Gérard Larcher : "Bien entendu, il nous faudra tirer des leçons de la crise"
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Avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le président du Sénat dans le grand entretien du 7-9. Question, réaction, amis auditeurs, vous êtes déjà très très nombreux au standard. 01 45 24 7000, les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Gérard Larcher, bonjour. Bonjour. Et merci d'être en ligne avec nous ce matin depuis votre bureau du Sénat. Sénat qui a siégé en comité restreint pour adopter le texte d'urgence voulu par le gouvernement face à l'épidémie. Quelles mesures spéciales, dites-nous pour commencer, avez-vous prise et prenez-vous pour continuer le travail parlementaire ?
Et évitez de devenir ce qu'on a appelé un cluster, un foyer de l'épidémie, comme l'a été l'Assemblée nationale.
D'abord, il faut qu'on se dise avant de s'occuper de nous-mêmes que nous vivons une crise majeure qui exige de l'unité, de la responsabilité et du civisme. Et que, à côté de l'exécutif, face à des soignants qui sont exceptionnels, des citoyens qui doivent suivre les règles, notamment du confinement, les institutions, la démocratie doit continuer à fonctionner. Pour cela, nous avons mis en place, d'ailleurs, assez tôt, un plan, en quelque sorte, de continuation de l'activité de notre Assemblée, en respectant absolument et même au-delà les prescriptions sanitaires qui nous étaient proposées.
Ça veut dire quoi, en respectant complètement et même au-delà les prescriptions ? Vous, personnellement, comment vous êtes confiné ? Quelles mesures vous prenez, vous, comme président du Sénat ?
Je prends la mesure, comme tous les citoyens, je suis au Sénat où j'habite, alors que d'habitude, je n'habite pas au Sénat depuis la crise. Et j'observe, comme chaque citoyen, des règles de distance, l'utilisation de solutés hydroalcooliques. Et je dois dire que c'est ainsi que nous allons vivre cet après-midi la séance de questions au gouvernement. Nous devrions être 18 sénateurs à distance, dans un schéma d'organisation, parce que je crois qu'il est important que pendant ces crises, quelque part, nous puissions être de ceux qui font vivre aussi la démocratie.
On va vous poser des questions politiques tout de suite, mais d'abord à l'Assemblée nationale, selon un dernier des comptes qui date d'il y a quelques jours, il y avait 26 personnes, dont 16 députés, qui étaient contaminés. Dans le même des comptes, au Sénat, on parlait il y a une semaine de deux sénatrices malades. Combien y a-t-il aujourd'hui de sénateurs, de sénatrices et de personnels du Sénat qui sont contaminés ? À votre connaissance, Gérard Larcher ?
À ma connaissance, c'est parce que je me tiens informé que je leur téléphone 4 sénateurs, aujourd'hui, 10 fonctionnaires du Sénat, 1, 2 collaborateurs et 1 contractuel. Nous suivons cela et, fort heureusement, les nouvelles seront plutôt des nouvelles encourageantes de la part de tous ceux qui, aujourd'hui, ont été contaminés et ont contracté des formes symptomatiques du Covid-19.
Venons-en maintenant aux nouvelles mesures de confinement qui ont été publiées hier mardi au journal officiel. Gérard Larcher, les sorties quotidiennes sont limitées à une heure, dans un rayon maximal d'un kilomètre autour du domicile. Sanctions, amendes encore augmentées. Est-ce suffisant, selon vous, ou faut-il aller encore plus loin, notamment dans les régions les plus touchées ? Grand Est, Île-de-France ?
La préoccupation que nous avons, d'abord, nous sommes tenus étroitement informés par le Premier ministre, par le Président de la République. Nous avons des échanges et je pense qu'il faut suivre ce confinement tel qu'il est demandé par l'exécutif. Vous savez, le temps est à plus tôt à nous retrouver et moi, je refuse toute désunion nationale sur ces sujets. Par exemple, la question des marchés fait débat et avec les sénateurs, nous répondons pourquoi la décision de supprimer les marchés ouverts est une décision importante, même si elle pénalise, il faut le dire, le monde agricole et dans certains villages, elle nécessite à être mieux comprises.
