DEBOUT LES FEMMES : CELLES "QUI NE SONT RIEN", MAIS QUI FONT TOUT
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Et la nation soutiendra ces enfants. Nous leur devons des masques, du gel, tout le matériel nécessaire. Et nous y veillons et y veillerons. On n'a pas de masque, on va travailler avec la peur au ventre.
Bon, je suis bien content de vous avoir tous les deux. Gilles Perret, François Ruffin, je voulais le voir avant de vous voir. Et ça fait tellement de bien. Enfin, ça fait à la fois du mal et du bien, parce que ça fait du mal. Parce qu'il y a une sorte de principe de réalité dans cette histoire d'auxiliaire de vie sociale qui te prend au trip à la fin. Enfin, je ne vais pas tout raconter. Et ça fait du bien parce qu'il y a de l'humanité. On rentre dans la vie de ces femmes et de ces gens. On voit à quel point elles sont importantes.
Il y a deux mois, j'ai accompagné une dame jusqu'en fin de vie à domicile parce qu'elle ne voulait pas aller en structure. Je peux vous dire que moralement, c'est dur. De toute façon, on s'attache à la personne. Je crois que c'est le plus difficile. Elle est décédée en me tenant la main. Elle a fermé les yeux devant moi. Je le savais parce que je m'y attendais.
C'est un film qui a une couleur, une bonté. Et puis, en fait, il y a votre couple qui commence à bien marcher parce qu'après, il y a du soleil et tout. Vous êtes repartis sur les routes et tous les deux. Il y a une sorte de formule qui dit quelque chose sur la France, sur où on en est, etc. Je ne sais pas comment c'est venu l'idée du film, tous les deux. Comment ça a démarré, cette histoire ? Il y a un moment donné, vous vous êtes dit…
C'est presque un film qu'on voulait faire avant Jeux du Soleil, quelque part. Parce que depuis que je suis député, Gilles, il dit qu'il faut qu'on fasse un film qui se passe à l'Assemblée. Pourquoi ? Parce qu'il y a des jolis décors, ils sont gratuits. Il y a une mise en scène, il y a les roulements de tambours. Il y a des figurants aussi. Il n'y a qu'un seul problème, c'est qu'il ne s'y passe pas grand-chose quand même. La loi, elle est décidée à l'Élysée, fabriquée technocratiquement par les ministères, et puis elle est enregistrée à l'Assemblée nationale.
Donc faire un film d'une heure et demie pour expliquer aux gens que ce n'est pas là que ça se passe, serait, à mon avis, on aurait eu assez peu de standing ovation à la fin. Et donc, quand j'ai chopé la mission, j'ai dit à Gilles, bon, là, il y a peut-être un coup à jouer, parce qu'on va pouvoir jouer le dehors et le dedans. C'est-à-dire, le dehors, aller rencontrer les voix, les vis, les visages de ces femmes au métier dur, et ramener ça à l'intérieur, et voir comment c'est digéré, malaxé, finalement rejeté par l'Assemblée nationale.
Et donc, on espérait, c'est un espère de Paris incertain, mais poser une double question, qui est la question sociale, évidemment, et la question démocratique, comment nous ne sommes pas représentés.
Après, il y a eu aussi le fait que la majorité en place nomme Bruno Bonnel comme co-rapporteur avec François. Et du coup, là, on avait un couple un peu improbable, et on avait du cinéma. Voilà, on mettait un peu de complexité.
J'étais en train de leur dire, en toute franchise, que quand la mission avait été lancée, et que j'avais appris que c'était Bruno Bonnel, je me disais, putain, pourquoi ils mettent cette tête de con ?
Eh bien, moi, j'étais en train de dire, en toute franchise, que quand j'étais volontaire, j'ai dit, je vais aller me la faire, cette tête de con. Parce qu'au cinéma, il faut un peu de complexité, donc du coup, on s'est dit qu'il y avait certainement, peut-être une forme d'humour, ou en tout cas de bagarre, et que ça allait mettre du ressort un peu dramatique.
En tout cas, l'amitié, on peut parler d'amitié, qui naît entre vous deux, est un peu improbable, mais il est très touchant, il y a quelque chose d'assez fort dans le couple, effectivement, que vous formez.
C'est-à-dire qu'on arrive à rendre un marcheur sympathique ?
Ouais, non, mais ça, ça m'a un peu… Non, mais c'est vrai qu'il est… Mais d'ailleurs, moi, je connais des députés en marcheur, ils savent très bien ce que je peux dire sur Macron, mais en dehors du… je leur parle, ils sont plutôt sympas, on discute, ils viennent au match de basket à Metz, enfin, tu vois, quand tu les connais dans le privé, quand tu vois ce qu'ils font à l'Assemblée, tu te dis, il y a un truc qui va fonctionner dans leur cerveau.
Le film, il raconte ça aussi.
Nous, on se souvient de toi à l'Assemblée, racontant ces femmes de ménage à 6h du matin, dénonçant leurs conditions de travail, etc., et puis on en était restés là, quoi.
Ce matin, on a tapoté à la porte de ma chambre-bureau au 101 de rue de l'Université. J'étais encore au lit, j'ai pas réagi. La porte s'est ouverte, j'ai grogné un « je suis là » et la porte s'est refermée avec un « oh pardon ». Comme j'étais réveillé, je suis descendu au petit-déjeuner. Quand je suis remonté, les tapis de douche n'étaient plus dans la salle de bain, la cuvette des toilettes était récurée, les serviettes changées, les poubelles vidées.
Le même miracle se produit tous les jours. Cette image, cette vidéo a fait le tour sur Internet et on était tous assez sensibles à leurs conditions de travail. Et ce que raconte le film, c'est ton combat de députés avec ce député en marcheur qui s'appelle Bruno Bonnel pour essayer de faire passer une loi qui donne un véritable statut à ses auxiliaires de vie sociale. et on est à vos côtés, on y croit, mais à un moment donné, vous êtes rattrapés par la... Et c'est d'ailleurs la scène la plus dure du film à la fin quand il y a ce vote négatif, mais on va y venir. Et le film raconte ça. Donc toi, tu pars avec ta caméra et tu le suis.
Et surtout, l'essentiel du film, c'est que vous nous montrez les conditions de travail de ces femmes et l'amour qu'elles ont avec les personnes qu'elles traitent. Et puis on voit des gens très émouvants qui sont les clients, entre guillemets, et les clientes de ces auxiliaires de vie sociale. Je pense à ce monsieur qui a un AVC. Je pense qu'elles font un travail qui est quand même particulièrement dur à porter, à laver les pieds, à torcher, enfin, etc. Et elles sont payées entre... Enfin, vous pouvez en parler mieux que moi. Moi, je le découvre dans le film, entre 600 et 800 euros par mois, quoi. Enfin, en France. Enfin, c'est un truc... Et alors, ce qui est glaçant, c'est...
Je parle beaucoup, mais après, je vous laisse la parole. Mais je viens de voir le film. Alors, ce qui est glaçant, c'est... Vous nous montrez tout ça. Et puis à côté, il y a la froideur de cette Brigitte Bourguignon, là, qui est... Elle est quoi ? Elle est...
Maintenant, elle est devenue ministre, à l'époque. Elle a été présidente de la commission des affaires sociales, quoi.
Ouais. Qui... Qui... Qui tremballe, enfin, qui... Et toi, t'es vraiment énervée, quoi.
La proposition de loi est adoptée. Contre son gré. Non, mais attendez.
Attendez. Faut pas se moquer de moi, non plus, quand même. Non, non, mais vous ironisez. Vous votez contre votre propre texte. Qu'est-ce qu'on vient de faire ? Qu'est-ce que vous venez de faire ? Vous changez le titre. Y'a plus parlé d'encadrement. Y'a plus parlé de sous-traitance. Y'a plus parlé de maltraitance. Et à la fin, ça serait supposé être mon texte.
