COMPRENDRE LE FASCISME POUR COMPRENDRE MACRON
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je crois qu'on a oublié de nous dire merci c'est pas grave ça viendra avec le temps l'ingratitude je suis bien placé pour le savoir c'est une maladie non transmissible à l'homme alors Emmanuel Macron c'est à la fois une continuité et une dégringolade s'ils veulent un responsable il est devant vous qu'il viennent le chercher l'ordre l'ordre l'ordre je n'assumerai jamais l'irresponsabilités des autres c'est un style qui renoue avec un style populiste souverainiste excellente les fou lors de discours exalté sur le nouvel empire romain qu'il veut créer nous avons redécouvert ce que les grandes nations pouvaient faire réaliser l'impossible notre cathédrale nous rappelle que nous sommes les héritiers d'un passé plus grand que nous qui peut chaque jour disparaître et je pense que ce paradigme ainsi compris du F ou de la modernité réactionnaire je trouve que ce paradigme nous dit beaucoup de Macron mais également de ses congénèes en un mot nous n'avons pas fini de parler d'immigration et là on a curieusement une sorte de consensus national en disant faut contrôler l'immigration on la contrôle plus aujourd'hui nous avons laissé à l'extrême droite le monopole de la problématisation politique de l'immigration mais que les gens ouvrent les yeux l'histoire de de la France c'est la grandeur de l'immigration [Musique] je suis euh chercheur en sciences sociales du politique j'ai longtemps travaillé au CNRS j'ai également été euh pendant une quinzaine d'années consultant permanent du ministère des Affaires étrangères centre d'analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères c'est important de le mentionner parce que ça me donne aussi un éclairage un peu particulier d'une certaine manière je connais la machine politique de l'Intérieur notamment la politique étrangère de la France de l'intérieur et ensuite à partir de 2015 je suis devenu titulaire d'une chair la chair yvoltramar religion et politique dans le monde contemporain à l'ihid à Genève et fondamentalement je suis resté un chercheur publiant des ouvrages les deux derniers c'est l'énergie de l'État pour une sociologie historique et comparé du politique à la découverte en 2022 et la sociologie historique et comparée du politique c'est vraiment ma méthode c'est vraiment ma démarche que j'ai essayé d'appliquer à travers toute une série de textes de tribunes que blast a eu la gentillesse de publier pour certaines d'entre eux et qui ont donné lieu un petit livre le malheur à la ville dont le prince est un enfant publié l'année dernière en 2 24 aux éditions [Musique] cartala alors Emmanuel Macron c'est à la fois une continuité et une dégringolade ou un glissement si si on veut être plus plus plus gentil euh la continuité et il faut la souligner parce qu'il s'est quand même présenté comme étant l'homme des temps nouveaux comme l'homme de la rupture en réalité Macron n'est que le Xe avatar de la figure du termidorien de l'extrême centre donc c'est termid de rien de la fin de la Révolution française qui transforme une élite révolutionnaire en classe politique professionnalisée et qui prétend gouverner la France à l'extrême centre pour reprendre une formule en usage et qu' notamment c'est cette continuité a bien été mise en évidence par l'historien Pierre CNA Macron est le Xè avatar de de ce répertoire de de de cette veine politique en France qui a donné lieu successivement à Napoléon 1er au saint-simonien à Napoléon I à tout un gouvernement euh technocratique hein que que l'on voit fleurir dès l'entre de guerre qui d'une certaine manière a été sous-jacent au vichisme ou en tout cas certains courants de de l'état de de Vichi mais également à la technostructure de la 4e République ou au grand mouvement de réforme amorcé par le général de Gaulle donc la la la ce positionnement de l'extrême centre est assez ambivalent politiquement même si a unénnominateur commun c'est un petit peu euh l'autoritarisme réformateur on fait le bien du peuple contre la volonté éventuellement du peuple qui n'y comprend rien bon un peu la figure du Goulois rractaire sur laquelle a essayé de prospérer Emmanuel Macron Emmanuel Macron donc c'est une continuité parfois revendiquée cette espèce de d'imaginaire de la France éternel le monts-michel notre- Dame de Paris et cetera mais c'est aussi une dégringolade parce que très rapidement et bien il a basculé à droite et dans une droite alors qu'il prétendait dépasser euh la droite et la gauche faired en même temps très rapidement dès l'été 2018 notamment avec l'affaire Aquarius on a vu qu'il penchait à droite et et