"On condamne l'île à la mort": l'interview en intégralité de Marine Le Pen
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Vous regardez C'est pas tous les jours dimanche et tout de suite l'invité de la semaine. Bonsoir Marine Le Pen.
Bonsoir.
Merci beaucoup d'être avec nous ce soir dans C'est pas tous les jours dimanche. Vous êtes à Mayotte alors que vous terminez aujourd'hui un déplacement de 5 jours dans l'océan indien. La Réunion d'abord, puis Mayotte ensuite. Mayotte où le gouvernement a lancé quelques jours avant votre arrivée une opération place nette. Alors vous avez dénoncé une opération de communication. 1 700 policiers, gendarmes et militaires. Un objectif de destruction de 1 300 habitats illégaux. C'est pas que de la communication non ?
Oui mais les mêmes annonces avaient été faites avec Wambushu 1. Et j'avais déjà dit à l'époque que ça ne fonctionnerait pas. Et ça ne peut pas fonctionner puisqu'il n'y a pas de stratégie globale d'arrêt de l'immigration clandestine à Mayotte. Et il en sera de même hélas pour cette opération dénommée place nette XXL.
Puisque tant qu'on continuera à dérouler le tapis rouge aux Comores, tant qu'on continuera à leur donner des dizaines de millions d'euros, tant qu'on acceptera que le président Azali considère Mayotte comme appartenant aux Comores et organise en réalité l'immigration clandestine, tant qu'on ne tordra pas le bras aux Comores, eh bien on videra une baignoire avec une petite cuillère tout en laissant le robinet grand ouvert. Je crois que chacun ici d'ailleurs est conscient de cela. Et l'immigration clandestine a atteint tel niveau ici que l'intégralité en réalité des infrastructures, des services publics sont absolument saturées.
Ce grippe, sans compter évidemment l'insécurité galopante que subissent les Mahorais et qui rend leur vie tout à fait impossible.
– Mais il y a eu des annonces qui ont été faites, il y a des patrouilles pour éviter l'arrivée des Comoriens à Mayotte. Concrètement, qu'est-ce que vous feriez de plus que ce qui est déjà fait ? On ne sent pas du côté du gouvernement une volonté d'une quelconque mensuétude vis-à-vis des Comores ? Si, c'est comme ça que vous le percevez ?
– Alors, écoutez, pardon. On a même écrit à Mme Colonna à l'époque, en attirant son attention sur les propos de M. Azali, qui était venu sur une chaîne française, sur RFI, pour venir dire qu'il contestait l'autorité du préfet de Mayotte parce que Mayotte n'était pas française. On a saisi Mme Colonna. Non seulement, évidemment, nous n'avons pas rappelé notre ambassadeur, non seulement l'ambassadeur des Comores n'a pas été convoqué, mais de surcroît, il nous a expliqué qu'on avait les meilleures relations du monde avec les Comores et que ça permettait de faire baisser les flux migratoires ici.
Vous posez cette question à n'importe quel Mahorais, il vous dira que tout cela est évidemment totalement faux. Les flux migratoires sont de plus en plus importants parce qu'encore une fois, les Comores sont lancés dans une guerre qui est une guerre démographique. Voilà. Ils entendent récupérer dans leur esprit Mayotte par l'intermédiaire de l'immigration clandestine. Quant aux annonces qui sont faites, on nous dit qu'il y a deux vedettes qui vont intervenir. Bon, d'abord, les vedettes, elles sont là depuis déjà bien longtemps. Mais ces deux vedettes, elles font quoi en réalité ? Elles arrêtent les quoi ça, quoi ça et elles ramènent en réalité les clandestins sur le sol de Mayotte.
Tant qu'on fera ça, eh bien on mettra en place une politique incitative d'immigration. Or, il faut bloquer l'arrivée des quoi ça, quoi ça. Pour ça, il faut faire appel à la Marine nationale. Mais il faut faire appel à la Marine nationale. Il faut qu'il y ait un ou deux bâtiments avec un centre de rétention administrative flottant. C'est-à-dire que plus personne, quand il est en situation clandestine, ne met le pied à Mayotte. Voilà. Et puis, je vais vous dire une chose, M. Djamal.
