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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 8 juillet 2022 26 min

Impôts, pouvoir d'achat et démission de Boris Johnson... Le 8h30 franceinfo de Bruno Le Maire

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Marie-Banardo. Vous avez présenté hier en Conseil des Ministres donc cette série de mesures très attendues sur le pouvoir d'achat. Elles seront débattues à partir du 18 juillet à l'Assemblée. Il y a eu la pandémie, Bruno Le Maire, maintenant il y a l'inflation. On est toujours dans le quoi qu'il en coûte ?

0:16
Bruno Le Maire

Non, on n'est plus dans le quoi qu'il en coûte. Ça fait plusieurs mois que nous sommes passés à autre chose. Nous protégeons les Français contre l'inflation, notamment avec le bouclier énergétique qui est en place depuis l'automne dernier. Gèle les prix du gaz, plafonnement des prix d'électricité, soutien au carburant. Et nous ajoutons des mesures, mais qui sont des mesures ciblées. Elles sont ciblées sur les retraités. On va augmenter les retraites et indexer les retraites sur l'inflation. C'est une question de justice. Elles sont ciblées sur tous ceux qui travaillent, notamment avec la prime d'activité.

Elles sont ciblées sur ceux qui sont obligés de prendre leur voiture pour aller travailler. C'est l'indemnité carburant-travailleur. Mais ça n'est pas le quoi qu'il en coûte, au sens où on n'arrose pas tout le monde. Nous ciblons sur les personnes qui en ont le plus besoin et nous ciblons en particulier ceux qui travaillent.

0:59
Présentateur

Vous avez dit hier, à l'issue du Conseil des ministres, l'importance que vous accordiez à une réduction du déficit. Comment on finance toutes ces dépenses ? 20 milliards d'euros ?

1:09
Bruno Le Maire

Ces 20 milliards d'euros de dépenses et une grande partie de ces dépenses sont financées par des recettes fiscales exceptionnelles. Pourquoi est-ce qu'il y a de bonnes recettes fiscales ? Parce qu'il y a eu de la croissance et que nous avons créé des emplois. La croissance a fait de l'impôt sur les sociétés. Les emplois, ça fait des cotisations sociales. 55 milliards d'euros de recettes fiscales supplémentaires qui nous permettent de financer ce paquet pouvoir d'achat sans creuser la dette et sans alourdir le déficit qui doit être en 2022 de 5%. Je vous donne un exemple qui est très concret. Nous avions prévu d'émettre 260 milliards d'euros de dettes en 2022.

Nous émettrons 260 milliards d'euros de dettes en 2022, même avec ce paquet pouvoir d'achat, ce qui veut dire que nous ne creusons pas la dette. Et je veux le dire avec beaucoup de fermeté...

1:52
Présentateur

Mais la Cour des comptes s'inquiète énormément.

1:54
Bruno Le Maire

Elle est totalement dans son rôle. Et mon rôle de ministre des Finances, c'est de dire que je veillerai avec beaucoup de sérieux, avec beaucoup de vigilance, avec beaucoup de gravité à ce que, à l'occasion de ces débats, on écoute évidemment toutes les propositions d'amélioration, mais que ces améliorations ne se soldent pas par des milliards d'euros supplémentaires. Nous n'achèterons pas le compromis à coût de milliards d'euros. Est-ce que la France vit au-dessus de ces moyens ? Nous devons rester dans l'épure de ce paquet pouvoir d'achat. Est-ce que la France vit au-dessus de ces moyens aujourd'hui ? Non, elle ne vit pas. Je réponds juste. Elle ne vit pas au-dessus de ces moyens.

Elle aide ceux qui en ont besoin. Un pic d'inflation à 5%. Je l'ai toujours dit, nous sommes aujourd'hui au cœur du pic d'inflation. J'avais déjà annoncé que le plus dur était devant nous. Nous y sommes. Nous sommes au cœur du pic d'inflation. Il est juste et il est nécessaire d'aider ceux qui aujourd'hui ne peuvent même pas prendre leur voiture pour aller travailler. Et c'est notre intérêt collectif. Des salariés qui disent je reste chez moi parce que ça me coûte trop cher d'aller travailler. Des ouvriers qui disent moi je ne me rends pas à mon usine parce que ça me coûte trop cher d'aller travailler.

