Discours du Président Emmanuel Macron à la communauté française du Liban.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:49PrésentateurPromesse
« j'avais pris l'engagement que la France serait toujours là et qu'elle ne lâcherait rien. »
- 6:17PrésentateurChiffre
« en répondant à près de 5 000 appels téléphoniques. »
- 6:51PrésentateurPromesse
« début février, les vols d'Air France reviendront. »
- 11:04PrésentateurFait
« nous avons obtenu, par ce parrainage avec les Etats-Unis d'Amérique, enfin le cessez-le-feu »
- 12:34PrésentateurFait
« Il faut que les forces armées libanaises recouvrent la totalité de leur territoire. »
- 13:37PrésentateurFait
« Le président Aoun l'a dit avec une grande clarté dans son premier discours : Aucune concession, aucun mauvais compromis, aucune compromission. »
- 15:32PrésentateurPromesse
« j'ai pris l'engagement auprès du président Aoun d'organiser à Paris pour le Liban une conférence pour la reconstruction »
Temps de parole
- Présentateur100 %
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Bonjour, mesdames, messieurs les ministres, mesdames, messieurs les parlementaires, mesdames la députée, mesdames, messieurs les élus, monsieur l'ambassadeur, madame, merci de nous accueillir, monsieur le consul général, chers compatriotes, chers libanaises, chers libanais, chers amis du Liban, d'abord, vous m'avez beaucoup manqué, beaucoup, mais je vais revenir plus souvent, mais nous attendions tous et nous nous battions tous pour que quelque chose se passe. Et en ce début d'année, il est encore temps de vous présenter tous mes voeux à vous, à vos familles, pour l'année qui s'ouvre, et de présenter tous mes voeux au Liban et à tous ceux qui en partagent la cause.
Oui, nous nous parlons et nous nous retrouvons à un moment où le Liban tourne une page de son histoire. Et c'est pourquoi je voulais être à vos côtés, aux côtés des Libanaises et des Libanais, pour redire l'amitié et le soutien de la France. La France, comme vous le savez, a toujours cru dans le Liban uni, souverain, maître de son destin. Et aujourd'hui, les vents ont tourné, et depuis le 9 janvier, avec l'élection de Joseph Aoun, puis, quelques jours plus tard, la désignation d'un Premier ministre, Nawaf Salam, l'espoir est là. Et comme je le disais tout à l'heure, en plein milieu de l'hiver, en ce début d'année, c'est comme un printemps qui s'impose.
Et ce sont les Libanaises et les Libanais qui l'ont fait. Alors, il nous faut saisir cette occasion formidable. L'espoir est là, l'espoir revient. Et en effet, après tant d'années de crise, le retour de la guerre, des bombardements, ces derniers mois, c'est la possibilité de la restauration d'un Liban souverain, d'un Liban et d'un État au service de tous les Libanais qui revient. C'est ce Liban que nous aimons et dans lequel nous croyons. Alors, cet espoir, c'est aussi le nôtre. Et je crois pouvoir dire qu'il est partagé par tous les amis du Liban qui sont là aujourd'hui.
Celui d'un nouveau chapitre, celui d'un nouveau pacte, celui que nous appelions de nos voeux et qui est en train d'arriver. Je le sens en étant parmi vous ce soir et je l'ai senti ce matin à Jemaïse dans les rues auprès des gens qui ont tenu pendant des années si difficiles avec toujours le même sourire et la même générosité. Alors, oui, ces dernières années ont été difficiles. Ce n'est pas à vous que je vais le dire.
Et au moment où je veux, à vos côtés, célébrer l'espoir qui revient, où nous voulons soutenir ce nouveau chapitre, je veux commencer par vous dire la fraternité, la solidarité, l'amitié de la France à l'égard de tous nos compatriotes qui ont partagé ces années si difficiles du Liban et des Libanaises et des Libanais qui ont vécu ces dernières années ici. La crise économique, sociale, la crise politique et puis le terrible été 2020, nous nous en souvenons. En effet, deux jours après l'explosion du port de Beyrouth, j'étais venu à vos côtés, nous étions ensemble. J'avais pris l'engagement que la France serait toujours là et qu'elle ne lâcherait rien. Et nous avons tenu parole.
Vous n'avez rien lâché, la France n'a rien lâché. Et c'est aussi pour cela que nous sommes là aujourd'hui ce soir et que ce souffle d'espoir a pu arriver parce qu'aucun d'entre nous n'a rien lâché. Et je veux dire que, en m'adressant à vous aujourd'hui, je n'oublie aucune des victimes, aucun des blessés, aucune des familles du 4 août et que nous continuerons de nous battre pour que justice et transparence soient faites. C'est essentiel. Et tuer au drame, aux difficultés économiques, c'est doubler la crise politique, l'incapacité à élire un président, l'instabilité qui allait avec, les désordres de la région et puis, ces derniers mois, le retour de la guerre.