Si en plus, on prend les Africains qui arrivent aujourd'hui et qui sont la nouvelle vague d'immigration que subit Mayotte en plus, elle ne remplace pas, elle est en plus, et qu'on les emmène dans les Yvelines pour les installer dans un château, ça, c'est évidemment immédiatement su. En l'espace de quelques jours, il n'y avait pas 300 Africains dans le fameux square, dans le fameux stade. Il y en avait 700. Voilà. Donc tout cela, nous le savons. J'en conclue que le gouvernement, en réalité, fait une nouvelle fois de la communication. Ce qui est terriblement malheureux, c'est que les Mahoraises et les Mahorais se voient ainsi privés de leur avenir. Leurs enfants s'en vont.
Ils vont faire leurs études ailleurs. Ils vont travailler ailleurs. Les chefs d'entreprise s'en vont. C'est-à-dire qu'on condamne l'île à la mort.
Marine Le Pen, vous qui vous revendiquez souvent comme la porte-parole des Mahorais, ces Mahorais demandent, c'est ce qui est raconté dans les reportages et journalistes qui sont sur place, la fin du droit du sol à Mayotte. Le gouvernement s'y est engagé. Il doit y avoir normalement un projet de loi constitutionnelle en ce sens. Est-ce que là-dessus, vous applaudissez et vous nous dites oui, on votera cette réforme, la fin du droit du sol à Mayotte ?
Oui. Évidemment qu'on va le voter. On le demande depuis 25 ans, si vous voulez. On n'est pas obligé d'applaudir quelque chose qui a mis 25 ans à se mettre en place. Mais surtout, là où ça ne mérite pas d'applaudissement, c'est qu'en réalité, le droit du sol, il devrait être supprimé dans toute la France. Parce que si le gouvernement constate enfin que c'est une incitation à l'immigration clandestine, ce droit du sol à Mayotte, mais c'est vrai pour l'ensemble de notre territoire. Donc c'est dans l'ensemble de la France que la nationalité française devrait s'hériter ou se mériter et donc ne pas faire l'objet d'une acquisition automatique et pas seulement à Mayotte. Mais enfin, c'est un début.
Et c'est un début qu'on ne peut qu'apprécier compte tenu de l'urgence dans laquelle est Mayotte aujourd'hui.
— Mais Marine Le Pen, vous considérez vraiment que la situation migratoire à Mayotte ressemble à ce que l'on peut voir en métropole, dans l'Hexagone ? Les situations ne sont pas les mêmes.
— Non, c'est bien pire ici. Mais c'est bien pire ici. C'est une question de nombre. Ici, on ment effrontément sur le nombre de personnes qui sont présentes sur l'île. On continue depuis des années à dire qu'il y a 350 000 habitants. C'est faux. L'intégralité des élus, des responsables à qui j'ai parlé savent pertinemment que le nombre d'habitants, c'est-à-dire le nombre de clandestins qui sont présents sur l'île, est bien plus important que ce qu'on dit.
Mais imaginez bien que s'il y a 500 000 ou 600 000 personnes sur l'île au lieu de 350 000, ça veut dire que l'intégralité des politiques qui sont mises en œuvre ici sont des politiques qui sont sous-dimensionnées volontairement et tout ça pour cacher la réalité de la gravité de la situation.
— Mais c'est bien pour ça que quand on parle de droit du sol à Mayotte, la même réflexion ne s'applique pas forcément à la métropole.
— Mais si. Parce que les mêmes causes entraînent les mêmes effets. Et que moi, pardonnez-moi, M. Duhamel, mais j'ai pas envie d'attendre que la situation de la métropole se rapproche de celle de Mayotte pour réagir. Car si nous avions réagi comme je l'ai réclamé il y a plus de 10 ans à Mayotte immédiatement, Mayotte ne serait pas dans la situation dans laquelle elle est aujourd'hui. Voilà. Les Mahorais pourraient aller se faire soigner. Ils trouveraient des logements. Les agriculteurs trouveraient du foncier. On serait pas dans cette situation d'insécurité où il y a, à partir d'une certaine heure, quasiment une interdiction de circuler sur certaines routes à Mayotte.
