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interviewEmmanuel Macron· 24 juillet 2023 31 min

Interview au 13h depuis la Nouvelle-Calédonie.

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0:00
Présentateur

Bonjour Monsieur le Président, merci d'avoir réservé au 13h de TF1 de France 2 votre première interview depuis les violences qui ont secoué la France et aussi au terme du cap des 100 jours que vous aviez vous-même fixé. Nous reviendrons sur le remaniement de la semaine dernière, nous aborderons bien sûr les chantiers de la rentrée et notamment les impôts qui intéressent directement les Français. Bonjour Monsieur le Président, alors vous êtes à Nouméa en Nouvelle-Calédonie, un déplacement très attendu après trois référendums qui ont dit non à l'indépendance, la situation semble bloquée selon vous, l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, c'est bien la France ?

0:41
Emmanuel Macron

Bonjour et merci de m'offrir cette occasion en effet de m'exprimer comme je m'y étais engagé. Écoutez d'abord, vous l'avez dit, ces cinq dernières années ont été marquées par trois référendums, c'est inédit. Et le choix qui a été exprimé c'est de rester dans la France et la République. Maintenant je suis aux côtés de nos compatriotes pendant ces jours pour ensemble définir les bases de ce nouveau chemin, de ce nouveau projet d'avenir pour la Nouvelle-Calédonie, respectueux de son identité, de son histoire, mais à la lumière du choix qui a été fait.

Et puis je suis ici sur une de nos terres projetées dans l'Indo-Pacifique, qui est un espace maintenant soumis à toutes les tensions, vous en parlez régulièrement dans vos journaux, où la Chine déploie une présence de plus en plus forte, où les États-Unis d'Amérique sont aussi de plus en plus présents. Eh bien la France est en Indo-Pacifique à travers ses multiples territoires. Nous avons près d'un million et demi de nos compatriotes qui y vivent, plusieurs milliers de nos soldats, de nos militaires qui y sont déployés. Ici même en Nouvelle-Calédonie, un peu plus de 1 600 militaires sont là en permanence. Et donc c'est une présence de la France, une de ses projections.

Et au moment où je vous parle, nous avons un exercice dit Pégase, avec plusieurs rafales, des patrouilleurs qui sont déployés et qui marquent la capacité de la France à mener des opérations de souveraineté, y compris dans cette région. Donc c'est notre influence qui se joue là aussi, et une place aussi de notre avenir dans le climat, dans cette zone qui est aussi l'objet des dérèglements. Voilà le but de ce déplacement.

2:17
Présentateur

Monsieur le Président, vous avez confirmé Elisabeth Borne comme Première Ministre. Alors c'est un choix par défaut ou elle vous a donné entière satisfaction ?

2:29
Emmanuel Macron

Écoutez, c'est le choix de la confiance, de la continuité et de l'efficacité. J'avais fixé un cap les 100 jours. Durant ces 100 jours, le gouvernement, avec le Parlement, pays tout entier, a avancé moi-même. Je n'ai cessé de prendre des décisions et me déplacer à travers le territoire pour cela. Rappelez-vous, il y a 100 jours, on nous expliquait que le pays serait à l'arrêt et qu'il n'y aurait plus de déplacement possible sans les casseroles. Écoutez, de Pérol à Vendôme, de Serres-Ponçon à Paris, de Marseille jusqu'à Strasbourg, je n'ai cessé de me déplacer.

Nous avons lancé des nouveaux chantiers qui étaient indispensables pour notre économie, avec un texte pour le plein emploi qui va mettre en place France Travail et permettre de réformer le RSA, avec aussi des vrais résultats en matière justement de création d'emplois, de réindustrialisation, d'attractivité et des annonces inédites en termes d'ouverture d'usines, avec un texte pour développer davantage les industries vertes qui finira sa course au Parlement à la fin de l'été. Donc ce grand chantier du plein emploi et de l'industrialisation, nous avons avancé avec des résultats. Ensuite, il y a le chantier de la décarbonation, justement de cet objectif zéro carbone en 2050.

Et bien là aussi, nous avons passé un texte important durant ces 100 jours pour développer plus vite le nucléaire dans notre pays, annoncer de nouveaux réacteurs abugés, jeter les bases de la planification écologique. Et puis dans le même temps, j'ai pu annoncer un plan eau pour faire face à l'été. Le troisième grand objectif, c'était celui de rendre des services publics plus efficaces.