Et on sent que tu triches pas, enfin, on se connaît un peu, mais il est vraiment affecté à ce moment-là.
Ouais, parce que, en fait, je suis presque en colère contre moi-même aussi, parce qu'à un moment, j'y ai cru. Tu vois, je nourris quand même assez peu d'illusions sur le système parlementaire en général, et sous Macron en particulier. Et là, avec la crise Covid, qui est quand même l'autre truc déclencheur, moteur du film, c'est qu'au milieu de notre film et de notre mission parlementaire, il y a la crise Covid qui surgit, quoi. Et je me suis mis à y croire. Je me suis dit, bon, ben, les propos de Macron sur... Il faudra se rappeler que notre pays tout entier repose aujourd'hui sur ces femmes et ces hommes, que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal.
Oui, je connais les quelques fractions de secondes où Macron a été de gauche. Je les connais par cœur et je veux m'en souvenir. Mais où il disait, les distinctions sociales ne peuvent reposer que sur l'utilité commune. Ben voilà, on est dans ce temps-là. Et 15 jours après, on a une proposition de loi sur les agents d'entretien, mais on en a aussi sur les auxiliaires de vie sociale, sur les assistantes maternelles, sur les accompagnantes d'enfants en situation de handicap. Et tout est balayé. Et donc, c'est vrai que moi, je me suis même mis à... Jamais j'ai cru qu'ils allaient adopter ce que je proposais. Mais je me suis dit, en échange, ils vont proposer quelque chose.
On va gratter quelque chose. On va au moins, pendant ce temps-là, arracher quelque chose pour elles. Et de voir qu'il n'y avait rien, ben oui, je me suis... Voilà, j'étais déçu. Moi-même, j'étais déçu. C'est plutôt dire, pour être déçu par Macron.
Non, mais tu es très critique à l'égard des députés. Là, ça va être bientôt la fin de ton mandat. Et tu es plutôt du genre à te dire qu'à part être un tribun et amener sur le terrain médiatique quelques sujets, tu n'as pas servi à grand-chose. Je déforme en disant ça.
Non, non, mais c'est déjà beaucoup, en fait. J'ai déjà servi à beaucoup de choses en faisant ça, tu vois. Je veux dire, tu citais ma prise de parole à la tribune de l'hémicycle. Je sais que sur les femmes de ménage, je sais que rien que cette vidéo-là, le fait que des gens se soient sentis représentés alors qu'elles étaient maintenues tout le temps dans l'ombre et que quelqu'un parle pour elles, à ce moment-là, ça a représenté un moment important, tu vois.
Je suis venu vous dire qu'on vous soutient. Au cas où il y a des questions et tout et tout, je suis là pour répondre rien que la vérité. Tout ce que vous dites, c'est la vérité, c'est la réalité aussi.
J'ai imposé qu'il y ait un débat sur les assistantes maternelles à l'Assemblée. Sinon, on passait cinq ans sans en parler. Bon, ce n'est pas rien. Donc, même ce soir, je vais encore poser la question du protectionnisme, du libre-échange, des barrières d'annouinière, des taxes aux frontières, des quotas d'interportation, des ouvriers qui se font jeter. Bon, et en tant que, je ne sais pas que ça, je veux dire, en tant que représentant, non pas en tant que je fais la loi, je pense que la loi ne se fait pas l'Assemblée, c'est du bidon.
Soit on doit la faire qu'elle se fasse vraiment à l'Assemblée, soit on doit dire qu'on en finit avec cette fiction et qu'il y a une autre fonction, la fonction tribunicienne, de venir prendre la parole pour le peuple à cet endroit-là. Et il se trouve que quand même, ça produit un grand sentiment de reconnaissance chez les gens que de se dire qu'à un moment, il y a des gens qui ont parlé pour moi à cet endroit-là. C'est-à-dire qu'il y a une double douleur chez ces femmes-là, en l'occurrence dans les métiers. Il y a une douleur matérielle, c'est les salaires, comment on fait pour vivre avec 600, 700, 800 euros par mois ?
Ben oui, c'est très très compliqué de payer les factures, de remplir le frigo. Il y a une douleur au niveau des horaires. Tu vois par exemple, ce matin, dans les couloirs de l'Assemblée, j'entendais Anna, qui est la femme de ménage qui s'occupe de mon bureau et de ma chambre, qui était au téléphone comme ça, et elle était au téléphone avec la maîtresse de sa gamine. Parce que sa gamine a 9 ans et elle est arrivée à l'école, elle avait oublié son cartable. Ben oui, parce que la maman n'était pas là quand elle s'est levée, donc elle se lève toute seule, elle se fait son petit déjeuner, elle s'habille et elle part à l'école. Ce matin, elle avait oublié le cartable, tu vois.
Et donc, ça veut dire, qu'est-ce que ça donne au niveau des horaires quand des femmes sont amenées à travailler en horaires décalés de cette manière-là, avec des temps de travail le matin et des 30 travaillent le soir, qui devraient être des temps où on est présent pour la famille, du côté homme comme du côté femme, tu vois. Donc, il y a cette douleur-là, mais il y a une autre douleur, c'est le fait de ne pas exister dans la société.
Nous, on doit être tous ensemble, les femmes debout.
Et je pense que ça, en revanche, j'ai participé à soulager. Je le dis ça parce qu'il y a deux jours à Paris, il y a une AVS qui m'a accroché comme ça sur le bord du trottoir et qui m'a dit, donc une auxiliaire de vie sociale, tu vois, même les sigles sont des modes d'invisibilisation du métier parce qu'on ne comprend pas ce qu'il y a derrière. Donc, il s'occupe des personnes âgées et qui me dit, voilà, vous m'avez soulagé. Pourquoi ? Parce qu'à un moment, il y a quelqu'un qui a pris la parole pour elle, qui leur a offert une représentation qui les a sorties de l'ombre et du silence, quoi.
Et toi, Gilles, quand tu l'as vu à l'Assemblée faire cette intervention, la première, c'est là où tu t'es dit, il y a du cinéma derrière, enfin, il y a un doc, on va le faire ou comment c'est venu, toi ? Déjà, tu veux dire par rapport à François ?
Oui, et par rapport à ce sujet. Par rapport à ce sujet, c'est un sujet aussi que je connais un petit peu pour des questions personnelles et du coup, je savais que François porte ça depuis 15 ans, c'est pas nouveau qu'il défend cette question-là. Et puis, on savait aussi que c'est un peu ce qu'on fait dans nos films d'une manière générale, c'est de rendre visibles les invisibles, d'amener ces beaux visages au cinéma, à la télé. On peut dire que globalement, ce ne sont pas des visages qu'on a l'habitude de voir.
Et donc, du coup, encore plus dans ces métiers-là, ce que dit François, c'est qu'effectivement, il y a un manque de reconnaissance pécunier, en tout cas dans le statut, mais il y a aussi un manque de reconnaissance de la personne et un manque de dignité. Et qu'on savait qu'en faisant un film comme ça, on allait redonner de la dignité à ces femmes et de les rendre visibles. Donc, c'était aussi un des objectifs. Et on savait aussi que sur un thème comme ça, tu as beau être marcheur, tu as beau être France Insoumise ou je ne sais pas quoi, on n'est qu'à plat aussi de toucher au cœur un éventail de populations assez larges.
Et puis, encore une fois, je crois que quand on veut porter un discours, alors François porte du discours politique à l'Assemblée, on fait de la politique et tout, mais je crois que quand on fait des films, on essaye déjà de faire du cinéma et c'est aussi d'essayer de prendre les gens par les affects, par l'émotion, par le rire, la colère et tout ça. Et du coup, d'emmener le spectateur vers une envie de se battre, de se révolter et de constater l'injustice tous ensemble.
