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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 23 décembre 2021 27 minContradictoireFond programmatiqueEnvironnement & énergieAgriculture & alimentationSolidarités & familleÉconomie & entreprises

Condition animale : Florence Burgat et Louis Schweitzer pointent un "paradoxe" entre la pensée et les actes

Source d'origine 4 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 65 %Attaque 20 %Défensif 15 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:16OuverteRéponse directe

    Comment mieux traiter les animaux sauvages, de compagnie et surtout d'élevage ?

  • 0:28OuverteRéponse partielle

    Comment sortir du paradoxe français entre 85% favorables à l'interdiction de l'élevage intensif et 3 millions d'animaux abattus quotidiennement ?

  • 1:52OuverteRéponse directe

    Avez-vous changé dans votre réflexion sur le bien-être animal ?

  • 2:19OuverteRéponse directe

    Une loi sur le bien-être animal a été votée le mois dernier. Est-ce que les choses changent ?

  • 2:59RelanceRéponse directe

    Cette loi apporte-t-elle des améliorations notables et va-t-elle assez loin ?

  • 3:50RelanceRéponse directe

    Le gouvernement n'a-t-il pas été assez loin à cause de la pression des lobbies ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:28PrésentateurChiffre
    « 85% d'entre vous se disent favorables à l'interdiction de l'élevage intensif. »
  • 0:28PrésentateurChiffre
    « 86 kilos de viande que chaque français consomme en moyenne chaque année. »
  • 2:19PrésentateurFait
    « Une loi sur le bien-être animal a été votée le mois dernier. »
  • 2:19PrésentateurFait
    « À partir du 1er janvier prochain, le broyage des poussins, la castration des porcelets seront interdits en France. »
  • 3:15Invité politiqueFait
    « Le fait qu'on ait une loi votée par la quasi-totalité des parlementaires en accord pour améliorer la condition animale est en soi un fait nouveau. »
  • 3:37Invité politiqueFait
    « La plus grande masse des mammifères aujourd'hui dans le monde sont les animaux d'élevage. »
  • 6:15Invité politiqueFait
    « Les conditions d'abattage qu'il faut améliorer, il n'y a pas de débat là-dessus. »
  • 6:25Invité politiqueFait
    « Des poulets tellement tassés qu'ils se battent entre eux, qu'ils s'arrachent leurs plumes. »
  • 6:29Invité politiqueFait
    « Les cochons sont tellement tassés entre eux, ils ont des conditions de vie si difficiles qu'ils en sont à faire une forme de cannibalisme. »
  • 8:05InvitéChiffre
    « Les poulets fermiers biologiques vivent entre 83 et 93 jours, et le poulet d'élevage intensif vit 40 jours. »
  • 10:40Invité politiquePromesse
    « Il va falloir réduire la consommation de viande. »
  • 11:20Invité politiqueFait
    « Un des critères de la lutte contre la pauvreté, c'est que les personnes pauvres ne peuvent pas, pour des raisons financières, manger de la viande deux fois par semaine. »
  • 11:59InvitéChiffre
    « Il reste 4%, les animaux sauvages représentent uniquement 4% de la totalité des mammifères. »
  • 22:42Invité politiqueFait
    « Le fait qu'il y ait un parti animaliste qui ait 2% des voix, ça a été un traumatisme pour beaucoup de politiques. »
  • 22:59Invité politiqueFait
    « La Suisse est plus avancée que nous. Les pays scandinaves sont plus avancés que nous. »

Temps de parole

  • Invité politique37 %
  • Invité29 %
  • Présentateur14 %
  • Invité 28 %
  • Locuteur non identifié7 %
  • Locuteur non identifié 24 %
  • Locuteur non identifié 32 %

3,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Ce matin avec Alexandra Ben Saïd, un grand entretien qui poursuit la série de débats engagés ici même autour des questions qui agitent la société française à quelques mois de l'élection présidentielle. On parle ce matin du bien-être animal. Comment mieux traiter les animaux sauvages, de compagnie et surtout d'élevage ? Ceux qui seront au menu de vos réveillons et dont les conditions de vie et d'abattage sont régulièrement dénoncées. Comment sortir du paradoxe français ? 85% d'entre vous se disent favorables à l'interdiction de l'élevage intensif.

