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interviewFrançois Ruffin· 18 janvier 2023 12 min

Jeudi, c'est l'heure des comptes

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour François Ruffin. Bonjour, et meilleurs vœux à vous. Meilleurs vœux, vous êtes et beauté.

Amour, ben écoutez, c'est plutôt un c'est plutôt un un un beau programme. Ça va commencer quand même par les manifs de votre côté. Vous êtes le nouveau référent de la France insoumise, vous êtes quatre sur la question des manifestations et notamment pour mener les débats à l'Assemblée.

Vous êtes député de la France insoumise de la Somme. On va parler de la mobilisation demain, de la réforme des retraites, de vos meetings politiques puisque vous avez repris une forme de route de campagne sur cette question des retraites. Mais au fond, se pose la question ce matin, est-ce que la meilleure façon de sauver notre système de retraite ne serait pas de faire plus de ?

C'est de faire plus de bébés aussi, c'est une question de natalité, mais c'est aussi que derrière ils soient embauchés, qu'ils aient du travail, qu'ils aient du travail à temps plein, que leur travail leur permette de vivre. Vous savez, si les salaires ils étaient plus élevés dans notre pays, il y a pas de doute que on aurait encore moins de mal à financer nos retraites, même s'il y a pas de problème de financement des retraites immédiat. Donc il faut pour qu'il y ait des bébés, il faut qu'il y ait un système social derrière.

Quand on a eu une politique nataliste après guerre, c'est parce qu'il y avait la garantie pour les les les les parents de pouvoir avoir des allocations familiales, que ça leur permette d'avoir une sécurité de ce côté-là. Et aujourd'hui, se pose très fortement la question des modes de garde. elle s'est dégradée pour vous cette cette question de la politique familiale en ?

C'est certain qu'il y a pas eu de de maintien d'une politique familiale forte, ça c'est un premier point. Et ensuite, se pose, pour que notamment les femmes puissent travailler, puisque c'est un désir profond des femmes de d'avoir une carrière, de qu'elles soient pas entravées par la maternité, se pose très fortement la question pour les parents des modes de garde. Pourquoi je suis intervenu sur les assistantes maternelles de manière très ?

C'est le premier mode de garde. Donc c'est deux tiers des enfants qui sont gardés dans notre pays. En le premier mode est sans doute les grands-parents et c'est lié à la question des retraites.

Les grands-parents, ils gardent leurs petits-enfants pour beaucoup, mais Donc il faut qu'ils soient en retraite en bonne santé. Vous allez vous allez tout ce que vous dites, j'ai l'impression d'avoir L'Italie sont revenus sur la question de la retraite plus tard aussi parce que ils se sont dit "Mais bon sang, ça empêche les parents de pouvoir travailler." parce qu'en Italie les femmes elles doivent choisir entre avoir des enfants ou travailler parce que elles peuvent peut les deux.

Il y a pas d'aide. Mais donc en tout cas, il y a la question aujourd'hui si on va avoir des enfants dans le pays, faut un système qui l'accompagne et notamment les questions des modes de garde qui est plus de crèche mais aussi qu'on ait des assistantes maternelles qui soient plus reconnues, qui puissent en vivre pour que ça soit pas la galère permanente. Sur la question des aides familiales et de la politique familiale, François Hollande avait mis sous condition de ressource de ressources les aides familiales alors que quand vous dites la politique familiale telle qu'elle a été créée après guerre, c'était sans condition de ressources, on considérait que chaque enfant qui naît quelle que soit la famille dans laquelle il naissait avait droit aux mêmes aides.

Est-ce que vous seriez pour revenir à une politique familiale à ? Je l'ai déjà dit. Je l'ai déjà dit, ça avait été la première mise en cause, ça avait été fait sous Jospin et à ce moment-là, je me souviens d'un député communiste Maxime Gometz de chez moi qui était allé manifester avec les associations catholiques.

Mais on disait mais il est fou, pourquoi il va manifester avec ? Et il disait non non, moi ce que je veux c'est que ça soit un système universel et que en effet ça bénéficie aux enfants enfin à Bernard Arnault comme aux enfants d'ouvriers, pas avec le même revenu mais que il y ait que ça soit non pas en fonction de de statut social mais que ça soit en en fonction de d'une volonté d'avoir une politique nataliste. Et puis vous savez, quand on fait que c'est il y a des catégories qui sont exclues, quand les les classes supérieures sont exclues de de de protection, qu'est-ce qui se passe dans la ?