Vous voyez, donc j'ai pas envie d'attendre ça. J'ai pas besoin d'être au pied du mur pour voir que c'est un mur à la différence peut-être de l'ensemble de la classe politique française.
— Marine Le Pen, vos alliés de l'AFD, le parti d'extrême-droite allemand, se sont interrogés sur l'appartenance de Mayotte à la France, ce qui vous a fâché. C'est ce que vous avez dit il y a quelques jours. Rappelons aussi qu'il y a quelques mois, une réunion de ce parti était consacrée à la remigration, c'est-à-dire l'expulsion d'allemands d'origine étrangère. Est-ce qu'il n'est pas temps d'assumer la rupture et de dire « on ne travaillera plus avec eux, on ne siègera plus avec eux, ce ne sont plus nos alliés ».
— Écoutez, on va en discuter évidemment avec le bureau national du Rassemblement national. On va aussi en discuter avec nos alliés. On m'a fait savoir que l'AFD regrettait une nouvelle maladresse, puisqu'en réalité il s'agissait, d'après ce que j'ai compris, ce qui est plus qu'une maladresse d'ailleurs, qui est une faute d'une comparaison entre la reconnaissance du référendum à Mayotte par l'Allemagne et puis la reconnaissance du référendum pour la Crimée. Bon, j'avoue qu'à part le mot « référendum », je vois pas bien le rapport entre les deux situations.
Mais quoi qu'il en soit, on ne peut pas accepter sans réagir une multiplication comme ça de propos qui sont inconsidérés, de propos qui créent un trouble, même si heureusement la population mahoraise sait ce que j'en pense et me fait confiance depuis longtemps et n'a pas une demi-seconde de doute sur le combat que je mène pour conserver Mayotte au sein de la France. Mais voilà, il y a un problème. Il va falloir que nous empargnions en effet.
— Marine Le Pen, de Mayotte à la métropole, la question de l'hyperviolence est au cœur de l'actualité après les annonces du Premier ministre qui appelle à un sursaut d'autorité, place en internat, atténuation de l'excuse de minorité, pression mise sur les parents d'enfants délinquants. Il évoque même un entrisme islamiste prônant les préceptes de la charia. Il parle comme le Rassemblement national, Gabriel Attal ?
— Encore une fois, que de temps perdu avant de faire un constat que tout un chacun est capable de faire. Le problème, c'est que là encore, je ne suis pas sûr que les solutions qui soient proposées soient à la hauteur. Vous avez oublié les cours d'empathie, les travaux d'intérêt général. Enfin toutes ces mesures dont nous savons pertinemment qu'elles n'auront absolument aucun effet. Je n'ai pas entendu parler de l'abaissement de l'âge de la majorité pénale. Je n'ai pas entendu parler de l'atténuation de l'excuse de minorité. Je n'ai pas entendu parler de peines fermes, courtes, mais sévères pour éviter précisément la multirécidive. Je n'ai rien entendu de tout ça.
Et pourtant, il y a des pays à côté de nous qui ont mis en place ces mesures avec, il faut bien le dire, un certain succès. C'est le cas notamment des Pays-Bas. Donc on est toujours dans une forme de logoré où on pense que les mots peuvent remplacer les actions. Le problème, c'est que derrière tout ça, il y a des victimes encore et encore et encore de cette ultra-violence. Et puis pardon, M. Duhamel, mais dans le même temps où M. Attal parle d'autorité, ce qui lui va assez mal, il faut quand même être objectif, ce n'est pas hyper crédible. Vous avez eu cette expression, ça lui va comme un tablier à une vache.
Qu'est-ce que vous vouliez dire avec cette expression ? Parce que moi, je ne la connaissais pas cette expression.
