais qu'on allait au moins leur donner la parole, après, par respect. Vous savez, moi, pendant le premier confinement, où personne n'avait de masque, où on ne savait pas trop comment le Covid se transmettait, où tous les soirs, on nous annonçait la messe des morts. Vous voyez, on avait tous très peur. Moi, j'allais au supermarché en bas de chez moi, au Franprix.
Il y avait une jeune de 21 ans, BTS, qui travaillait à la caisse sans masque, sans rien. Pourquoi on ne lui donne pas la parole à cette nana-là ? Pourquoi on ne lui demande pas ce qu'elle vit, elle ? Pourquoi on a un interview avec Carlito qui se font des millions, ou je ne sais quel autre, EnjoyPhoenix, qui n'a jamais fait d'études et qui se gagne des millions en vendant des produits dégueulasses ? Non, mais pourquoi on n'interroge pas cette nana-là ? Là, je reviens à la première question, parce que ces gens-là vivent dans un autre monde. Cette nana-là, pour eux, c'est un concept, c'est un truc qui n'existe pas dans leur quotidien. Ce gouvernement a supprimé 250 000 emplois aidés.
Nous autres, ça ne sert à rien, etc. Mais ces emplois aidés, c'est majoritairement des jeunes précaires. Et quand vous vivez ailleurs qu'à Paris, vous savez que ces emplois, ça profite à qui ? Aux associations, aux clubs sportifs, aux cantines, dans les écoles, aux collectivités locales. Donc, c'est des emplois qui sont utiles. Mais Gabriel Attal et tout ce qu'ils connaissent, ils ne connaissent rien de tout ça, eux. Je veux dire, ils s'en foutent. Donc, ils suppriment, voilà. Donc, en fait, la politique qui est mise en place, c'est une politique très dure à l'égard des jeunes. Et on attend plutôt d'un politique qui, justement, mette en place des choses qui profitent aux jeunes.
Mais comme ils sont incapables de le faire et qu'ils s'en foutent, bon, ils font les guignols avec les influenceurs.
Il y a un autre aspect que je voulais évoquer avec toi. Dans la vidéo où Emmanuel Macron lance le défi à McFly et Carlito de faire cette vidéo pour sensibiliser aux gestes barrières, il les félicite d'avoir levé 400 000 euros de fonds pour le fonds d'aide d'urgence Covid-19. Et on apprend qu'il y a aussi une autre levée de fonds sur leur clip, sur les gestes barrières. Comment est-ce qu'on a pu arriver à une situation où l'État va quasiment mendier de l'argent pour le service public auprès des influenceurs ?
– Oui, tout à fait. Je ne sais pas. Et puis, il y a des journalistes qui trouvent ça bien. Moi, j'ai vu l'autre fois sur une chaîne d'infos un journaliste du Figaro qui trouvait ça bien parce qu'au moins, ça ne coûtait rien à l'État. Génial. Moi, je ne sais pas. Macron, en fait, il a retiré plus d'un milliard aux hôpitaux en 2018. Puis là, il récupère 400 000 euros grâce à des influenceurs. Il est content. Je ne sais pas moi quoi vous dire. On a des clowns à la tête de l'État. Non, mais on a clairement des clowns à la tête de l'État. Si c'est ça, la politique, ça me fait peur pour l'avenir de notre pays. Les jeunes ne sont pas dupes. Et j'espère qu'ils feront entendre leur voix.
Parce qu'il y a eu une époque où on se foutait des étudiants, puisqu'on n'augmentait pas plus les budgets. Enfin, on ne détruisait pas, en tous les cas, ce qui est le cas depuis Macron. On ne détruisait pas l'État social. Mais on n'augmentait pas énormément les budgets. Mais au moins, on recevait des délégations d'étudiants normaux pour qu'ils disent… Aujourd'hui, on ne leur fait même pas cet honneur-là. On reçoit des influenceurs, des gens qui ne sont même plus étudiants. Donc on est vraiment, pour moi, on a atteint encore une fois le degré de foutage de gueule maximum à l'égard de la jeunesse.