Tu parles de cinéma, je dois te féliciter parce qu'il y a des petits moments dans le film où des portes qui s'ouvrent, qui se ferment, tu filmes une mare, il y a des moments comme ça où le rythme du film, c'est vraiment très, très réussi parce que c'est tellement fluide. Ça marche vraiment bien, le montage est assez remarquable. Et puis alors, tu parles de cinéma, votre idée finale, on peut faire de rassembler toutes ces femmes, c'est à l'assemblée, vous avez réussi à récupérer. Non, ce n'est pas à l'assemblée, c'est dans un théâtre. Oui, c'est à l'assemblée. Vous êtes en questeur avec vos trucs et tout et puis elles sont tellement émouvantes à ce moment-là, c'est assez incroyable.
Et ça, c'est du documentaire, mais c'est du cinéma, c'est beau parce que vous arriviez à magnifier ce moment.
En fait, on a basculé dans la fiction parce que ça, ça fait référence à la première rencontre et la première fois qu'on a parlé du film où François me dit je vais mener cette mission, ils vont certainement me mettre bonnes ailes dans les pattes, mais on va se battre, on va faire ce qu'on peut, on va faire déposer un projet de loi, des amendements, des choses comme ça, mais tout va être de toute façon mis à la poubelle avec le mépris habituel.
Et du coup, moi je dis, oui, effectivement, il y a certainement un film à faire, mais si c'est pour finir en plombant et que tout parte à volo et qu'on sorte avec des inés noirs, c'est dommage, donc il faut qu'on finisse par le haut et on va peut-être essayer de fictionner la fin. Après, on est passé par plusieurs propositions de fiction pour arriver effectivement avec ce qu'on s'est attendu.
Oui, c'est une excellente idée. Mais la chanson finale, c'est une petite question de curiosité personnelle, c'est des vraies chanteuses qui chantent, c'est un groupe ? Non, la chanson finale,
il y a trois chanteuses et ensuite, c'est... Après, c'est elle, c'est magnifique.
Il y a une... Je me suis demandé parce que je parlais de petites séquences volées comme ça, il y a un moment donné, justement, quand vous êtes à l'Assemblée avec cette femme de ménage qui donne son nom, il y a son nom... Jeannette Sambo.
Voilà.
Et elle a peur qu'on la voit et puis il y a la porte qui soupe et tu la vois courir comme une petite souris. Mais pourquoi elles ont peur ? Qu'est-ce qui se passe à l'Assemblée qui fait qu'elles ont peur ? Si c'était qu'à l'Assemblée,
ce serait pas très grave. Voilà, moi je pense que... Je le disais bien avant ça, mais ça, cette scène, on est un marqueur. Mais on comprend rien à la France d'aujourd'hui et au monde du travail si on passe pas au cœur le mot peur. Et ça, dans ces métiers-là, mais tu vois, chez les caristes, chez les camionneurs, chez les ouvriers, si jamais on comprend pas que c'est la peur qui dirige, on comprend pas notre pays, quoi. Et vraiment, ça, c'en est une traduction. Donc, elle vient se confier à moi, mais en se confiant à moi, elle veut pas qu'on la voit, elle veut pas qu'on voit ses mains. Et alors... Elle donne son nom. Non, elle donne son nom. Mais on peut le donner parce qu'il y a la fin.
Le film, il a ce mouvement aussi qui est d'une espèce de dénouement, c'est-à-dire dénouement, c'est les nœuds intérieurs qui viennent se dénouer et qu'au début, c'est moi qui parle pour les femmes de ménage de l'Assemblée, au milieu, donc elles viennent se confier, mais en catimini, il faut pas qu'on les voit et ainsi de suite. Et il va y avoir un mouvement vers une libération et vers... On libère notre parole, on libère notre image, on ose se montrer, on ose se montrer à la tribune de l'Assemblée. Tu vois ce que... Donc, c'est... Voilà, c'est un espèce de cheminement qui est comme ça.
Si tu veux, au début, elle veut pas donner son nom et à la fin, elle...
D'abord, par rapport à son chef. C'est la même qui vient à la fin.
En fait, cette peur, elle est pas réelle, elle est symbolique ou elle risquait vraiment quelque chose de leur employeur ou est-ce qu'à l'Assemblée... Non, mais bien sûr
qu'elle risque quelque chose. Je veux dire, après, nous, on propose une forme de protection. Le fait d'avoir un député qui soutient, c'est une forme de protection, mais il est évident qu'aujourd'hui, un salarié qui parle, il y a un risque pour lui. C'est évident. Enfin, je regrette de devoir le dire parce que ça veut dire que j'encourage pas à tirer des sonnettes d'alarme, à venir se confier à tout le monde et tout ça, mais c'est évident qu'il y a des représailles en série dans les entreprises aujourd'hui, que ça fait pas de cadeau, quoi. Et donc, moi, tu vois des gens qui mènent des grèves quand tout est perdu parce qu'à ce moment-là, il n'y a plus de risque d'être licencié. Enfin, tu vois.
Je pense que... Enfin, voilà, moi, déjà, pendant ma campagne électorale, je sentais... Enfin, tout ce truc de... L'état des classes populaires, c'est un couvercle qui pèse sur les cœurs, quoi. Et alors, avec la surprise, c'est pour ça qu'on a surgi et bondi sur la surprise avec notre précédent film, ce qui a été le moment gilet jaune, qui est ce moment où la résignation devient espoir, où la peur se libère, où les muets prennent la parole, où les invisibles mettent des chasubles jaunes fluorescents, mais qui est un moment un peu exceptionnel sur les dernières années, quoi.
D'ailleurs, toi, tu trouves finalement... Alors, je ne sais pas si c'est le bon bon, mais comme une sorte de plénitude dans ton nouveau job, parce que tu es à la fois député, mais tu restes reporter, enfin, tu fais des films, donc tu auras, avec Je veux du soleil et maintenant, avec celui-là, tu as... Enfin, je ne sais pas si tu auras le temps d'en faire un autre avant la présidentielle, ça m'étonnerait, mais tu réussis pleinement le pari, c'est-à-dire d'être à la fois un acteur et un témoin et de témoigner par le documentaire, enfin, grâce à Gilles, quoi.
Il y a quelque chose de vraiment très réussi là-dessus et je me disais aussi que le film aura sans doute une seconde vie parce que même un cœur de pierre ou un algorithme comme Emmanuel Macron ou cette Brigitte Bourguignon-là, quand elle va se voir ou quand ils vont se voir ou quand on va leur dire « Mais vous vous rendez compte de ce que vous avez fait ? Vous vous rendez compte ? » Je veux dire, d'avoir refusé ce projet de loi, enfin, il y a comme un... peut-être un sursaut qui peut... Non, tu n'y crois pas du tout. Non. Non, mais le film est tellement... Non, c'est impossible, ça ? Tu ressors un projet de loi l'année prochaine ou un truc comme ça ? Il ne peut pas y avoir un...
Je ne vais pas l'année prochaine. Je vais le faire dans les 15 jours donc tu auras la réponse. Ah, tu refais un... Non, mais je vais faire des amendements au budget de la Sécurité Sociale et je vais revenir déposer tout ça sous forme d'amendement. Donc, tu vas avoir les réponses assez rapidement. Tu vois ?
Peut-être qu'ils n'auront pas eu le temps de voir le film
dans les 15 jours. C'est pour ça qu'ils vont passer... Attends un peu alors
qu'ils voient le film. Je veux dire, si tu vois le film, tu ne peux pas voter contre un projet de loi.