Et puis, il y a un équilibre à trouver entre confinement renforcé et nécessité, notamment dans des secteurs essentiels à la vie quotidienne, qui est la continuation de l'activité économique et dans des conditions dans lesquelles les salariés, comme les chefs d'entreprise, doivent être protégés. Je m'en suis largement entretenu avec les partenaires sociaux depuis deux jours.
Gérard Larcher, vous parlez des marchés. Les marchés couverts ou non sont désormais interdits, mais les dérogations peuvent être accordées par les préfets pour les petites communes et les villages. On sait que le Sénat, c'est la Chambre des territoires. On sait aussi que les marchés animent souvent la vie des villages, en plus de nourrir leurs habitants. Quel est votre avis, pour être bien précis, sur cette décision sur les marchés ?
Sur cette décision, les maires, les préfets pourront accorder des dérogations après consultation des maires. On voit bien le rôle territorial tout à fait essentiel dans ce genre de décision. Mais c'est la priorité. La priorité est sanitaire. La priorité est à la santé. Et je me suis entretenu avec Christiane Lambert. Naturellement, la zone rurale est à traiter parfois d'une manière adaptée. J'observe d'ailleurs que dans ces zones-là, le principe du confinement est globalement très respecté.
Sur les tests et sur les masques, Gérard Larcher, beaucoup, beaucoup de questions depuis plusieurs jours. Alors dites-nous, qu'avez-vous compris de la parole gouvernementale ? Que les tests sont inutiles à ce stade, ou que la France n'a pas les moyens de les réaliser ? Que les masques sont inutiles, ou que la France n'a pas les moyens d'en distribuer à tous ? Qu'est-ce que vous avez compris ?
Nous avons eu un débat, et c'est là tout l'intérêt de la démocratie parlementaire, sur la question des masques, de la disponibilité des solutés hydroalcooliques, des tests. Et je crois que le débat n'a pas été inutile, car le ministre a fait un point concernant les masques. La réalité, c'est que nous n'avions pas, et c'est d'ailleurs une décision qui date de 2013, du SGDN, nous n'avions pas, nous n'étions pas, aussi bien dans le secteur public de l'État que dans le secteur privé, nous n'étions pas, j'allais dire, en état de distribuer un nombre suffisant de masques. J'ai noté que le ministre s'était engagé de manière très forte sur cette question des marques.
C'est une question sur laquelle il faudra répondre après la crise. Aujourd'hui, ce qui compte, c'est que les masques, ils arrivent partout. Et je pense particulièrement aux EHPAD, qui sont un vrai sujet de préoccupation. Qu'ils arrivent aussi auprès de ceux salariés et chefs d'entreprise qui travaillent pour assurer la continuité de notre activité. Et en ce qui concerne les tests, j'ai eu un échange avec le professeur Delfraissy. Aujourd'hui, nous ne sommes pas en capacité de tester aussi largement que cela a été fait dans d'autres pays. Tout le monde a en tête l'exemple de la Corée du Sud. Mais en sortie de crise, il nous faudra faire des tests.
On est aujourd'hui à une capacité de 9000 tests par jour. Le professeur me disait, il faut qu'on soit à une capacité de près de 30 000 tests pour la sortie de crise.
Gérard Larcher, on vous entend ce matin, il ne faut pas de désunion nationale. Et pourtant, votre collègue du Parlement, Damien Abad, qui est le patron du groupe LR, donc de votre groupe à l'Assemblée nationale, a déjà annoncé qu'il veut créer à l'automne une commission d'enquête pour faire toute la lumière sur la pénurie des masques, sur les tests de dépistage, sur les capacités en termes de l'hydrainimation. Est-ce qu'il a raison d'annoncer dès maintenant qu'il va lancer une commission d'enquête ? Est-ce que vous y êtes favorable ? Est-ce qu'il fallait attendre avant d'annoncer cela ?