Sondage IFOP en janvier dernier mais dans le même temps 3 millions d'animaux, 3 millions sont abattus dans le pays chaque jour en partie pour fournir les 86 kilos de viande que chaque français consomme en moyenne chaque année. Pour débattre et répondre à vos questions au 01 45 24 7000 ou via l'application France Inter, deux invités. D'abord Florence Burga, bonjour. Bonjour. Vous êtes philosophe, vous enseignez à l'école normale supérieure. Votre ouvrage qui fait référence sur ce sujet, l'humanité carnivore. En 2017, vous êtes ce qu'on appelle une abolitionniste. Vous nous direz de quoi il s'agit. Avec nous également Louis Schweitzer. Bonjour. Bonjour.

On vous connaît comme grand patron à la tête de Renaud, un peu moins comme président de la fondation du droit animal depuis 2012. Vous avez publié en 2020 l'an dernier, faut-il arrêter de manger de la viande ? Louis Schweitzer, vous êtes le symbole finalement de cette prise de conscience qui est celle de nombreux français. Comment est-ce que vous en êtes venu à vous engager en faveur du bien-être animal ?

1:28
Invité politique

Bon, vous savez, dans la vie on a des convictions, quelquefois on a l'occasion de les mettre en œuvre. Dans ma vie antérieure, je n'avais pas vraiment eu l'occasion de mettre en œuvre mes convictions. Et là, sur ce sujet, j'ai la capacité d'agir à la LFDA, au comité d'éthique de l'ordre des vétérinaires, de façon à faire progresser la condition animale en France et en Europe.

1:52
Présentateur

Mais vous avez changé dans votre réflexion ?

1:55
Invité politique

Non. Vous savez, je suis passé d'une situation où j'avais une opinion, mais je n'en tirais pas de conséquences, à une situation où je pensais qu'il fallait agir en lien avec mon opinion pour faire progresser les choses.

2:10
Présentateur

Florence Burga, 40% des Français se disent flexitariens, c'est-à-dire qu'ils ont nettement réduit leur consommation de viande. Une loi sur le bien-être animal a été votée le mois dernier. A partir du 1er janvier prochain, le broyage des poussins, la castration des porcelets seront interdits en France. Est-ce que les choses changent ?

2:28
Invité

Alors oui, dans la mesure où vous évoquez ces nouvelles dispositions, on peut dire qu'il y a une prise de conscience dans le monde politique et dans la société française. Et je pense que pour cette cause, comme pour d'autres, ce sont les comportements qui changent les derniers. Et que les idées et nos façons de parler, de penser, sont toujours un petit peu en avance sur nos comportements.

2:50
Présentateur

Donc c'est la clé du paradoxe que j'évoquais en introduction ?

2:53
Locuteur non identifié

Je pense que c'est une des clés de ce paradoxe, oui.

2:55
Invité

On a eu une loi sur la condition animale en novembre dernier, Louis Schwetzer. Est-ce que cette loi apporte des améliorations notables et est-ce qu'elle va assez loin ?

3:05
Invité politique

Bon, le fait qu'on ait une loi votée par la quasi-totalité des parlementaires en accord pour améliorer la condition animale est en soi un fait nouveau. Quand on a changé le code civil, ça avait été très très difficile. En 2015 ? En 2015. Et ça c'est positif. Cette loi aborde les animaux de compagnie et les animaux sauvages captifs. C'est deux sujets importants, mais ce ne sont pas les sujets les plus difficiles qui sont l'élevage. La plus grande masse des mammifères aujourd'hui dans le monde sont les animaux d'élevage. Et le sujet de la faune sauvage, des animaux en liberté.

3:46
Invité

Vous pensez, vous dites qu'il y a un sujet sur la chasse. Et ce gouvernement n'a pas été assez loin parce qu'il a subi la pression des lobbies.

3:57
Invité politique

Je pense que ce gouvernement fait partie d'une génération, si je puis dire, où la compréhension du sujet animal n'est pas encore acquise.