Une mesure, par exemple, c'est le congé de deuil. Pour 22 contre 88. Rejeté. C'est aussi l'idée qu'il puisse y avoir une heure par semaine de groupe de parole. Pour 19 contre 94. Rejeté. Moi, je propose une titularisation des passages en CDI beaucoup plus massifs. Un avis défavorable. Bah ouais, mais si. Tu verras. En fait, il y a un truc
intéressant dans le film, c'est de voir à quel point, y compris pour Bruno Bonnel, des fois, il y a un décalage complet entre ce que tu ressens intimement, tes buts, tes touchés, et le choix de vote que tu fais derrière. Mais ça, c'est vrai pour les députés. C'est vrai aussi pour les citoyens qui votent. Quenelle, sauce nantua que j'ai préparée, c'est-à-dire une sauce pour les quenelles de brochet. Donc là, c'est un petit saucisson mori, pistache.
Ça, c'est l'entrée, la saucisse, c'est l'entrée ? Oui, ça, c'est l'entrée, ça. D'accord.
Eh bien, nous, on a bien. Il peut y avoir des gens qui ont des valeurs de partage, des choses comme ça, et qui vont voter pour les partis les plus élitistes qui soient, et ça, c'est pas nouveau. Tu reposes un projet de loi.
Là, maintenant,
des amendements.
Un amendement. Des amendements au budget de la Sécurité sociale. Pour récupérer, pour essayer de faire passer ce... Non, c'est quoi ? Oui, bien sûr.
Moi, tu sais, je sais ce que je veux pour ces métiers-là. Ce que je veux aujourd'hui, pourquoi... Pourquoi ils sont sous le SMIC ? C'est les temps partiels, avec des petits bouts de contrat le matin, des petits bouts de contrat le soir, des petits bouts de contrat des fois à midi, et donc, elles jonglent entre tout ça. Moi, ce que je veux, c'est qu'on sorte du temps partiel, salaire partiel, mais qu'on aille vers du temps plein, salaire plein. Oui, c'est ça. Et donc, moi, ce que je veux, c'est du travail en tournée. Je veux une équipe qui fasse 7h-14h, une équipe qui fasse 14h-21h.
Et tant que ce n'est pas sur ça, l'organisation horaire qu'on jouera, ça ne marchera pas, ni d'une part pour qu'elles aient au-dessus du SMIC, ni d'autre part pour qu'elles puissent avoir une vie familiale, une vie sociale normale.
Mais parce qu'on ne peut pas... Enfin, ça va être peut-être une remarque un peu incongrue, mais on ne peut pas vivre... Enfin, vous racontez des femmes qui se lèvent à 4h du matin, qui sont payées 800 euros, qui ont... qui travaillent le matin, qui rentrent chez elles, qui vont... Il y a l'histoire aussi, pas ça, c'est à Paris, mais même en province, elles viennent le matin, puis elles retravaillent le soir, elles ont des vies qui explosent, il y a des moments hyper émouvants, elles doivent vendre leur maison, elles divorcent, enfin, tout ça parce que... Comment tu vives avec 800 euros aujourd'hui ? Enfin, ce n'est pas moi qui vais vous dire ça. Donc,
tu touches 860 euros
et tu as 450 euros
de loyer ? Oui, là, depuis le début de l'année, oui, je dis que ça... Oui, parce que, je n'ai pas tout coupé. Oui, je jongle, je suis habitué. Je ne fais pas d'excès, dans les vêtements, dans la voiture, je ne fais pas d'excès, je suis habitué, je privilégie ma fille,
avant tout. C'est ça qui est terrible dans ce film, c'est que, comment ces députés, j'en viens à Bonnel, Bonnel, finalement, il n'a pas été d'un grand secours en dehors de votre relation qui est très forte, le mec est très sympa, tu as envie de... Tu me dis, mais qu'est-ce que tu fous à La République En Marche ? Donc, il joue un peu sur les mots par moments, mais à un moment donné, si tu as un peu de, comment dire, d'estime de toi ou une conscience, tu te dis, attends, tu veux dire, il ne s'est pas vraiment battu jusqu'au bout.
Non, non, en permanence, ça a été, je vais aller parler à un ministre, je vais avoir l'oreille de Macron et on va avoir une niche, donc une journée pour déposer ce texte. Enfin, bon, voilà.
Je crois que sincèrement, il y a cru. Je pense qu'il y a cru sincèrement. Il y a cru et plus les semaines, plus les mois avançaient, plus ils se rendaient compte qu'en fait, ils n'en avaient rien à faire et qu'en plus, ils se rendaient compte qu'il n'était pas si influent que ça et que finalement, il n'y a plus personne qu'à l'oreille de Macron.
C'est une espèce de marécage quand même, l'Assemblée, tu vois. En permanence, on dit, oui, mais attendez, il va y avoir la loi Grantage, il faut redéposer, ce n'est pas le bon endroit, ce n'est pas législatif, c'est réglementaire. Tu vois, tu as des tas de méthodes pour faire que ce n'est pas comme si tu te heurtais un mur de maintenir violente. Alors moi, ils me mettent le mur parce qu'ils s'en foutent, mais ils vont mettre une espèce de gadou où ça sera difficile d'avancer, puis ce n'est pas la bonne entrée, alors il faudrait essayer par là-bas. Tu vois, les trucs, et donc, bon, ça tue les bonnes volontés de toute façon. Et lui,
enfin, donnez-moi de ses nouvelles, il est dans quel état ? Il a vu le film d'abord, il a dû le trouver, il a dû être ému aussi.
On le présente ensemble demain à Lyon, donc chez lui. Non, oui, oui, il était, je pense qu'il a... Oui, vraiment,
il voulait l'utiliser parce qu'il était candidat au régional pour la République en marche en Ouvray en Groupe-Alpes, il voulait même l'utiliser à une époque pour sa campagne. C'est lui tirer une belle dans le pied avec un film comme ça ? Ça dépend comment tu regardes le film, avec quel pris, mais je crois qu'il n'est pas dupe des côtés parce qu'on ne sait pas s'il faut l'aimer ou s'il faut le détester dans ce film-là. Il n'est pas dupe de ça. Lui,
tu peux que l'aimer, en plus, il est très touchant.
Mais du coup, pourquoi il se tire une balle dans le pied en même temps ?
Parce que ça veut dire qu'il appartient à un parti qui est quand même un parti inhumain. Je veux dire, c'est le premier mot qui me vient.
Tu sais, le problème, c'est que je pense que le parti est inhumain, mais c'est fonctionnellement des institutions qui aujourd'hui est inhumain. Tu vois, je pense que, voilà, c'est vrai avec les macronistes, ça s'est amplifié. Je vais te dire pourquoi. Mon avis, c'est qu'auparavant, les gens, ils avaient une espèce de discipline intérieure. Ça veut dire d'idéologie intérieure qui les guidait. Tu vois, moi, Mélenchon, il n'a pas besoin de dire ce que je dois voter parce que j'ai un corpus. Je suis fabriqué depuis des années pour penser d'une certaine manière la société. Les Républicains, le chef du parti, il n'a pas besoin de leur dire quoi voter parce qu'ils ont un corpus d'ailleurs.
Donc, résultat, c'est par une espèce de discipline d'armure extérieure que ça vient être maintenu. Donc, c'est beaucoup plus visible. Mais en vérité, les institutions, elles ont quand même, elles transforment les hommes en des fonctions ou les femmes. C'est-à-dire, à la buvette, le mec, il est sympa. Quand il vient à ton match de basket, il est sympa. Et quand il rentre dans l'hémicycle, il est quoi ? Il est le petit soldat du président de la République. Aujourd'hui, le président de la République, c'est Macron. Et ils viennent appuyer sur le mauvais bouton localisation de la location adulte handicapé, tu vois. Mais hier, c'était Hollande qui était président de la République.
Bon, les députés, ils venaient pas plus voter en leur âme et conscience. Il y avait des frondeurs. Ouais, tu vois, t'avais un groupe comme ça. Comme là, t'avais des groupes qui ont quitté la Macronie. Tu vois ? Et puis après, sous Sarkozy, de la même manière, les mecs, ils se... Ouais,
mais là, c'est pire, là. En ce moment, c'est vrai de l'analyser juste. C'est-à-dire qu'avec les emarcheurs, tu sais pas où ils sont. Mais donc, et l'Elysée est gouvernée par Collaire et Macron. Ils sont plus que deux.
