Europe : l'heure de vérité
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Comme les cuisse de poulet ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue. Les tarifs douaniers, les menaces sur le Groenland, les risques d'ingérence politique...
La France et l'Europe doivent-elles se méfier de l'Amérique? Nous en parlons avec T.Breton, qui a été interdit de territoire américain pour avoir voulu réguler les géants du numérique.
Bonsoir. Merci de participer à cette émission. Vous êtes ancien commissaire européen au Marché intérieur, ancien ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie.
Avant de parler de l'Amérique, un mot sur le Mercosur. Vous avez vu la colère des agriculteurs. Est-ce que ce traité de libre-échange a des raisons d'inquiéter les agriculteurs quand vous les voyez se mobiliser?
C'est un mauvais accord? - T.Breton: Je ne suis pas suspect de ne pas être plutôt libéral, mais je veux dire les choses clairement.
Je suis de ceux qui pensent que c'est un mauvais traité. Globalement, sous toutes ses composantes, c'est un traité d'un autre âge, qui a été imaginé, commencé à être négocié il y a un quart de siècle. Ca n'a échappé à personne que le monde d'aujourd'hui n'est pas le monde de l'an 2000 ni même le monde de l'an dernier.
Des accords de cette ampleur dans lesquels on met un peu tout et n'importe quoi et où, à la fin, en négociant, il faut faire des compromis...
C'est-à-dire qu'on va lâcher un peu d'agriculture contre un peu de voitures. Ca ne marche plus, ça ne marche pas. On fait ça sur une zone très importante, un espace important.
Si nous avons tous compris, c'est un espace désormais à la main des Etats-Unis. C'est la stratégie Monroe. On est assez naïfs pour penser que si cet accord commence à être vraiment productif pour nous, les Etats-Unis vont le laisser faire, il n'y aura pas de moyens de rétorsion et de pression?
Allons donc! - C.Roux: Est-ce que c'est le contenu même de cet accord qui pose problème? - T.Breton: Les contenus sont beaucoup trop globaux et complexes.
Deuxièmement, ils n'intègrent pas nos évolutions pour avoir plus de sécurité alimentaire, pour avoir beaucoup plus de conscience et de respect de notre environnement. Ce sont des éléments importants qui exigent la réciprocité. Cette réciprocité n'est pas là.
A partir du moment où on met des contrôles, il faut le faire sur site. Faire ça dans les plateaux en Amérique du Sud, bon courage! Ou alors, c'est à la douane, et c'est compliqué. - C.Roux: La France s'y est opposée.
Ce texte sera sans doute signé samedi par la présidente de la Commission européenne. Il peut y avoir des recours en justice, devant la justice européenne. La France s'est effacée? - T.Breton: Je crois que la France a eu raison de s'opposer.
Il fallait la majorité des deux tiers. Il fallait 65 % de la population qui était pour. Il y en a eu 68.
A très peu... - C.Roux: Le combat est perdu? - T.Breton: Non.
La 1re raison, c'est que c'est la Commission qui devait négocier. Elle devait s'assurer que tout le monde soit en phase, en particulier veiller à ce que le couple franco-allemand ne se divise pas. C'est la Commission qui a échoué.
Résultat: nous avons un schisme. En ce qui concerne la réaction potentielle, il y a d'abord le Parlement européen qui va être saisi entre le 19 et le 22 janvier. Il faut qu'il prenne ses responsabilités.
Je suis de ceux qui disent que la chambre parlementaire, la chambre de résistance, prenne ses responsabilités. Ensuite, il y a des recours avec la Cour européenne de justice, mais c'est beaucoup plus long à faire appliquer, entre 6 et 18 mois. - C.Roux: Vous êtes d'accord pour dire que c'est l'heure de vérité pour l'Europe?
On a les tarifs douaniers, les ambitions de D.Trump sur le Groenland. On a évoqué le risque d'ingérence américaine.
C'est le président de la République qui l'évoque en vue des prochaines élections, notamment en Europe, et en France en particulier. La punition dont vous faites l'objet...
Vous êtes interdit de territoire aux Etats-Unis pour avoir voulu réguler les plateformes américaines. Comment l'Europe peut-elle réagir face à ces coups de boutoir de l'ancien camarade américain? - T.Breton: L'Europe ne peut pas rester les bras ballants par rapport à tout ce que vous venez de dire.
Nous sommes en train de nous faire vassaliser par les Etats-Unis d'Amérique. Nous avons 2 types d'attitude. Soit on continue à courber l'échine en attendant la prochaine vague, soit on dit stop.