Un gamin de 18 ans qui dit je ne peux pas faire mon alternance parce que faire le plein je ne peux plus. Ce n'est pas acceptable. Donc il est nécessaire d'aider tous ces Français. Nous le faisons. Mais en restant, je le redis, sur un chemin qui est un chemin de responsabilité.

3:06
Invité

On parle des 20 milliards effectivement de ces mesures nouvelles. Mais il y a aussi la montée au capital d'EDF. Il y a 6 milliards. On évoque 6 milliards. Il y a aussi la suppression des impôts de production. Et donc est-ce que vous pouvez assurer aux Français qu'il n'y aura pas d'augmentation d'impôts ? Que tout passe finalement par cette croissance qui aujourd'hui est de plus en plus incertaine.

3:32
Bruno Le Maire

Alors je garantis aux Français que non seulement il n'y aura pas d'augmentation d'impôts, mais que nous continuerons à baisser les impôts. Et je pense qu'ils peuvent nous faire confiance au Président de la République, à la Première Ministre et à moi-même. Nous avons baissé les impôts de plus de 50 milliards d'euros durant le précédent quinquennat. Nous avons baissé l'impôt sur le revenu. Nous avons supprimé la taxe d'habitation. Nous avons baissé l'impôt sur les sociétés. Nous avons commencé à baisser les impôts de production pour accélérer les relocalisations de nos industries sur le territoire français. Donc je sais bien que l'heure est au scepticisme généralisé.

Enfin les faits sont là et les faits sont têtus. Nous avons baissé les impôts et nous continuons à les baisser. Nous supprimons la contribution à l'audiovisuel public. Nous avons annoncé une nouvelle baisse d'impôts de production dès le projet de loi de finances 2023, près de 8 milliards d'euros. Pourquoi ? Mais ça coûte, c'est vrai. Mais c'est un investissement. Moi je veux faire revenir des usines, des entreprises de l'activité industrielle.

4:27
Invité

Et concernant l'inflation, vous avez dit que c'était une situation exceptionnelle. Vous venez de dire à l'instant à une réponse à une question de Marie Bernardo que oui, effectivement, on est arrivé au pic de l'inflation. Pourtant, pour l'INSEE, l'inflation va continuer à augmenter. L'INSEE prévoit 7% à la fin de l'année. Vous le savez, Jean-Luc Mélenchon appelle à une marche contre la vie chère à la rentrée. Est-ce que là encore, vous pouvez vous engager auprès des Français et de leur dire, ben oui, si l'inflation continue à augmenter, on revalorisera de nouveau les prestations sociales ? On va les indexer vraiment sur l'inflation ?

5:01
Bruno Le Maire

Je ne suis pas sûr qu'une marche contre la vie chère apporte beaucoup de réponses à nos compatriotes sur leur alimentation, leur carburant, leur loyer. Je pense que ce que nous faisons est un tout petit peu plus efficace que les marches et les déclarations péremptoires de M. Mélenchon. Je pense que plafonner l'indice des loyers que nous le faisons, c'est plus efficace. Que mettre en place une indemnisation pour les travailleurs qui utilisent leur voiture, c'est plus efficace. Parce qu'un chèque alimentaire, c'est plus efficace. Je le dis en passant. Quand je dis pic d'inflation, ce n'est pas aujourd'hui et demain. Le pic d'inflation, c'est entre maintenant et la fin de l'année 2022.

