Hervé Gaymard : L'Heure des Livres (Émission du 29/10/2026)
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:04OuverteRéponse directe
On est ravis de vous recevoir. Alors, on vous connaît, vous avez été député, vous avez été ministre.
- 0:09OuverteRéponse directe
Vous êtes président du Conseil départemental de Savoie et membre de l'Institut.
- 0:18OuverteRéponse directe
Vous venez de publier un dictionnaire amoureux d'André Malraux.
- 0:33OuverteRéponse directe
Vous dites que ce livre est une forme de reconnaissance de dette envers Malraux.
- 2:19OuverteRéponse directe
On peut se dire que c'est le gaullisme qui vous a mené à Malraux, mais vous écrivez que c'est le contraire ?
- 3:59OuverteRéponse directe
Un jeune comme vous s'enthousiasme pour Malraux, c'est étrange car il avait une diction hors du temps.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:57Invité politiqueFait
« j'avais 14 ans. »
- 1:05Invité politiqueFait
« Et on s'ennuie parfois pendant les longues heures d'études de soir dans les lycées. »
- 1:16Invité politiqueFait
« Et je ne sais pas trop qui était Malraux, mais pour moi, ça a été un choc. »
- 1:39Invité politiqueFait
« alors il y a une première partie qui est sur la défaite de 40, puisqu'il est prisonnier en 40 à Sens, et ensuite à côté de Sens. »
- 1:55Invité politiqueFait
« C'est un peu son étrange défaite, qu'a écrit Marc Bloch au même moment. »
- 4:28Invité politiqueFait
« Mais, alors je l'avais vu lors de la campagne présidentielle de Chaband-Elmas en mai 1974. »
- 5:36Invité politiqueFait
« parce que lui, il procède beaucoup par itération et pirouette dans sa conversation. »
- 6:03Invité politiqueFait
« quand j'ai relu Les Épreuves, je me suis dit que ça dépassait beaucoup Malraux, puisque c'était une promenade, une traversée du XXe siècle. »
- 6:54Invité politiqueFait
« Lévi-Strauss, ce n'était pas un écrivain. »
- 7:44Invité politiqueFait
« Mais il y a des pépites de poésie en prose qui sont assez formidables, notamment les descriptions des paysages et des sensations. »
- 8:16Invité politiqueFait
« Parce que c'est vrai qu'au printemps 1976, on le voyait encore dans des émissions de télévision, et il meurt à l'automne 1976. »
- 8:40Invité politiqueFait
« Les Noyés de l'Altenbourg, maintenant, il est en folio. Gallimard l'a publié depuis en folio, donc il est facilement disponible. »
- 9:18Invité politiqueFait
« parce que c'est un orateur exceptionnel, qui vous donne le frisson, même si on n'aime pas Malraux. »
Temps de parole
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Bienvenue
à l'heure des livres, Hervé Guémard.
Merci,
m'accueillir.
On est ravis de vous recevoir. Alors, on vous connaît, vous avez été député, vous avez été ministre. Ça,
c'est
très loin.
Ça, c'est loin. Aujourd'hui, vous êtes encore président du Conseil départemental de Savoie. Vous êtes également membre de l'Institut et à la tête de la Fondation Charles de Gaulle. Et vous venez de publier un dictionnaire amoureux d'André Malraux, un livre qui est paru chez Plon et un livre qui paraît 30 ans après votre premier ouvrage qui s'appelait Pour Malraux. qui était paru aux éditions de La Table Ronde en 1996. Et vous le dites, ce livre, c'est un peu comme une forme de reconnaissance de dette.
Parce que ce que vous racontez, c'est que depuis que vous avez découvert, adolescent, un roman de Malraux qui n'est pas du tout son plus connu ni son plus diffusé, qui s'appelle Les noyés de Lattenburg, eh bien, ça a été une espèce de révélation, de coup de foudre entre lui et vous.
Oui,
j'avais 14 ans.
J
'étais au lycée Jean-Boulin d'Alberville, interne. Et on s'ennuie parfois pendant les longues heures d'études de soir dans les lycées. Et j'ai découvert ce livre qui était miraculeusement à la bibliothèque du lycée. Parce que, comme vous le dites, c'est le livre le moins connu. Et à l'époque, il était épuisé et
loin
d'être réédité. Et je ne sais pas trop qui était Malraux, mais pour moi, ça a été un choc. Parce que c'était à la fois une leçon de vie, c'était l'ouverture à toutes les formes de culture, et puis c'était l'engagement. Donc c'est pourquoi Malraux m'a accompagné depuis
bien
des années maintenant.
Oui, parce que c'était un roman avec un truc de souvenirs personnels, en fait, assez autobiographiques.