Et, chers compatriotes installés à Beyrouth, dans le sud ou à l'est du pays, je sais combien vous avez été ces derniers mois si durement touchés par les bombardements israéliens et combien aussi, je veux que vous le sachiez, votre sécurité a été notre préoccupation constante avec l'ensemble du gouvernement. Nous avons veillé à une mobilisation totale et je veux ici remercier notre ambassadeur, Hervé Magro, je veux le saluer.
Et avec lui, toutes les équipes de l'ambassade, du consulat général, les chefs d'îlots pour leur mobilisation au plus près de vous, évidemment, votre députée des Français, chère Amélia de l'étranger, et vos représentants élus, vous toutes et tous, vous avez été formidablement mobilisés dans ce moment, je le sais, c'est difficile, où vous aviez peur, où les murs ici tremblaient, où les drones encore longtemps ont continué, je vous ai fait une trêve aujourd'hui, si j'ai bien compris, à voler, où le pire est advenu, où les déplacés qui vivaient le drame et la misère étaient là, aussi bousculant la capitale, et où beaucoup ont vécu le pire.
Pendant cette période, nous avons déployé des moyens en renfort. Cette ambassade apportait assistance à nos compatriotes tout au long de la crise, a facilité le retour de ceux qui souhaitaient rejoindre la France, avec la mise en place de vols commerciaux supplémentaires, le recours à des moyens aériens militaires, en répondant à près de 5 000 appels téléphoniques. Et je veux vous le dire ce soir, je sais combien aussi, oserais-je dire que j'ai ressenti la même chose, ont été heurtés de l'interruption des vols. Il y a des règles, elles se sont imposées comme une mécanique, mais on avait tendance quand même à faire différemment, normalement.
Alors on s'est battus, je remercie les ministres, toutes les équipes, et je voulais vous dire que début février, les vols d'Air France reviendront. Mais en évoquant évidemment la mémoire de cette période, j'ai une pensée singulière pour nos deux compatriotes. Décédés à la suite de ces frappes dans l'effondrement de leur habitation, je pense à eux, à leurs proches. Pour nos compatriotes déplacés, qui durant deux mois ont dû trouver des solutions d'hébergement alternatives, loin des zones de combat, qui pour certains d'entre eux ont perdu leur logement, détruits par les bombardements.
Vous avez été notre préoccupation de chaque instant, vous qui avez été sous les bombes, vous qui avez eu peur pour vos proches, vos enfants, vos amis libanais. Mais vous n'avez rien lâché, rien. Et la France, le gouvernement de France non plus. Et vous le savez, la France s'est mobilisée dès l'explosion du 4 août. Nous avons tenu nos engagements, ceux que j'avais pris auprès de vous ici même, et en août et début septembre 2020. Nous avons soutenu dans la santé, par le soutien aux hôpitaux, dans l'éducation, par la reconstruction des écoles, via les bourses pour des milliers d'étudiants libanais, la reconstruction aussi des logements, des commerces.
Nous avons essayé de parer au plus urgent, là où les institutions ne pouvaient plus répondre aux besoins les plus concrets. Et c'est l'occasion pour moi de rendre hommage à ces fonctionnaires soucieux de l'intérêt général qui, au Liban, ont eu la lourde tâche de faire tourner les administrations alors qu'ils n'avaient parfois pas les moyens de leur action.
Et je veux ici remercier toutes les équipes, à Paris, ici, à l'ambassade, l'ensemble des services, l'AFD, tous vos partenaires, l'œuvre d'Orient, monseigneur, vous étiez à nos côtés, tout ce qui a été fait aussi aux côtés des écoles avec la mission qu'a piloté Charles, et tous nos partenaires qui sont là, je le sais ô combien nous nous avons recroisés, ce qu'a fait Alif pour la restauration du patrimoine. Voilà, c'est toute cette espèce d'entraide formidable et de mobilisation de la France par ses services, par ses opérateurs, par ses partenaires, par toutes les ONG et les associations en soutien. Nous en avons vu beaucoup ce matin.
Et je crois que nous avons collectivement fait œuvre utile, mais nous avons été là et nous avons tenu. Nous avons, depuis le 4 août 2020, organisé quatre conférences pour le Liban. Nous nous sommes battus pour que la solidarité soit là, pour mobiliser la communauté internationale, et encore en octobre dernier, pour le soutien humanitaire et militaire dans le moment le plus terrible. Tous mes déplacements, j'ai mobilisé et appelé l'attention de tous pour le Liban, les Libanaises et les Libanais. Et donc, vous le voyez, personne, aucun d'entre nous, n'a cédé. Nous n'avons rien lâché, irréductible, parce que nous avons continué de croire que cet espoir était possible.