C'est le rôle du Parlement d'être dans le contrôle. Et bien entendu, il nous faudra tirer des leçons de la crise que nous venons de vivre. Et ces leçons, seule une commission d'enquête permettra de le faire. De le faire avec la volonté de se projeter, de se projeter bien sûr sur les aspects sanitaires, sur les aspects de prévention, sur la stratégie qui a été la nôtre. Et les comparaisons ne sont pas inutiles avec un certain nombre de pays. Et puis, est-ce qu'on peut demain continuer à organiser notre économie de la même manière ? Est-ce qu'on peut demain ne pas se poser la question de l'indépendance de notre pays, de l'indépendance de l'Europe ?
On a découvert qu'en matière de masse, ou en matière d'un certain nombre de molécules pharmaceutiques, nous étions dépendants de manière très majoritaire d'un seul pays, en l'occurrence la Chine. Donc je crois qu'il faut vraiment se poser ces questions. Vous savez, aujourd'hui, je reviens vraiment sur le sujet, c'est l'action. Il faut approvisionner en matériel. Il faut renforcer les tests, il faut gérer les malades en réanimation. Et il y a des choses extraordinaires qui se font dans ce pays. Ceux dont on parle, bien sûr les soignants, mais je vois des aides à domicile aujourd'hui qui sont auprès des personnes âgées, pour lesquelles j'ai une pensée particulière.
Je vois des communes qui se mobilisent pour accueillir les enfants de soignants, les enfants de policiers, les enfants de gendarmes, et puis les entreprises. Il y a quand même des gens qui sont exceptionnels. Voilà pourquoi je pense que c'est autour de ça que nous devons nous rassembler et agir.
Gérard Larcher a ce micro sur France Inter dimanche. Le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, a exhorté le gouvernement à utiliser massivement la chloroquine contre le Covid-19. La décision du gouvernement a été de ne l'autoriser que pour les cas graves et à l'hôpital, donc ne pas l'autoriser en prescription généralisée à grande échelle. Est-ce que vous soutenez cette position du gouvernement ?
Cette position du gouvernement, et l'intérêt de l'intervention de Bruno Retailleau, a été de braquer les projecteurs sur la nécessité que nous fassions, notamment un pas en avant en direction de l'utilisation éventuelle de la chloroquine. Mais naturellement, même si c'est loin dans ma tête, le scientifique que je suis sait qu'il faut respecter un certain nombre de procédures qui ont été engagées, je pense aux procédures de l'eau de malades, pour que nous puissions généraliser la chloroquine. Mais d'ores et déjà, le ministre a autorisé, sur décision collégiale, à ce qu'on puisse utiliser, sur les malades, la chloroquine.
Le scientifique que vous fûtes, c'est le vétérinaire, voilà. On précise pour ceux qui ne le savent pas.
Non, mais parce que je m'étais préoccupé de phénomènes grippaux chez les animaux, voilà.
On passe au standard de France Inter, je vous le disais Gérard Larcher, il y a énormément d'auditeurs aujourd'hui, une fois encore avec nous. Je salue Jany, qui nous appelle depuis Toulon. Bonjour Jany. Oui, bonjour. Nous vous écoutons. Je lis que vous avez 91 ans, je ne me serais jamais permis de le dire si vous ne l'aviez pas dit vous-même au standard. Alors dites-nous.
Oui, ben voilà. Mon problème, c'est que je suis confinée chez moi, mes enfants m'interdisent de sortir, je suis en très bonne santé, mais il faut que je mange quand même. Oui. Et bientôt, je n'aurai plus de légumes ni de fruits, et personne ne livre. Et à Carrefour, ils ne font pas de livraison, il ne fait plus que drive. Voilà. Qu'est-ce qu'il faut faire ? Et est-ce que les personnes très très âgées n'ont pas une priorité quand même ?