4:09
Invité

Et Florence Burgan, le poids des lobbies, vous le voyez, vous l'avez vu ? Moi je ne suis pas la mieux placée pour parler du poids des lobbies. Je renverrai au livre de l'économiste Romain Espinoza, qui a tout un chapitre, économie de la condition animale. Il a tout un chapitre très documenté sur le poids du lobby agricole et sur sa présence, son omniprésence dans les ministères. Et l'influence sur, par exemple, le programme nutrition santé. Je voulais juste ajouter un tout petit mot pour aller dans le sens du paradoxe dont vous parliez. En 2015, il a été très difficile de faire introduire dans le code civil une définition intrinsèque des animaux, c'est-à-dire à partir de ce qu'ils sont.

Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Et dans le même temps, le législateur affirme explicitement à la ligne suivante, il reste soumis au régime des biens. Le bien ou la chose étant la même chose en droit, c'est-à-dire la possibilité d'user, d'abuser et de détruire la chose. Donc voilà le grand paradoxe de la législation qui porte sur les animaux, c'est-à-dire reconnaître des qualités qui moralement obligent, pour toute une tradition de pensée, le fait d'être sensible et en même temps de dire « nous continuerons à les traiter comme s'ils étaient des choses ». Voilà un gros point de blocage.

5:24
Présentateur

Alors, quel est le problème principal aujourd'hui, Louis Schwetzer ? Est-ce que c'est la quantité de viande que nous consommons ou bien est-ce que ce sont ces conditions de production ?

5:32
Invité politique

Pour moi, les deux sont un peu liés. Bien sûr, plus les gens consomment de viande et plus on va vers une industrialisation de la production de cela. Parce que l'industrialisation, c'est quoi ? C'est le maximum de production avec le minimum d'argent. Et donc, ça incite à des conditions de production. On parle beaucoup des conditions d'abattage, mais le vrai problème des animaux d'élevage, c'est moins l'abattage que les conditions de vie. Je veux dire, au fond, nous mourons tous, tous les animaux meurent et les conditions d'abattage qu'il faut améliorer. Il n'y a pas de débat là-dessus. C'est une fin de vie qui n'est pas plus douloureuse que l'autre.

En revanche, les conditions de vie des animaux d'élevage, quand vous les voyez, quand vous voyez, par exemple, des poulets tellement tassés qu'ils se battent entre eux, qu'ils s'arrachent leurs plumes, quand vous voyez des cochons, pourquoi est-ce qu'on coupait la queue des cochons ? Parce que les cochons sont tellement tassés entre eux, ils ont des conditions de vie si difficiles qu'ils en sont à faire une forme de cannibalisme, c'est-à-dire à se mordre la queue et se mordre les oreilles. Et donc, c'est des conditions de vie qui sont insupportables, encore beaucoup plus que les conditions de mort.

6:46
Présentateur

Et vous pensez qu'on peut produire de la viande différemment, autrement, aujourd'hui, en nourrissant la population ?

6:52
Invité politique

Bien sûr, bien sûr. Je suis frappé, on a engagé, à l'initiative de la LFDA, un processus d'étiquetage du bien-être animal. On a commencé par les poulets. Et pourquoi les poulets ? Parce que les poulets ont une vie relativement simple, et parce qu'on sait qu'un poulet fermier, c'est-à-dire un poulet qui a eu accès à un parcours arboré, qui n'a pas été tassé, qui n'a pas été transporté pendant des heures, bref, un poulet qui a eu des conditions de vie correctes est en plus un meilleur produit.

Et donc, il a été plus facile de convaincre des éleveurs, qui ne sont pas des gens qui font fortune, il faut avoir conscience que dans les lobbies, au fond, les éleveurs, ils défendent un gagne-pain pour eux. Donc, on a pu les convaincre que c'était aussi leur intérêt de donner de meilleures conditions de vie aux animaux de ferme.

7:44
Invité

Florence Burga, en écoutant Louis-Schwezer, vous êtes d'accord, améliorer la condition animale, ça peut être aussi continuer à manger de la viande, mais améliorer les conditions d'élevage. Et finalement, la question de l'abattage, tout le monde meurt un jour, dites en substance Louis-Schwezer. Alors là, c'est vrai que je marquerais mon désaccord sur plusieurs points. Premièrement, les poulets fermiers biologiques vivent entre 83 et 93 jours, et le poulet d'élevage intensif vit 40 jours.