Je rejoins totalement les appréciations de l'INSEE sur ce sujet. Ensuite, j'ai bon espoir que nous aurons une décrue de l'inflation dans le courant de l'année 2023. Pour revenir à la fin de l'année 2023, un niveau d'inflation plutôt autour de 2-3% que ce que nous avons aujourd'hui. Mais ça dépend de beaucoup de choses. Oui, ça dépend de beaucoup de choses. Je le dis avec beaucoup de prudence. C'est notre scénario central. Il peut y avoir d'autres scénarios. Ensuite, l'ensemble des prestations que vous indiquez, il y a une revalorisation de 4%. Elle suit une revalorisation qui a déjà eu lieu en avril automatiquement de 1,8%. Prenez le SMIC.

6:08
Invité

Oui, donc ma question, ce n'est pas ce que vous proposez dans le paquet de mesures pour l'achat. C'est à l'avenir, si cette inflation continue à augmenter, est-ce que vous allez continuer à augmenter les prestations sociales ?

6:23
Bruno Le Maire

Nous avons, Jean-Jérôme Bertolus, et tant mieux, un système social qui est particulièrement protecteur. Toutes les difficultés, c'est justement de le financer, de pouvoir se le payer. C'est bien pour ça que nous pensons qu'il faut produire les richesses avant de les redistribuer. Mais prenez le SMIC. Le SMIC, il est automatiquement revalorisé en France. Nous sommes le seul pays développé qui a un salaire minimum qui est automatiquement revalorisé en fonction de l'inflation. Tant mieux. Les prestations sociales, même chose, simplement que lorsque l'inflation est forte, il faut donner une accélération à cette revalorisation.

C'est exactement ce que nous faisons au moment où nous présentons ce projet de loi. C'est la même chose pour la rémunération du livret A. C'est la même chose pour la rémunération du livret d'épargne populaire. Moi, j'attends les propositions du gouverneur de la Banque de France. Mais nous avons un système social dont nous pouvons être fiers, qui protège massivement nos compatriotes. La preuve en est, c'est que nous avons le taux d'inflation le plus faible, le plus faible de tous les pays de la zone euro. Le seul sujet, c'est qu'il coûte cher. Et donc, ma responsabilité de ministre des Finances, c'est de m'assurer que le financement de ce système social reste solide et garanti.

7:28
Présentateur

Et on poursuit cette discussion. On continue évidemment à parler de ces mesures pour le pouvoir d'achat. Dans une minute, c'est le temps d'un passage par le Fil Info, puisqu'il est 8h40. Diane Ferschit.

7:38
Invité

900 pompiers mobilisés toute la nuit à bord de Zag, dans le Gard, face à l'incendie qui a détruit au moins 613 hectares. Un feu qui a encore pris de l'ampleur. 70 personnes ont dû être évacuées de leurs habitations. Le feu aussi dans les Bouches-du-Rhône, près d'Arles. La 4 maison a été parcourue par les flammes. L'incendie est désormais fixée. L'appel du ministre de la Santé, François Braun, « Je demande aux Français de mettre les masques dans les trains et dans tous les endroits où il y a du monde », dit-il sur France Inter. Le nombre de nouvelles contaminations continue d'augmenter. 130 000 nouveaux cas de Covid en moyenne par jour.

Au Japon, l'ancien Premier ministre Shinzo Abe conduit à l'hôpital, très grièvement blessé après avoir été touché par balle. Un homme a été interpellé. Shinzo Abe visait alors qu'il prononçait un discours dans l'ouest de l'archipel en pleine campagne des élections sénatoriales. Elles se tiennent dimanche. La planche des belles filles dans les Vosges au programme. Des coureurs du Tour de France ce vendredi. 176 kilomètres au total pour la septième étape. Sur la ligne de départ, le maillot jaune sera sur les épaules du Slovène Tadej Pogacar. France Info. Le 8.30 France Info. Marie Bernardo, Jean-Jérôme Bertolus.

Toujours avec nous Bruno Le Maire, le ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique. Nous allons rentrer dans le détail des mesures que vous avez présentées hier en Conseil des ministres et on l'a dit qu'ils seront débattus à l'Assemblée le 18 juillet. Mais d'abord une question. Pourquoi un certain nombre de mesures que vous avez annoncées, comme la hausse des bourses des étudiants, ou encore une mesure très attendue, y compris par les oppositions et par les principaux intéressés, comme la déconjugalisation de l'allocation adulte handicapé, ne figurent pas dans ces mesures ?