Le 8 mars, on célébrait la journée internationale des droits des femmes. Et quand on pense aux droits des femmes, on a tendance à se focaliser sur la question de l'égalité des droits ou encore sur le recul des agressions sexuelles. Au risque d'oublier que les femmes peuvent également être les principales victimes de réformes économiques qui s'appliquent à tous les citoyens. En effet, elles sont les premières touchées par les mesures de flexibilisation du travail, étant surreprésentées parmi les salariés en contrat précaire. Ce sont donc avant tout les femmes qui subissent l'impact de réformes comme les deux lois travail ou la réforme à venir de l'assurance chômage.
J'ai une question toute bête, Thomas. Pourquoi il y a autant de femmes en CDD, en intérim, en contrat précaire ?
Parce que dans notre société actuelle, encore aujourd'hui, les femmes, elles doivent combiner… C'est elles les premières, en fait, à devoir combiner vie familiale et travail. Cet ajustement, il est rarement pris encore aujourd'hui par l'homme. Donc, par exemple, je reviens à ce qu'on avait dit au début, si une femme ne trouve pas une place en crèche pour son bébé, ce qui est le cas de la majorité, encore une fois, puisqu'il n'y a pas suffisamment de place et qu'on ne veut pas investir là-dedans parce qu'on juge que ce n'est pas utile, qu'est-ce qui se passe ? Dans sa tête, il y a un arbitrage à faire.
Soit elle la laisse à une nounou, mais ça coûte 1000 euros, ou soit elle ne laisse pas une nounou et elle arrête de travailler, et elle s'occupe de l'enfant. Donc, c'est la femme qui se sacrifiera et qui fera cet arbitrage, et pas l'homme. Et donc, les contrats précaires, les temps partiels, etc., sont beaucoup plus choisis par les femmes qui doivent gérer et l'aspect familial et l'aspect travail.
Quelle est la proportion en chiffre des femmes par rapport aux hommes dans ces emplois précaires ?
Les femmes sont deux fois plus représentées que les hommes dans les emplois précaires. De manière générale, elles sont beaucoup plus représentées dans les CDD, elles sont moins syndiquées, elles sont plus dans les petites entreprises, Donc, il y a un certain nombre d'endroits où sont les femmes et où, justement, la loi travail réforme les protections de ce type d'emploi, ce qui les expose beaucoup plus, finalement, à la flexibilisation du marché du travail que les hommes.
Quels seront les effets, concrètement, de la loi travail conjuguée à la nouvelle réforme de l'assurance chômage sur les salariés précaires ?
Sur la loi travail, vous regardez déjà l'inversion de la hiérarchie des normes. Sur l'inversion de la hiérarchie des normes, vous pouvez déterminer un certain nombre de droits dans l'entreprise, notamment les congés maladies pour les enfants, le changement des horaires. Et tout ça, ce sont des contraintes supplémentaires chez une femme qui doit, encore une fois, arbitrer entre la gestion de la vie familiale et la gestion du travail. Donc, c'est elle qui en est la principale victime. Et d'ailleurs, de manière générale, les femmes sont déjà les variables d'ajustement, finalement, des entreprises, puisque c'est elles qui ont les emplois précaires.
Et avec cette loi travail, on va leur permettre, parce que vous savez, la loi travail, le principe de base, c'était de plus facilement licencier pour embaucher. Donc, on sait très bien qu'une partie de ces emplois précaires vont être touchées par la loi travail et donc, ce seront majoritairement des femmes. Et c'est là qu'il faut quand même interroger nos politiques, là. J'ai vu, ils ont tous tweeté, ils ont tous dit c'est la journée des droits des femmes. Mais à un moment, il faut arrêter de segmenter les choses. Si vous êtes pour augmenter le droit des femmes, alors ne passez pas des lois qui vont majoritairement peser sur les femmes.