8:17
Invité politique

Même 30.

8:18
Invité

Même 30. Donc, on peut dire qu'ils n'ont pas du tout de vie, et que certes, il vaut mieux qu'ils passent ces quelques semaines en plein air qu'en fermer. Je pense que tout le monde sera d'accord. Mais enfin, il faut bien voir un problème de disproportion entre le plaisir, le pur plaisir que nous avons à manger un poulet rôti, et puis ce qu'il en coûte au poulet. C'est-à-dire de n'avoir, à peine commence-t-il à avoir une vie, qu'il est abattu. Alors, dire que nous mourrons tous un jour, bien sûr, mais à qui peut-on souhaiter d'être abattu au moment où il commence son existence ? D'autre part, il me semble que derrière ces labels, il faudrait des contrôles indépendants constants.

Nous avons vu, nous avons appris par l'avant-dernière vidéo de l'association L214, que le label préférence de chez Erta correspondait en réalité à des traitements épouvantables. Donc, bien sûr que...

9:20
Locuteur non identifié

Donc, il ne faut plus manger de viande ?

9:21
Invité

Alors, ça ne se fera pas du jour au lendemain, tout le monde en a bien conscience. Mais c'est votre conviction profonde ? C'est ma conviction profonde, et peut-être j'éterrai tout à l'heure ce point de vue.

9:30
Invité politique

Louis Schwetzer ? Oui, il faut distinguer des revendications commerciales, marketing d'entreprises, qui n'offrent pas de garantie en elles-mêmes, d'un système d'étiquetage. Un système d'étiquetage, c'est un système où des contrôleurs indépendants contrôlent effectivement, régulièrement, avec des surcontrôles, les conditions de vie, de naissance de vie et de mort des animaux, et que ces critères de bien-être sont basés sur la science et sur l'expertise. Je reprends l'exemple de mes poulets. Il y a 230 critères dans l'étiquetage bien-être animal des poulets qui permettent de suivre la vie du poulet de la naissance à la mort, et de contrôler.

Par exemple, la vidéo en abattoir est absolument indispensable pour avoir les meilleures notes.

10:22
Invité

Louis Schwetzer, il y a une dimension économique dans ce que vous dites, et vous avez été le patron de Renault, ça évidemment, vous la connaissez, il y a une dimension, quand on dit qu'il va falloir améliorer les conditions pour les animaux, ça veut dire beaucoup d'investissements pour les agriculteurs, ça veut aussi dire pour le consommateur que la viande va être plus chère.

10:40
Invité politique

Oui, mais il faut avoir conscience que, même si on n'est pas végan ou végétarien, dans nos pays riches, pour des raisons environnementales et pas seulement morales, il va falloir réduire la consommation de viande. En revanche, dans les pays moins riches, il y a une tendance constante à l'accroissement de la consommation de viande, parce que dans ces pays, disons, une alimentation équilibrée, contrairement à ce qui est le cas dans un pays évolué, implique une consommation de produits animaux, de la viande, du lait, des oeufs.

11:12
Présentateur

Mais ça veut dire que dans ce modèle, Louis Schwetzer, tout le monde ne peut pas se payer de la viande ?

11:16
Invité politique

Entendons-nous, tout le monde ne peut pas se payer peut-être de la viande deux fois par jour. D'ailleurs, un des critères de la lutte contre la pauvreté, c'est que les personnes pauvres ne peuvent pas, pour des raisons financières, manger de la viande deux fois par semaine. Mais, je le redis, oui, il s'agit de manger moins de viande, en tout cas, et de la viande de meilleure qualité.

11:38
Présentateur

Florence Burga, diminuer notre consommation de viande, jusqu'où ? La question de la santé est importante ?

11:44
Invité

Alors, avant, je voudrais juste ajouter une chose, c'est que convertir l'élevage industriel, qui est industrialisé à 96% en France, ça dépend des plus ou moins certaines espèces, ça veut dire mettre les animaux dehors, et ça veut dire avoir énormément de place. Or, nous n'avons plus de place. Il reste 4%, les animaux sauvages représentent uniquement 4% de la totalité des mammifères, donc il faudra mobiliser énormément de terres.