9:22
Bruno Le Maire

Les revalorisations de bourses figurent dans les mesures. Les 4% figurent dans ces mesures. La déconjugalisation, ça va faire partie du débat qui a été annoncé par Elisabeth Borne. C'est un sujet qui est très sensible, sur lequel il y a des attentes qui sont effectivement très fortes, de la part des oppositions et de la part de notre propre majorité. Il faut que le débat ait lieu à l'Assemblée nationale.

Moi je trouve que c'est très bien, très fort, de la part de la Première Ministre, d'avoir dit, il y a eu un débat, nous avons fermé la porte il y a quelques mois, nous voyons bien que ça crée des inquiétudes, des incompréhensions, nous remettons le débat à l'Assemblée nationale et nous nous en remettons à la sagesse du débat parlementaire.

10:00
Présentateur

Le syndicat UNEF représentant des étudiants dit, il n'y a rien de concret pour nous sortir d'une pauvreté structurelle. Que leur répondez-vous ?

10:09
Bruno Le Maire

Il y a des mesures qui sont très efficaces, que ce soit le ticket Resto U à 1 euro, la revalorisation des bourses, tout ce qui est fait aussi pour les apprentis. Je rappelle que nous maintenons toutes les aides à l'apprentissage. Qu'est-ce qui permet à une PME aujourd'hui d'embaucher des apprentis ? C'est que vous avez une aide de 8 000 euros pour un apprenti de plus de 18 ans, de 5 000 pour un apprenti de moins de 18 ans. Je peux vous dire que dès que vous allez dans une PME en France, dans le bâtiment, dans les travaux publics, dans l'agroalimentaire, dans l'automobile, ils vous disent tous, grâce à cette aide, nous embauchons des apprentis.

Donc ça, ce sont des mesures structurelles qui permettent aux jeunes de rentrer sur le marché du travail sans avoir d'inquiétude à se faire pour trouver une place. Donc ça, ce sont des mesures qui ne sont pas simplement ponctuelles, mais structurelles, et qui figurent dans ce paquet.

10:51
Invité

Concernant les salariés, vous prévoyez donc le triplement de la prime Macron, jusqu'à 3 000 euros, voire 6 000 euros, si l'entreprise a conclu un accord d'intéressement. Cette prime Macron, je le dis, c'est un triplement, parce qu'elle existe déjà, et en 2021, on s'est aperçu que finalement, les entreprises n'en ont peut-être pas assez distribué aux salariés, et surtout, pas d'une manière assez ample. Vous dites ce matin aux entreprises, oui, saisissez-vous-en, il faut, comment dire, accompagner, soutenir les salariés.

11:23
Bruno Le Maire

D'abord, il y a entre 4 et 6 millions de salariés qui ont bénéficié de cette... A hauteur de 500 euros en moyenne. Exactement, à hauteur de 500 euros en moyenne. Alors que la prime était de 1 000 euros. Oui, mais certaines fois, on nous dit, nos compatriotes, et c'est vrai, sont à 1 ou 2 euros près à la fin du mois, et c'est vrai. Et puis ensuite, lorsqu'on fait une proposition d'avoir 500 euros en plus grâce à une prime défiscalisée, on nous dit, c'est pas assez. Donc je pense qu'il faut savoir garder le sens de la mesure. Cette prime, elle est efficace. Et j'invite effectivement toutes les entreprises à s'en saisir. Qu'est-ce que je veux dire par là ?

C'est que la situation des entreprises, elle est très différente d'une entreprise à l'autre. Il y a des entreprises qui, finalement, la crise ne les affecte pas trop. Et elles continuent à dégager des bénéfices importants. Eh bien, toutes ces entreprises qui le peuvent, je dis qu'elles doivent augmenter leur salaire. Celles qui le peuvent. Et je remercie au passage celles qui le font. Enfin, quand je vois dans l'hôtellerie, café, restauration, nous avons beaucoup travaillé avec ce secteur-là. Il y a eu des augmentations de salaire très importantes. Tant mieux, je pense que c'est un exemple à suivre. Et celles qui ne le font pas.