C'est une expression populaire, c'est une expression populaire. Peut-être que vous ne fréquentez pas assez la campagne. C'est une expression populaire qui est assez imagée mais qui veut dire ce qu'elle veut dire. Mais dans le même temps, si vous voulez, M. Dupond-Moretti, ministre de la Justice, adresse des consignes aux parquets, enfin aux policiers d'ailleurs, pour condamner ceux qui portent une arme blanche, c'est-à-dire un couteau, une lame, ce qui est le cas de plus en plus de jeunes dans notre pays, d'une amende de 400 ou 500 euros. Et on croit que c'est avec ce type de mesures qu'on va empêcher l'hyperviolence. Je veux dire, il y a une incohérence totale.
Donc, ils sont perdus, ils se sentent obligés de dire quelque chose, mais je pense qu'ils n'ont pas compris fondamentalement le problème auquel nous sommes confrontés. Et on compte les morts.
– Oui, mais très concrètement, Marine Le Pen, quelles mesures vous prendriez en urgence pour faire en sorte, par exemple, que ce qui est arrivé à Philippe, tabassé à mort à Grande-Synthe par des adolescents, n'arrive plus ? Parce que parfois, quand on écoute les responsables politiques d'opposition, on a le sentiment qu'il suffirait d'une... pas d'une baguette magique, mais au fond de quelques mesures pour que tout d'un coup, cette hyperviolence disparaisse. C'est un combat qui est au plus long cours. Ce n'est pas seulement des mesures.
– Non, mais d'abord, vous vous trompez. Non, mais vous vous trompez. Je pense que justement, précisément, je pense que des mesures éparses qui sont en réalité suscitées par une volonté de communiquer ne sont pas suffisantes. Il faut une philosophie globale. Alors d'abord, il va falloir arrêter l'immigration clandestine parce qu'elle est évidemment très impliquée dans les actes de délinquance. La part d'étrangers dans les actes de délinquance, on le sait, et même le gouvernement n'ose plus le contester aujourd'hui, est très importante. Ça, c'est la première des choses.
La deuxième des choses, c'est qu'il faut, encore une fois, mettre en place des peines courtes, y compris de prison en cas de récidive, courtes, mais effectives et rapides. Et ça a été fait aux Pays-Bas et ça fonctionne très bien. C'est-à-dire que le niveau de récidive est très inférieur au nôtre. Il faut évidemment condamner les parents qui sont en défaut de surveillance ou d'éducation. Et pour l'instant, ça non plus, ça n'est pas fait. Il y a quelques dizaines de procédures qui ont été engagées.
Il faut que « casseurs payeurs » ce ne soit pas seulement un slogan parce que dans le même temps où Gabriel Attal dit « les casseurs doivent être les payeurs », nous, on avait déposé un amendement à l'Assemblée nationale après les émeutes pour demander à ce que l'ensemble des collectivités qui avaient été victimes de dégradations portent plainte et demandent des dommages à intérêt à la hauteur des dégradations qui ont été effectuées. Ils ont tous voté contre. Donc voilà, je suis obligée de constater que j'émets un doute très, très sérieux sur la sincérité du désir d'autorité qu'exprime aujourd'hui Gabriel Attal.
– Juste avant de vous poser quelques questions sur la campagne des européennes, un exemple, ce matin dans les colonnes du journal du dimanche, Jordan Bardella, le président du Rassemblement national, évoque cette solution, du moins la solution qu'il propose, couper les allocations pour les parents d'enfants délinquants. De façon très précise, comment est-ce que dans ce genre de situation, vous faites la différence entre des parents défaillants,
des missionnaires, et ce que l'on voit aussi beaucoup, ce que l'on a notamment pu constater au moment des émeutes,
c'est-à-dire des mères célibataires qui partent à 4h, 5h du matin pour aller faire des ménages et qui n'ont tout simplement pas de prise sur leurs enfants en perdition qui peuvent être des délinquants. Comment est-ce que vous faites la différence ?
