Crise sociale : "Je ne crois pas à la convergence des luttes" assure Claude Poissenot, sociologue lorrain
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« on a des contraintes objectives qui pèsent sur les ménages »
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« On a un ensemble de dépenses contraintes qui s'accumulent et qui augmentent »
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« moi, je ne crois pas à cette convergence »
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« Les retraités étaient très pauvres il y a 50 ans »
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« La place des femmes, il y a 50 ans ou plus, n'était pas forcément enviable »
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Le réveil 100% local,
ici
matin. 8h moins le quart, la colère gronde en France, la vie chère est au centre de tous les mécontentements. Carburant, gaz, électricité, pour ne citer que ses postes de dépense. Alors, la France est-elle au bord de l'explosion sociale ? Pour en parler, nous recevons Claude Poissneau, sociologue, enseignant-chercheur à l'université de Lorraine. Il est au micro de Mathieu Bardier.
Claude Poissneau, bonjour. Bonjour. La France est-elle dans un contexte inflammable
?
Disons qu'effectivement, on a des contraintes objectives qui pèsent sur les ménages. On a un ensemble de dépenses contraintes qui s'accumulent et qui augmentent. Donc, effectivement, on peut imaginer que ça suscite des réactions.
Des
réactions de colère.
Et
des réactions de colère qui sont compréhensibles parce que
ces
dépenses font que les individus doivent renoncer à une partie de ce qui les définit. Ils veulent de l'autonomie. Ils veulent pouvoir faire ce qu'ils voudraient être. Et ces dépenses contraintes les en empêchent. Donc,
la
colère, on peut en faire une sociologie. C'est un phénomène social. C'est-à
-dire
qu'à partir du moment où on est porté par une société qui nous dit qu'il faut être autonome, quand on n
'a
pas les moyens de l'être, la colère est assez vite arrivée.
C
'est de la même nature, selon vous, que les Gilets jaunes en 2018
? Alors,
il y a des éléments qui sont communs. Un des éléments communs, c'est la question de la défiance, la question de la relation
entre
les gouvernés et les gouvernants, la question de l'exemplarité. C'est-à-dire qu
'on
voit bien que quand des personnages publics se retrouvent devant la justice, ça crée les conditions d'un désordre, au sens où les individus se disent qu'on n'est pas égaux. Or, on est dans une société des égaux, nous dit Pierre-Rosan Vallon, c'est-à-dire une société
dans
laquelle les gens à la fois veulent être eux-mêmes, mais aussi veulent être égaux par rapport aux autres.
L
'extrême-gauche rêve du grand soir, vous entendez souvent cette fameuse convergence des luttes, elle ne vient jamais, y croyez-vous cette fois-ci
?
C'est-à-dire que moi, je ne crois pas à cette convergence, c'est-à-dire que je pense qu
'il
y
a
une contradiction. On fait comme si la société était un champ de guerre, d'affrontements permanents, ce n
'est
pas vrai en fait. Il suffit de regarder ce qui se passe dans les familles, ce qui se passe
au
sein des espaces professionnels, ce qui se passe même dans la rue, dans les trains, dans l'espace public. On a des relations qui ne sont pas toujours tendues. Évidemment, il y a des tensions, mais ces tensions sont inévitables. Et d'une certaine façon, c'est le propre de la démocratie que de permettre une tension entre les membres d'une société. Dans les régimes totalitaires, il y a moins de tensions.
Parce que
tout le monde marche au part. Voilà.
Mais est-ce
que ça signifie que pour vous, il y a plus de choses qui nous rassemblent, qui nous y visent ? En ce moment, je parle.
Alors,
c'est justement ça le problème.
C
'est-à-dire qu'on insiste et notre société est porteuse de cette colère.
C
'est-à-dire qu'on voit bien, certains médias se nourrissent de cette colère. Le populisme, lui-même, recueille ces émotions qui sont légitimes. Il ne
s
'agit pas de les remettre en question. Mais on ne gouverne pas avec les émotions. Et surtout, il faut aussi penser que si nous sommes des individus autonomes, nous sommes aussi des citoyens. Et nous avons besoin de penser que nous appartenons à un ensemble et qu'il faudra bien être ensemble pour affronter les défis. Les défis, on les connaît. La dette, la menace russe, le réchauffement climatique. Donc, si on est divisé, si on insiste sur ce qui nous divise, on va avoir du mal à résoudre ces problèmes. Donc, si vous voulez, cette approche-là qui exagère les tensions est néfaste. Enfin, à mon sens, elle pose
problème.
N'empêche, 90% des Français, selon un sondagiste Ipsos,
s
'estiment que le pays est en déclin. Donc, il y a quand même un certain défaitisme.
Oui,
mais parce qu'on se raccroche à un monde passé qui est un mythe, en fait. Ce monde passé, c'est un mythe. On peut le repérer. Les retraités étaient très pauvres il y a 50 ans. La place des femmes, il y a 50 ans ou plus, n'était pas forcément enviable. Ce déclin, je ne sais pas de quoi il est. Enfin, on nous nourrit de mythes.
Et
je pense que l'enjeu, c'est qu'il faut penser le présent et l'avenir. Et pour ça, il faut penser qu'on a un territoire commun. Et ce que je veux dire, c'est que, par exemple, on aura besoin d'une assemblée. Et on va être là, animé sur la présidentielle. Là où l'enjeu, c'est qui va voter les lois, finalement. Les législatifs
suivront
cette élection présidentielle.
On
vous remercie. Vous parlez des médias qui ne cessent de se nourrir de cette colère uniquement, non pas en l'expliquant, mais en la constatant. Ça fait du bien, ce matin, sur ICI Lorraine, de l'expliquer
et
tenter de la comprendre avec vous. Claude Poissonneau, sociologue, enseignant-chercheur à l'Université de Lorraine.
Une
bonne journée. Vous aussi.