Et bien durant ces 100 jours, on a lancé ce plan pour les enseignants, ce pacte enseignant, qui va permettre pour tous les parents d'élèves et les élèves d'avoir des remplacements sécurisés, si je puis dire, pour la rentrée, qui paiera mieux nos enseignants, qui va aussi lancer une meilleure formation pour ces derniers. Donc d'avoir une école qui fonctionne mieux. C'est les mêmes chantiers qu'on a continué aussi à faire avancer côté santé. Et puis le quatrième grand chantier que j'avais fixé pour ces 100 jours, c'est celui du régalien de l'ordre. Et ces 100 jours ont permis de faire passer deux textes fondamentaux.

Une loi d'orientation pour notre justice, avec là aussi des moyens supplémentaires pour les magistrats, pour la pénitentiaire, et une loi de programmation militaire au terme de laquelle nous aurons à travers deux lois de programmation multiplié par deux le budget de nos armées. Donc vous voyez, il y a eu parfois des jours avec, il y a eu aussi des jours sans. J'ai toujours été en tout cas aux côtés et avec nos compatriotes durant ces 100 jours. Mais oui, le gouvernement a avancé, décidé, fait passer des textes, était efficace, ce qui justifie ce choix de confiance pour Madame la Première Ministre et d'efficacité.

5:15
Présentateur

Alors on va revenir sur ces jours avec et ces jours sans, comme vous dites. En tout cas, dans nos journaux de 13h le 22 mars, vous aviez donné à Elisabeth Borne le mandat d'élargir la majorité autant qu'elle le pourrait. C'est un échec.

5:29
Emmanuel Macron

Alors sur ce sujet-là, je vous disais au 13h, je ne crois pas aux coalitions formelles. Je pense que ce qui s'est passé ces derniers mois l'a en effet démontré. Ensuite, c'est tout à fait vrai qu'il n'y a pas eu la formalisation d'accords de gouvernement, même avec des groupes parlementaires. La Première Ministre a essayé. Mais il y a deux leçons très concrètes pour le pays de ces 100 jours. La première leçon, il n'y a pas de majorité de rechange. Lorsqu'il y a des motions de censure qui ont été votées, elles n'ont pas emporté la majorité. Donc il n'y a pas de majorité alternative. La deuxième chose, c'est qu'il y a eu des majorités d'échange.

Et que texte par texte, le gouvernement a su bâtir des majorités pour les faire passer. Au moment où je vous parle, nous avons fait voter plus de textes qu'il y a 5 ans au même moment. Est-ce qu'il n'aurait pas été plus simple de nommer Gérard Darmanin à Matignon ? Donc les résultats sont là et on avance. Je ne fais pas de politique. Alors parmi les changements les plus... Le ministre de l'Intérieur est avec moi ici à Nouméa. Il fait un travail remarquable et en particulier lors des émeutes que nous avons eu à vivre, il a été efficace à la tête justement de son ministère.

6:40
Présentateur

Monsieur le Président, revenons un instant si vous le voulez bien sur l'éducation et sur les professeurs qui parfois manquent dans les classes. Parmi les changements les plus commentés du remaniement qui vient d'avoir lieu, l'arrivée de Gabriel Attal à l'éducation nationale. Là aussi, vous aviez fixé un cap précis au mois de mars. Là, et vous venez de le rappeler, la rentrée scolaire est dans un mois et demi matin. Pouvez-vous garantir que tous les élèves auront un professeur et que les absents, comme vous l'avez mentionné, seront systématiquement remplacés ?

7:12
Emmanuel Macron

Bien sûr, et vous avez raison de rappeler l'importance de ce chantier. Oui. D'abord, nous continuons de recruter et partout, il n'y aura plus suffisamment de titulaires, des contractuels, d'ailleurs qui sont des professionnels et des gens qui sont souvent très diplômés et il y a beaucoup de contractuels qui, depuis plusieurs années, sont à l'école, seront là pour la rentrée scolaire. Ensuite, on ouvre le chantier de l'amélioration de la formation de nos enseignants en même temps que celui de la revalorisation et de l'amélioration de leur rémunération. C'est ce que j'ai annoncé il y a quelques semaines.

