Quand les ministres sont accusés de viols (Rétropolitique)
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Moi je sais que j'ai ma conscience. Je sais que je n'ai jamais rien fait qui soit hors de la morale, de l'inacceptable. Avant Damien Abad, d'autres ministres ont été accusés de viol durant le précédent quinquennat et à chaque fois, Emmanuel Macron ne les a pas lâchés.
Début 2018, le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, voit ressortir dans le journal l'Ebdo une affaire de violences sexuelles le concernant. En 2008, une femme l'avait accusé de viol pour des faits remontant à 1997, donc prescrits. La plainte a été classée sans suite.
Mais 10 ans plus tard, quand Nicolas Hulot voit réapparaître cette affaire, il prend les devants et s'exprime dans les médias avant même la parution de l'article. - Comme je sais que ce journal va - puisqu'ils me l'ont dit - faire référence - puisqu'ils me l'ont dit - faire référence à ces deux affaires qui n'en sont pas : personne n'a déposé plainte contre moi. Il n'y a pas une jeune femme qui a une parole et moi une parole différente.
À un moment, il y en a marre. Dans cette affaire, le gouvernement soutient Nicolas Hulot. La secrétaire d’État en charge de l’Égalité femmes/hommes, Marlène Schiappa, publie une tribune dans la presse pour défendre son collègue et dénoncer les pratiques du journal l'Ebdo qui mélange rumeurs et plainte classée sans suite.
Des méthodes qui, selon elle, causent du tort au mouvement Me Too de libération de la parole des femmes. Cette tribune de Marlène Schiappa, elle a fait beaucoup réagir. - Cette tribune est malheureuse, c'est-à-dire qu'elle n'est pas la tribune qu'on attend de la secrétaire d'État chargée de l'égalité femmes/hommes, parce que d'abord cette tribune part du principe - comme tous les propos d'ailleurs de tous les membres du gouvernement - que dans cette affaire, il y aurait spontanément une confiance à accorder à un des deux protagonistes : Nicolas Hulot.
Quelques mois, plus tard, Nicolas Hulot quitte le gouvernement mais seulement pour des désaccords politiques avec Emmanuel Macron. En revanche, en 2021, quand d'autres femmes l'accusent de viol et d'agressions sexuelles, l'écologiste décide de se retirer définitivement de la vie publique. Suite à ces accusations, la justice a ouvert une enquête.
L'autre membre du gouvernement accusé de violences sexuelles durant le précédent quinquennat, c'est Gérald Darmanin. À l'été 2017, une femme porte plainte contre lui pour des faits remontant à 2009. Selon elle, Gérald Darmanin lui aurait demandé des faveurs sexuelles en échange d'une aide dans un dossier judiciaire.
En février 2018, une autre femme accuse Gérald Darmanin de lui avoir promis un soutien dans une demande de logement en échange d'une relation sexuelle. Très vite, les plaintes sont classées sans suite. Mais en juin 2020, la Cour d'appel de Paris relance les investigations judiciaires visant Gérald Darmanin.
Et le gouvernement vient en soutien du ministre. On ne peut pas d'un côté sacraliser la présomption d'innocence en toutes circonstances et considérer que c'est un socle essentiel de notre pays - ce qui est notre cas je crois et je l'espère à tous - et considérer qu'il y aurait des personnes qui, par la fonction qu'elles occupent, ne pourraient pas bénéficier de cette présomption d'innocence. Juillet 2020, Gérald Darmanin est promu ministre de l'Intérieur.
Pour les associations féministes et pour l'opposition de gauche, c'est une provocation. Mais le nouveau chef du gouvernement, Jean Castex, assume cette nomination. - Avec le président, vous affichez votre soutien sans faille au ministre de l'Intérieur sans même attendre la fin la procédure judiciaire.
C'est une erreur éthique, politique, d'une violence symbolique inouïe. - Monsieur Darmanin n'a fait l'objet d'aucune condamnation et à ce que je sache, à chaque fois que l'autorité judiciaire a eu à se prononcer dans cette affaire, elle a rendu des actes consacrant l'innocence de Monsieur Darmanin. Aujourd'hui Gérald Darmanin ne fait plus l'objet d'enquêtes judiciaires dans cette affaire et il a d'ailleurs été reconduit ministre de l'Intérieur, dans le gouvernement d'Élisabeth Borne.
Damien Abad