RN aux portes du pouvoir : Anne Sinclair réagit - C à Vous - 02/07/2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 70 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 0:00ComplaisanteRéponse directe
Bonsoir, A.Sinclair. Merci de votre présence.
- 0:15OuverteRéponse directe
Vous avez déjà témoigné de votre émotion le 9 juin au soir de la dissolution, des larmes de colère face à la décision du président, que vous jugez inutile et impardonnable.
- 0:45OuverteRéponse directe
Des larmes mais de la détermination aussi à faire passer des messages.
- 1:15OuverteRéponse directe
Nous avons déjà fait élire 40 députés. Bien entendu, cette majorité absolue est faisable.
- 3:00RelanceRéponse directe
Parce que les colères alimentent le vote RN mais aussi parce que le RN s'est banalisé. Il fait moins peur. A-t-il pour autant changé?
- 4:30OuverteRéponse directe
Avec ce fameux front républicain.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:15A.SinclairChiffre
« Nous avons déjà fait élire 40 députés. Bien entendu, cette majorité absolue est faisable. »
- 1:45A.SinclairFait
« C'est sans doute la 1re fois, j'allais dire depuis 1940, mais disons depuis la libération, que l'extrême droite risque d'arriver au pouvoir en France. »
- 3:30A.SinclairFait
« C'est un parti fondé par l'OAS, par les collabos, par J.-M.Le Pen, condamné 6 fois pour antisémitisme... »
- 5:00A.SinclairFait
« La fin du droit du sol, c'est le début du droit du sang. C'est une autre conception de la nationalité, une conception basée sur la biologie, la nature, l'ethnie. »
- 5:30A.SinclairFait
« La préférence nationale est contraire à la Constitution, mais en plus, elle est totalement inefficace. »
- 6:00A.SinclairChiffre
« Ils ne veulent pas de binationaux à des postes-clés. 3,5 millions de binationaux... »
- 7:00A.SinclairFait
« Ce parti est un parti stalinien dans son fonctionnement. Il fait des purges. »
- 11:00A.SinclairFait
« Je refuse de les interviewer directement, de leur poser des questions. »
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Nous avons déjà fait élire 40 députés. Bien entendu, cette majorité absolue est faisable. - A.-E.Lemoine: Bonsoir, A.Sinclair.
Merci de votre présence. Vous avez déjà témoigné de votre émotion le 9 juin au soir de la dissolution, des larmes de colère face à la décision du président, que vous jugez inutile et impardonnable. Des larmes d'inquiétude à l'idée de voir le RN, dont vous avez toujours combattu les idées, aux portes du pouvoir.
Des larmes mais de la détermination aussi à faire passer des messages. - A.Sinclair: Oui.
Je suis épouvantée et combative. J'ai toujours été combative. Je vous remercie de me demander de venir.
Je ne suis pas une femme politique. Je n'ai pas de parole politique. Je ne représente rien.
Vous me faites l'amitié de me demander mon avis. Oui, je suis épouvantée parce que c'est sans doute la 1re fois, j'allais dire depuis 1940, mais disons depuis la libération, que l'extrême droite risque d'arriver au pouvoir en France. C'est un tournant gravissime.
C'est la 1re fois dans l'histoire de la France. Je pense surtout que...
En 2002, j'ai déjà vécu un tremblement de terre. Avec P.Lescure, je suis la plus vieille.
J'ai appris que c'était son anniversaire. Je suis la plus vieille avec vous. En 2002, on a dit "plus jamais", que ce n'était pas possible.
Il y avait 1 million de personnes dans la rue. Que s'est-il passé depuis? Il y a eu des scrutins en pagaille, des scrutins européens qui ont été oubliés, écartés, évincés.
Il y a eu des gouvernements successifs, les "gilets jaunes", des multitudes d'études de sciences sociales pour expliquer que si la grande misère avait reculé, les petites misères et le grand abandon étaient à l'origine d'une frustration considérable de nos concitoyens. La fin des services publics dans les territoires, l'abandon des petites villes et des campagnes, la baisse du niveau de vie...
On l'a vu avec les "gilets jaunes", le déclassement...
Au fond, c'est un échec des politiques, et, je me mets dedans, un échec de ceux qui ont essayé d'alerter. Ca fait 40 ans que je me bats contre le Front national, aujourd'hui Rassemblement national. J'ai l'impression qu'on ne s'est pas bien battus.
Sinon, on n'en serait pas là. A.Mnouchkine avait dit: "On a traité les gens d'imbéciles ou de salauds alors qu'ils disaient leur désespoir.