Tous les enseignants seront mieux payés et pour une partie de manière inconditionnelle et tous les enseignants qui sont prêts à faire davantage, en particulier devoir fait pour permettre d'aider les élèves en collège tout particulièrement, mais aussi au lycée qu'ils veulent, à faire leurs devoirs quand ils ne sont pas aidés à la maison ou le remplacement de collègues qui ne sont pas là pour telle ou telle raison, eh bien, ceci fait partie de ce pacte et ils auront une rémunération encore accrue. Et donc, oui, le ministère de l'Éducation nationale fera ce qu'il faut pour qu'il y ait des professeurs devant chaque classe.

Et oui, nous mettons en place pour la rentrée un système qui permettra de ne plus perdre d'heure, d'abord en formant nos enseignants hors des heures de temps de présence devant les élèves et en leur faisant les réunions hors de ce temps-là, et ensuite en ayant un système de remplacement beaucoup plus efficace grâce au pacte qui a été lancé. Mais c'est une série de petites révolutions qu'on va mettre en place dès cette rentrée pour notre école. On accueillera de deux ans les enfants dans les quartiers qui sont les plus en difficulté. On va encore réduire le nombre d'élèves par classe dès la moyenne section de maternelle, au-delà de ce qu'on a fait pour la grande section, puis CEP et CE1.

On va mettre la demi-heure de sport maintenant systématique, justement à l'école primaire, et l'éducation artistique et culturelle. En sixième, on va mettre en place une heure de soutien au moins pour tous les élèves qui sont un peu décrocheurs, qui commencent à avoir des difficultés. On va mettre en place dans tous nos collèges qui sont en quartier plus sensible, plus en difficulté, la possibilité d'être accueillis de 8h à 18h pour être beaucoup mieux accompagnés, beaucoup mieux formés.

On va, dès cette rentrée, mettre en place une meilleure orientation dès la cinquième en faisant la demi-journée, justement, au moins une fois par mois, une fois tous les 15 jours, pardon, d'explications sur les métiers possibles pour apprendre aux élèves les métiers, les parcours qui peuvent être les leurs. Et puis nous allons rentrer dans la mise en œuvre de cette réforme si importante du lycée professionnel.

Et puis il y a deux choses qu'on va aussi faire, c'est la réforme de ce baccalauréat dont on a vu les limites et les difficultés, le nouveau baccalauréat, les familles le connaissent, mais on a vu que pour certaines épreuves, elles terminaient trop tôt, elles ne donnaient pas tout à fait satisfaction. Donc j'ai demandé pour cet été à la Première ministre et au ministre de l'Éducation nationale qu'on puisse avoir des changements qui sont au fond de bon sens.

Et puis on va continuer d'améliorer Parcoursup pour que les familles et les élèves aient des rendez-vous plus réguliers avant et si je puis dire plus humains et qui n'aient pas le sentiment d'être simplement derrière une machine qui leur donne un résultat, si je puis le dire de manière très simple. Donc vous voyez, l'école est un immense chantier et on continue d'avancer sur celui-ci avec nos enseignants, avec les parents d'élèves, avec tous les acteurs aussi de ce qu'on appelle le périscolaire.

10:32
Présentateur

Monsieur le Président, le début de l'été a été marqué par des violences urbaines d'un niveau jamais atteint depuis 2005. Vous aviez dit vouloir prendre un peu de recul pour en tirer les leçons. Un mois après, qu'est-ce que vous avez compris ?

10:50
Emmanuel Macron

D'abord, vous l'avez dit, ce sont des violences, elles sont absolument inqualifiables parce que nous avons vu des scènes qui ont heurté tous nos compatriotes. C'est le retour à l'ordre qui a prévalu. Et je veux ici féliciter le ministre de l'Intérieur, nos policiers, nos gendarmes, nos sapeurs-pompiers qui, avec beaucoup de courage, durant ces 4 000 émeutes ont été là. Ça a été un déploiement inédit. 45 000 forces de sécurité intérieures, et je veux aussi remercier évidemment nos policiers municipaux qui, aux côtés des maires, ont été main dans la main dans ce travail. 45 000 forces de sécurité intérieures qui ont été déployées. Ce qui a permis, en 4 jours, de mettre fin à ces émeutes.

