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interviewyoutube.com· 22 janvier 2018

ENTRETIEN AVEC JEAN-MICHEL BAZIRE | Janvier 2018

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Jean-Michel, une double fracture tibia péronné en 2011 et surtout un AVC en 2012 et pourtant vous êtes toujours resté le numéro 1. Quand vous regardez un petit peu dans le rétro, qu'est-ce que vous vous dites ? Je n'ai pas l'habitude de regarder dans le rétro.

Maintenant, parfois, oui, je pense à ça. Je dis que j'ai eu de la chance. La fracture, c'était la première fois que je me cassais en 30 ans de carrière.

La première fois cassée et la petite bubée vue à l'AVC, j'ai eu beaucoup de chance aussi. Ça durait. Quatre mois, j'étais nul, mais après, ça y est, c'était reparti.

Je suis né sur une bonne étoile. Pendant ces quatre mois, justement, est-ce qu'il y a un moment où vous vous êtes imaginé une vie où vous ne pourriez plus du tout monter dans un sulky ? Est-ce que ça vous a traversé l'esprit ?

Oui, j'avais dit aux enfants. J'ai pleuré beaucoup parce que tu perds le moral total. Après, quand j'ai relevé la tête, j'ai dit aux enfants, je vais entraîner comme Jean-Paul Marmion.

Exactement pareil. Pour moi, c'était simple et ça a collé de source. Le gamin, il allait prendre de l'âge.

Et petit à petit, j'avais prévu de déléguer à lui. Donc, entraîner avec une marine d'anto, ça ne me gênait pas trop. Et finalement, vous avez retrouvé vos facultés et vous avez obtenu cette année votre 19e sulky d'or.

Déjà, qu'est-ce que ça représente pour vous, comme ça, 19 sulky d'or ? Déjà, c'est énorme. Maintenant, ça fait que pendant 20 ans, j'étais à fond.

Mais ça, c'est toujours bien mis. Des bons chevaux, des bons entraîneurs au début qui me faisaient énormément confiance. Des grosses bécanes.

Donc, privilégiés. Dans celui-là, en tout cas, le 19e, vous n'en aviez pas fait un objectif. Je me souviens d'une interview donnée à Paris-Turf au mois de juin, où vous disiez même, le sulky d'or, pour moi, c'est du passé.

Vous le pensiez vraiment à ce moment-là ? Vous aviez laissé un peu tomber ? Franchement, oui.

Je ne me suis pas occupé de trop. J'ai délégué beaucoup en début d'année. J'ai couru, je crois, d'après ce que m'a dit Kamel Simani, mon agent, c'est 40 cents de courses de moins à peu près.

Mais j'étais vraiment cool, quoi. Ça se passait bien. Je me concentrais sur mon entraînement, moins de chevaux à courir, bien tout en ordre chez moi.

Et j'ai sonné du tracteur, j'avais la course à 16h15. Je regardais Alex et Eric, ça se passait super bien. Hop, j'étais vraiment décontracté et bien chez moi, avec ma femme, Nelcy, et puis la petite.

J'étais super cool, quoi. Alors, qu'est-ce qui vous a poussé, finalement, à vous battre ? Et est-ce que le fait que tout le monde vous donnait, finalement, perdant, pour le coup, parce que Franck Nivard avait pris de l'avance, est-ce que ça, ça a un peu réveillé votre instinct de compétiteur ?

Pas trop. C'est-à-dire qu'après, j'ai mes hippodromes fétiches. Ça a commencé à nuire aux pompières.

Mes chevaux top formes, j'en gagne quatre. Après, ça s'est fait comme ça. Le mois de juillet, je suis à Royaume-la-Pas-Muir, souvent.

Ma petite cabane, là-bas, à Roncelébain, je prends beaucoup de plaisir à être là-bas. Beaucoup de courses à La Rochelle, beaucoup de courses à Royan. Et à Royan, j'ai presque tout gagné quand j'étais sur l'épodrom.

Donc, franchement, c'était que du bonheur. Il faut dire aussi que, comment il s'appelle ? Franck, il n'a pas été chanceux depuis le mois de juillet.

Il y a des grosses maisons pour lui qui n'ont pas tourné du tout. Mais vraiment pas du tout. Et après, c'est plus difficile.

Moi, je n'ai jamais fait autant de gagnants comme entraîneur cette année. Voilà, ça fait que je suis sur le cul d'or. Mais je me suis mis à vraiment accélérer, enfin accélérer, aller aux courses presque tous les jours, au mois d'octobre, fin septembre.