C'est ça, en fait, de ne pas segmenter les choses, vous voyez ? C'est de comprendre qu'une loi, quand vous la mettez en place, elle n'est pas neutre. Elle va frapper des gens plus que d'autres. Et là, dans le cadre de la loi travail, on est sûr que ça va frapper beaucoup plus les femmes et les emplois précaires. Quand vous n'êtes pas syndiqués et qu'on peut plus facilement vous virer, bon, là, ça touche majoritairement des femmes. Et sur l'assurance chômage, c'est pareil. L'assurance chômage, les gens qui vont être frappés, c'est les carrières discontinues. Mais qui sont les carrières discontinues aujourd'hui ? C'est majoritairement les femmes, encore une fois.
Donc, vous frappez les femmes à deux niveaux. Dans la sécurisation de leur emploi quand elles sont en emploi, qui sont déjà des emplois précaires. Et après, dans le fait que, quand elles perdront leur emploi, elles pourront avoir accès ou non à une assurance chômage. Donc, il faut être cohérent. On ne peut pas défendre le droit des femmes et passer ce type de loi. C'est ça la plus grande hypocrisie, en fait, du capitalisme libéral et de la Macronie. C'est de dire des grands mots, des grandes phrases, de s'afficher avec des féministes, mais après, passer des lois qui vont toucher majoritairement des femmes et des femmes les plus précaires et les plus pauvres.
Quelles réformes économiques on pourrait mettre en place pour diminuer la précarité de ces salariés ?
Déjà, ne pas mettre en place des lois qui permettent de s'en débarrasser plus rapidement. Ça, c'est la première des choses. Faire en sorte que le chômage soit considéré plus comme, finalement, une tare individuelle, mais quelque chose de collectif. C'est-à-dire, quelqu'un qui est éjecté du marché de l'emploi, ce n'est pas de sa faute. Et ça ne va pas être de sa faute dans les prochains mois. Et ce n'est pas de sa faute en ce moment. On l'a bien compris. D'accord ? Donc, il faut que l'ensemble de la communauté assure un revenu de subsistance. Femmes monoparentales qui élèvent seuls leurs enfants. Et puis après, c'est l'ensemble du système.
Si vous offrez des places en crèche, vous permettez à la femme d'avoir des formations, vous permettez à la femme d'avoir un travail. Si vous diminuez les places en crèche, voilà, vous obligez la femme à faire un arbitrage en faveur de la vie familiale plutôt que de l'emploi. Donc, c'est un ensemble de choses dans la société. Pareil pour les emplois dans les collectivités locales, dans les clubs sportifs, etc. Tout ce que je dis, tout ça est un ensemble de choses que vous pouvez faire. Un, pour faire repartir l'économie. Deux, pour faire en sorte que pendant les temps de travail, il y ait des activités qui soient offertes de qualité aux enfants. Voilà.
Parce que c'est la femme, encore une fois, qui va s'ajuster, qui va devoir aller chercher l'enfant à 5 heures. Ce n'est pas l'homme qui va le faire. C'est la femme qui va garder l'enfant quand il sera malade. Les statistiques du monde, ce n'est pas l'homme qui va le faire. Et c'est la femme, si demain, il n'y a pas de place en crèche, qui va garder l'enfant. Ce n'est pas l'homme qui va le faire. Donc, il faut faire en sorte d'offrir justement des possibilités pour que ce ne soit plus la femme qui fasse ça. Donc, la lutte pour des meilleurs droits accordés aux femmes, c'est une lutte, bien sûr, sur plein d'aspects, mais aussi sur le modèle économique.
Parce que le modèle économique, aujourd'hui, il joue clairement contre la femme. Il faut le dire.
C'est la fin de notre chronique L'Instant Écho avec Thomas Porcher. Si elle vous a plu, n'hésitez pas à la partager sur les réseaux sociaux. Pour soutenir le média, devenez sociaux. Faites un don au Média et à bientôt.
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