Il y a d'autres entreprises qui nous disent, mais la plupart ne le font pas parce qu'elles ne le peuvent pas. Il y a beaucoup d'entreprises qui nous disent, moi, une augmentation salariale, comme je ne sais pas où j'en serai dans deux ans ou dans trois ans, c'est trop rigide. Je leur dis, utilisez la prime défiscalisée. Parce que c'est pour cette année 2022. Si en 2023 ou 2024, ça va moins bien pour vous, vous ne menacez pas l'avenir de votre entreprise. Et en même temps, vous récompensez ceux qui font la force de votre entreprise. La première force d'une entreprise, ce sont les salariés.

13:00
Présentateur

Mais c'est du ponctuel encore une fois.

13:01
Bruno Le Maire

Utiliser l'intéressement, la participation, ça, ce n'est pas du ponctuel. Ça permet de mieux associer les salariés aux résultats de l'entreprise. Nous avons encore simplifié les accords d'intéressement. Donc je demande à toutes les entreprises de se saisir de ces instruments qui sont variés, efficaces et qui permettent au bout du compte de mieux protéger aussi les salariés contre l'inflation grâce à une meilleure rémunération.

13:24
Invité

Vous êtes inquiet d'ailleurs du climat social, de la multiplication des conflits sociaux, précisément pour obtenir une revalorisation salariale ?

13:33
Bruno Le Maire

Je suis attentif. J'entends parfaitement les salariés qui disent « Voilà, on n'arrive plus à joindre les deux bouts, on n'arrive plus à se rendre sur notre lieu de travail. » Vous savez, l'indemnité carburant-travailleur, je ne l'ai pas sortie de mon chapeau. Je l'ai sortie de la campagne des législatives, de la rencontre avec des dizaines et des dizaines d'ouvriers, de salariés, d'ingénieurs, d'alternants qui m'ont dit « Ah ben non, on ne peut plus aller travailler. » Ça me coûte 180, 200 euros, 250 euros de plus par mois. Désolé, je n'ai pas les moyens d'aller travailler.

En France, des salariés qui vous disent « Je n'ai pas les moyens d'aller travailler », c'est pour ça que nous avons voulu mettre en place cette indemnisation qui pourra aller jusqu'à 300 euros. Pourquoi uniquement pour les travailleurs ? C'est une vraie ouverture contre ce risque-là. Donc je suis attentif aux tensions, aux inquiétudes, et je dis aussi que tout ne peut pas reposer sur l'action de l'État. Que chacun sa part à prendre. Et que les entreprises, elles aussi, et je le redis et je les remercie beaucoup le font, les entreprises qui ont un rôle social majeur doivent aussi participer à l'apaisement de ces tensions.

14:31
Présentateur

J'en profite parce que vous l'avez évoqué. Pourquoi la donner uniquement aux travailleurs, cette indemnité carburant ? Aux travailleurs les plus modestes ? Parce qu'en milieu rural, on sait bien qu'on a besoin de sa voiture pour aller faire, ne serait-ce que ses courses, aller chercher son pain. Les retraités notamment.

14:45
Bruno Le Maire

C'est un choix politique, au sens le plus juste du terme. C'est le ciblage. C'est-à-dire que pour que la France sorte de ce pic inflationniste, il faut que nous continuions à avoir une croissance qui soit forte. Il faut que nous continuions à créer du travail pour tous. C'est une garantie aussi de cohésion sociale. Donc nous faisons effectivement ce choix de privilégier les salariés, les travailleurs, les indépendants, les aides-soignantes, les alternants. Parce qu'ils n'ont pas le choix. D'autres peuvent avoir le choix de prendre peut-être un peu plus de temps pour faire un déplacement ou de s'organiser autrement.