Et c'est pourquoi aussi, nous nous sommes battus ces derniers mois. Nous nous sommes battus pour obtenir le cessez-le-feu. Dès le premier jour, nous avons mobilisé tout le réseau diplomatique, multiplié les efforts. Nous avons tenté, en marche de l'Assemblée générale, avec le président Biden, de conclure une première fois. Je veux remercier les ministres, Jean-Noël Barraud et Sébastien Lecornu, qui se sont déployés à plusieurs reprises, ici même, et encore il y a quelques semaines, pour être à vos côtés, pour mobiliser, là aussi, notre appareil diplomatique, pour venir soutenir nos soldats et la finule. Et, M.
le ministre, mon général, puisque le SEMA est aussi à nos côtés, merci d'avoir été, en effet, aux côtés de tous nos soldats, intégrés dans la finule, elle qui a été si prise à partie, si attaquée, sur laquelle on a directement tiré, nous sommes fiers d'y contribuer. Elle est restée et elle restera. Et puis, oui, par cette mobilisation diplomatique inédite, nous avons obtenu, par ce parrainage avec les Etats-Unis d'Amérique, enfin le cessez-le-feu, les Etats-Unis et les Français étant embarqués dans ce mécanisme de suivi qui nous a permis d'obtenir ce résultat. Et les 60 jours et toutes les avancées, nous continuerons de nous battre. Je vais y revenir.
Et puis, parallèlement, nous avons inlassablement travaillé, depuis deux ans, à appuyer les efforts pour sortir de la crise politique. Et je veux ici saluer la mobilisation de mon envoyé personnel, M. Jean-Yves Le Drian, dont les multiples voyages, le travail avec les équipes diplomatiques et nos partenaires de la région, et américains, a permis de dégager les voies du nouvel équilibre politique qui se dessine aujourd'hui. Alors oui, nous y sommes. L'espoir renaît, le printemps est un peu là. Et donc, il nous faut maintenant nous tourner vers l'avenir.
Et au fond, quand on regarde devant, c'est une nouvelle période qui souffre avec beaucoup d'espoir, celle qui nous permet de croire et d'œuvrer pour un Liban plus souverain, plus prospère et plus uni. Et c'est cela, ce que nous allons faire, fort de ces années où nous avons ensemble tenu et où nous n'avons rien lâché. Un Liban plus souverain, c'est d'abord aller au bout du cessez-le-feu. Il faut que les forces armées libanaises recouvrent la totalité de leur territoire.
Il faut que la sécurité revienne partout et nous allons donc nous battre pour obtenir diplomatiquement, comme convenu, le retrait des forces israéliennes, le redéploiement des forces armées libanaises, le réengagement plein et entier de la finule dans la complétude de ce mandat avec une posture, une position pleinement engagée. C'est cela dont le Liban a besoin pour être pleinement souverain, c'est-à-dire mettre chez lui, dans ses frontières, par ses forces armées. La deuxième condition, de cette souveraineté, c'est que le monopole des armes soit dans les forces armées libanaises. Et nulle part ailleurs. Le président Aoun l'a dit avec une grande clarté dans son premier discours.
Aucune concession, aucun mauvais compromis, aucune compromission. Rien ne justifie, ce sont les termes même des résolutions onusiennes que tout le monde convoque à tout bout de temps. Rien ne justifie que quelques groupes que ce soit puissent détenir des armes et concurrencer les forces armées libanaises seules légitimes. La souveraineté du Liban, c'est cela. La troisième chose, c'est un gouvernement. Et je vous parle aujourd'hui à l'issue de ces rendez-vous avec le président Aoun, le Premier ministre, sortant Nadjim Mikati, je veux saluer son travail et sa mobilisation durant ces années, le président Béry et puis le Premier ministre désigné Nawaf Salam.
Je suis convaincu que les prochains jours permettront de donner un gouvernement au Liban. J'en suis convaincu. La souveraineté, donc, vous l'avez compris, et la France s'engagera pour soutenir les forces armées libanaises, mobiliser le soutien international, continuer la formation, obtenir la mise en oeuvre de ce qui a été signé lors du cessez-le-feu et aussi et surtout garantir à l'égard de tous les partenaires de la région que cette souveraineté soit respectée et que les choix faits par les uns ou les autres ne viennent pas bousculer le Liban à nouveau. Le deuxième combat, c'est celui de la prospérité. Elle redevient possible.