Vous faisiez référence à 2005, ça avait duré plus de 3 semaines. 3 semaines, et ça ne s'était terminé que parce qu'on avait pris l'état d'urgence. Nous avons su mettre fin à ces émeutes au bout de 4 jours sans prendre des mesures restrictives de la liberté de chacune et de chacun. Et donc je les en remercie. On a eu aussi une réponse judiciaire implacable. Il y a eu 4 000 interpellations. Il y a eu des centaines de déferments, avec des décisions de justice très rapides. Et donc la première leçon, c'est que l'ordre doit prévaloir. Il n'y a pas de liberté sans ordre. C'est l'ordre républicain et le retour au calme. Ensuite, quand on regarde ce qui s'est passé, on a eu beaucoup de jeunes.

Quand je regarde les chiffres des 5 à 600 jeunes qui ont été déférés à la justice, c'est très jeune, environ 16 ans de moyenne d'âge. On parle de jeunes qui, pour une très large majorité, n'étaient pas connus de la justice. On parle de jeunes qui, pour une écrasante majorité, on le voit, ont un cadre familial qui est fragilisé. Soit parce qu'ils sont dans des familles qu'on appelle monoparentales, ils sont élevés par un seul de leurs parents, soit parce qu'ils sont à l'aide sociale à l'enfance.

Et donc, cette violence qu'on a vue, qui a conduit à brûler des écoles, des mairies, des gymnases, des bibliothèques, puis qui est devenue une violence de pillage, elle est le fait de, au fond, de certains de nos compatriotes qui sont extrêmement jeunes, qui étaient parfois manipulés par d'autres, parce qu'on a ensuite eu des choses plus organisées. La leçon que j'en tire, c'est un, l'ordre, l'ordre, l'ordre. La deuxième, c'est que notre pays a besoin d'un retour de l'autorité à chaque niveau, et d'abord dans la famille.

Et donc, c'est tout le chantier que je veux pouvoir ouvrir à la fin de l'été, celui de l'autorité parentale, c'est que beaucoup de ces jeunes, c'est pas l'éducation nationale, c'est encore moins la police qui peut régler le problème, il faut le traiter à la cause. Et donc, on doit responsabiliser certaines familles, on doit aussi accompagner d'autres familles qui sont dans la détresse, et on doit réinvestir massivement sur notre jeunesse pour lui redonner un cadre. C'est l'autorité à l'école, l'autorité des savoirs fondamentaux et des maîtres, c'est l'autorité des élus, de nos forces de sécurité.

Le deuxième chantier, c'est celui, la deuxième leçon que j'en tire, c'est que nous avons, dans les 500 villes environ où ces difficultés ont émergé, un besoin de revoir, en quelque sorte, notre politique de répartition des difficultés. Sans doute l'une des limites de notre République, c'est que pendant des décennies, on a concentré les difficultés dans les mêmes quartiers, aux mêmes endroits. Et donc ça, c'est un chantier que nous devons ouvrir avec les maires. Tous les maires que j'ai reçus à l'Elysée il y a quelques semaines me l'ont dit avec beaucoup de clarté.

Ensuite, on a un troisième chantier que nous devons ouvrir, c'est celui de la prévention de ces difficultés, et c'est celui, justement, de l'école, de l'accompagnement de l'enfance, au-delà de la famille. Et puis, nous l'avons évoqué dans les débats, vous nous en avez parfois parlé, c'est la question des réseaux sociaux. Beaucoup de ces jeunes se sont donnés rendez-vous, ont organisé ces émeutes, ont parfois fait des concours par certains réseaux. Et donc on doit réussir là aussi, d'abord à mieux protéger nos enfants et nos jeunes adolescents des écrans. On a passé plusieurs textes, il faut maintenant les appliquer.

Et on doit, de manière partenariale avec ces plateformes, réussir à très vite retirer les contenus quand ils appellent à la violence, mais trouver, en quelque sorte, un ordre public numérique qui permette de prévenir ces débordements. Je ne suis pas ici exhaustif, je serai trop long, mais voilà quelques-uns des enseignements que j'ai pour ma part tirés, après avoir beaucoup écouté, concerté. C'est un travail qui va se poursuivre durant l'été, et à la fin de l'été, j'aurai l'occasion, avec l'ensemble des parties prenantes, de mettre en place des grands chantiers. Mais ce ne sont pas des réponses que le gouvernement peut seul mettre en place.