12:08
Présentateur

Ce que dit Louis Schoetzer, ce n'est pas possible. Plus de mètres carrés par animaux, ça ne marche pas.

12:11
Invité

C'est possible, à condition de réduire drastiquement la consommation. Ça, il faut en avoir conscience, on ne peut pas à la fois mettre les animaux dehors, et manger de la viande 2 ou 3 fois par jour. Ce qui est de la folie, d'ailleurs. Lorsque vous dites, in fine, on arrêtera de manger de la viande, moi j'aimerais vous entendre sur pourquoi est-ce qu'on mange de la viande ? Vous n'avez pas l'air de penser que les êtres humains ont besoin de ces protéines animales ? Dans le travail que j'ai fait et que vous avez cité, je me suis posé la question suivante.

Pourquoi, au moment où l'humanité n'a jamais été aussi libre que de choisir son régime, puisque nous connaissons la nutrition, que nous savons où trouver les protéines végétales, etc. Il y a au contraire un accroissement de la consommation de viande. Alors on peut y répondre par tout un ensemble de raisons, historiques, économiques, nutritionnelles, naturelles, etc. Mais il me semble qu'on n'épuise pas la question en explorant toutes ces raisons, qui ont leur valeur, et qu'il faut se demander pourquoi nous voulons finalement tuer les animaux et les manger.

Donc j'en arrive, au bout d'une longue démonstration, à l'idée que peut-être nous mangeons de la viande plus pour tuer les animaux, que nous ne tuons les animaux pour manger de la viande. Parce qu'on voit bien qu'il y a une crispation absolument très forte.

13:34
Présentateur

Pour donner la mort, c'est vraiment ça la motivation.

13:37
Invité

Pourquoi vouloir tant de malheurs aux animaux ? Parce qu'on ne peut pas dire autre chose quand on voit ces animaux de boucherie, de dire qu'on leur souhaite quand même le pire. En bas âge, ils se font tuer à peine nés. Donc il y a une question là très profonde.

13:53
Présentateur

Je vous sens sceptique, Louis Schveldzer, je vous donne la parole et puis on ira au standard d'envers.

13:56
Invité politique

Oui, non, je ne suis au fond pas convaincu par cette thèse. Je ne vois pas que les gens mangent des animaux pour donner la mort. Ils mangent des animaux pour se nourrir, ce qu'ils font depuis des dizaines ou des centaines de milliers d'années. Et donc c'est une habitude, c'est une pratique, qui a permis le développement de l'humanité à un moment donné. On associe le début de l'alimentation carnée au fait que l'espèce humaine a progressé. Donc ils le font pour des raisons d'alimentation, ils le font pour des raisons d'habitude.

Et la prise de conscience actuelle est liée au fait que les gens voient la condition animale et comprennent la condition animale ce qu'ils ne voyaient pas il y a 50 ou 100 ans de la même façon. Donc on a une différence là-dessus. Il y a une chose commune et essentielle, c'est qu'aujourd'hui l'immense majorité des gens mangent de la viande et qu'il faut que cette action ne se traduise pas par des conditions de vie insupportables pour les animaux.

Ça a des coûts, un coût économique, et il faut aider les éleveurs à supporter ce coût économique, leur permettre d'investir pour améliorer la condition animale et payer ce qu'ils produisent au prix nécessaire pour que les conditions de vie de ces animaux soient acceptables. C'est ça notre enjeu.

15:13
Présentateur

Benjamin est au Standard de France Inter. Bonjour Benjamin.

15:16
Locuteur non identifié

Bonjour. Vous vous appelez de Saint-Ouen. Absolument. Je vous appelle parce que j'ai l'impression... Est-ce que vous êtes toujours avec nous Benjamin ? Oui, oui, je suis là. Allez-y. J'ai l'impression que les gens qui nous parlent n'ont pas conscience que les éleveurs, depuis que l'élevage existe, protègent des centaines d'espèces et de races animales. C'est-à-dire que si on n'était pas en France avec le bœuf de Salers, par exemple, ou la vache charolaise, on serait comme aux Pays-Bas avec une seule race, comme la prime Holstein, et point, on n'aurait que de l'élevage ultra-intensif, dégueulasse, et aucune espèce, aucune diversité animale.