Elle redevient possible par l'espoir qui s'installe et la mobilisation à nouveau de tous. Et donc, pour cela, nous allons nous battre. Et d'abord, pour la reconstruction. C'est pourquoi j'ai pris l'engagement auprès du président Aoun d'organiser à Paris pour le Liban une conférence pour la reconstruction, mobilisant tous les partenaires internationaux. J'ai commencé à en discuter avec le prince héritier d'Arabie saoudite. Nous allons mobiliser, évidemment, toute la région, l'Union européenne qui sera là au rendez-vous aux côtés de la France, les Etats-Unis et tous les amis du Liban.
Ils sont nombreux, nous le savons, pour pouvoir financer cette reconstruction indispensable, celle de tant de villages, de tant d'habitations, détruits. Et dans le même temps, et je sais combien le président et le Premier ministre, ils sont sensibles, vigilants, et me l'ont dit, ce sera à avoir des mécanismes de suivi, de distribution exemplaires, transparents, ne cédant rien aux mécanismes de corruption et ne permettant pas d'aller refinancer ceux-là même qui déstabilisent. Et ils le feront. Et puis la prospérité, au-delà de la reconstruction, c'est l'agenda de réformes extraordinaires dont le pays a besoin.
Celui que j'évoquais déjà pour les forces armées, celui de la restauration d'une justice pleine et entière, transparente, qui reprend son travail, j'évoquais le port et le 4 août, mais c'est bien au-delà, c'est celui de la lutte contre la corruption, c'est celui de la réforme de l'énergie, c'est celui de la réforme du système bancaire, enfin, qui permettra aux capitaux de revenir et du redémarrage des grands projets et des grandes infrastructures dont le pays a besoin. C'est au fond le changement de votre quotidien, c'est le retour, pas d'un Liban rêvé et impossible, d'un Liban familier, celui d'il y a quelques années, sans ces dérèglements et ce qui commençait à monter de manière sourde.
Le Président et le Premier ministre sont les hommes de la situation et je suis convaincu qu'ils pourront, avec notre aide, notre soutien, et nous serons là, mener ces indispensables réformes. Et puis enfin, c'est un Liban uni, celui qui, en quelque sorte, permis de rassembler tous, selon leurs confessions, leurs groupes, leurs convictions, mais qu'il fait dans ce qui est le projet même du Liban, ce en quoi nous croyons, ce que nous avons toujours défendu, celui d'une citoyenneté qui est plus grande que l'appartenance à quelque groupe que ce soit, quel qu'en soit le fondement.
Ce qui fait que le Liban est plus grand que lui-même, c'est que son projet a quelque chose d'universel qui n'est pas réductible à une religion, à un groupe, mais qui est la possibilité de vivre ensemble là où tout désigné comme étant séparé. C'est un rêve qui conjure toutes les fatalités. Message, dit le très Saint-Père, promesse plus grande qu'elle-même, j'aime à le dire, mais c'est ce que ce Liban centenaire porte en lui. Et c'est en effet ce qu'il porte dans toute la région. Et c'est aussi pour cela que nous nous battons pour ce Liban chéri.
Et donc, vous le voyez, les mois, les années qui viennent, nous n'aurons pas simplement à tenir, comme je l'avais promis en 2020, parce que vous avez tenu, parce que nous avons tenu, mais nous aurons à faire grandir l'espoir et à faire que ce printemps de début janvier 2025 soit une saison qui ne s'arrête pas et que les espoirs nés ces derniers jours puissent pleinement continuer de s'épanouir parce que le pays le mérite. Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que j'étais venu vous dire ce soir. J'ai en mémoire ces heures passées à vos côtés le 6 août, puis le 1er septembre 2020.
Cette volonté que nous portions, cet espoir, un moment déçu, mais qui ne nous a rien enlevé de l'esprit de conquête et de combat. et ce que nous portions alors, c'est ce qui est en train, je l'espère, d'advenir, une promesse tenue, une promesse en train de se tenir, celle d'un Liban souverain, libre, indépendant, plus prospère et plus uni. Je me souviens, comme d'hier, ma soeur, nous étions avec vous, par chez vous, de la petite Tamara qui avait perdu sa maman quelques semaines plus tôt. Elle me remettait une broche qui figurait ce Liban et qui évoquait la mémoire de sa maman partie quelques semaines avant.
Ce Liban n'a jamais quitté mon cœur et vous avez tenu avec ce même sourire, cette même lucidité, et nous en sommes là. Et donc, tout est à nouveau possible. pour le faire vivre. Et comme nous avons été là dans ces heures si difficiles, la France sera là, aux côtés des Libanaises et des Libanais, dans ces heures d'espoir pour qu'elles deviennent des heures de succès. Alors faisons-le ensemble. Vive la France, vive le Liban et vive l'amitié franco-libanaise. Merci.