Il se passe qu'on laisse se dégrader le système parce que si vous vous payez et que vous en bénéficiez pas, vous allez dire mais à quoi bon ? Et donc il faut que tout le monde bénéficie quand tout le monde paye. C'est surprenant ce que vous dites. c'est pas surprenant.

Le tout Vous savez, moi je suis pour une protection universelle, il y a le le la notion d'universalité qui doit valoir pour tout le monde. Donc Donc la gratuité de l'éducation, de la santé pour pour tout le monde que vous soyez riche ou pauvre. Et et les grandes conquêtes sociales dans notre pays, les grandes conquêtes républicaines, elles se font en embrassant toute la société et en laissant pas ni les très pauvres ni les très riches en dehors de ça mais en faisant du commun.

Vous regardez l'éducation nationale, elle est pas payante pour vos enfants, elle est pas payante pour les enfants de Bernard Arnault parce qu'elle doit être gratuite pour tout le monde. Quand on fait l'hôpital, la sécurité sociale, c'est pour tout le monde. Quand on fait les retraites, c'est pour tout le monde.

Donc je moi je suis très attaché à cette notion d'universalité qui fasse que de tout en haut jusque sous tout en bas, on forme une même République, un même pays et on appartient à ça. François Ruffin, vous serez dans les cortèges demain. La mobilisation, une mobilisation qui d'après les syndicats sera très élevée, d'après les notes des renseignements généraux pourrait ne pas être si élevée que ça.

On parle effectivement d'un grand nombre de cortèges, mais beaucoup moins beaucoup moins qu'il n'y a qu'en 95 quand c'est la référence notamment d'un Philippe Martinez. Entre 550000 et 750000 personnes dans les rues dont 50000 à 80000 à Paris, on serait loin des 2 millions des manifestations de 95. Bon, écoutez, on peut attendre de voir que la journée se soit passée pour établir des chiffres quand même.

Bon, les prophéties des renseignements généraux. les choses ? Moi j'ai distribué des tracts sur dans les usines d'Amiens Nord et je vous je vois que c'est très réceptif.

J'entends que à la mairie d'Amiens, il va y avoir des tas de secteurs qui vont être en grève qui ne sont pas d'habitude, que dans des communes rurales, il y aura pas le service minimum qui sera fait, que dans les écoles, elles sont fermées. Donc on verra bien demain. Qu'est-ce que c'est que ce jeudi 19 ?

Pour moi, c'est l'heure des comptes. C'est l'heure des comptes après 3 ans où le gouvernement a dit crise Covid, crise de l'énergie, crise en Ukraine, eh bien c'est l'heure de tirer le bilan de ça, d'un Emmanuel Macron qui avait dit vous vous souvenez, il faudra se rappeler que notre pays tout entier repose aujourd'hui sur ces femmes et ces hommes que nous économies reconnaissent et rémunèrent si mal, les auxiliaires de vie, vous le récitez presque comme on récite Bah oui, parce que le Macron de gauche dure 30 secondes. Donc je moyen de les connaître par cœur.

Et il a ajouté citant la Déclaration des droits de l'homme de 1789, les distinctions sociales ne peuvent reposer que sur l'utilité commune. Mais qu'est-ce que les travailleurs de l'agroalimentaire, du bâtiment qui ont continué leur boulot pendant ce ? Qu'est-ce qu'ils ont gagné ?

Ce que vous voulez dire, c'est que demain, vous appelez à ce que cette manifestation ne soit pas que sur la question des retraites, mais globalement contre la politique d'Emmanuel Macron. C'est sur C'est-à-dire que ils ont promis que ça irait mieux pour tous les travailleurs de la deuxième ligne. Et à l'inverse, on a ?

Pas de récompense, mais la première peine, c'est une inflation qui vient éroder les les les bas salaires, c'est le premier point. Donc, il y a cette question là qui est posée. Et la deuxième question, c'est que la double peine, c'est que c'est eux, c'est elles, c'est nous qui allons payer le plus le fait d'allonger de 62 à 64 ans.