C'est la nation elle-même, dans son cœur, sa force d'âme, qui peut apporter la réponse en profondeur à ce que nous avons vécu durant ces journées. Parce qu'on parle des familles, parce qu'on parle des parents, parce qu'on parle de ce qui fait la trame, en quelque sorte, de notre pays dans son quotidien.

15:43
Présentateur

Monsieur le Président, revenons, si vous le voulez bien, sur la situation à Marseille. Quatre policiers ont été mis en examen pour violences volontaires. L'un d'eux a été placé en détention provisoire. Depuis, de très nombreux policiers marseillais se montrent solidaires. Ce matin, le directeur général de la police nationale, Frédéric Vaud, leur apporte son soutien. Selon lui, un policier, je le cite, n'a pas sa place en prison avant un éventuel procès. Est-ce que vous approuvez ces propos ?

16:13
Emmanuel Macron

D'abord, je ne vais pas commenter les propos du directeur général, qui s'exprime sur une série d'affaires, parce que de là où je suis, en tant que garant des institutions et aussi de l'indépendance de l'autorité judiciaire, c'est une décision qui a été prise par un magistrat. Et donc, je ne me prononcerai pas sur celle-ci. Et dans notre pays, les policiers servent la bonne application de la loi, l'ordre républicain. Et l'état de droit suppose d'abord la présomption d'innocence, et pour tout le monde, et le respect de la loi pour chacun.

Et je veux quand même ici dire, puisqu'on parle des émeutes, nos policiers, nos gendarmes, ils ont été présents durant ces nuits face à un déferlement de violence inédit. Je vous rappelais les chiffres tout à l'heure. 900 d'entre eux ont été blessés durant ces nuits. 900 ! Et je regarde les chiffres aussi. Il y a 28 enquêtes lancées par l'inspection générale de la police nationale et l'inspection générale de la gendarmerie nationale. Donc il faut remettre les choses à leur juste place. Il faut être absolument intraitable quand il y a des débordements qui sont faits, que la déontologie n'est pas respectée. Tout le monde doit respecter la loi.

Mais je ne voudrais pas qu'en quelque sorte, on se trompe de débat. Et je comprends l'émotion qu'il y a aussi chez nos policiers, qui ont eu le sentiment d'être confrontés à la violence la plus extrême. Et donc il faut entendre cette émotion, tout en faisant respecter l'état de droit pour tous.

17:39
Présentateur

– Alors c'est une décision de justice, vous venez de le rappeler, mais est-ce que cela veut dire que les policiers ne sont pas au-dessus des lois ?

17:53
Emmanuel Macron

– Je vous le confirme. Et c'est d'ailleurs pour ça que la police, comme la gendarmerie, ont une légitimité. J'entends toutes les confusions dans les débats publics. Ce n'est pas un camp. Ce sont des forces de sécurité intérieure qui sont là pour notre quiétude à tous, qui, avec un engagement extraordinaire, ne comptant pas leurs heures, et de jour et de nuit. Vous savez, durant ces journées où il a fallu protéger les personnes, les biens, on parle de fonctionnaires de police, on parle de militaires de la gendarmerie dont on a reporté tous les congés sinédiés. Ils étaient en train de partir avec leur famille, ils sont revenus. Donc ils sont là pour nous servir, nous protéger.

Mais leur légitimité tient du fait qu'ils protègent le cadre républicain et qu'ils font respecter les lois démocratiquement votées. Et donc, bien évidemment, eux-mêmes s'inscrivent dans le cadre de la loi et de l'État de droit. Nul en République n'est au-dessus de la loi.

18:47
Présentateur

– On va parler du pouvoir d'achat des Français, si vous le voulez bien. Dans une semaine, ils vont voir leur facture d'électricité augmenter de 10 %, un nouveau coup dur, alors qu'ils subissent déjà l'effet de l'inflation. Est-ce que vous confirmez la fin du bouclier tarifaire et donc du quoi qu'il en coûte ? Comment protéger les Français contre l'inflation ?

