Quel scénario pour la fin de la guerre ? L’analyse de Michel Goya, ancien colonel
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Quel mot pour qualifier la situation dans laquelle le Moyen-Orient se trouve depuis maintenant 5 jours ? Et bien, je dirais orage orage d'acier. Orage d'acier.
Voilà. Euh, expliquez-nous. Alors, c'est une référence à un vieux livre sur la Première Guerre mondiale lorsque les hommes découvrent qu'ils peuvent être bombardés de recevoir des pluies de d'au sur la tête, ce qui était nouveau à l'époque.
Et bien là, c'est pareil, c'est on a 6 cette guerre, c'est un immense orage sur toute une région du monde où la mort, la destruction vient du ciel de tous les côtés. Voilà que quelque chose qui se passe sur mer aussi de temps en temps. Mais globalement voilà, c'est une guerre guerre du ciel et par le ciel.
On commence à avoir peur. Et vous ? Euh bah peur, comment dire ?
Euh oui, moi je suis inquiet. Je veux dire la guerre c'est une des choses les plus terribles, une des affaires humaines les plus terribles, mais c'est aussi certainement la plus incertaine. Euh donc on est engagé dans quelque chose effectivement qui est terrible.
Je souhaite que ça aboutisse dire simplement moi je souhaite qu'il y ait une révolution en Iran. Je souhaite que le ce régime soit détruit, soit aboli, éradiqué, tout ce que vous voulez et qu'il soit remplacé par voilà quelque chose de de bah de mieux tout simplement. Euh maintenant euh bah je sais pas du tout si ça va arriver et à la limite même j'ai même si finalement je soutiens cette intervention, on souhaite qu' réussisse en tout cas euh c'est j'ai beau de gros doutes sur le fait que elle parvienne en tout cas à ce résultat.
Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ces doutes ?
Euh, comment dire ? Parce que d'abord parce que jamais une révolution avec des avions. On fait pas la révolution avec des avions, on fait des révolutions dans la rue avec des gens dans la rue qui prennent le pouvoir.
En terme militaire, ben il faut s'emparer de la capitale et c'est pas bombardant la capitale justement que vous allez vous en emparer. Euh donc si c'est ça et c'est l'objectif que je souhaite. Euh sauf qu'il le ils le savent.
Oui. Qui ? ceux qui vont les Américains israéliens oui ils le savent ça oui oui et non c'est-à-dire que alors d'abord eux si vous voulez les les objectifs stratégiques, il y en a deux he ils sont doubles.
Il y a un objectif qui est de détruire l'Iran comme menace militaire sur la région et le monde on va dire et puis il y a cette idée effectivement de changer le régime. Hm. Euh deux objectifs qui sont pas forcément compatibles.
Euh mais euh il y a et ce changement de régime qui a été annoncé par les deux par Netu, par Trump mais peut-être pas forcément avec la même définition. Euh il y a, je pense notamment du côté israélien à cette idée que oui, on peut malgré tout, même s'il y a pas d'exemples dans le passé, euh déboulonner, frapper, affaiblir euh suffisamment ce régime euh pour le rendre finalement vulnérable, peut-être le faire s'effondrer, en tout cas, le rendre vulnérable à une révolution de des un mouvement populaire. Bon, mais il y a il y a un exemple dans le passé, c'est Saddam Hussein 2003, l'invasion de l'Irak par les Américains.
On a l'impression qu' ils ont pas retenu la la leçon de cet échec. C'est le chaos qui a suivi quand le régime de Saddam Hussein est tombé. Là, ils essayent de de faire la même chose en fait.
Non, c'est pas ça. Euh alors euh là, en fait, vous parlez d'une d'un changement de régime par une intervention étrangère euh par une invention militaire. Dans tous les cas de figure, effectivement pour vraiment changer régime, il faut des combattants au sol, des gens qui sont là pour prendre le pouvoir.