Mais donc là, t'as une hyper-verticalisation qui, à mon avis, c'est un phénomène qui s'amplifie avec le temps. Sarkozy avait gravé ça. Bon, Hollande, il a pas fait grand-chose dans la matière comme d'habitude. Et en tout cas, il a pas fait grand-chose non plus pour démocratiser, pour passer à une cinquième république ennemie ou un quart, tu vois. Mais Macron, lui, c'est, voilà, la gestion de la crise sanitaire, c'est quand même quelque chose. C'est Macron qui apparaît à 20h12 à la télévision et qui te dit comment tu vas vivre le lendemain. Bon, c'est de l'hyper-verticalité. Maintenant, pleinement acceptée, il y a un homme qui décide pour tout le monde.
Toi, d'ailleurs, en repensant à, tu sais, la tribune qu'on t'a énormément reproché dans le monde où tu parlais de haine ou je sais plus quelle était la phrase. C'était comment la phrase ? C'était vous êtes haïs que je répétais seulement une douzaine de fois. Non, mais je veux dire, est-ce que ton regard sur lui, en plus, il est Damien comme toi, etc., comment il a évolué sur ces cinq années ? Est-ce que c'est pire que ce que tu imaginais ? Est-ce que tu te dis…
D'abord, mon jugement de départ, c'est-à-dire ce que j'entendais dans les classes populaires sur Macron avant le deuxième tour de la présidentielle, cette haine qui montait d'un homme dans le peuple, je veux dire, ça s'est traduit par le mouvement des Gilets jaunes, de manière très claire. Et donc, je pense qu'il aurait mieux fait de m'écouter et de se demander comment on renoue le lien avec les classes populaires, ce qui n'a pas été du tout fait. Après, maintenant, on a un temps un peu d'anesthésie de la société avec le Covid. Ça te met un espèce de couvercle par là-dessus. On est un peu dans cette mélasse-là. Mais voilà. Après, moi, je pense que Macron…
Moi, je ne suis pas déçu de Macron parce que j'en attendais rien. Sur le plan économique et social, je savais qu'il était de droite, qu'il était libéral. Je l'avais vu comme ministre de l'économie de Hollande, même comme petite voix qui parlait à l'oreille droite de Hollande quand il était à l'Élysée. Donc, je n'ai pas de surprise là-dessus. Je pense qu'il y a des gens qui peuvent être déçus sur le plan sociétal parce qu'on pouvait s'attendre à ce qu'il soit libéral dans les deux sens du terme, à savoir libéral sur le plan économique mais aussi sur le plan des libertés publiques et individuelles. Or, il est libéral autoritaire.
Il est libéral avec les entreprises et il est autoritaire avec les citoyens.
Mais dis-moi, sur l'exemple de ces auxiliaires de vie sociale et du projet de loi que vous avez déposé, est-ce que tu penses que le refus est remonté jusqu'à l'Élysée ?
Évidemment. Évidemment. Non, mais c'est évident.
C'est lui qui décide de... Regarde, comment ça se passe ? Parce que ça, on se pose la question et le film ne le montre pas. Il y a une sorte d'ellipse là-dessus. C'est que d'abord, Bonnel disparaît parce que visiblement, il a le Covid donc il ne va pas présenter le projet de loi avec toi.
Rejeté, rejeté, rejeté, rejeté. Puis Bonnel qui me laisse tout seul qui surple le Covid en plein pendant le budget.
Mais avant, il n'y a pas eu un travail de lobbying, un petit peu d'essayer d'explication, d'avoir de trop. Parce que pour qu'un projet de loi... C'est sûr que si tu y allais la fleur au fusil sans être aidé par personne en disant voilà, mais voilà la loi, tu savais que tu allais te faire bâcher. Mais vous n'avez pas essayé de mieux préparer... Si, si.
Enfin moi, je lui ai laissé la responsabilité de faire avec les marcheurs quand même, avec la majorité. Ce n'était pas moi qui étais le meilleur ambassadeur en la matière, tu vois. Donc moi, j'avais discuté avec les communistes, les socialistes, y compris sur mes abandements pendant le budget de l'année dernière et tout ça. Bon, mais je veux dire, c'était tellement couru d'avance. Il n'y avait pas de suspense autour de tout ça. Et à la limite, moi, ça ne me gêne pas. Ça ne me gêne pas qu'on me refuse ce que je propose. Mais je demande qu'est-ce que vous mettez à la place ? Et l'année dernière, la réponse, c'était par exemple sur les auxiliaires de vie sociale. Il va y avoir la loi Grantage.
Vous allez voir comment ça va être formidable. Et finalement, la loi Grantage, ça fait cinq fois qu'elle est annoncée et cinq fois qu'elle est repoussée.
Donc là, elles sont absolument dans la même merde aujourd'hui. À peu près,
il y a eu des revalorisations de salaire par des négociations. Je le mets dans le panneau final. Je n'ai pas fait gaffe. Tu n'as pas fait gaffe au panneau ?
Non, je n'ai pas fait gaffe. Non, mais ça veut dire
que c'est des revalorisations qui arrivent mais qui ne sont pas passées et qui ne sont pas discutées à l'Assemblée. C'est encore une fois le vœu du prince qui arrive. Parce qu'à force, ça va finir par se voir et ça donne mauvaise conscience qu'il ne s'occupe pas. Il y a des problèmes avec les personnes handicapées sur les AVS et choses. Donc, en fait, on fait un peu de saupoudrage pour essayer de sauver quand même l'image de ce parti. Là, si je suis
froidement politique et stratège et en marcheur, par exemple, c'est une bonne idée de voter pour ce projet de loi. Parce qu'électoralement, pour lui, ça montre qu'il a un cœur, qu'il comprend et puis il a suffisamment dit pendant le Covid à quel point ils étaient importants et puis on voit à quel point ils sont importants. Et là, cette espèce de sécheresse, c'est accablant.
C'est sûr qu'il y a un fossé entre les paroles, les engagements, il faudra se rappeler, les distinctions sociales ne peuvent reposer que sur l'éthique politique et les actes. Mais voilà, quand on donne, l'année dernière, il y a eu 200 millions qui ont été débloqués pour les auxiliaires de vie. Mais je veux dire, je dis toujours, moi, quand c'est pour les pauvres, c'est en millions, quand c'est pour les riches, c'est en milliards. Pour les pauvres, c'est toujours en millions. Pour les riches, c'est en milliards. Sortez le carnet de chèques. Merci.
Donc voilà, là, aujourd'hui, si on veut structurer pour moi ces métiers-là, au total, auxiliaire de vie, accompagnante d'enfants en situation de handicap, enfin, tout le bloc, ça se compte en milliards et en dizaines de milliards. Il faut être réaliste, quoi. Donc c'est un vrai choix. Ça aurait pu être un vrai choix dans le plan de relance de se dire, on sort du plan de relance non pas en demandant de l'argent pour le béton. Moi, j'interroge les maires de ma circonscription. Il y en a un qui a refait son clocher. Il y en a un qui a refait une route. Enfin, voilà. Je vois bien ce que tu veux dire. Mais de dire, ben voilà, on vient donner pour structurer ça.
Et je veux dire, l'effet politique de ça, c'est, il aurait pu être énorme. Parce que pour moi, ça aurait pu être une vraie réponse à la crise des Gilets jaunes. C'est typiquement, c'est les mêmes, enfin, c'est les mêmes qu'on voyait sur les ronds-points qu'on a là dans notre film, en gros. C'est-à-dire, et là, tu viens dire, je vous donne à vous, je vous offre un statut, un revenu. Je construis, y compris pour la jeunesse des milieux populaires, je construis des métiers où vous allez pouvoir vous engager dedans, vous allez y être dans la durée, on va vous faire des carrières là-dedans. Tu stabilises tout un pan de la société. Tu lui redonnes l'espoir, tu le relis à nouveau à la cité.