Et moi, je ne mange plus de viande, suite aux vidéos de L214, mais j'apprécie quand je prends le train de voir la diversité animale. Mais vous ne mangez plus de viande, Benjamin ? Non, non, non, je ne mange plus de viande, et pas par goût de donner la mort, juste par respect animal, parce que bon, comme disait François D'Assise, les animaux sont mes amis, et je ne mange pas mes animés.

16:19
Présentateur

Merci, Benjamin, pour cette question. Florence Bourga vous répond.

16:22
Invité

Alors, on pourrait imaginer que les vaches soient des animaux qui fassent autre chose que de la viande, qui entretiennent les prairies, qui soient des animaux de compagnie, comme le sont les ânes, les chevaux. On peut imaginer ça, des moutons, des chèvres. Pourquoi faut-il qu'il y ait une masse énorme d'animaux ? Pour un usage paysager, en quelque sorte.

16:40
Invité politique

Pourquoi pas ?

16:40
Invité

Pourquoi pas ?

16:42
Invité politique

Oui, non, mais la critique ou l'attaque qu'évoque notre interlocuteur porte sur un élevage industriel de type hollandais qui ont effectivement, chez eux, ils mangent des animaux de ferme, mais ils exportent des animaux industriels. Et ça, c'est quelque chose d'épouvantable. On crée des espèces animales qui ne peuvent pas vivre seules. C'est ça. Et donc, je crois qu'en défendant un élevage fermier qui permette aux éleveurs de vivre, on répond à la préoccupation de votre interlocuteur.

17:14
Invité

Une question de Guy sur l'application France Inter. Il nous écrit, il habite dans Lyon. Sur les autoroutes, on voyait passer des camions qui allaient aux abattoirs avec des ports transportés dans des conditions honteuses. Il faut favoriser, c'est ce que vous dites finalement, les circuits courts pour éviter ces problèmes. Louis Schoetzer.

17:32
Invité politique

Absolument. Dans les choses qu'on peut changer très vite. On peut interdire de transporter des animaux pendant 8, 10, 12, 15 heures dans des camions dans des conditions épouvantables. On peut interdire l'exportation d'animaux vivants par voie maritime ou autre vers d'autres pays d'Europe que l'Europe, où les conditions d'abattage sont épouvantables. Donc ça, c'est des règles simples qu'on peut mettre en œuvre maintenant et qui ne mettent en rien en cause la situation des éleveurs.

18:01
Présentateur

Nous accueillons Étienne qui nous accueille du département du Maine-et-Loire et qui est éleveur. Bonjour Étienne.

18:07
Locuteur non identifié

Oui, bonjour. Bonjour à tous. Merci de vos interventions. Oui, moi je voudrais évoquer le grand travail qui est fait depuis une douzaine de données par le réseau des agricultures paysannes en France et en Europe. Et je rejoins ce qu'a dit Benjamin sur la question de la diversité puisque en fait, une des grandes réflexions, c'est de définir les objectifs de la mise en élevage.

Et cette grande diversité des animaux qu'on souhaite en s'attaquant à la spécialisation, à la segmentation des process, c'est-à-dire en faisant dans nos élevages l'ensemble des actes pour faire grandir, pour faire naître, pour faire grandir, pour faire mourir, nous ramène en fait dans l'objectif de mixité des compétences des animaux. Et réduire la question de l'élevage à la question de la viande, ça me paraît un peu réduit. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, bon nombre d'éleveurs travaillent sur la question de la multicompétence des animaux. On fabrique, on fait des œufs, on fait du miel, on fait des fromages.

La mort, la mort arrive parce que la naissance arrive et pour que la naissance vienne ensuite, il faut bien, il faut bien, moi ma ferme, c'est une planète, je ne vais pas laisser indéfiniment croître mon cheptel. Par contre, je les respecte.

19:31
Présentateur

Vous avez beaucoup de bêtes, Étienne ?