Bon, et au moins combattre, détruire les forces de sécurité qui se qui sont en face. Euh oui, il y a cet exemple irakien, il y a plein d'autres exemples. Mais il y a des exemples qui ont réussi.
Moi, je suis assez vieux pour avoir applaudi l'invasion de Cambodge par l'armée vietnamienne en 1978 et qui a mis à tout le régime de Paulpot et C rouge. Pourtant, j'étais pas un grand fan de du Vietnam communiste, mais voilà, c'est ça a marché. Euh quelques mois plus tard, vous savez là aussi Jean-Michel s'en souviendra comme moi, l'armée tanzanienne qui met à un régime fou Didi Amindada Nouanda.
C'est une intervention étrangère qui réussit ça. Mais ça fonctionne en gros globalement lorsqu'il y a une alternative politique qui est déjà là qui vient et qui prend qui remplace immédiatement le le pouvoir déchu. C'est ça la vraie condition.
Militairement après c'est une autre affaire. Est-ce qu'à la fin ce sont les forcément les Américains qui vont gagner ? Bah je sais pas s'ils vont gagner en fait.
C'est ça encore une fois c'est tout ça est très incertain. Ça dépend ce qu'on appelle gagner. gagner en gros, c'est atteindre ses objectifs stratégiques.
Bon, en gros, en gros, vous avez un scénario, je pense qui est pour moi le plus probable, c'est que il y ait des échanges de coût comme ça pendant des semaines et puis que à la fin ça s'arrête, le régime est toujours en place. Euh, il se passe quoi là ? Il se passe il se passe que voilà d'un seul coup, b il y aura plus de tir parce qu'il y a plus de munition, il y a plus de missiles dans le côté où ils ont été détruits.
Donc c'est une guerre de l'usure ça. Donc du coup, c'est les Iraniens qui gagnent. Oui.
Non mais les les campagnes aériennes comme ça, c'est des c'est des guerres d'usure, hein. Euh euh c'est vous bombardez, vous attaquez, vous attendez qu'émerge quelques choses. Euh voilà, au bout d'un moment, donc tous les jours, on va commenter des frappes et cetera, puis on attend on attend qu'il se passe quelque chose.
Alors peut-être qu'au bout au bout de quelques semaines, bah il va il y a plus de tir parce que voilà, il y a il y a plus de missile du côté iranien. Donc les Israéliens et Américains diront voilà, on a gagné, on a détruit la menace militaire. Le premier objectif que que j'évoqué, le programme nucléaire a été encore une fois oblitéré et cetera et cetera.
Bon, c'est probablement un résultat réel mais provisoire hein. Il serraien une expression détestable qui consiste à dire on va tondre le gazon. Euh donc là ce serait une tonne de gazon quitte à refaire ça dans dans quelques années.
Ça c'est une première possibilité je veux dire mais et mais du côté iranien on pourrait dire bah écoutez nous on a résisté le régime est toujours en place donc on l'a gagné. Ça c'est ça c'est une hypothèse c'est possible. Et et d'ailleurs, qu'est-ce qu'on sait du stock des Iraniens ?
Euh je je vais terminer quand même sur les les les hypothèses puis je vais venir sur votre question. Puis l'autre l'autre hypothèse, une autre hypothèse qui est plus pessimiste encore, c'est de dire ben voilà euh les Iraniens, ils ont des On va arriver sur votre question, ils ont par exemple des stocks de drones, ils continuent voilà à lancer des drones à pourrir le la région avec des raides de drones comme ça pendant des semaines, des semaines et on s'en on se retrouve dans une situation de bourbier. Il y a des coûts qui sont donnés, les Américains prennent des coûts, ils ont quelques pertes, toute la région s'en prend en fait.
Toute la région en prend aussi et cetera. Puis on est dans le gros bourbier et là bah on se posera des questions sur le l'intérêt de cette opération et la réussite. Et puis vous avez effectivement le scénario optimiste où effectivement le régime s'effondre et puis on bascule sur autre chose.