Oui,
alors il
y a
une première partie qui est sur la défaite de 40, puisqu'il est prisonnier en 40 à Sens, et ensuite à côté de Sens. Donc il y a
une
introduction qui s'appelle Kantchartre, une sorte de verticale de la défaite. C'est un peu son étrange défaite, qu'a écrit Marc Bloch au même moment.
Et
puis ensuite, il y a des chapitres très différents, des scènes qui se passent en Alsace, des scènes qui se passent en Asie, Constantinople, Kaboul, Samarkand. Donc dans mon étude du lycée Jean Moulin, où d'or il neigeait, parce que cette année-là, la neige est arrivée très vite, je rêvais de grands espaces que je ne connaissais pas.
Alors, lorsque l'on connaît votre parcours, on va le rappeler, vous êtes à la tête de la Fondation Charles de Gaulle, on peut se dire que c'est le gaullisme qui vous a mené à Malraux, mais vous l'écrivez, non ? C'est le contraire ?
Oui,
c
'est le contraire, parce que je n
'avais
pas d'engagement politique à l'époque. La gauche, que je trouvais assez intolérante et donneuse de leçons, ne
m
'attirait pas beaucoup. L'extrême gauche et l'extrême droite ne m'attiraient pas du tout. Au contraire,
le
centrisme non plus. Et pour moi, Malraux était une sorte de guide, à la fois pour la culture et pour l'engagement. Et je trouve que
Malraux,
De Gaulle, Romain Garry, Germaine Tillon, Pierre Jean Jouve, Raymond Aron, qui a été un compagnon de Malraux, tout cela, par leurs écrits et leurs actes, ont contribué à me former politiquement et humainement.
Oui, parce qu'après cette révélation avec ce premier livre,
vous
lisez tout ce que vous trouvez.
Voilà, donc je ne lis pas les écrits sur l'art, parce que je n
'ai
pas assez d'argent pour acheter ces beaux livres reliés, mais je lis tout ce qui me tombe
sous la main. C'était
aussi des disques, le Raison funèbre
pour Jean
Moulin.
74, c'est deux ans avant sa mort.
Et
Malraux était encore très présent dans les médias. Souvent des interviews dans L'Express, dans le Nouvel Obs, à la télé aussi, je me souviens même, ce qui est improbable, un journal de TF1, d'Yves Mourousi, en direct, de Verrière-le-Buisson pour la sortie du deuxième volume des Antimémoires qui s'appelle La corde et les souris. Donc il était encore assez présent dans l'actualité.
Et
donc, pour moi, il était vivant.
Alors, il était effectivement vivant, mais c'est vrai que ça peut paraître étrange qu'un jeune comme vous s'enthousiasme pour une personnalité comme lui, parce que c'est vrai qu'on a quand même le souvenir d'une diction un peu hors du temps. de... Enfin, il n'était pas moderne, en
apparence.
Non, pas du tout. Et surtout qu'à l'époque, je veux dire, il fallait être maoïste, trotteriste, léniniste... Ce n'était pas
du tout dans l'ère du temps. Non, non, ce n'était pas
du tout dans l'ère du temps. Et dans mon lycée, j'étais bien seul de mon opinion, si je puis dire. Mais, alors je l'avais vu lors de la campagne présidentielle de Chaband-Elmas en mai 1974. Que
vous souteniez. Oui. C
'était plutôt
Chaband-Elmas,
votre candidat. C'était
mon candidat
de cœur, si je
puis dire. Et Malraux avait été catastrophique. Je veux
dire,
on ne comprenait pas ce qu'il disait. Alors, quand on relit maintenant le script de l'émission, ce qu'il dit était très prémonitoire sur la télévision, le numérique, l'éducation, etc. Mais à l'époque, c'était assez pathétique. Beaucoup l'ont trouvé pathétique. Moi, je l'avais trouvé attendrissant. Parce que j'avais trouvé chez cet homme quelque chose d'humain, d'attendrissant. Et on voyait bien que son cerveau en perpétuelle évolution produisait des étincelles incroyables. Et quand on est jeune,
qu
'on est ado, qu'on a 14 ans, on a besoin d'étincelles.
Alors,
vous écrivez qu'il fut le premier intercesseur avec toutes les formes d'art et la littérature aussi. En fait, il vous a emmené vers d'autres écrivains.
Oui,
tout à fait. C'est-à-dire que chaque fois que je procédais un peu comme lui, parce que lui, il procède beaucoup par itération et pirouette dans sa conversation. Donc, dès qu'il citait un écrivain, je le lisais. Donc, il parle de Rousseau, Les Confessions. Il parle de Châteaubriand, Outre-Ton. Il parle de Joseph Joubert, qui est peu connu, mais qui est un auteur formidable du début du XIXe. Dostoyevsky, Gide et plein d'autres.