19:33
Locuteur non identifié

J'ai une centaine de chèvres, j'ai une quarantaine de bovins, voilà, c'est une petite ferme de 50 hectares. Néanmoins, ma planète a des contours finis et donc je fournis de l'alimentation. Donc c'est l'objectif de ma mise en élevage. Merci. Donc ce que je veux dire, c'est qu'il ne faut pas réduire la question d'abord à la viande uniquement et à la mort, mais en fait, ce qui est condamnable en plus, c'est qu'il y a un grand nombre de produits animaux qui ne sont pas destinés à l'alimentation.

20:02
Présentateur

Merci Étienne pour ce témoignage. Florence Burga, peut-être une réaction ?

20:06
Invité

Alors oui, mais simplement, là on est en train de parler de ce qui pose problème d'un point de vue éthique ou moral et donc c'est le fait de disposer de la vie et de la mort des animaux. C'est pour ça qu'on parle de ça. Florence Burga, est-ce que vous regardez les recherches actuelles de la foodtech, c'est-à-dire les start-up qui s'occupent de nourriture et notamment celles qui font de la viande en laboratoire ? Est-ce que ça serait une solution acceptable à vos yeux puisqu'on a compris que vous êtes abolitionniste ? Oui, je pense que c'est une piste intéressante. Je pense que, bien sûr, la piste la plus intéressante, c'est de végétaliser l'alimentation.

Il faut savoir qu'au moment où l'agriculture, il y a très longtemps, donc s'est développée, après la période des chasseurs-cueilleurs au moment du néolithique, beaucoup de plantes très nutritives ont été abandonnées. Ces cultures ont été abandonnées. Telles que ? Alors, je n'ai pas les noms des plantes en tête, mais enfin, on le trouve, on trouve ses recherches chez Lévi-Strauss, chez Jaron Diamond. Donc, on pourrait rediversifier une alimentation végétale très protéinée et cette piste de la viande de synthèse, donc créée à partir de cellules musculaires, me semble une piste intéressante comme phase de transition, peut-être.

21:21
Présentateur

Je vous livre une étude du cabinet Keurney. En 2040, la viande naturelle ne représentera plus que 40% du marché global, 35% pour la viande cellulaire produite en laboratoire et les viandes végétales, si je puis dire, 25%, est-ce que c'est un mix qui vous paraît envisageable dans moins de 20 ans ?

21:37
Invité politique

Les prévisions à long terme sont toujours difficiles. Oui, Schweitzer. Ce que je sais, c'est que la production industrielle est moralement condamnable et pas nécessaire à l'alimentation humaine. Donc, effectivement, cette piste que vous évoquez est possible si et seulement si, à mes yeux, on permet par ailleurs de préserver en France un élevage de qualité, un élevage fermier. Et avec la concurrence mondiale, il faut le reconnaître, nous recevons des pays du monde mais aussi d'autres pays européens des produits carnés qui sont pas chers et mauvais.

22:16
Invité

Alors, on entend qu'il y a une dimension politique dans ce que vous dites. Est-ce que la classe politique, le personnel politique est à l'écoute de ceci ? Est-ce que là, on est en pleine campagne présidentielle ? Vous avez signé une tribune, Louis Schweitzer, pour rappeler justement les candidats à s'exprimer sur le sujet. Alors, évidemment, il y a la question sanitaire qui occupe les esprits en ce moment, mais est-ce que vous sentez de l'écoute ?

22:39
Invité politique

Écoutez, je sens une évolution. Le fait qu'il y ait un parti animaliste qui ait 2% des voix, ça a été un traumatisme pour beaucoup de politiques. Aux élections européennes. c'est-à-dire qu'il y avait une sorte d'indifférence à la condition animale dans le monde politique. C'est en train de changer. On est, à mes yeux, en tout cas en France, au début du changement. Il y a des pays qui sont plus avancés que nous. La Suisse est plus avancée que nous. Les pays scandinaves sont plus avancés que nous. J'aimerais que la France soit dans ce domaine au premier rang pour des raisons morales et, je dirais, éthiques, oui.