Voilà les les grandes hypothèses. Maintenant pour revenir à ce que vous disiez qui est le dernier qui est le moins probable hein rien quand même sait rien. C'est encore une fois peut s'écrouler demain.
Oui oui, ça peut c'est ce genre de chos c'est euh ça peut durer des voilà, il peut durer des années puis s'écrouler d'un seul coup. Vous avez tout le monde qui prend la fuite. Comment on voit si un régime s'écroule concrètement ?
Et ben quand vous avez commencé à voir des euh des grands responsables qui commencent à fuir par exemple qui ou et surtout peut-être quand vous avez commencé à avoir des défections euh si voilà il y a des on sait s'il y en a là mais pour l'instant pas trop. cherche des indices mais il y a pas de gens qui s'enfu pas et donc oui si euh s'il y a des gens qui reviennent dans la rue qui malgré le monde qui reviennent dans la rue et cetera puis qu'il y a des défections du côté de l'armée par exemple qui rejoignent les rébellion tout ça ça peut se désagréger et à partir de ce moment-là tout le château peut de carte peut s'écrouler très vite mais pour l'instant on le voit pas et sur le stock de de missile et de d'armes des Iraniens si vous voulez dans alors là on est dans la catégorie menace militaire il y a le programme nucléaire C'est une chose, il y a les proxy hein, les les groupes armés qui qui ont été très quand même très affaiblis mais qui sont quand même toujours là. Et puis il y a cette menace de frappe, cette force de frappe des iraniens.
En gros, il y en a trois. Il y a les missiles balistiques à longue portée euh au moyenne portée techniquement, c'estàdire au-delà de 1000 km. C'est les plus dangereux, c'est les plus puissants, c'est ce les plus difficiles à intercepter, euh c'est ceux qui peuvent frapper Israël.
Et en gros, on estime que les Iraniens avaient peut-être 2000. Ils en ont consommé quand même déjà pas mal. Ils en ont les Israéliens, les Américains en détruisent pas mal. et ils détruisent aussi ce qu'on appelle les lanceurs, hein, ce qui permet de tirer ces missiles, les silos ou les lanceurs mobiles.
Et donc voilà, on peut peut-être espérer que avoir éliminé cette menace peut-être à la fin de la semaine, peut-être euh ou la semaine prochaine. Et puis vous avez une autre menace, les drones entre les deux, vous avez des missiles à courte portée. Il a les irniens en ont beaucoup beaucoup plus, ils en ont peut-être 6000, 8000 et c'est aussi pour ça qu'il tapent sur les la région, c'est que ils ont cet instruments disponibles.
Ça va jusqu'où ça ? Ça fait 1000 km, ça tape sur les sur les pays du golf. Ça peut pas aller jusqu'à Israël.
Donc c'est pour ça qu'ils utilisent utilisent pas contre Israël mais contre les pays du golf. Et donc là c'est un peu plus long, c'est un peu plus compliqué. Et puis vous avez la menace des drones qui est très particulière.
C'estàd que là les drones déjà on ne sait pas combien les derniers non peut-être des dizaines de milliers, ils peuvent en fabriquer très vite. Oui puis c'est facile. Oui bien sûr.
Et et ça et ben ça permet de de pourrir la situation. C'est pas on se défend pas contre les drones tout à fait la même façon que son défend contre les missiles. Euh alors on sait faire c'est mais c'est ça demande notre dispositif et cetera.
Les premiers morts américains, les six soldats qui ont été tués, c'était un drone. Euh donc c'est passé à travers d'un dispositif de de défense et cetera. Donc on en intercepte 90 % mais il y en a tellement que ça peut durer comme ça très longtemps.
Ça c'est un peu c'est peut-être la principale inconnue. Vous avez dit 90. Moi, j'ai j'ai 80 % sur le taux d'interception israélo-américain.