Et vos enfants, Jany, ils ne peuvent pas vous livrer ?
Ah non, ils sont dans la France, en France.
Ils sont loin donc ? Ils sont loin. Et là, il vous manque des produits ?
Oui. Ça va me manquer incessamment. La semaine prochaine, voilà.
D'accord. Merci beaucoup, Jany, pour cette question. Restez en ligne. Gérard Larcher vous répond.
Alors, le cas de Jany, moi j'ai un père qui a le même âge que Jany. 91 ans. Oui, un peu plus, lui. Ah bon. Il va dire que je rajeunis d'une année. Et il en sera heureux. C'est là où on voit l'importance de la réponse locale. Il se trouve qu'elle me dit habiter Toulon. Le maire de Toulon a adressé au président de la République un courrier. La presse en a fait état. Moi-même me suis entretenu. C'est auprès de sa municipalité, me semble-t-il. Mais aussi de la solidarité des voisins. C'est un moment de solidarité que nous devons avoir. formidable d'être attentif à celui qui habite autour de chez nous.
Il y a des moyens sans rompre le confinement, en déposant les produits, sans avoir de contact direct, à la fois de respecter le confinement. Mais on voit là l'importance de l'action et de la réaction au niveau du territoire. Voilà pourquoi il est autant essentiel.
Si les voisins ne sont pas solidaires, comment on peut aider Jany pour faire les classes ?
Pour aider Jany, la solution c'est. la municipalité, le conseil municipal, le centre communal d'action sociale. J'enverrai d'ailleurs un petit message à Hubert Falco.
Jany, vous êtes toujours avec nous ? Oui. Alors, vous avez maintenant le mode d'emploi ?
Oui, mais les amis, les voisins, ils sont tous âgés aussi. Voilà. Alors Jean-Marc Larcher va écrire au maire.
C'est pour ça qu'il est important que Jany se manifeste auprès de son centre communal d'action sociale. Et ça vaut pour tous nos aînés. Il y a des choses extraordinaires qui sont en train de se faire dans le pays. D'ailleurs, en lien avec le monde agricole, il faut le dire, en direct, et pour qu'il y ait cette chaîne de solidarité, et qui peut être organisée par les centres communaux d'action sociale.
Merci à vous, Jany, d'être intervenue. La parole à Eric, maintenant. Eric, bonjour, bienvenue.
Oui, bonjour Nicolas. Bonjour à toute l'équipe. Alors, ma question, elle est très claire à M. Larcher. Vous êtes le deuxième personnage de l'État après le Président de la République. Je suis extrêmement surpris, quelque part un petit peu en colère, parce que le Président de la République a prononcé quatre fois le mot « guerre » dans son discours lorsqu'il a annoncé le confinement des Français. Et je ne comprends pas pourquoi l'article 16 de la Constitution, les pouvoirs exceptionnels n'ont pas été mis en œuvre.
La situation le nécessite, et franchement, je ne comprends pas pourquoi cette mesure n'a pas été prise, pourquoi un couvre-feu n'est pas instauré, pourquoi on n'a pas mobilisé l'armée, pourquoi on a pris des demi-mesures. Soit on interdit les marchés à tout le monde, on organise un ravitaillement, même chose pour les services de santé.
Merci Eric pour cette question. Je donne la parole à Zachary dans la foulée. Bonjour.
Bonjour Nicolas et bonjour M. Larcher. Donc j'avais cette même interrogation qu'Eric, justement, sur la différence entre les mesures, cet état d'urgence sanitaire et l'article 16, déjà prévu par la Constitution. Et par ailleurs, le vote de cet état d'urgence sanitaire fait suite à un débat assez faible sur la constitutionnalité des mesures prises par l'exécutif jusqu'alors. Personne n'en y pense. Le bon sens est encore moins la nécessité, mais malgré tout, c'est des déclarations de l'exécutif, des mesures réglementaires. Donc M. Larcher, est-ce que vous jugez, vous, que les contre-pouvoirs ont été assez opérants au début de cette crise ?