23:15
Présentateur

Sur l'action publique, justement, question d'Anne-Catherine qui nous appelle du GERS. Bonjour Anne-Catherine.

23:20
Locuteur non identifié

Bonjour. Je voudrais réagir à ce que vient de dire M. Schweeter par rapport au bien-être animal et aux mesures que le gouvernement nous impose. Depuis le 6 novembre, nous les paysans bio qui élevons des volailles en plein air, nous sommes obligés de closser nos animaux pour prévenir les risques de grippe aviaire qui, on peut le constater, actuellement ne se développent que dans les gros élevages closserés, fermés. Et donc, comment est-ce qu'on peut se situer par rapport à ça et comment est-ce qu'on peut faire pour nous défendre, nous les petits producteurs qui maintenons l'élevage en plein air pour le bien-être animal mais aussi pour la qualité des produits proposés à la vente à nos clients.

23:58
Invité politique

Bon, c'est clair que le bien-être animal passe par l'accès à l'air libre et donc qu'il faut protéger, préserver, encourager l'élevage comprenant cet accès. ça nous sommes d'accord là-dessus et vous en êtes convaincu madame. Il y a des mesures d'hygiène, nous sommes tous dans ce studio masqué, au moment où il y a des épidémies, il y a des mesures de protection. C'est l'affaire des scientifiques et je n'en suis pas un, de savoir faire ce qui est nécessaire et pas plus.

24:29
Présentateur

Il y a la question des élevages alors bio, Anne-Catherine témoigne à l'instant sur France Inter. Il y a aussi toute la filière viande en France, plusieurs centaines de milliers de salariés, pas forcément en bio, c'est aussi de l'industriel. Comment vont vivre ces gens demain ? Qu'est-ce qu'on fait de ces emplois ? C'est une question essentielle Louis Schoetzer, Florence Bergar ?

24:51
Invité politique

Oui, mais d'abord pour répondre à une question simple, un élevage respectueux du bien-être animal exige plus de travail, donc plus de personnes et apporte aux personnes qui travaillent dans ces élevages des conditions de vie très supérieures à celles d'un élevage industriel. Donc je pense franchement que passer à un élevage respectueux du bien-être animal ne pose aucun problème d'emploi, au contraire. Florence Bergar ?

25:17
Invité

Oui, je suis tout à fait d'accord et puis tout ça sont des processus de transition. Je pense qu'on ne peut pas toujours invoquer le fait que des activités créent de la main d'oeuvre sans regarder la nature de ces activités. Cet argument ne peut pas être absolument diriment.

25:31
Présentateur

Oui, mais il faut aussi tenir compte de la vie

25:34
Invité

des salariés

25:36
Présentateur

de cette filière.

25:37
Invité

Bien sûr, mais les choses se font de manière transitoire. Il ne s'agit pas de dire demain on arrête tout. Non, vous, vous êtes justement vous êtes abolitioniste mais vous dites qu'il y aura une période de transition. Vous ne voyez pas comment ça peut être autrement ? Bien sûr, bien sûr, les choses ne s'arrêtent pas du jour au lendemain sauf dans les dictatures et ça n'est pas le cas. Mais à la fin, il faudra en sortir et vous dites on peut imaginer un mensonge. Expliquez-nous. C'est un peu compliqué d'expliquer ça parce que je suis partie des travaux qui ont été faits sur ce que les anthropologues, les anthropologues religieuses appellent le sacrifice.

Et on a découvert que dans des régions très différentes et à des époques très différentes, les procédures du sacrifice sanglant intégraient aussi à leur place comme substituts mais pas du tout dans un but moral, comme un substitut équivalent des offrandes végétales, donc des sacrifices non sanglants. Et donc, ce qui fonctionne là-dedans, c'est le récit de l'officiant et je vais très vite, on peut voir qu'il y a une même structure à l'œuvre dans le marketing qui finalement nous fait adhérer à un récit qui n'est pas la vérité, exactement comme dans le processus sacrificiel. Et c'est à partir de là que j'ai développé cette idée.

26:54
Présentateur

Merci à tous les deux d'avoir participé à cet échange, à ce débat, à cette réflexion sur le bien-être animal. Florence Burga et Louis Schetzer, excellente journée à vous.