Donc, à la place d'avoir une récompense, il y a une double peine. Et de l'autre côté, parce que c'est leur décompte de l'autre côté. Moi, je suis pour une décence par le bas, mais je suis pour une décence par le haut.

Qu'est-ce qu'on ? J'ai amené là le journal Les Échos. Les Échos de mon ami Bernard Arnault.

En une, vous avez retraite les derniers arbitrages et page 27, vous avez dividendes record pour les géants du CAC 40. C'est-à-dire que pendant ces trois années où on nous a dit crise crise crise, on a vu Donc, vous seriez favorable à aller chercher dans les dividendes des grandes entreprises de quoi financer les ? Mais c'est évident ce que en tout cas, il faut qu'il il y ait une mise à contribution des grandes fortunes qui là ont vu leur patrimoine augmenter de 200 milliards d'euros en trois années.

Et c'est très logique même telle qu'elle a été voulue de cette réforme, enfin de de ces retraites par répartition. Il y a une partie du système qui vous savez qui est non contributif, c'est-à-dire qu'il ne dépend pas des cotisations sociales. Tout ce qui est par exemple sur le minimum vieillesse, si on veut augmenter le minimum vieillesse, ça n'est pas contributif.

Donc, il y a toute une partie qui n'est pas contributive. Mais il faut pas rentrer dans la technique là. Vraiment se pose la question de où est le sens de la ?

Je pense qu'il y a des questions de porte-monnaie qui se posent demain, mais il y a aussi des questions de fierté. Est-ce que le président de la République, est-ce que le gouvernement, ils font le pays pour tous les Français ou ils le font pour quelques-uns de leurs ? Qui le Emmanuel Macron recevait vendredi à ?

Il recevait pas les auxiliaires de vie, il recevait pas les caissiers, il recevait pas les camionneurs, il recevait les patrons du CAC 40. Et il les recevait pour quoi ? Pour les rassurer sur la stabilité fiscale, sur sa promesse qu'il n'y aura pas de hausse de prélèvement, que son gouvernement tiendra bon par exemple contre une taxe sur les super dividendes.

Mais non, la justice aujourd'hui, quand on sait que en ce moment même, les géants de l'énergie, ils se gavent, que les géants de l'agroalimentaire, ils en profitent sur les prix dans la grande distribution, dans les rayons des supermarchés pour augmenter de manière colossale leur profit. Oui, je parle des industriels. On est d'accord que vous vous reconnaissez le rapport qui a été demandé par Bercy qui dit que pour le coup la grande distribution en France ne s'est pas gavée.

Alors, il y a deux crises différentes. Qui a bénéficié de la première crise, de la crise ? Ça a été les assureurs, ça a été la grande distribution et ça a été les géants de l'Amérique.

Est-ce que pendant tout ce temps-là on a vu la moindre taxe sur ? Rien du tout. Là, vous faites référence aujourd'hui aussi à la proposition de loi d'un de vos confrères députés qui vient de des macronistes qui voudraient que les industriels puissent gagner le bras de fer si bras de fer il y a sur négociation de prix avec avec la distribution.

Je je je fais même pas le le le lien avec ça, mais aujourd'hui, il y a la nécessité que le le vous savez, la part Je comprends pas où vous allez. Mais je vous ce que je vous dis, c'est que pendant 3 ans de crise Covid et de crise de l'énergie, on a des secteurs entiers qui se sont gavés. En fait, vous voulez prendre toutes les colères, vous voulez les prendre tout ça et puis vous voulez justifier du coup demain. c'est pas toutes les colères, c'est une seule, Madame Pauline de Malherbe.

Et qui est simple et que vous savez, les Français ont très bien compris. C'est que on a la nécessité aujourd'hui d'avoir un partage des richesses qui soit juste dans notre pays. Et que ça soit les Français qui ont tenu la deuxième ligne pendant la crise Covid, mais les Français qui font le ménage là dans les toilettes de BFM, que ce soit que ce soit elles, que ce soit eux qui bénéficient aujourd'hui alors que ça ne bénéficie qu'à quelques-uns.