même très à droite et là on a peut-être commencé à relire certaines de ses déclarations pendant sa précampagne électorale en 2016 sa visite au puit du Fou de Philippe dev Villier l'hommage à la Pucelle d'Orléan la nostalgie de la monarchie n nous serions affligé en tant que que couloi réfractaire donc il y a une espèce de de remugle d'un d'un imaginaire national assez ranci euh dans lequel Macron s'est crispé avec des épisodes ben que nous connaissons bien le court circuitage systématique des corps intermédiaires qui débouche sur le mouvement des gilets jaunes parce que tous les warnings sont été désamorcés euh l'affaire benala et puis cette attitude très viriliste très matchiste très provocatrice dont il vient encore de donner un exemple affligeant avec ses remontrances à l'encontre des dirigeants d'Afrique de l'Ouest qui nous ont gentiment éconduit ces dernières années en grande partie du fait d'ailleurs de ses propres bêtises diplomatique donc c'est un style qui insensiblement d'année en année renoue avec un style populiste souverainiste [Musique] il s'agit pas comme ça de d'utiliser de manière un peu facile un peu polémique le le terme de fascisme qui qui est un concept mais également une réalité historique très complexe parce que le fascisme on pense d'abord à Mussolini bon national socialisme c'est encore autre chose j'essaie d'utiliser cette notion notamment dans le dernier texte que vous avez publié du point de vue de la sociologie historique est comparée du politique c'est-à-dire véritablement comme fa comme un concept et je reprends une méthode que j'avais précisément déjà utilisé avec thmidor quand j'avais qualifié de termidorien les révolutionnaires par exemple russes ou chinois ou vietnamiens ou Cambodgiens qui cherchaiit à garder le pouvoir que la révolution qu'ils avaient conquis à la faveur de leur révolution il y a déjà nombreuses décennies mais qui cherchait à à libéraliser économiquement dans une certaine proportion leur pays euh donc garder le pouvoir euh reproduire son propre pouvoir en se professionnalisant comme classe politique mais également comme classe dominante et en faisant main basse sur la ville donc ça termidor le termidor de la Révolution française nous permet de construire un paradigme du termidorien de la même manière je vais prendre une définition du fascisme que je vais emprunter à des auteurs italiens parce qu' sont finalement les mieux placés peut-être pour réfléchir sur ce qui a été historiquement le le fascisme euh Umberto eo mais également Antonio Scutari qui vient de de publier un long roman documentaire M m naturellement pour Mussolini et qui s'appuie sur un corpus de documents historiques dont il a une parfaite maîtrise mais qui cherche à à articuler ces documents historiques un récit qui est un récit presque romanesque c'estàd essayer d'imaginer ce qui se passe dans la tête de Mussolini qui d'ailleurs un peu comme Macron est un véritable personnage de roman et vous savez que Macron lui-même s'est présenté ou s'est laissé présenter comme un personnage de roman et ces auteurs italiens insiste sur le le fascisme comme populisme souverainiste hein et et même Scutari dit dans moussolini il y a deux réalités il y a le fascisme avec sa violence euh mais il y a également euh le le populisme comme style politique et notamment comme style de langage un langage très très très très concis es Scutari voit même dans le journaliste Mussolini avant qu'il ne prenne le pouvoir l'inventeur de ce qu' l'on appelle aujourd'hui le tweet bon et ce qui m'intéresse c'est beaucoup plus le moussolini euh populiste le musoussolini publiciste journaliste qui euh séduit euh l'Italie ne la violente pas simplement par la violence des squadr mais la séduit euh par son verbe par sa sa syntaxe très pauvre et part en quelque sorte si vous me pardonnez l'anachronisme par ses tweets bon et Mussolini c'est quelqu'un qui euh relève de ce qu'on a qualifié de modernité réactionnaire c'est-à-dire qu'il il met en œuvre l'attachement au passé à la grandeur de l'empire romain les les valeurs de d'une Italie prétendument détern mais d'un autre côté c'est un homme qui est séduit par le message des futuristes euh Marinetti et et tous ces collègues qui insiste sur la modernité sur la vitesse sur la beauté de la guerre sur l'aviation et cetera et cetera et je pense que ce paradigme ainsi compris du fascisme ou de la modernité réactionnaire que l'on retrouve Mutatis moutandis avec la révolution conservatrice et le nazisme en Allemagne ou encore avec le K isme en Turquie je trouve que ce paradigme nous dit beaucoup de Macron mais également de ses congénères comme par exemple