Mais les salariés, quand il faut être à 7h ou à 8h au boulot, ils doivent être à 7h ou à 8h au boulot. L'alternant, quand on va lui demander d'être à la chaîne à 7h30, s'il est là à 7h40, ça va mal se passer. Donc c'est pour eux que c'est le plus difficile. Et donc notre choix, qui me paraît un choix juste, c'est d'aider ceux pour lesquels c'est réellement le plus difficile.

15:40
Invité

Et vous dites, chacun doit prendre sa part et vous pointez du doigt, en quelque sorte, la responsabilité également des entreprises. Alors on a une interrogation, c'est pourquoi, finalement, vous, le ministre de l'économie et des finances, vous ne nous attaquez pas aux super profits, les profits de guerre, dénoncés même par le président de la République lors du G7. L'opposition vous le demande, c'est réalisé dans des pays voisins, comme l'Italie ou la Grande-Bretagne, pourquoi ne pas vous attaquer aux super profits des grandes entreprises d'énergie ou des grandes entreprises de transport ?

16:18
Bruno Le Maire

Vous voyez que toute la logique de ce que je vous présente ce matin, ce sur quoi nous échangeons, ce sur quoi j'ai échangé de manière d'ailleurs très sereine et très constructive hier à la Commission des Finances.

16:27
Invité

Avec Eric Coquerel, le nouveau patron de la Commission.

16:28
Bruno Le Maire

Nous avons eu un débat très serein, très constructif, qui permet de poser les choix, de présenter des alternatives de manière démocratique et responsable. Tant mieux. J'espère que cela se poursuivra, y compris en séance publique. Mais toute la logique de ce que je vous présente, c'est celle de compromis collectif et d'un engagement collectif contre l'inflation. Et je crois plus à cet engagement collectif qu'à des taxes, des obligations, des contraintes.

Et je reste dans cet état d'esprit qui est de demander collectivement à tous ceux qui le peuvent, les chefs d'entreprise, les patrons, l'État, la puissance publique, les collectivités locales, de se serrer les coudes pour lutter contre l'inflation. Alors après, nous ferons les comptes. Je ne suis pas naïf. Mais tout ce qui me totale, ça suffit sur les autoroutes. J'ai demandé des efforts à un certain nombre d'entreprises. Ça peut être les entreprises énergétiques. Un effort sur les carburants. J'ai demandé à CMH, CGM, un effort sur les containers, notamment ceux qui vont vers les départements d'outre-mer. Ils font cet effort.

J'ai demandé aux banques de faire des efforts sur les frais bancaires. J'ai demandé aux assureurs de faire des efforts également. Pour le moment, ils ne m'ont pas répondu. Je leur dis très simplement, nous ferons les comptes à la fin de l'année. Je ne fais pas simplement des déclarations. Je suis aussi comptable des actions des uns et des autres. Nous ferons les comptes à la fin de l'année pour voir si effectivement, les entreprises qui ont profité de la situation actuelle, parce qu'elle peut profiter à certaines entreprises, ont bien répondu présent à l'appel qui n'est pas l'appel du ministre de l'Économie et des Finances.

C'est l'appel des Français qui demande que tout le monde fasse un effort et que cet effort soit équitablement réparti.

18:02
Présentateur

Bruno Le Maire, on reste ensemble. Il est 9h moins 10. C'est l'heure du Filinfo avec Diane Ferchit.

18:08
Invité

Un homme arrêté au Japon, suspecté d'avoir visé par balle l'ancien Premier ministre libéral-démocrate Shinzo Abe, très grièvement blessé. Les Etats-Unis se disent ce matin profondément préoccupés par cette attaque. Les Canadaires ont repris leur rotation au sud de la zone de Bordeauxac dans le Gard où le feu continue de sévir. 613 hectares déjà détruits. Les 900 pompiers déployés sur place ont lutté toute la nuit contre les flammes mais le feu est encore en propagation. 13 d'entre eux ont été blessés. La nouvelle indemnité carburant annoncée pour les travailleurs les plus pauvres et ont fait la politique du chèque carburant en contournant soigneusement l'augmentation des salaires.