Et est-ce que vous pensez que le Parlement, sous cet état d'urgence sanitaire en place, pourra jouer un réel rôle de contrôle ?
Merci à tous les deux. Merci Eric, merci Zachary. Plus de pouvoir avec l'article 16, dit Eric. Contre-pouvoir, dit Zachary. Gérard Larcher.
D'abord, l'article 16 n'est pas applicable dans sa rédaction actuelle. Voilà pourquoi il a fallu voter un texte portant état d'urgence sanitaire qui renforçait un article, c'est un peu technique ce que je vais dire, mais 31-1 du Code de la santé publique. Nous avons donné à l'exécutif les moyens, y compris sur un débat, je le sais que vous avez eu ce matin sur France à terre, vis-à-vis de la protection des données personnelles. Vous avez cet ensemble-là qui aujourd'hui, ce matin, au travers des ordonnances au Conseil des ministres, sera opérant.
Donc on n'aura pas, Gérard Larcher, de traçage à travers les données personnelles dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Ça vous dites non ?
Je ne dis pas non. Je dis que le règlement général sur la protection des données et le Code de la santé publique, et la CNIL l'a rappelé, il y a une protection sociale, spéciale, pardonnez-moi, et sociale d'ailleurs, pour les données de santé. Mais la RGPD prévoit des dérogations, comme en cas de crise sanitaire. Mais on ne pourra pas rentrer dans des mesures de cette nature sans un débat préalable devant le Parlement. Et je réponds à Jacques Harry immédiatement, parce que naturellement, nous avons demandé à suivre la mise en place de ces mesures exceptionnelles, qui est l'état d'urgence.
Parce que nous voyons bien qu'un certain nombre de mesures sont dérogatoires aux libertés individuelles et collectives. Voilà pourquoi le gouvernement a dû s'engager devant le Sénat. Je rappelle que c'est une durée limitée de deux mois. et il a dû s'engager. Et j'ai moi-même écrit au Premier ministre pour rappeler ses engagements. D'ailleurs, d'ores et déjà hier soir, nous avons reçu la trame des ordonnances. Nous exercerons pleinement notre pouvoir de contrôle.
D'où l'importance... Comment, Gérard Larcher, est-ce que vous allez saisir le Conseil constitutionnel sur cette loi d'exception qui est donc suivie d'ordonnances dans les prochains jours ? On parle quand même de la suspension de la liberté d'aller et venir, du décalage d'une élection, c'est pas rien. Est-ce que cet état d'urgence-là est source d'inquiétude pour vous, très clairement ? Est-ce que vous allez saisir le Conseil constitutionnel précisément sur cette question ?
Nous allons suivre dans quelles conditions elle est mise en place et si nécessaire, nous vérifierons la constitutionnalité. Mais il y a un moment, il y a un rapport de confiance qu'il nous faut avoir entre l'exécutif et nous-mêmes. Nous-mêmes, ne pas abdiquer des nonces de notre contre-pouvoir, établir la confiance, mais la confiance ne veut pas dire défaut de vigilance.
Gérard Larcher, sur les municipales, les élections municipales, on a beaucoup dit que vous étiez, vous, celui qui avait fait le plus pression auprès du président de la République pour que le premier tour des municipales ait lieu. Aujourd'hui, on apprend que plusieurs assesseurs qui ont tenu les bureaux de vote ont été testés positifs au Covid-19. Est-ce que vous regrettez votre position ?
Je voudrais, je suis content que vous me posiez cette question parce que je pense que ça me donne l'occasion de réexpliquer le contexte. Le jeudi 12 mars, nous nous sommes réunis autour du Premier ministre, du ministre de la Santé, des autorités sanitaires, président d'Assemblée, président de grandes associations, d'élus, président de groupes politiques, de partis politiques, et on ne nous parle pas de stade 3, on débat même d'une organisation des municipales, et il est fait la suggestion qu'on profite de cette journée pour renforcer l'information du public sur les gestes barrières.