Est-ce que Total ? D'accord. Et du coup, il en reste 20 %.
Oui. Est-ce que est-ce que c'est suffisant pour éviter des catastrophes les dansé 80 % ? Alors, d'abord euh alors il y a encore peux pas y en arriver une ?
Oui, mais à partir alors encore une fois, ce sont des moyens qui sont très différents, hein. Euh un missile balistique qui passe à travers, c'est déjà arrivé en Israël, vous avez un missile qui euh très puissant qui a qui a frappé et euh voilà et qui a fait euh neuf morts euh des des des dizaines de blessés. Enfin, c'est euh oui, il suffit qu'il y en un pour provoquer euh par une enfin oui, c'est une catastrophe évidemment, provoquer un coup très dur quoi.
Euh mais c'est comme ça, il y a pas de dispositif. Pourtant, le dispositif a été très renforcé, hein, par en particulier les Américains. Le le groupe aéronaval autour du porta-avion Gérald Ford, il est surtout là pour défendre le ciel euh israélien avec euh ses ses propres missiles.
Mais voilà, pour l'instant euh ça dans la guerre de juin, il y a eu les les euh Israéliens ont eu plus d'une trentaine de de de gens qui ont été tués par quelques missiles qui sont passés à travers. Bon ben voilà. Euh peut-être que comme je disais tout à l'heure, cette menace, elle se réduit avec les jours, les jours et peut-être que ça va disparaître dans dans la semaine peut-être hein.
Euh voilà pour les drones euh bah les drones c'est moins dangereux en soi. Un drone c'est un gros but d'artillerie quoi. C'est dit que dit c'est une quarantaine de kilos d'explosif à l'intérieur alors qu'un missile balistique ça peut aller jusqu'à une tonne d'explosif.
Ça fait quand même des dégâts. Ça peut faire effectivement des dégâts. D'autant plus que là, on joue sur le nombre euh sur le nombre sur la masse comme en Ukraine hein où les Russes lancent des centaines des salves de centaines de drones et même si vous avez interceptez 90 % ben les 10 % qui passent, ils font quand même des dégâts.
Et c'est évidemment là-dessus que jouent les euh les Iraniens, enfin que jouent le régime, c'est de malgré tout de faire des dégâts. Sachant que eux encaissent beaucoup de de coûts, mais ils se disent que bah les autres peuvent il suffit de quelques coups pour peut-être faire craquer notamment les Américains. Je pense qu' ils sont persuadés que le maillon faible de cette coalition, ce sont les Américains et Donald Trump en particulier.
Donc c'est aussi pour ça qu'ils chargent plutôt la région qui chargent, ils attaquent les Américains et se disent "Ben voilà, en gros Donald Trump, il a droit à un stock de coût euh des pertes des bavures. Qu'est-ce qui se passe ? Effectivement, il y a des frappes qui se qui tuent des des gens dans dans Teran des civils.
Qu'est-ce qui se passe ? Il y a des tirs fratricites d'arrivé. Il y a trois avion américains qui ont été abattus par des par des cois et cetera et cetera.
Si ça s'accumule, à bout d'un moment, l'opinion publique américaine va commencer, qui est pas dont la le soutien à l'opération est pas non plus démesuré, va peut-être commencer à douter et là ben à partir du moment où on commence à douter sur une opération, ça sent enfin ça sent plutôt la fin quoi. Voilà. Avant de avant de vous libérer, je tiens à dire que vous êtes devenu un héros de BD avec l'adaptation de votre livre L'embrasement.
Regardez, c'est vous là la preuve. Attendez, je crois que c'est ici. C'est vous là ?
Bah oui oui, c'est moi. Oui. Un travail fort sur la guerre Israël Hamas, c'est avec Florent Calvez et c'est chez Delcour.
Merci Michel Goya d'être
Charles de Gaulle