Regrette sur France Info le secrétaire général de Force Ouvrière. Une aide qui s'élèvera jusqu'à 300 euros. Premier jour des vacances d'été pour les écoliers. C'est orange sur les routes dans le sens des départs. Rouge en Ile-de-France et dans la vallée du Rhône. Du monde attendu aussi dans les gares. L'été s'annonce record en termes de fréquentation selon la SNCF. Ce week-end 1 300 000 voyageurs vont prendre le train. France Info Avec Bruno Le Maire

19:18
Présentateur

le ministre de l'économie. Bruno Le Maire vous supprimez la redevance qui finance l'audiovisuel public. Comment va être financé l'audiovisuel public à l'avenir ?

19:27
Bruno Le Maire

Alors nous la supprimons parce que c'est un impôt et que nous voulons baisser les impôts. C'est 3,2 milliards d'euros qui sont rendus aux Français. Supprimons aussi parce que la redevance a un côté assez daté. Elle est fondée sur l'utilisation et la possession d'un téléviseur. Vous voyez bien que ce n'est plus forcément le média central qu'il y en a d'autres et donc ça a un côté injuste et daté cette contribution à l'audiovisuel public. Est-ce que pour autant nous allons renoncer au financement de l'audiovisuel public ? Certainement pas. C'est une question d'indépendance, c'est une question de liberté. Donc nous garantirons à l'audiovisuel public son financement. Comment ?

Et nous le garantirons. Ça va être le débat à l'Assemblée nationale. Il y a beaucoup de propositions qui sont faites. Par un but de l'annuel par exemple ? La culture négociera ces conditions. Le ministre des Comptes publics Gabriel Attal également. Mais nous garantirons à l'audiovisuel public les ressources dont ils ont besoin pour fonctionner de manière libre et indépendante. Et pérenne. Et pérenne, bien entendu.

20:27
Invité

Alors, effectivement, toutes ces mesures du pouvoir d'achat, vous allez en débattre à l'Assemblée. Est-ce qu'elles sont à prendre ou à laisser ? Est-ce que vous allez tenter, vous, Bruno Le Maire, en fait, de suivre le mantra du gouvernement, c'est-à-dire de trouver un compromis ? Écoutez ce que disait Olivier Véran, votre collègue, porte-parole du gouvernement à l'issue du Conseil des ministrières.

20:50
Locuteur non identifié

Nous ouvrons aussi le champ. Notre démarche, elle se résume en trois mots. Dialogue, compromis, ouverture. Les propositions des groupes politiques sont les bienvenus, nous les recevrons, nous les entendrons, et si nous partageons les mêmes objectifs et les mêmes principes républicains au service du bien de tous, alors, nous pouvons construire ensemble pour la France et les Français.

21:14
Invité

Vous saluez déjà par exemple le fait que Marine Le Pen ait dit oui, ce texte est imparfait, mais les 89 députés du Rassemblement national le voteront.

21:26
Bruno Le Maire

Je suis un peu comme Saint-Thomas, donc je juge sur les actes. Nous verrons ce que décidera.

21:30
Présentateur

Fabien Roussel, qui était à votre place hier, a dit pareil.

21:33
Bruno Le Maire

On verra ce que décidera. Vous êtes d'accord sur ce point ? Oui, c'est le grand lien entre les gaullistes et les communistes qui est un lien historique. Donc nous verrons ce qui se produira. Moi, je constate simplement que nous avons eu hier une réunion de la Commission des Finances qui a été constructive et que je souhaite que ce climat constructif, apaisé, responsable, où on recherche de bonne foi un compromis, puisse se poursuivre en séance publique. Ensuite, notre responsabilité, c'est effectivement d'être ouvert, de montrer que des compromis sont possibles, de bâtir ces compromis, mais de fixer aussi certaines limites.