C'est la raison pour laquelle je dis que ceux qui peuvent le dire, ce sont les parlementaires européens. - C.Roux: Sur le Groenland, comment on dit stop?
Les Américains s'amusent de notre agacement. Ils disent: "Qui va faire la guerre à l'Amérique pour sauver le Groenland?" - T.Breton: Il faut comprendre la stratégie de l'administration américaine, un peu impériale.
Je connais ce pays... - C.Roux: Pourtant, vous n'avez plus le droit d'y aller. - T.Breton: Mon cas importe peu.
C'est l'Europe qui est visée, pas moi. J'ai fait mon travail. J'ai mis des règles de droit dans l'espace informationnel.
Nos enfants y passent beaucoup de temps chaque jour. On revient à cette période impériale au tournant du siècle, du XXe siècle. C'était aux alentours de 1900, T.Roosevelt...
Pour avoir une vraie politique impériale, il voulait accroître le territoire. Je pense que D.Trump a pour ambition d'accroître le territoire des Etats-Unis. - C.Roux: Et même détruire l'Europe, c'est ce que dit S.Bannon. - T.Breton: Il y a accroître la vassalisation et affaiblir l'Europe, qu'elle soit à la main des Etats-Unis, être ceux qui vont payer pour les guerres de l'empire.
C'est Le conflit auquel se préparent les Etats-Unis, entre les Etats-Unis et la Chine. Ca va structurer la génération qui vient. C'est ce à quoi se préparent D.Trump et les Etats-Unis d'Amérique.
On est les vassaux et on paye. A un moment, il faut dire non. C'est le moment de dire non.
J'ai été extrêmement surpris des réactions que ce qui m'est arrivé a provoquées. Beaucoup ont envie de se lever. C'est le moment. - C.Roux: Parfois, ceux qui se dressent contre D.Trump ont des ennuis.
C'est le cas du patron de la Réserve fédérale américaine, J.Powell. - J.Powell: La véritable question est de savoir si la Fed pourra continuer à fixer ses taux d'intérêt sur la base d'éléments concrets ou si la politique monétaire sera soumise à la pression ou à l'intimidation politique.
Il faut parfois rester ferme face aux menaces. Je continuerai à faire le travail que le Sénat m'a confié avec intégrité et engagement. - C.Roux: Est-ce que c'est grave, ces coups de pression de D.Trump très réguliers contre J.Powell, le patron de la Réserve fédérale américaine? - T.Breton: J'ai vu cette petite vidéo, comme des millions de personnes.
On est à 70 millions de vues. Nous avons tous été frappés par la dignité des propos de J.Powell.
Il dit qu'il exercera ses missions jusqu'au bout. Quand on exerce des missions d'intérêt général...
Comparaison n'est pas raison. Quand on exerce des missions d'intérêt général, on va au bout. Si on ne peut pas aller au bout, on démissionne.
Il a dit qu'il irait jusqu'au bout, non pas pour s'opposer...
Il ne s'agit pas de s'opposer à D.Trump, mais de faire exercer le mandat qu'on vous a confié. - C.Roux: Il refuse la baisse des taux d'intérêt que lui demande régulièrement D.Trump, comme il vient de le refaire aujourd'hui sur son réseau. - T.Breton: Il n'est pas tout seul.
Il y a les gouverneurs de la Fed. Ils ont des chiffres. L'économie, c'est aussi une science, des mathématiques.
Ces mathématiques disent qu'il serait très dangereux, compte tenu de la situation américaine, de trop baisser les taux. Les midterms arrivent. D.Trump veut donner à ses électeurs quelque chose en ce qui concerne l'inflation.
Il espère pouvoir y arriver politiquement, mais ce serait un très mauvais signal de reprise en main de la politique monétaire par les autorités politiques. Ca s'inscrit dans la lecture de la préparation du conflit entre les Etats-Unis et la Chine. D.Trump veut mettre la main sur la défense, les territoires et la politique monétaire. - C.Roux: La France et les Etats-Unis vont reparler d'une fiscalité minimale des géants du numérique avec pour objectif d'éviter des mesures de rétorsion commerciales de Washington.
Est-ce qu'on est en train de se coucher? - T.Breton: On verra.
Il me semble légitime qu'en ce qui concerne les services où nous savons que nous sommes en déficit commercial, l'Europe décide là aussi de sa fiscalité dans son intérêt propre et pas dans celui d'autrui.
Emmanuel Macron