19:05
Emmanuel Macron

– Oui, vous avez raison de dire. La Première ministre et les ministres compétents ont annoncé les décisions pour le 1er août. Le gouvernement continuera d'accompagner de manière adaptée les ménages les plus modestes, celles et ceux qui, en particulier pour se déplacer, ont besoin d'être accompagnés lorsque le prix de l'essence augmente trop et d'accompagner une série de ménages qui ont des revenus plus modestes. Mais en effet, des hausses sont passées. Pourquoi ? Parce que, comme je vous le disais d'ailleurs il y a 100 jours, l'augmentation des prix de l'énergie, c'est une taxe de l'extérieur.

Nous avons absorbé cet impôt de l'extérieur qui est dû à beaucoup de phénomènes géopolitiques et à des dérèglements de marché qui sont maintenant en train de se stabiliser. Eh bien, la nation a investi environ 40 milliards d'euros pour absorber ce choc. Mais c'est quelque part le contribuable qui va payer par plus de dettes et, in fine, plus d'impôts dans les décennies qui viennent parce que cette dette, on la paiera tous, eh bien, qui paye ce que le consommateur ne paye pas. Et donc, il y a cette hausse de l'été. Elle est, je le sais, importante pour beaucoup de nos compatriotes qui sont déjà dans la difficulté.

Mais je pense que c'est une décision proportionnée qui, quand on regarde aussi les pays voisins européens, fait que, malgré tout, on aura beaucoup moins augmenté l'électricité dans notre pays que chez la plupart des voisins. Donc, on va continuer à accompagner dans les prochains mois. Ce qu'on continue de faire, surtout, c'est deux choses. Nous produire davantage d'électricité en remettant nos centrales en marche, nos centrales nucléaires qui, comme vous le savez, ont eu des difficultés les mois passés par un travail d'arrache-pied d'EDF et de l'ensemble des salariés.

Et puis, à côté de ça, nous finalisons une réforme au niveau européen qui va permettre de réduire notre coût de l'électricité parce que la France était pénalisée par les règles de calcul. Et donc là, comme je vous le disais il y a quelques semaines, eh bien, nous sommes en train de terminer, si je puis dire, les négociations européennes pour que ça puisse s'appliquer à compter de 2024, en tout cas le plus tôt possible, et qu'on ait des prix d'électricité qui correspondent mieux à la réalité de notre production.

21:20
Présentateur

Monsieur le Président, le 15 mai dernier, vous aviez évoqué aussi une baisse de l'impôt de 2 milliards d'euros pour les classes moyennes d'ici à la fin du quinquennat. Alors, est-ce que c'est toujours d'actualité ? Et si oui, qui va en bénéficier ? Quand est-ce que cela pourra se mettre en place ?

21:38
Emmanuel Macron

Je confirme, en effet, cette décision. Elle est travaillée par le gouvernement, en particulier le ministre des Finances. Elle sera inscrite dans la loi pluriannuelle de finances publiques, qui donnera, justement, l'évolution des impôts et des dépenses et des déficits, donc, jusqu'à la fin du quinquennat. Et donc, c'est dans les prochaines semaines, en finalisant les concertations, que le gouvernement aura, justement, donné le détail et les éléments de calendrier de cette décision. La même chose pour aussi les impôts de production, pour permettre aux entreprises, en particulier les plus industrielles, de faire davantage et d'embaucher davantage.

22:17
Présentateur

Un mot sur la météo. Vous avez forcément constaté que cet été est caniculaire, peut-être pire que l'année dernière. Vous avez dit de vouloir faire de l'écologie un des combats de votre quinquennat, mais on attend toujours les annonces de la planification écologique, et surtout son financement, au moment où, vous venez d'en parler, le gouvernement parle de réaliser des économies.

22:35
Emmanuel Macron

Alors, d'abord, pour préparer l'été, nous avons travaillé avec, là aussi, toutes les parties prenantes, en faisant deux choses. À la fin des feux de l'année dernière, puisque c'est un des risques qu'on vit encore, j'ai pris une série de décisions qui ont été mises en œuvre par le ministre de l'Intérieur, qui ont donné lieu, d'ailleurs, à un très gros travail. Nous nous avons acquis davantage de matériel, en particulier des hélicoptères adaptés. On a renforcé notre flotte. On a aussi mieux accompagné et amélioré le statut de nos sapeurs-pompiers, de nos pompiers volontaires, et je n'oublie pas nos militaires qui y concourent.