Mais avant, ce n'était surtout pas une priorité. Surtout pas. Bon, ça fait 19. 20, ça sonnera, ce n'est pas un peu mieux ?

C'est quoi l'objectif pour l'année qui arrive ? L'objectif, c'est de repasser une année comme je l'ai passée en 2017. Franchement, c'était ma plus belle année en tant qu'entraîneur.

Des chevaux top form, des chevaux parfaitifs. Donc, vraiment facile à entraîner des très bons chevaux dans mes boxes. Par débordé de travail.

Et puis, vraiment, c'était une balle d'ommer cette année 2017. Mon fils qui a débuté en compétition, il a gagné. J'étais présent au milieu de la piste.

C'était vraiment un grand moment pour moi. Et puis, là, pour l'instant, ce n'est pas trop mal. Donc, j'ai bon espoir que dans cinq ans, j'ai pu encore relâcher la pression.

Oui, parce que vous avez l'air d'être du genre à prévoir, à anticiper les choses. Vous parlez beaucoup d'entraînement maintenant pour vous et de votre fils qui arrive, vos enfants qui veulent faire le métier. C'est comme ça que vous voyez l'avenir à moyen terme, passer la main gentiment en course à votre fils, notamment ?

Oui, tout à fait. Après, il n'a que 17 ans. Je suis encore, à mon avis, à gratter avec lui pendant 7-8 ans.

Parce qu'il faut qu'il apprenne beaucoup. Il a encore beaucoup, beaucoup de lacunes. Donc, je suis présent avec lui.

Mais oui, je veux relâcher. Je veux relâcher. Moi, d'aller aux courses maintenant pendant tout un hiver, tous les jours, ça ne me fait pas énormément plaisir.

Même si je drive des bons choux à moi, heureusement. Parce que moi, je suis de nature inquiète. Et si je vais aux courses tous les jours, que je gagne pour course et que ça se passe mal, je suis mieux à la campagne, tranquille.

Là, je suis à gros bois avec mon chien. Des fois, ce n'est pas terrible. Il faut que je me repousse.

Donc, je ne sors pas beaucoup. Enfin, beaucoup, beaucoup, beaucoup, moi. Il y a votre fils, Nicolas, qui arrive.

Et puis, ces dernières années, vous avez formé pas mal, ou en tout cas, des jeunes prometteurs et doués sont passés par chez vous. Peut-être la chance. Ils sont arrivés chez moi.

Ils étaient bons. Le petit étalien, Gabi, il était...

Dès qu'il est monté le cul derrière un sluky à 14 ans, chez moi, il avait 14 ans, je pense. On a fait une ligne droite. J'ai dit, oula, celui-là, il est fait pour ça.

Alex, moi, on ne pleurais pas de pas. Et c'était le fils de LC. Et il était déjà bien formé.

C'était sûr que ça allait à l'aide, quoi. C'est de la chance, je pense. C'est comme ça.

C'est des passages dans la vie qui font que je me trouve avec des bons gars que j'ai formés. Après, c'est vrai que je l'ai appris 2-3 trucs, notamment pour certains, la discipline. Parce que ce n'était pas toujours très sage, mais non, des bons gars.

Bon, l'actualité récente, bien sûr, Jean-Michel, c'est le prix d'Amérique. Déjà, j'imagine que quand on est entraîneur, qu'on a un partant dans cette course-là, c'est une période à part, une période excitante. Oui, oui, pendant 2 mois, là, on est tranquille, quoi.

C'est bien, c'est bien. Mais là, quand arrive le prix de Belgique et il ne te reste plus que 15 jours, là, si tu es en retard, c'est fini. Tu ne peux pas rattraper.

Mais bon, s'il n'y a pas un grand stable qui va envoyer la machine, si ça s'est bien passé pendant 2 mois, tu es assez relax, quoi. Honnêtement, là, Jean-Michel, depuis le début du meeting, tous les observateurs se disent, il va nous inventer un truc, Jean-Michel Bazir. Il nous prépare un coup.

Est-ce que c'est le cas ? Ben, c'est ce que, de toute façon, c'est un égeotif, enfin, un coup avoué, hein, j'ai décidé de ne pas déférer ma jument pendant les 2 mois de préparation. Moi, je pense qu'elle est transcendée, déférée.

Ça, ça a toujours été mon idée. Voilà, je suis pris le risque. Maintenant, on va voir, on va voir cette semaine comment ça se passe.

Le jour J, le jour J, je pense qu'elle est capable de faire une grande performance. Tout va bien. Et le coup, ben, le coup, je n'ai pas l'étude de corde et je n'ai pas de faire une silicone, c'est clair.