C'est manifestement pas le choix qui est fait aujourd'hui. Sans surprise, trop de mon côté non plus.
Et je pensais aussi à tout ce qu'on vit en ce moment avec la montée de Zemmour, qui parle des émigrés, des Africains, de la manière dont la France est en train d'être remplacée par toute cette population, etc. Sur les auxiliaires de vie sociale, il y a beaucoup de femmes africaines qui font un travail incroyable, qui sont payées. Enfin, je veux dire, le film le rend hommage à la fin. Il y a cette femme qui prend la parole et tout. C'est, comment dire, c'est aussi dans le contexte actuel où tu ouvres ta télévision, tu tombes que sur ces merdes-là. Ce film arrive comme un cadeau. Tu te dis, enfin... Et ça parle autrement à la fois des femmes et autrement des émigrés.
C'est ce qui explique aussi les faibles niveaux de salaire. Quand tu cumules le fait d'être une femme, parce que ce sont des femmes qu'elles sont payées aussi mal, qu'elles sont d'origine étrangère et qu'elles sont issues des milieux populaires, ça fait quand même trois handicaps qui se cumulent et qui expliquent pourquoi on accepte des situations aussi scandaleuses.
Mais il y a un truc qui est vraiment clivant, c'est-à-dire, enfin clivant, t'es à Paris et tu vois très bien, il y a presque une forme d'apartheid dans les métiers. Il y a des endroits, tu vas, la seule personne black, ça va être le vigile à l'entrée. Les contrôles de passe sanitaire dans les gares, tu vois, moi je suis frappé quand j'arrive à Paris. Quand on a rencontré des auxiliaires de vie sociale, c'était des personnes d'origine étrangère. Tu fais des photos de toutes les femmes qui sortent de l'Assemblée nationale le matin, t'as des hommes blancs qui rentrent, t'as des femmes noires qui sortent. C'est très très marquant ça.
Et il faut quand même comprendre, et tu le sais puisque t'es de maître, mais quand tu vas en province, en gros ces métiers-là, ils continuent aussi à être occupés par des personnes, disons, françaises d'origine. Tu vois ce que je veux dire ? Et donc, voilà, quand tu vas à l'hôpital d'Amiens, c'est Géraldine qui fait le boulot. Et donc là, t'as un espèce de clivage. Et tu vois, dernièrement, je me trouvais avec, il y a Sophie Cluzel, secrétaire d'État au handicap, qui passe en visite à Amiens. Donc j'appelle la préfecture en disant, bon ben voilà, j'aimerais bien qu'elle reçoive des accompagnantes d'enfants en situation de handicap. Donc ça négocie tout ça.
Et puis finalement, on trouve dans l'agenda une heure pour qu'en préfecture, elles puissent les rencontrer. Voilà. Son cadre dans mon film, il y a Aline, Sandy, Hayat, Asiya. Bon ben merci de nous accueillir. On sait que ça n'a pas été facile avec le rectorat.
Ben moi, je l'encaisse très mal en fait. Je l'ai pris pour une pression psychologique. Vous savez qu'il y a une commission parlementaire qui va venir parler, qui va venir vous interroger et tout ça. On ne veut pas de dérive, on ne veut pas que vous parlez de l'école. Vous allez dire quoi ? On était pris en étau comme ça et ils étaient trois devant nous et nous dire ce qu'il fallait qu'on dise. Je me suis dit, nous encore, le petit personnel, les pauvres de l'éducation nationale, excusez-moi du terme, mais de la merde. Et on nous écrase encore comme du la merde.
Et d'une part, sur les quatre, il y en a trois qui envisagent de démissionner. C'est un gâchis énorme. C'est un gâchis pour elles parce qu'il n'y aura pas de validation de leurs compétences. C'est un gâchis pour les gamins. C'est un gâchis pour l'éducation nationale parce qu'elles se sont formées ou auto-formées sur Google à qu'est-ce que c'est que les troubles de l'autisme, comment on aide un gamin à enfiler son manteau, comment on lui apprend que s'il est dysgraphique à écrire son prénom. Elles ont acquis tout ce savoir-là pendant 3, 4, 5, 6 ans et boum, ça va partir dans la nature. On va reprendre quelqu'un de zéro et tout recommencer. Donc ça, c'est un gros gâchis.
Mais par ailleurs, je me mets... Alors les freudiens, ils disent, on écoute flottante, tu sais, mais on va dire que je roupille à moitié parce que ces discours, je les connais un peu, donc je suis là. C'est Cluzel face aux quatre. Ouais, mais c'est un très beau moment d'échange humain, tu vois, comme avec Bonnel quelque part. Et moi, je ne nie à personne d'être humain. C'est-à-dire, quand je vais voir un verre au bistrot, je ne demande pas qu'est-ce qu'il vote et il n'y a pas un ministre, il n'y a pas, tu vois, avec qui je ne peux pas avoir une discussion humaine si jamais on accepte de laisser tomber un peu les armures.
Donc là, il y a un moment comme ça où les filles, enfin, elles racontent leur vie, leurs galères et tout ça et puis je réfléchis puis je me dis, bon sang, donc je redis les prénoms Aline, Sandy, Asia et Hayat. Et tu perçois évidemment, quand je dis ces prénoms, des origines diverses. Et je me dis, ça fait deux ans que je les fréquente, que je les filme, que j'échange avec elles. Là, ça fait une heure qu'elles racontent leur vie mais il n'y a pas un moment où elles ont parlé de quelle est ton identité, quelle est ta religion, qu'est-ce que tu manges le vendredi, comment on s'habille. Tu vois, ces questions-là ne se sont jamais posées.
C'est-à-dire qu'il y a vraiment presque dans ce moment où je vivais là un choix de société. Soit tu poses, mets au cœur de la table toutes ces questions et du coup, tu en as deux qui sont supposées partir de chaque côté, se diviser. Soit en vérité, tu essayes de faire ce qu'elles veulent faire, c'est-à-dire qu'elles parlent de leur formation, de leur vie, de comment, et tu essayes qu'elles travaillent ensemble pour produire la société la meilleure.
Donc oui, je considère que ce film, quelque part, il vient être un film anti-Zemmour et anti-Macron parce qu'il vient aussi poser la question sociale au premier plan et quand on pose la question sociale, on a la possibilité de se rattacher ensemble plutôt que de faire exploser des gens sur des questions qui, moi, ne me paraissent pas les plus importantes.
C'est la seule question politique que je vais te poser, c'est par rapport à Zemmour, qui d'ailleurs a un lien avec le film. Comment tu vis, toi, ce qui se passe en ce moment ? Il y a eu le débat avec Mélenchon, il y a eu, dans les sondages, il est en train de dépasser Marine Le Pen. Tous les médias ne parlent que de ça. On débat sur les prénoms, on débat sur cette histoire de grand remplacement. C'est comme si le débat médiatique et politique était complètement, depuis quoi ? Depuis 15 jours et tu as l'impression que ça doit s'arrêter demain mais ça ne s'arrête jamais. Il y a une sorte de, je ne sais pas, de folie qui s'est emparée de ce pays. C'est un déni de réalité.
Je ne sais pas, je parle à ta place mais comment toi, en tant qu'élu, que député de la République, comment tu vis ça et comment tu t'imagines pouvoir lutter contre ça ?
Moi, avec les mêmes armes, je veux dire, le film pour moi est une réponse et avec les mêmes armes que quand je faisais la sortie d'Ouvert le Pool au moment où le zine était en train de fermer et où j'entendais les gars parfois s'en prendre aux assistés, aux immigrés, en leur demandant mais attendez, qui est-ce qui ferme votre usine ? C'est le PDG qui se trouve à l'autre bout de la planète qui s'appelle Jeff Fetty. Vous ne connaissez pas son visage, vous ne connaissez pas sa baraque, vous ne connaissez pas son compte en banque mais voilà qui est le vrai responsable.