Et donc, nous abordons l'été avec des équipements, des personnels qui sont encore mieux préparés que l'été dernier, une organisation sur notre territoire qui est aussi mieux répartie, et d'ailleurs, une France qui est reconnue comme une très grande puissance de sécurité civile. On vient d'aider nos amis grecs, qui étaient, vous l'avez parfaitement d'ailleurs décrit dans vos journaux télévisés, qui étaient soumis à des grands incendies, et on a aidé, et on aide depuis des semaines, nos amis canadiens. Donc, nous sommes mieux prêts que l'année dernière encore face aux risques de feu. La deuxième chose, on a pris un plan haut.

Vous le savez, l'année dernière, on avait eu plusieurs départements, de manière inédite, qui étaient touchés par cette sécheresse. Et donc là, on a d'abord préparé cet été en réduisant les consommations inutiles, mis en place avec Météo France des dispositifs d'alerte, et j'invite d'ailleurs tous nos compatriotes qui nous écoutent à regarder chaque jour pour adapter les comportements. Et donc, on va beaucoup mieux piloter, prévoir les choses. On a aujourd'hui une quarantaine de départements, justement, qui sont en alerte, 45.

Donc, nous sommes prêts, parce que ce plan haut permet de mieux adapter les comportements de nos concitoyens, d'aider nos agriculteurs à s'adapter, d'aider les industriels à adapter leurs comportements, les collectivités locales, et un peu comme on l'a fait avec l'énergie l'hiver dernier, eh bien, de tous faire notre part pour réduire le risque de sécheresse et permettre, justement, de passer l'été. Et puis, il y a l'amélioration de long terme. Comment réduire nos émissions de CO2 et comment adapter notre pays au réchauffement qui est déjà là. Ça, d'abord, nous n'avons pas chômé cette dernière année.

On a pris des textes, et en particulier un texte qui nous permet de déployer beaucoup plus vite les énergies renouvelables en France. Et nous avons mis en place cette planification écologique. Il y a quelques semaines, la Première ministre, avec le ministre de la Transition, ont soumis à la concertation, comme c'est prévu, ces grands textes. Et à la fin de l'été, nous allons présenter, secteur par secteur, la transition et les investissements. Qu'est-ce que ça veut dire, très concrètement ? Ça veut dire que si on veut tenir notre cap de 2030, qui est une forte réduction, et notre cap de 2050, la neutralité carbone, c'est assez simple.

Les cinq dernières années, on a fait deux fois plus vite pour réduire les émissions de gaz à effet de serre que les cinq années qui avaient précédé. Les cinq années qui sont devant nous, il faudra faire deux fois plus vite encore. Et donc, on va demander aux agriculteurs, aux industriels, à nos compatriotes, aux collectivités locales, à l'État, à tout le monde, au secteur du bâtiment, eh bien, d'avoir des objectifs. On sera la Première nation à se les donner, secteur par secteur, et surtout, à se donner les moyens qui vont avec. Et ces moyens-là, ce sera des investissements publics.

Et donc, je vous confirme qu'on fera des économies sur certains sujets, mais que nous allons investir dans l'écologie dès l'année prochaine plusieurs milliards d'euros en plus, qu'on va, à côté de ça, développer des filières industrielles, parce que moi, je veux être cohérent. On doit répondre au climat, on doit renforcer notre indépendance et on doit créer plus d'emplois industriels. Nous avons créé 1,7 million d'emplois ces six dernières années. On a créé en particulier 100 000 emplois dans l'industrie, rouvert 300 usines. Eh bien, on doit le faire dans chacun des segments. On rouvre des usines qui vont faire des batteries électriques, qui vont assembler des véhicules électriques.

On ouvre et on renforce des usines qui produisent des éoliennes en mer. On va rouvrir des usines qui produisent des panneaux solaires, ce qui n'existait plus en Europe. On va le refaire. Et on se développe aussi dans l'économie circulaire qui est si importante. Et puis, on va structurer encore plus les professionnels dans la rénovation thermique des bâtiments qui est là aussi si emblématique. Voilà. Donc, ça va être ça, la planification.

C'est un travail qui a pris 18 mois, qui est en ce moment même en concertation avec toutes les parties prenantes et qui doit nous permettre de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, d'être plus protecteurs de la biodiversité, qui est un objectif essentiel, et de le faire en préservant et en renforçant même l'indépendance de la France et en créant des emplois.