Je ne peux pas faire ça avec l'appétit. Donc, le coup, c'est les coups. Avec ces choix-là, cette année, c'est meilleur parcours, à mon avis, qui gagnera, qui gagnera, parce qu'il n'y a pas de marge.

En début d'hiver, vous nous aviez annoncé une Bélinas Josselin peut-être plus forte. Elle avait pris des points de force, beaucoup de muscles. Est-ce que, du coup, on peut s'attendre à la voir faire encore une meilleure performance le jour J que ce qu'elle avait fait l'an passé, qui était déjà assez formidable ?

Je ne pense pas. Elle est plus belle, ça, c'est clair. Mais je ne pense pas qu'elle descendra son chrono de l'an passé.

Après, le chrono de l'an passé, il est un peu spécial, parce que, bizarrement, ça avait fort roulé jusqu'aux 1200 mètres de l'arrivée. Et forcément, quand tu as des rollers devant, tu barres le record. Là, je ne pense pas quand même que ça va rouler à un point, à tel point.

Le plateau est très relevé cette année, mais Boldigle a, lui, paru un peu moins tranchant ces derniers temps. Qu'est-ce que vous en pensez, vous, de Boldigle, cette année ? C'est vrai que le cheval, il a perdu son coup de jarret, qui était dévastateur, quand il sentait d'un dos, où c'est tout, il avait gagné.

Là, il passe, mais il est plus tumide qu'avant. Donc, forcément, pour nous, la concurrence, on est limite content. Forcément, il ne faut pas se leurrer, il ne faut pas se cacher.

Et du coup, on dit que là, peut-être qu'on peut le battre. Et cette année, il paraît battable. Mais il faut avoir le parcours.

Et lui, il ne faut pas qu'il ait le...

Parce que l'année dernière, il a eu des parcours magnifiques, tout au long des préparatoires. Et aussi, pour la finale, entre guillemets, le prix d'Amérique, il a eu aussi un parcours magnifique. Bon, là, depuis les préparatoires, il n'a, entre guillemets, pas des parcours aussi bien que l'année dernière.

Et on sent le cheval, il est un peu plus dans le dur. Alors, on peut penser que...

Mais s'il a eu des parcours que de l'année dernière, il va gagner. S'il n'a que 200 mètres à faire, il va gagner, c'est sûr. Et lui, il suit tous les trains en roulette.

Donc, il peut encore gagner. Mais pour avoir ce parcours, il faudra un Franck Nivar hyper inspiré. Oui.

Il est souvent inspiré, Franck. Il a la chance de driver Boldigle, mais il a la pression, forcément, qui va avec. Parce que Boldigle, quand il est deuxième, c'est une défaite.

Vous, vous l'avez battu dans la course au Sulky d'Or, Franck Nivar, alors qu'à un moment, tout le monde pensait que c'est lui qui l'aurait pour la première fois cette année. Vous l'avez battu, c'était assez symbolique avec Aubriand Dujers dans le prix d'été. Est-ce que vous le sentez un peu bousculé, un peu moins serein que l'an passé, Franck Nivar ?

Je ne pense pas. Bon, moi, je suis dans le peloton tous les jours avec lui. Et pour moi, Franck, il drive les mêmes courses sereines qu'il a drivées en 2016 ou pendant l'hiver 2016-2017.

Rien n'a changé pour moi, concernant Franck. Concernant la pression, on y revient qu'il y a un jour de prix d'Amérique. C'est particulier.

Vous, vous avez été parfois favori du prix d'Amérique. J'imagine que c'est un moment vraiment à part dans l'année. Oui, c'est entre guillemets un peu lourd, mais c'est aussi, c'est bon quoi.

C'est bon quand tu sais que tous les regards sont sur toi, sur ton cheval. Et que, voilà, c'est un moment intense à vivre, à vivre. C'est un bon moment.

Un mot rapide sur le plateau de cette année. Il y a des étrangers qui ont l'air très forts. Propulsion a l'air meilleur encore que l'an passé.

Ridley Express a fait belle impression, votre sentiment un peu général là-dessus. Moi, j'aurais à penser que Propulsion est très bon cette année. Meilleur que Ridley Express.

Même s'il est très bon, mais il manque peut-être un peu encore de matérité. La concurrence étrangère, je pense qu'elle vient de Propulsion. C'est votre favori pour l'Amérique ?

C'est mon favori, même si dans la tête, c'est pas...

Mais bon, on va dire que c'est mon favori. Mais c'est pas gagné pour lui, c'est ce que vous vouliez dire. Ah non, c'est pas gagné.

Merci. Merci. Merci.

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