Quand on voit les actionnaires qui se prennent 80 milliards d'euros de dividendes par un temps de crise, bah il y a la nécessité d'aller taper là-dedans à la fois pour les retraites, mais aussi, vous en parliez, pour la petite enfance, mais aussi pour l'école, la santé, le le rail et ainsi de suite. Et donc il il il peut vous savez, même aujourd'hui, c'est perçu comme une une réforme injuste, y compris par par macronistes. Y compris par des macronistes, j'allais y venir.

Vous pourriez peut-être les Vous pourriez peut-être les les convaincre de de venir avec vous. On a François Bayrou qui propose justement comme l'une des solutions la mise à contribution des entreprises, ça vous seriez plutôt euh pour pour cette proposition de François Bayrou ? Mais je veux dire, c'est Aujourd'hui, ce que je viens vous dire là, nous sommes les modérés.

Nous sommes les modérés parce que il y a une indécence avec l'hyper gavage en haut pour une poignée. Et nous, qu'est-ce qu'on vient ? On vient demander à ce qu'il y ait de la modération dans la société et que il y ait des limites qui soient posées à tout ça.

Et de dire que quand on demande aux Français en permanence des sacrifices depuis 3 ans, le minimum, c'est que ceux qui sont les plus privilégiés dans notre société, eh bien, ils soient mis à contribution. Or, ils le sont pas du tout et même il y a le président de la République qui les rassure qui a dit "On va pas toucher à vous, vous en faites pas." Vous avez qui a dit "Comment peut-on allonger la durée de cotisation des seniors quand on sait que souvent dans les grandes entreprises, on leur donne un ticket de sortie, ils restent 2 ans demandeurs d'emploi et partent à la ?" Ben, je sais pas qui l'a dit, mais regardez ce qui se passe aujourd'hui.

Ben, je vais vous dire qui l'a dit, c'est Patrick Vignal qui est député Renaissance de l'Hérault. Donc en effet, vous pourriez peut-être trouver des copains Mais oui, oui, c'est c'est certain que il va y avoir Vous savez, je discutais avec un un patron de la restauration là et qui me dit "Ben, nous, dans notre secteur, on on appelle à ce qu'il y ait une réforme des retraites qui soit beaucoup plus juste et que on on relève nos cotisations parce qu'on sait très bien les policiers vont manifester. bien que nos serveurs, ils vont pas pouvoir tous aller jusqu'à 64 ans, c'est pas vrai.

Vous savez, rien que le fait quand on a allongé de 60 à 62 ans, quelle était l'une des conséquences ? On a multiplié par 4 à ce moment-là le taux des seniors au RSA qui sont Voilà, de taux des seniors qui sont au RSA. C'est-à-dire qu'à la place d'avoir une retraite méritée, ils sont passés à une allocation de pauvreté.

Eh bien, aujourd'hui, en allongeant de 62 à 64 ans, c'est évident qu'il y a des tas de personnes qui sont travailleurs du bâtiment, qui sont dans un chef de rayon, Christine, chef de rayon chez Carrefour, % des seniors qui sont au travail. Mais en effet, ça veut dire qu'il y en a quand même beaucoup qui sont contre. François Ruffin sur la question du blocage, jusqu'où est-ce qu'il faut bloquer le ?

Celui qui bloque le pays, c'est très clair aujourd'hui, c'est Emmanuel Macron et c'est Madame Borne. Vous savez, quand on a 93% des salariés qui sont opposés à cette réforme, 93% vous répondez d'une pirouette, si je vous entends bien. Mais sur la question de demain, est-ce que vous estimez qu'il faut que ce soit vraiment une journée où la France est à ?

Oui, il y a pas de doute. Oui, oui, oui, oui, il faut montrer aux Français que il y a une une opposition très ferme à cette réforme-là, que c'est je veux dire, c'est une réforme particulièrement injuste après 3 ans où les Français ont déjà tout encaissé. Et où on le je le redis, 93% des salariés sont opposés à cette réforme, 3/4 des Français sont opposés à cette réforme, 2/3 des Français disent "Pour financer ça, qu'est-ce qu'il ?

Faut aller taxer les grandes entreprises et les banques." c'est votre c'est votre thèse.