Donc je veux dire, moi, je pense qu'on a un combat à mener qui est même moins sur le terrain de défendre nos convictions que d'amener le débat sur nos questions qui sont aujourd'hui complètement périphérisées et de ne pas se laisser embarquer sur ces questions-là. Moi, c'est ma bataille. Avec toutes les données qu'il a, lui, Emmanuel Macron, il ne sait rien, le ministère de l'économie ne sait rien. Ce n'est pas possible. Pourquoi ? Ça relève d'une idéologie. C'est qu'en fait, pour lui, pour eux, les patrons ont toujours raison. Et quand on est un patron et le patron du MEDEF de la Somme, on a forcément raison.
Et ça ne peut pas être les petits syndicalistes, ça ne peut pas être les petits salariés, ça ne peut pas être le petit député qui a raison. Ma bataille, c'est déjà d'essayer de planter le drapeau et de ramener sur les questions sociales, de ramener sur de l'économie, de ramener sur l'organisation de la société.
J'ai vu que dans la primaire populaire, tu étais plutôt bien placé. Enfin, tu vois ce que c'est la primaire populaire. Je sais que tu vois ce que c'est. C'est un truc, tu regardes ça avec distance ?
Non, mais alors, je vais te dire ce que je réponds à tout le monde et que je répondrai à Léa Salamé, c'est que, tu vois, le temps médiatique, politique, artistique, pour placer au cœur les femmes de ménage, les auxiliaires de vie sociale, les accompagnants d'enfants en situation de handicap, il est rare. Et je ne veux surtout pas le pourrir. Non, non, mais c'est le truc. Je veux dire. Voilà, je souhaite qu'on se concentre sur...
Non, non, mais là, je te dis, le film, par la présence de ces femmes africaines, arabes aussi, qui font ces métiers-là et qui sont dans la même merde que les Françaises. Et tu le sens. Ce qui est assez beau dans le film, c'est qu'elles font et elles sont ensemble.
C'est ce que j'allais te dire. Tu vois, dans le film, on fait là aussi la démonstration que par ces femmes qui sont extrêmement atomisées et qui travaillent seules, ces ABS, elles n'ont aucun contact avec les collègues la plupart du temps, on voit que quand on les met ensemble, elles se sentent fortes, elles relèvent la tête et elles sont là. Et ça, je crois que c'est une leçon aussi à retenir. Ensemble, on est plus fort et c'est sûr que ce n'est pas la société qu'on nous construit. L'autre est forcément l'ennemi.
Quand on avait fait Jouer du Soleil, on s'est trouvé à des moments sur des ronds-points où il y avait des gens qui nous disaient que pour eux, avant le mouvement des Gilets jaunes, c'était inconcevable de faire quelque chose ensemble. C'est-à-dire que forcément, l'autre est un ennemi et un danger. Donc tu vois, dans quelle merde idéologique sont noyées les classes populaires ou en tout cas à brevets.
Comment elles ont réagi à l'échec de la loi ? Elles y ont cru aussi ? Non, je ne pense pas que c'était trop douloureux. Je pense que les illusions... Elles étaient déjà contentes d'aller à Paris, la bande de copines, mais en dehors de ça...
Non, il n'y avait pas d'illusions. Tu dis que tu en avais un peu. Oui, moi, j'en ai eu un peu. Peut-être plus qu'elles, finalement. Je me suis mis à dire comment on arriverait à gratter un truc. Je n'en ai pas donné. D'ailleurs, on me voit dire de toute façon, tant que vous ne vous soulevez pas, il n'y aura rien qui passera. Parce que pour moi, c'est un espèce de préalable.
Merci à toutes. C'est que le début pour moi. Je m'associe évidemment à ces remerciements. Et à l'appel à la lutte !
L'émancipation des travailleuses sera l'œuvre des travailleuses elles-mêmes. Mais voilà. Je pense qu'il n'y a pas eu de déception, il y avait peu d'espoir à ce niveau-là. Il y a des trucs qu'on a... Par exemple, qu'on ait réussi à gratter la prime Covid. Puisque les auxiliaires de vie, de la même manière qu'elles étaient exclues des masques, du gel hydroalcoolique, des gants, enfin tout ça, pendant la crise, parce qu'on leur disait que vous n'étiez pas une profession médicale, après la crise, elles se sont trouvées privées de la prime Covid. Et donc, on a fini par l'obtenir. Mais comment on a fini par l'obtenir ? Bon, il y a eu des manifs, elles ont fait des manifs.
À Ville, je salue le travail de Martine, qui parfois a fait la manif à elle toute seule, quasiment. Donc voilà, il y a eu des porte-voix, dont moi et d'autres. Et finalement, c'est un espèce de droit de grâce. Emmanuel Macron, fin août, va rendre visite à une personne âgée, rencontre l'obtenir de vie sociale et annonce à la sortie qu'il y aura la prime Covid pour les auxiliaires de vie. Pas toutes, mais enfin, il annonce ça. Voilà, t'es condamné à une espèce de fait du prince permanent.
Parce que lui, tu penses que toutes ces informations lui remontent et qu'au final, c'est lui qui décide. C'est ça qui m'étonne.
Tout se décide
par la tête aujourd'hui. D'accord, mais je pense, parce que le type, il doit avoir, je ne sais pas, c'est trois cerveaux qu'il doit avoir. Parce qu'il n'y a pas que toi, il y a plein de monde qui lui remontent des trucs. C'est ça, moi aussi, je n'étais pas le premier à me dire ça.
Je peux dire que c'est pour ça que ça bouchonne aussi. Mais enfin, il se trouve que, tu sais, le président de Sanofi, M. Serge Weinberg, il a l'oreille directe de Macron. Il a sa ligne directe. Il a sa place installée à l'Elysée pour avoir tous les projets ou la CGT machin ou la CFDT truc pour avoir l'oreille de Macron sur ces métiers-là. Ça va être beaucoup plus compliqué. Non, je sais. Donc l'idéal, ce serait que demain, qu'on change ça, qu'il n'y ait pas une oreille dans le pays pour tout le reste du pays. Qu'il n'y ait pas qu'une bouche pour toutes les bouches. Qu'il n'y ait pas qu'un cerveau pour tous les cerveaux. Tu vois, on est un pays qui peut être intelligent.
Et aujourd'hui, notre intelligence, elle est anémiée parce que tout doit reposer sur le cerveau d'un seul homme. Mais que par ailleurs, peut-être que ce cerveau-là, cette oreille-là, elle soit un peu plus proche des gens et un peu moins proche de l'argent. Mais là, tu vois, je m'éloigne. Mais bon...
Non, non, c'est lié à ça. Et au moment du vote, toi, tu fais passer un seul, c'est un amendement ? Ouais, ouais. Un sous-amendement, même. Un sous-amendement. Mais on ne comprend pas bien. Tu veux faire placer le mot dignité ? Tu peux le raconter ?
Alors, c'est au moment où on arrive à gratter 200 millions d'euros pour les auxiliaires de vie sociale. Donc bon, voilà. Et à l'intérieur, ils disent qu'ils veulent faire ça au nom de l'attractivité. Par l'amendement 2744, je propose d'insérer le mot dignité après le mot attractivité. Mais tu vois, c'est-à-dire qu'ils se décident, ils vont se décider, il va y avoir encore d'autres victoires. Pour moi, dans tous ces métiers-là, dans les années à venir, il va y avoir des victoires. C'est pour ça que j'invite les partis et les syndicats de gauche à bouger vraiment avec ces femmes parce que je pense que là-dessus, on va gagner des trucs, quoi.
