Rachida Dati: "Actually, I'm not cool"
Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.
On revient vers vous. Bonjour. Aujourd'hui, on revient vers vous avec une candidate que vous connaissez très bien.
Elle a été garde des Sceaux. Elle est maire du 7e arrondissement de Paris. Elle est également députée européenne.
On est avec Rachida, Rachida Dati. Bonjour, Madame Dati. Bonjour.
Mon premier entretien d'embauche, qui n'était pas l'entretien, je devais avoir 16 ans et demi. J'ai en fait débarqué dans le bureau d'un directeur de clinique, la clinique Sainte-Marie. Le directeur est toujours en vie, d'ailleurs.
D'abord, il m'a hurlé dessus en me disant que c'était totalement incorrect de débouler comme ça dans son bureau. Finalement, il a été assez touché, sans doute, par ma démarche. Et puis, il m'a dit « Mais qu'est-ce que vous voulez faire ?
Qu'est-ce que vous savez faire ? » Moi, j'ai dit « Écoutez, je sais tout faire et j'aimerais juste travailler. » J'avais dit « Écoutez, moi, je veux bien être ce qu'on appelait les femmes de service dans cette clinique. » Puis, au bout de dix minutes de conversation, il m'a dit « Mais je crois que vous méritez un peu mieux que ça. » Et il m'a formée au métier d'aide-soignante.
Grâce à lui, je suis devenue aide-soignante pendant cinq ans. Mes entretiens ne sont pas la légère. Ils sont toujours très préparés et avec beaucoup de contenu.
Et je le dis ça aussi à dessein pour les candidats. Quand je vais à la clinique Sainte-Marie pour demander un emploi, je sais ce qui se fait dans cette clinique. Je connais toutes les catégories d'emploi, je connais tous les services.
Et donc, quand j'y vais, j'ai 16 ans et demi, mais j'ai quelque chose à proposer. Quand je rencontre Albin Chalandon, je connais sa carrière, son parcours, son expérience, même ses grands mérites comme résistant. Donc, il est très épaté parce que je ne suis pas de sa génération.
Comme je lui parle de lui, comme je me suis intéressée à lui, je lui donne un moyen de s'intéresser à moi. Et ça, c'est effectivement aussi un moyen, je pense, d'intéresser un recruteur. Et avec Sarkozy, comment ça s'est passé ?
C'est que j'étais magistrat, j'étais plus âgée, j'avais une plus grande expérience, ma vie était installée, le réseau dont vous parlez était fait. Et à la fois, j'avais la même curiosité, la même envie, je dirais même la même fraîcheur que pour mon premier entretien quand j'avais 16 ans et demi. Et donc, je lui ai parlé de lui.
Et c'est vrai que je l'ai peu laissé parler parce que j'attendais qu'il ait, je voulais voir sur son visage une première réaction positive en disant, tiens, elle peut peut-être m'intéresser. Quand il s'agit de quelqu'un qui est d'une bonne condition, d'une bonne ascendance, qui a fait les grandes écoles, avoir un réseau, c'est plutôt une qualité. Moi, je le vois quand on fait des portraits, par exemple, de grands patrons, en disant, ce patron, excellente compétence, grande expérience, très bon réseau.
C'est dans les points positifs. Et quand il s'agit d'une personne comme moi, c'est en négatif. Et là, on dit, c'est une intrigante, elle a séduit.
Non, j'ai convaincu. La séduction et la conviction, ce sont deux choses différentes. Ce que vous qualifiez, vous, de réseau, qui sont des personnes qui m'ont fait confiance et qui continuent à me faire confiance, je les souviens convaincus par mon travail et pas par autre chose.
Mon CV est vrai et il reflète la réalité. J'ai une attestation d'ancienne élève de l'Institut supérieur des affaires. Et effectivement, ce cycle, je n'ai pas pu le terminer parce que j'ai eu un mariage contraint et qui m'a contraint à quitter la France à un moment donné.
D'ailleurs, grâce à Jacques Attali, puisque je suis partie à Londres retravailler pendant une certaine période. Mais mon CV était vrai, juste. C'est toujours le même, vous pouvez le retrouver.
Il n'a pas bougé, il n'a pas changé, il n'a pas été modifié parce que tout ce qui est dans mon CV est vrai. Je regarde attentivement les CV. C'est important.
L'élève de motivation, c'est très curieux parce que souvent, elles sont assez types. Donc, je regarde beaucoup moins, je regarde les CV. Je regarde beaucoup plus.
Je suis plus attachée à l'expérience professionnelle qu'au diplôme. Je pense que la diversité des expériences, des employeurs ou même parfois de lever le pied, ce n'est pas forcément un handicap, bien au contraire. Par exemple, quand j'ai une assistante et que je dois en recruter d'autres, je demande d'abord à mes assistantes de voir les personnes.
Parce que c'est elles qu'elles voient au quotidien, beaucoup plus que moi finalement. Ce qui est important, c'est d'essayer d'avoir, de garder une très bonne ambiance et d'avoir de la convivialité sans familiarité. Et je trouve qu'avec ce collaborateur, il faut savoir garder une distance.
Et ça, j'ai toujours, pourtant je suis très conviviale, mais je n'aime pas la familiarité. Moi, quand je recrute quelqu'un, surtout sur des postes où vous vous dites que nous sommes sur des contrats à durée déterminée, il faut choisir aussi en se disant, il faut avoir le souci de pouvoir replacer les gens après, ou en tout cas de se préoccuper de la suite de leur carrière ensuite. Donc c'est pour ça que quand vous recrutez quelqu'un, j'ai toujours à l'idée de me dire, quand ça s'arrête, qu'est-ce que je vais pouvoir, sans vouloir être désagréable, qu'est-ce que je vais pouvoir en faire ?
D'être un peu trop détendu, ou d'être un peu familier. Moi, ça m'est arrivé d'avoir des collaborateurs, des candidats qui pensaient, comme j'étais cool, il fallait être cool. Et en fait, je ne suis pas cool du tout.
Quand même, l'habillement a un sens, parce que je trouve que vous représentez ou une entreprise, ou une institution, ou vos collègues. Lorsque j'étais magistrat, moi, je trouvais que c'était important d'être bien habillée vis-à-vis des justiciables, ou en tout cas de porter ma robe de magistrate, lorsque j'étais en outil, lorsque certains, effectivement, ne la portent pas. Je trouve que c'est le symbole, le synonyme de l'autorité.
Quand je dis correctement, on peut y mettre un jugement de valeur. Ce n'est pas le jugement de valeur, mais d'avoir les fameux basiques lors d'un entretien. C'est le minimum qu'on puisse avoir.
En tous les cas, moi, je trouve que c'est un minimum de respect qu'on peut avoir vis-à-vis de son interlocuteur, ou vis-à-vis de l'institution, ou de l'entreprise, ou de l'organisme, quand on souhaite intégrer. Peut-être un peu de patience, mais depuis que je suis maman, j'en ai peut-être un peu plus. Je ne suis pas quelqu'un de méchant.
Je suis plutôt quelqu'un d'extrêmement sensible. Ça peut être un handicap, parfois. Moi, je l'ai constaté, notamment avec les gens avec lesquels je travaille.
Mais c'est peut-être une extrême sensibilité.
Rachida Dati