On ne les a pas écoutés, pas entendus, pas pris en compte. On en est là aujourd'hui." - A.-E.Lemoine: Parce que les colères alimentent le vote RN mais aussi parce que le RN s'est banalisé.
Il fait moins peur. A-t-il pour autant changé? - A.Sinclair: Pour moi, non.
Je pense que c'est un ripolinage. Monsieur Bardella, avec son costume bien coupé et ses propos technocratiques...
Il faut savoir ce qu'est le RN. Ils sont les héritiers... "L'alternance commence", je vois son slogan de dimanche soir.
Le RN a un lourd passé et un lourd présent. Un lourd passé, ce n'est pas la peine de le répéter. Ou encore faut-il peut-être le répéter!
C'est un parti fondé par l'OAS, par les collabos, par J.-M.Le Pen, condamné 6 fois pour antisémitisme... - A.-E.Lemoine: Qui dit qu'il a fait le ménage. - A.Sinclair: Qui dit... - A.-E.Lemoine: Les rassemblements du RN. - A.Sinclair: A chaque fois qu'il tient un propos légèrement dissident, ils l'écartent.
On peut en citer plein qui ont le même discours, comme J.-L.Lacapelle dans le Loiret, par exemple.
On est dans une situation apocalyptique, historique. Je vais prendre une expression triviale, mais c'est peut-être la dernière sortie avant l'autoroute. C'est la dernière rustine qu'on peut mettre.
Et si là, il ne se passe rien, si par hasard le RN n'a pas la majorité absolue à l'Assemblée, si on évite ce à quoi je suis hostile, car la France ne serait plus la France...
Si on l'évite et si rien ne change, dans un an, quand le président de la République pourra à nouveau dissoudre, dans 2 ans et demi ou 3 ans, lors de l'élection présidentielle, ce sera sans appel. C'est l'ultime moment pour dire: "Oui, leur passé est trouble. Leur présent est trouble.
Le droit du sol, le tri entre les Français..." La fin du droit du sol, c'est le début du droit du sang.
C'est une autre conception de la nationalité, une conception basée sur la biologie, la nature, l'ethnie. La préférence nationale est contraire à la Constitution, mais en plus, elle est totalement inefficace. Ceux qui se disent qu'avec monsieur Bardella et monsieur E.Ciotti, on mettra les immigrés dehors, ce n'est pas vrai.
E.Ciotti ne fera rien de plus que C.Pasqua il y a 20 ans et G.Darmanin la semaine dernière.
C'est un leurre pour les Français. C'est un parti qui est contre l'Europe, non pas frontalement, mais ils la détricoteront de l'intérieur, ne serait-ce qu'en baissant la contribution française au budget européen. En retour, les agriculteurs auront moins de la PAC.
Ils ne veulent pas de binationaux à des postes-clés. 3,5 millions de binationaux...
Je crois que ça a été un faux pas. Moi, je n'ai pas envie de mettre des amis de monsieur Poutine à des postes-clés. Là, ils sont un certain nombre.
Je ne vais pas faire de liste, mais ils sont partout. Ceux qui sont allés en Russie, voyages payés par la Russie, pour observer les scrutins en Russie, la façon dont monsieur Poutine les respectait...
Pour moi, c'est tout ce que je rejette. Je dis "attention" car c'est la dernière rustine qu'on peut essayer. On va peut-être essayer d'éviter, si possible... - A.-E.Lemoine: Avec ce fameux front républicain. - A.Sinclair: Avec le front républicain, ces désistements et peut-être un sursaut, ou pas de sursaut, parce que les gens ont le droit de confirmer ce qu'ils veulent faire.
Peut-être qu'on va l'éviter, mais peut-être pas. A ce moment-là, c'est un saut dans l'inconnu, avec le président de la République... "On est au bord du gouffre et on vient de faire un pas en avant." - A.-E.Lemoine: Faire barrage sans distinction de candidats du NFP, comme le font B.Le Maire, E.Philippe, Y.Braun-Pivet, qui expliquaient qu'il y avait certains candidats plus fréquentables que d'autres. - A.Sinclair: Ce n'est plus l'heure de finasser.
Il y a des urgences. Dans les westerns, les combats de "Star Wars", on sait qu'on se bat contre l'ennemi qui est à la porte de la maison et on se bat contre celui qui est au bout du chemin après. Il y a des priorités.
Il faut se battre contre la priorité du Front national. C'est ce que je fais. Mais je n'oublie rien.