Mais bon, donc là, ils veulent le faire simplement au nom de l'attractivité. L'attractivité du métier ? Oui, du métier, ouais. Pour dire que les gens, ils doivent avoir envie d'aller là-dedans. Pour l'instant, ils n'ont pas trop envie. Donc ils disent qu'il faut réformer l'image du métier. Ouais, tu peux réformer l'image, mais il faut quand même aussi en changer la réalité. J'ai pas tant d'opportunités que ça dans ma carrière de parlementaire pour passer potentiellement l'un de mes amendements pour pas insister un tout petit peu à ce moment-là. Et donc ils disent qu'on va mettre un peu de gras là-dedans pour dire d'aller vers l'attractivité. Moi, je dis que l'attractivité, c'est pas un but.
Le but, c'est la dignité. C'est comment les gens vivent de manière décente en termes d'horaire et en termes de salaire avec ce métier-là. Pour faire le lien avec l'immigration, enfin, avec les questions zémouriennes de tout à l'heure, tu sais, c'est comment on répond à ce qui peut être une crise de recrutement dans tous ces métiers parce qu'il y a une crise de recrutement. Il y a une proposition libérale macroniste qui a dit qu'il faut des filières d'immigration économique. C'est une réponse.
Il y a une autre réponse qui est de dire qu'il faut construire un statut et un revenu pour toutes celles, qu'elles soient d'immigration ou qu'elles soient pas de l'immigration, qu'elles soient à l'intérieur. Mais tu vois, là, dans un premier temps, il y a une première réponse qui était par une forme de dumping sur ces métiers-là.
Moi, c'est ma conclusion, mais on peut continuer à parler, moi, ça me plaît bien. J'ai relevé la dernière phrase de cette femme à la fin, qui dit, très émouvante, c'est une auxiliaire de vie qui dit qu'on va tous vieillir.
À un moment donné, on aura tous besoin, vous comme nous, d'auxiliaire de vie. Donc, on a un métier très, très important. Voilà.
Et c'est vrai, quand on voit le film, on se dit, bah ouais, effectivement, on est tous des futurs vieux, on va tous peut-être finir comme ce pauvre monsieur qui fait un AVC.
J'aurais pu être mort.
Il y a des moments, j'aurais préféré.
Et c'est un métier qui est tellement important que, comment dire, c'est une indignité, tu as parlé de dignité, pour un pays comme le nôtre, de les traiter de cette manière. Et c'est un... Je ne sais pas, le film ne doit pas être une fin, mais il doit être l'amorce d'un combat.
Oui, mais pour moi, le film n'est pas un point d'arrivée de la loi ou tout ça. C'est le point de départ. C'est de là d'où on part et c'est maintenant qu'on doit pousser, pousser, pousser pour construire un statut et des revenus à ces personnes. Et puis, tu vois, moi, je veux prendre au sérieux l'expression auxiliaire de vie sociale. Ce n'est pas auxiliaire de survie. Ce n'est pas simplement, normalement, j'ouvre les volets, je sors la personne âgée du lit, je la nettoie, je lui donne à manger, et tout ça avec des gestes tendres et des mots tendres autour. Et puis, je sors. Ça ne devrait pas être ça.
C'est auxiliaire de vie sociale, c'est comment, dans la journée, il y a deux heures pour accompagner une personne âgée au cinéma ou pour permettre qu'elle aille déposer des fleurs sur la tombe de son mari au cimetière, tu vois. Et donc, je pense qu'il faut... Moi, je suis pour revoir ce métier-là de manière humaniste, à la fois pour les gens qui l'effectuent et puis aussi pour les gens qui en sont les usagers, quoi. Et puis, pour nous demain,
du coup. Non, non, mais c'est ça. Donc, tu sais ce qu'il te reste à faire, quoi. C'est le second film, là, c'est la suite, quoi.
Non, on va déjà essayer de porter celui-là. En tout cas, il y a un constat qu'on traite d'un thème, quand même, qui fédère, quand même. Parce que le constat qui est fait dans ce film, t'as beau être macroniste ou tout, il est quand même assez dramatique. Parce qu'elles ont toutes la même vibration de don, d'amour. Enfin, c'est juste... Ça prend au trip, quoi. C'est juste un truc de fou. Et donc, on espère qu'aussi, ce film-là va contribuer à ouvrir un petit peu les esprits, ouvrir le débat et puis qu'il soit aussi un outil pour faire améliorer le quotidien de ces centaines de milliers de femmes.
Beaucoup de dates, là. Vous allez dans beaucoup de villes. Comment ça se passe ? On court de ville en ville. Moi, j'ai fini.
Et toi, t'as presque fini. Moi, j'ai commencé un peu plus tard.
Moi, j'assure
le service après-mente.
Et les avant-premières se passent comment ? Enfin, il y a du... Vous êtes...
Je veux dire, il y a... Enfin, les salles sont remplies. Et, franchement, je veux dire comme ça, sans humilité, il y a une standing ovation à la fin. Il y a des minutes d'applaudissements. Il y a des Kleenex qui sont sortis. Comme toi, t'as pleuré. Oui, je sais. Et, mais je pense que toutes ces félicitations, elles s'adressent sans doute à nous comme réalisateurs. Mais pour l'essentiel, elles s'adressent aux femmes qui sont à l'écran.
et qui est meuf, quoi. Qui est meuf, oui, c'est sûr. Et il y a des moments, d'ailleurs, dans le film que vous avez réussi. C'est plein de petits bouts de vie, quoi. Je pense à cette femme qui a une amende de 135 euros à payer. Enfin, il y a des trucs, tu te dis, mais quel pays de merde, quoi. Enfin, je veux dire, on en est là, quand même. C'est-à-dire, c'est quoi ? C'est une auxiliaire de vie sociale qui va s'acheter un bout de gruyère parce qu'elle a envie de bouffer. Elle se fait topper par des flics. Pendant le Covid. Pendant le Covid,
c'est vrai que le temps passe vite. Finalement, on a oublié dans quel climat on avait été mis au moment du premier confinement. Je ne sais pas si tu te rappelles, mais il y avait des autorisations pour sortir, toi, à titre personnel. Donc, tu avais droit à une heure, je crois, où tu pouvais aller faire tes courses à tel endroit. Elle, elle avait ses autorisations pour aller travailler. Et comme elle va faire ses courses entre deux patients, entre deux personnes âgées, elle fait un crochet au supermarché pour prendre un paquet de gruyère qui lui coûte cher pour mettre dans ses pattes.
Et paf, elle n'a pas la bonne autorisation parce qu'elle s'arrête entre deux et elle se prend 135 euros d'amende.
Alors, puisque tu n'as pas regardé les cartons de la fin, tu n'as pas vu que le député avait réussi à faire sauter l'amende gruyère. Ah non, je n'ai pas le droit. Ça, c'est, tu vois, les grandes victoires.
Ah ouais, non, mais alors là, bravo, François. Non, mais bravo. Non, mais là, Ken Lochi, on fait un film de ça. On est dans un truc, ce n'est pas possible. En tout cas, merci à tous les deux. C'est vraiment un film magnifique. C'est plus qu'un documentaire. C'est un moment de vie, de partage, et ça fait réfléchir et ça fait changer les choses, je crois. Peut-être plus qu'un amendement à l'Assemblée. C'est le début. C'est le début. Merci à toi. Et Longuevie à place, donc. Bah ouais, ouais. On a besoin, d'ailleurs, je le dis toujours à la fin, pour faire ce genre d'émission, on ne vit que de l'argent, des abonnements, de ce que les gens nous donnent. Donc là, ça va.
On a de plus en plus d'abonnements. Même si on est fragile encore, mais une sorte d'adhésion autour de ce qu'on fait. Voilà. Merci, Gilles. Merci, François. Et à la prochaine. Au revoir. Au revoir.
François Ruffin