– Oui, enfin, permettez-moi de vous dire que les mères de famille et les mères célibataires, et j'en ai été une, qui partent à 4h du matin, c'est pas à 4h ou à 5h du matin que se déroulent les actes de délinquance. En revanche, l'ensemble des parents qui laissent des gamins de 10 ans, 11 ans, 12 ans, dehors à 2h du matin, alors qu'il y a des troubles et des émeutes dans les rues, eux, il est assez simple de savoir qu'il y a un déficit, clairement, d'autorité, certes, mais ça, ça n'est pas condamnable, mais un défaut de surveillance. Et ça, ça l'est condamnable.
Donc, les allocations familiales doivent effectivement pouvoir être supprimées pour les gens qui ne remplissent pas le rôle de parents qui est le leur. Parce qu'il y a des contreparties. Je veux dire, c'est pas une manne, ça tombe pas du ciel. Je suis désolée, mais ça vient des impôts des Français. Donc, on a le droit d'être un peu exigeant lorsqu'il y a des aides de ce type qui sont accordées. Sans compter, M. Duhamel, un certain nombre de familles et discuter avec des policiers, ils vous le diront, qui, clairement, pour le coup, bénéficient du recel des actes de délinquance de leurs enfants. Il faut serrer la vis. Il faut maintenant siffler la fin de la récréation.
Il faut dire que cette situation ne peut plus être supportée parce qu'elle n'est plus supportable et donner des instructions à l'ensemble des services de l'État pour qu'ils mettent en œuvre cette politique de fermeté.
– Quelques questions sur les européennes. Vous êtes aussi en déplacement à la Réunion à Mayotte pour faire campagne pour les européennes à un mois et demi du scrutin. Votre candidat, Jordan Bardella, fait la course très largement en tête, quasiment le double de Valérie Ayet pour la majorité. L'élection est déjà gagnée pour vous ? Il n'y a pas un petit risque d'excès de confiance ?
– Non, d'abord, pour qu'il y ait un risque d'excès de confiance, il faudrait qu'on soit dans une situation d'excès de confiance. Or, nous faisons de la politique depuis assez longtemps. Je pense que nous sommes assez expérimentés, et Jordan le répète d'ailleurs en permanence pour ne pas considérer qu'un sondage fait l'élection. Et c'est la raison pour laquelle Jordan a parfaitement raison d'appeler à la mobilisation des Français, à leur dire que, effectivement, les victoires sont possibles, mais elles ne sont pas possibles si les Français ne se déplacent pas pour aller voter. Donc l'intention de vote est une chose, l'acte de vote en est une autre.
Et donc nous comptons sur tous les Français qui partagent nos idées pour que Pazin ne manque le 9 juin pour, encore une fois, sauver l'Europe telle que nous l'aimons, c'est-à-dire l'Europe des nations, la vraie Europe face à cet état centralisé que les forces politiques sont en train de construire et qui privent au fur et à mesure les nations de leur pouvoir. Et quand on prive les nations de leur pouvoir, on prive le peuple en réalité de son pouvoir.
Quand vous demandez une dissolution, si Jordan Bardella arrive très nettement en tête le 9 juin au soir, est-ce que vous ne faites pas ce que vos adversaires vous reprochent ? C'est-à-dire au fond ne pas être intéressé par les sujets européens mais seulement par les conséquences nationales du résultat du scrutin ?
Non mais on est très intéressé par les résultats des européennes et très impatient de pouvoir mener avec nos alliés le combat pour l'Europe des nations dont je viens de vous parler, il n'en demeure pas moins que c'est la seule élection nationale de tout le mandat. Et que s'il s'avère que le président de la République est très largement derrière la première force d'opposition, il faut aussi qu'il en tire les conséquences parce que s'ouvre alors une crise politique or, pardon, mais la Constitution prévoit comment l'on règle une crise politique ?
On règle une crise politique en retournant aux urnes, en se retournant vers les Français, en leur demandant leur avis pour que leur gouvernement corresponde à la volonté du plus grand membre. on voit bien qu'Emmanuel Macron passe de crise en crise et je pense que celle-là devrait être si elle intervient la dernière avant que le peuple français puisse à nouveau s'exprimer dans le cadre des législatives.
Mais une dissolution c'est pour gagner, c'est pour gouverner, c'est pour que Jordan Bardella puisse aller à Matignon ?