Et d'ailleurs, après avoir écrit ce livre, ce dictionnaire amoureux, quand je l'ai écrit dans le désordre et par petits morceaux, comme tous les dictionnaires amoureux, quand je l'ai relu dans son continuum, quand j'ai relu Les Épreuves, je me suis dit que ça dépassait beaucoup Malraux, puisque c'était une promenade, une traversée du XXe siècle, enfin, des deux premiers tiers du XXe siècle, littéraire, parce qu'il a connu à peu près tout le monde, donc la littérature, les arts, l'engagement, l'Indochine, l'Espagne, la résistance, De Gaulle. Donc, c'est un homme assez complet. Et en tout cas, et ce
n
'était pas un idéologue.
Oui,
et puis l'ouverture sur le monde, la découverte, l'ouverture à d'autres civilisations. Vous avez été au Moyen-Orient, notamment, puisque c'est une région qui vous est chère, puisque vous y avez vécu. Donc, ça, c'est vrai qu'à l'époque, il n
'y
en avait pas tellement des personnages qui entraînaient comme ça vers les ailleurs. Ça aurait pu être Lévi-Strauss aussi.
Oui, mais Lévi-Strauss,
ce
n'était pas un écrivain.
Donc,
Lévi
-Strauss,
j'ai lu Triste Tropique. J'ai dévoré tous les ouvrages que publiait Jean Mallory dans
la collection Terre humaine, qui est absolument
extraordinaire. J'avais commencé par Les Derniers Rois de Thulée, poursuivi par Triste Tropique, par le Orsin, qui était en Normandie. J'ai lu toute la collection à l'époque de Terre humaine. Et Malraux, c'était un peu ça. Donc, Lévi-Strauss, j'ai beaucoup aimé. Alors, c'est vrai que Triste Tropique est très bien écrit, mais ce n
'est
pas un romancier, pas un
écrivain,
et pas un poète, parce qu'il y a, dans l'écriture de Malraux, il n'a jamais écrit de poème, mais il y a, dans sa prose, une dimension poétique, pas toujours. Des fois, c'est un peu lourd.
Oui, c
'est un peu indigestion.
Non,
non,
je suis d'accord. Mais il y a des pépites de poésie en prose qui sont assez formidables, notamment les descriptions des paysages et des sensations. Et c'est ce que j'avais beaucoup aimé dans Les Noyés de l'Altenbourg, parce qu'on se croit à Constantinople, on se croit au prioré de l'Altenbourg en Alsace, on se croit à Kaboul. C'est assez incroyable.
Alors, sa mort en 1976 est un drame pour vous. Vous êtes jeune, mais c'est vraiment quelque chose que vous vivez... Vous avez un véritable chagrin.
Oui, parce qu'on ne
l
'attendait pas du tout. Parce que c'est vrai qu'au printemps 1976, on le voyait encore dans des émissions de télévision, et il meurt à l'automne 1976. Et moi, dans ma petite ville de province, voilà, Albertville, dans ma vallée de parenthèse, on ne savait pas que Malraux était en train de mourir. Donc, ça m'a beaucoup surpris et fait beaucoup de peine, ce que mes copains et copines de l'époque, d'ailleurs, avaient beaucoup de mal à comprendre.
Aujourd'hui, vous le lisez encore, et est-ce que vous encourageriez vos enfants à le lire
?
Et si oui, quel livre leur conseilleur
? Oui,
alors, moi, je pense que... Les Noyés de l'Altenbourg, maintenant, il est en folio. Gallimard l'a publié depuis en folio, donc il est facilement disponible. Les Conquérants, je pense que c'est un roman qui est lisible facilement.
Alors,
évidemment qu'il y
a
la condition humaine et l'espoir, mais qui sont peut-être un peu plus difficiles à lire pour une première lecture. Et puis, Les Antimémoires, puisque c'est très bien écrit, et c'est un voyage
dans
le XXe siècle, à travers les continents, avec une prose absolument superbe.
Donc
voilà, il y a encore de quoi lire. Et puis, à écouter, parce que c'est un orateur exceptionnel, qui vous donne le frisson, même si on n'aime pas Malraux, même si on ne sait pas qui il est, quand on écoute son discours pour Jean Moulin, quand on écoute son discours moins connu, qui est son dernier discours, pour les déportés de Ravensbrück, pour les femmes déportées de Ravensbrück, c
'est absolument... Enfin,
ça vous élève.
Et
on a besoin d'être élevé.
Alors, votre livre, ce dictionnaire, amoureux d'André Malraux, il contribue,
il y
a des entrées, il est très bien écrit. On voit que c'est un livre qui vient de loin. Merci Hervé Guémard. Donc, c'est à lire, dictionnaire amoureux d'André Malraux. Merci. Merci. Merci.
Hervé GAYMARD