J'ai l'après-midi le président de la République qui me fait part de son inquiétude, ne me parle pas de stade 3, et me dit que, dans un échange, c'est vrai que j'étais favorable à la tenue des municipales. On allait au restaurant le même soir, et on allait dans les boutiques, et ne pas effectuer un geste citoyen me semblait, sauf stade 3, devoir être continué. Et on a eu la réponse avec Olivier Véran lors du débat au Sénat, à une question de collègue, Olivier Véran nous a dit, j'ai proposé au conseil scientifique la question suivante, d'après vous, le premier tour des élections municipales doit-il avoir lieu ?
Je lui ai posé la question jeudi, d'un point de vue scientifique, épidémiologique, sociologique, médical. La réponse a été qu'on pouvait les tenir. Donc en gros,
vous nous expliquez que vous n'aviez pas été suffisamment mis au courant, suffisamment informé.
Non, mais c'est parce que les décisions n'avaient pas été prises de stade 3.
Vous avez suivi le comité scientifique qui disait on peut tenir ce premier tour. Je n'ai pas suivi
parce que je n'étais pas ni membre, mais j'ai posé la question qu'elle était... Olivier Véran lui-même a porté la réponse en séance. Je crois que la polémique qui a été lancée n'est pas, me semble-t-il, digne. J'ai dit au président de la République que j'étais, en ce qui me concerne, décidé à ce que les élections municipales puissent se tenir. Peut-être que si le stade 3 avait été décidé le jeudi, on aurait eu une position différente collectivement.
Donc vous n'avez pas de regrets sur votre position. Est-ce que vous avez répondu au président de la République ? Pour être très clair, parce que on a pu dire que vous avez fait... Vous avez fait passer vos obsessions peut-être politiques avant la santé des Français ?
Mon obsession aujourd'hui, c'est que le pays s'en sorte. Mon obsession aujourd'hui, et ce matin, c'est la situation dans les EHPAD. Mon obsession aujourd'hui, c'est que nous puissions avoir le maximum de masques de protection, de tests.
Alors pourquoi, Gérard Larcher, c'est la dernière question ? Oui, pourquoi, pourquoi, c'est ma dernière question sur le sujet, mais pourquoi, alors que le gouvernement a prévu de repousser jusqu'en juin la date de dépôt des listes pour le second tour, on a entendu des sénateurs dénoncer un tripatouillage électoral ?
Écoutez, je crois que nous avons trouvé la synthèse en nous calant sur la sortie du confinement, sur un rapport au Parlement plus tard le 23 mai, et sur des décisions. Vous voyez qu'on a trouvé les bons équilibres, parce que, on le voit bien, la démocratie territoriale, les conseils municipaux sont essentiels pour le pays, et nous avons pris collectivement la décision de prolonger le mandat des élus municipaux, mais il faudra bien aussi donner au pouvoir local sa légitimité le moment venu.
On repasse au standard, Claude nous appelle, Claude, bonjour, vous êtes agricultrice.
Oui, tout à fait, je suis agricultrice, et je voulais poser la question à M. Larcher, qui disait tout à l'heure avoir rencontré Mme Lambert, qui représente l'agro-industrie, l'agriculture industrielle et l'industrie agroalimentaire, et j'aurais voulu savoir si M. Larcher, dans sa prise de décision, avait aussi pris conseil auprès des autres syndicats qui, eux, représentent les petits producteurs comme nous qui sommes pénalisés par des arrêts de vente en circuit court, en marché en particulier.
C'est tombé sur vous comme la foudre, si j'ose dire ?