Si aujourd'hui, ou demain, la gauche, le Nouveau Front populaire, ne rassemblent pas comme ils l'espèrent, ce sera de la faute d'un de ses participants, de LFI et de monsieur Mélenchon... - P.Cohen: La conviction de ceux qu'on vient de montrer à l'écran, ce n'est pas leur conviction profonde, mais la conviction que les électeurs ne suivront pas.
Ca ne sert à rien d'appeler à un barrage pour tous, y compris contre les insoumis infréquentables parce que les électeurs ne suivront pas de toute façon. - A.Sinclair: Si les électeurs ne suivent pas, rien ne sert à rien.
Ce qu'on dit ne sert à rien. - P.Cohen: Et chacun parle à son électorat. - A.Sinclair: Ce que je dis ce soir n'est que le reflet de mon avis.
Il ne faut rien oublier. Le parti de monsieur Mélenchon est mis ... a mis pour la 1re fois depuis l'affaire Dreyfus...
Il a mis L'antisémitisme au coeur de la campagne électorale. Dimanche, c'était un tract pour le Front national de se mettre à la tribune en parlant le premier avec R.Hassan et son keffieh alors qu'elle est députée européenne et qu'elle n'avait rien à voir dans le scrutin de ce soir-là...
Mais c'était pour rappeler toute la campagne qui a eu lieu. Que veut monsieur Mélenchon? Il ne veut pas la victoire du Nouveau Front populaire.
Il veut la victoire du Rassemblement national ou le chaos. C'est un révolutionnaire. - E.Tran Nguyen: Vous avez entendu cette petite musique qui monte chez beaucoup de Français, "on a essayé la gauche, la droite, le ni droite ni gauche, mais pas encore le RN". - A.Sinclair: Est-ce qu'on est là pour faire des essayages?
Est-ce qu'on est là pour se demander comment gouverner la France? Je comprends leur douleur. Il faut être aveugle si on ne comprend pas quand il y a 10,6 millions de personnes qui ont voté avec les ciottistes pour le RN.
Il y a plus de 4 millions en plus depuis 2 ans. Ils sont profondément déçus. La responsabilité est collective, largement collective.
Je prends ma part, à mon petit niveau. Il ne faudra rien oublier. Dans 2 jours, il y a des élections très importantes au Royaume-Uni. - A.-E.Lemoine: On en parlera dans le 5/5. - A.Sinclair: Ce sont probablement les travaillistes qui vont gagner ces élections.
Ils ont écarté leur monsieur Mélenchon, J.Corbyn. Il va falloir qu'on fasse la même chose.
Ce parti est un parti stalinien dans son fonctionnement. Il fait des purges. Il faut le purger, lui aussi.
C.Autain, A.Corbière, R.Garrido, F.Ruffin...
Ils auront à coeur aussi de faire ce travail. C'est un travail que la gauche devra faire. Si elle ne réussit pas à faire ce travail, tout ce qu'on dit aujourd'hui ne servira à rien.
Comme R.Glucksmann a dit, c'est un référendum qui est proposé aux Français. "Est-ce que vous voulez que le Front national, le RN dirige la France aujourd'hui?" Ils peuvent répondre "oui".
Je réponds "non". - P.Lescure: Vous avez toujours refusé d'interviewer J.-M.Le Pen.
En 1997, vous vous en expliquiez. - A.Sinclair: Sur le problème de la télévision et du Rassemblement national, je pense que la télévision a participé à l'écho du Front national.
On a pris J.-M.Le Pen pour une bête de télé.
Il faut montrer, qu'ils puissent expliquer leur programme. Ce que je dis, c'est que je refuse de les interviewer directement, de leur poser des questions. Le journaliste comme le citoyen n'est pas à égalité avec l'homme politique.
Ce sont les hommes politiques qui peuvent débattre avec les gens du Front national. - P.Lescure: S'il y avait votre émission ces jours-ci, vous accepteriez d'interviewer M.Le Pen ou J.Bardella? - A.Sinclair: Ca a 35 ans? - A.-E.Lemoine: 97... - P.Lescure: 27 ans. - A.Sinclair: Je le pensais.
Je me retrouverais dans la même situation, je le penserais toujours. C'était J.-M.Le Pen.
Il était condamné par les tribunaux. Il était en marge de la République. Il est hors de question de dire qu'on ne va pas interviewer un parti qui représente aujourd'hui 10,6 millions de Français.
Cela dit, c'est un tiers des Français...