Georgia Meloni en en Italie et là il y a quelque chose qui est extrêmement frappant ce sont les les épousailles entre le cette sensibilité populiste et souverainiste qu'incarne par exemple aux États-Unis Trump et euh les grands patrons de la tech moderne a commencé bien entendu par Elon Musk mais c'est ça n'est pas simplement un phénomène nord-américain bon effectivement toute la haute technologie du du capitalisme américain devient trumpiste exactement comme tous les grands barons de la grande industrie allemande ou comme le le patronat italien se sont résignés au National socialist ou au fascisme et et et la manière dont Macron par exemple depuis pas mal d'années accueille enfant phare et Elon Musk où le flirt très poussé entre Elon Musk et Giovanni et Georgia Moni nous en disent beaucoup sur cette modernité réactionnaire immédiatement [Musique] contemporaine on a aujourd'hui C espèce d'abstraction d'extrême droite qui consiste à dire le problème c'est l'immigration et et cette abstraction elle est de plus en plus assumée par non pas simplement l'extrême droite mais également par la droite et même par une partie de la gauche et de ce point de vue c'est la grande victoire Postume de Jean-Marie Le Pen qui vient de mourir euh son hégémonie son projet hégémonique s'est installé dans les consciences et nous avons tous par référence au à la pièce de thre âre de yesco nous avons tous une corne de rhinoceros qui nous pousse au bout du du museau bon donc si la gauche veut répondre à cette inquiétude ou à ce désarroi euh d'une large part de la population française elle doit proposer sa propre abstraction de du politique il y a un paradoxe dans l'histoire du 19e ou du 20e siècle c'est que l'un des grands mouvements sociaux et culturels de notre époque de de depuis de siècle ce sont les migrations euh les les migrants se compent par dizaines de millions de depuis de de siècles il est très étrange que cet énorme mouvement social a pu donner lieu à des mouvements à des mobilisations très circonscrites et souvent très efficaces où est pu donner lieu à des formes d'organisation extraordinairement sophistiquée pour assurer la circulation des migrants en dépit des politique de prohibition de l'Immigration et de répression Frontex et cetera et cetera les les migrants déploient une une inventivité extraordinaire pour déjouer les les obstacles criminels qui sont opposés à leur circulation mais curieusement euh les migrants n'ont jamais donné lieu à un mouvement social cohérent qui soit passé au politiqu et qui pose dans ses propres termes la question politique de l'immigration aujourd'hui nous avons laissé à l'extrême droite le monopole de la problématisation politique de l'immigration et là je crois qu'il faut que la gauche prenne son courage à demain assume une certaine impopularité à court terme pour faire un travail de pédagogie nous ne pouvons pas vivre sans sans le travail des immigrés et ça n'est pas un problème c'est une opportunité j'irais même plus loin euh il y a une indesscence formidable dans la prohibition de l'immigration par rapport à notre propre histoire et ça c'est quelque chose que nous devons expliquer à un électorat qui est tenté qui est séduit par le discours de l'extrême droite au nom d'une certaine fidélité à l'histoire française mais que les gens ouvrent les yeux l'histoire de de la France et je reprends leur vocabulaire qui n'est pas franchement le mien la grandeur de la France au sens matériel intellectuel scientifique et cetera et économque que bien entendu du terme c'est la grandeur de l'immigration et je ne parle pas simplement du 20e ou du 19e siècle je je parle de tous ces grandes époques Quim a célébré le l'extrême droite voir Emmanuel Macron le 18e siècle le Grand Siècle la réforme la Renaissance le moyen-âge tous ces grands moment de l'histoire de la France et plus largement de l'histoire de l'Europe ce sont des moments de migration euh les les les Européens du du Moyen-Âge de de de de la de la renaissance du 17e et du 18e siècle n'ont pas cessé de bouger il faut bien voir que nous avons les migrations dans nos gênnes historiques si je puis m'exprimer ainsi et nous devons absolument réconcilier l'opinion française y compris l'opinion de droite avec cette positivité de l'immigration qui encore une fois est constitutive de notre histoire accueillir les immigrés ça n'est pas trahir notre histoire c'est au contraire l'accomplir parce que nous sommes tous sur depuis des siècles et et depuis ce mons-michel et cette Notre-Dame de Paris que ne cesse d'exalter Emmanuel Macron nous sommes tous des enfants d'immigrés et des migrants nous-mêmes [Musique]
Emmanuel Macron