Tout à fait. Alors, pour certains, l'organisation, la logistique, si j'ose dire, les cueillettes, quand on est maraîchers, peuvent s'organiser en temps court, mais quand on a cueilli, bien après, c'est fichu. Et par contre, quand on a des animaux, il faut organiser l'abattage des bêtes, etc. Ça ne se fait pas en un clin d'œil. Donc, toutes ces considérations ont-elles été prises en compte par M. Larcher lorsqu'il a donné sa décision, sachant qu'il y a des préfets qui refusent les dérogations aux maires, à certains maires, d'ouvrir les marchés.
Merci, Claude, pour cette question. Gérard Larcher vous répond.
D'abord, je ne suis pas sûr que Mme Lambert représente l'agro-industrie, mais hier, j'étais dans un échange avec une agricultrice comme Claude, qui vit dans un circuit court et qui est en même temps présidente d'un marché local. Et je voulais avoir un petit peu son sentiment par rapport à cela parce que naturellement dans le secteur rural, dans un certain nombre de secteurs, le marché c'est à la fois le débouché de sa production et le marché c'est aussi pour beaucoup de nos concitoyens l'occasion d'acheter des produits dont ils ont impérativement besoin. Et je mesure bien que cette décision qui est prise en lien avec les préfets peut être source de difficultés d'incompréhension.
Et c'était l'échange que j'avais avec cette présidente de marché local qui est en même temps agricultrice et qui produit au quotidien des produits laitiers et des fromages.
Gérard Larcher, deux questions précises si vous le voulez pour finir, si vous le voulez bien pour finir. Dans les mesures annoncées, Gérard Darmanin souhaite que les salariés prennent des congés payés pendant cette période de confinement afin de pouvoir travailler plus une fois l'épidémie terminée. Que pensez-vous de cela ?
Eh bien dans l'ordonnance, cette affaire de congés payés de RTT va être soumis comme je le souhaite au dialogue social. Je crois que cette crise doit être aussi l'occasion d'un dialogue social dans l'entreprise et en faisant le tour des partenaires sociaux, moi-même ou mon conseiller mais moi-même beaucoup, j'ai vu que c'était une occasion d'un dialogue social et que le dialogue social était ouvert. Non, il y a un autre sujet qui est dans l'ordonnance, c'est le temps de travail puisque nous allons déroger au temps de travail. Il faut aussi que ça se fasse dans des conditions de sécurité par rapport au travail. Qu'est-ce qui vous inquiète précisément ? Et de santé par rapport au travail.
Qu'est-ce qui vous inquiète précisément ?
Je ne suis pas par nature inquiet, je pense qu'il faut prendre les mesures bien sûr à circonstances exceptionnelles, réponses exceptionnelles, mais les réponses exceptionnelles doivent se faire avec comme préoccupation aussi bien la santé et la protection des salariés et des chefs d'entreprise, n'oublions pas les petits artisans, les commerçants, et nous devons aussi avoir la préoccupation de l'après-crise pour que nous ne connaissions pas un séisme au niveau des entreprises avec les conséquences sur la production, sur l'emploi, sur l'indépendance même que j'évoquais il y a quelques minutes.
Rapidement, je vous relaie la question de Patrick sur l'application de France Inter. Je me sens malade, je n'ai pas pu être testé, mais les ministres et les députés, eux y ont droit, les sénateurs aussi. Les tests, c'est uniquement pour les élites, demande Patrick.
Patrick, non, les tests y sont faits pour ceux pour lesquels il y a une suspicion de maladie, ils ne sont nullement réservés aux députés, aux sénateurs et aux élus pour la totale transparence de notre échange. Moi-même, j'ai eu des symptômes et j'ai été testé et il se trouve que c'était négatif parce que je ne pouvais pas aller présider la séance alors que j'avais des symptômes qui fort heureusement n'étaient pas de cette nature et la réaction du médecin a été de me dire mais je suis là aussi comme un acteur de prophylaxie.
Merci monsieur le président du Sénat, Gérard Larcher d'avoir été aujourd'hui au micro de France Inter.
Merci à France Inter aussi d'informer les Français dans ce moment qui doit nous voir plus rassemblés que divisés. Ça me semble essentiel.
Gérard Larcher