27:24
Présentateur

Il nous reste très peu de temps, M. le Président, mais quand même un mot de ce chantier de la rentrée, la loi immigration. Est-ce que si le gouvernement est mis en minorité, qu'allez-vous faire ? Quelles conclusions allez-vous en tirer ?

27:42
Emmanuel Macron

D'abord, je pense que le gouvernement a la volonté de bâtir avec toutes les oppositions constructives. Vous parliez des 100 jours. Si nous n'avons pas réussi, comme je l'avais souhaité, à en tout cas enclencher ce texte, c'est parce qu'il y a eu un souhait qui a été exprimé par plusieurs forces politiques de mettre sur la table leur propre texte, leur propre réforme. Et donc, le gouvernement a fait un texte très complet, équilibré. Quel est notre objectif ? Réduire les entrées. Lutter contre les trafiquants et les réseaux d'immigration illégales.

Et mieux intégrer les femmes et les hommes qui contribuent à la force de notre pays et travaillent dans beaucoup de secteurs qui en ont besoin, de l'agriculture aux bâtiments en passant par la restauration. Ce texte est complet, réaliste, mais nous avons aujourd'hui un sujet. Alors, premièrement, il n'y a pas que les textes de loi, il y a aussi le travail qu'on fait en européen. La France, sous sa présidence, a lancé des réformes importantes. Elles sont en train d'arriver justement en acte. On doit mieux protéger les frontières communes de l'Europe. La deuxième chose, nous, on doit réformer notre droit, c'est l'objet de ce texte.

Et donc, dès la rentrée, le ministre de l'Intérieur a la responsabilité, avec plusieurs de ses collègues sur d'autres sujets, mais de travailler avec la majorité relative à l'Assemblée, mais avec aussi les forces d'opposition qui ont fait des propositions, pour bâtir un texte qui aura à cheminer d'abord au Sénat, puis à l'Assemblée.

Et moi, j'ai bon espoir que les oppositions républicaines qui veulent que le pays soit mieux protégé dans ses frontières et moins d'immigration clandestine, raccompagnent mieux vers leur pays d'origine ceux qui n'ont rien à faire chez nous et qui, en particulier, troublent l'ordre public ou sont dangereux et intègrent mieux ceux qui sont là et aident la nation à réussir, eh bien qu'en bonne foi, ils nous aident à bâtir un texte. Et donc, je pense qu'il faut aborder ce moment politique qui se fera dès la rentrée avec détermination, sincérité, engagement. Et après, la Constitution prévoit des chemins pour les textes.

Et moi, j'aurais, en quelque sorte, la responsabilité que, en tout cas, l'efficacité soit au rendez-vous. C'est d'efficacité dont le pays a besoin. C'est de reprendre le contrôle collectif de notre destin face à tous les règlements du monde. Face aux changements climatiques, face aux réseaux qui, parfois, produisent le meilleur mais font le pire, face à l'immigration quand elle n'est pas contrôlée. Et donc, il faut l'efficacité pour reprendre le contrôle et apporter une réponse humaniste, française, mais efficace.

30:11
Présentateur

Merci, M. le Président, de nous avoir accordé cette interview depuis Nouméa, depuis la Nouvelle-Calédonie.

30:19
Emmanuel Macron

Merci beaucoup, M. le Président. Merci à vous pour votre attention et à tous nos téléspectateurs. Et le cap du pays, je le disais il y a quelques semaines, à 7h06 sur vos chaînes, c'est l'indépendance et la justice. Face à tous ces grands dérèglements, le risque que nous avons, c'est de perdre l'indépendance militaire, technologique, industrielle, financière. Tout ce que nous faisons depuis 6 ans, c'est bâtir, consolider notre indépendance pour financer un modèle social juste. La Nouvelle-Calédonie, c'est exactement ce combat que nous menons. L'indépendance de notre pays se joue ici aussi.

Et c'est pour ça que la nation a fait des investissements importants sur le plan militaire, qu'on en fait sur le plan écologique, mais qu'on en fait aussi sur notre école et notre santé. l'indépendance et la justice. Tel est le cap pour la nation. Merci, M. le Président. Merci pour votre attention et bon courage.

31:07
Présentateur

Merci. Merci.

31:11
Locuteur

Merci. Merci. Merci.