Bien sûr, vous croyez que c'est pour quoi ? Bien entendu, nous nous battons pour gagner, pour appliquer nos idées. Je veux dire, on ne se bat pas pour le plaisir, nous ne sommes pas dans une posture. J'ai croisé un élu qui me dit « Oh là là, mais ça ne va pas vous arranger, vous risquez de gagner ». Mais pardon, nous attendons que cela, nous ne nous battons que pour cela et depuis des décennies. Donc, plus tôt ça arrive et mieux c'est, même si nous n'aurons pas, nous savons, l'intégralité des compétences dont nous avons besoin. mais même les compétences qui sont celles d'un gouvernement sans avoir de président de la République encore, c'est déjà mieux que rien.
Un tout dernier mot, la semaine va être marquée par le discours sur l'Europe d'Emmanuel Macron, ce sera jeudi à la Sorbonne, le président rentre dans la mêlée, ça va rendre les choses plus difficiles pour vous dans cette campagne ? Ça va être un facteur de mobilisation ?
Non.
Pour nos électeurs, très certainement. En réalité, il va y avoir un double effet, et je pense qu'Emmanuel Macron rentre dans la campagne précisément pour mobiliser ses électeurs, mais ce discours dont je peux percevoir, compte tenu de ce que je sais de la pensée d'Emmanuel Macron, le contenu, ce discours, il va aussi mobiliser nos propres électeurs. Voilà, j'espère qu'Emmanuel Macron va être présent dans cette campagne, j'espère qu'il respectera d'ailleurs les règles de financement des campagnes électorales, parce que même le président de la République n'est pas au-dessus de ses règles. Vous avez un doute ? Mais après tout, à chaque fois qu'il parle...
Non, non, je n'ai pas de doute, mais à chaque fois qu'il parle de l'Europe qu'il souhaite, de l'Europe du rapport Verhofstadt qu'ils ont voté, c'est-à-dire de l'Europe où la présidente de la Commission devient président de l'Union européenne, je pense que c'est son objectif, d'ailleurs, c'est ce qu'il veut, Emmanuel Macron, c'est sa future retraite, que le président de l'Union européenne désignerait les commissaires à la place des nations, qu'il s'attribuerait le pouvoir de la santé, le pouvoir de la diplomatie, le pouvoir de la défense, le pouvoir de la fiscalité, eh bien tous ces pouvoirs-là, ils sont arrachés aux nations.
Nous ne le souhaitons pas, donc les deux visions que nous portons sont franchement antagonistes, nous assumons cela, et je suis heureuse que les Français puissent s'en rendre compte avec son intervention.
Rapidement, vous parlez de cette opposition et vous dites aussi, je vous ai entendu dire que c'était sans doute l'élection la plus importante pour les européennes depuis 1979. Si, est-ce que vous seriez prête, comme on avait pu voir en 1992 entre François Mitterrand, président, et Philippe Seguin, à débattre avec le président de la République sur vos visions de l'Europe ? Est-ce que ça, c'est quelque chose où vous vous dites pourquoi pas s'il vous le proposait ?
Pourquoi pas ? Pourquoi pas ? Nous avons encore une fois deux visions radicalement différentes. L'Union européenne, ce qu'on appelle l'Europe de Macron, c'est l'Europe de la disparition des nations qui se construit en vidant les nations de leurs substances. La nôtre, c'est exactement l'inverse. C'est une Europe qui se constitue au travers des coopérations avec des nations à qui on aura restitué leur pouvoir essentiel. parce qu'encore une fois, en restituant aux nations leur pouvoir, c'est au peuple qu'on les rend. Et moi, je ne sais pas, je ne connais pas d'autres systèmes démocratiques que celui où le peuple décide pour lui-même dans les domaines qu'il considère comme essentiels.
Donc, pourquoi pas ? Ça ne me poserait aucune difficulté.
Merci beaucoup, Marine Le Pen, d'avoir été l'invité de C'est pas tous les jours dimanche en duplex
de Mayotte.
Merci Marine Le Pen.
Marine Le Pen