Il est important de dire quelles sont nos limites en début des négociations. Moi, j'en vois trois. La première, c'est les impôts. Aucune augmentation d'impôts pour les Français. Ça, c'est une limite qui, pour moi, me paraît indispensable dans un pays où le taux de prélèvement obligatoire reste un des plus élevés des pays développés. La deuxième limite, c'est les finances publiques. Tout n'est pas possible financièrement. J'aimerais pouvoir vous dire oui, on peut ouvrir tout grand les vannes de la dépense publique. Non. Ce serait irresponsable pour nous, irresponsable pour la nation, irresponsable pour nos enfants, irresponsable pour l'indépendance de la France.

Donc, il n'est pas possible d'ouvrir tout grand les vannes de la dépense publique. Il y a des limites financières. Tout n'est pas possible financièrement. C'est une limite qui est très claire et que je pense que je vais réaffirmer beaucoup, beaucoup, beaucoup dans les jours et les semaines à venir. Enfin, troisième limite très importante, le climat. Moi, je ne vais pas accepter de dépenser des dizaines de milliards d'euros pour subventionner les énergies fossiles. Quand je vois certains qui nous disent qu'il faut plafonner le prix du carburant en 1,50 euros, ça coûte entre 40 et 50 milliards d'euros.

Donc, non seulement c'est irresponsable du point de vue financier, mais c'est irresponsable du point de vue climatique. Vous avez vraiment envie que l'argent du contribuable aille au financement du pétrole, du Golfe ou de la Russie.

23:16
Invité

On a entendu ces trois conditions et finalement, ces trois conditions, si on regarde rapidement les propositions de l'opposition, par exemple, un SMIC à 1 500 euros net pour l'ANUP, vous avez évoqué le blocage du prix de l'essence ou la baisse de TVA pour le Rassemblement National. Est-ce que ce matin, vous pourriez nous dire simplement une mesure de l'opposition, quelle qu'elle soit, sur laquelle, oui, il serait possible de trouver un compromis ? Est-ce que vous avez déjà ça en tête ?

23:43
Bruno Le Maire

Bien sûr. Par exemple. Je regarde les propositions qu'ils ont faites, je critique durement parce que je pense que c'est une proposition qui n'est pas responsable. Proposition de plafonnement à 1,50 euros des carburants. D'ailleurs, je vais tout à l'heure au Sénat. Je sais que beaucoup de sénateurs, les Républicains, ont eux-mêmes torpillé cette proposition. Donc, ils le font à ma place. En revanche, quand on regarde les questions d'heures supplémentaires, de défiscalisation, est-ce qu'il y a encore des marges de manœuvre ? Là, on est exactement dans la cohérence de notre projet qui est de valoriser ceux qui travaillent et de mieux rémunérer ceux qui travaillent. Pourquoi pas ?

J'ai proposé une indemnité carburant-travailleur qui, aujourd'hui, est limitée à toutes les personnes qui ont un niveau de revenu de l'ordre de 1 260 euros net par mois pour une personne seule. Un revenu fiscal de référence de 14 000 euros. Pour être tout à fait précis, c'est ce qu'on appelle le cinquième décile en termes techniques. J'ai déjà entendu des parlementaires qui me disent « Cinquième décile, c'est un peu bas. Est-ce qu'il ne faut pas remonter pour toucher encore un peu plus les classes moyennes ? » Je trouve que ce sont des dispositions qui se regardent.

Donc, moi, une fois encore, j'arrive avec un état d'esprit très ouvert à la recherche du compromis mais dans un cadre qui est celui qui me paraît responsable pour le pays et surtout conforme aux choix qu'ont fait les Français au moment de l'élection présidentielle en soutenant le projet du président de la République.

24:59
Présentateur

Y compris à l'égard du Rassemblement national, Bruno Le Maire ?

25:01
Bruno Le Maire

Je regarderai toutes les propositions qui seront faites. J'ai répondu à tous les députés de la même manière. Tous les députés qui sont à la Commission des finances et qui sont à l'Assemblée nationale sont des élus de la République. Je souhaite qu'ils se comportent tous comme des républicains, c'est-à-dire ouverts au débat, ouverts au dialogue mais je parle à tous les élus de la République.

25:24
Invité

Très vite, une dernière question. Boris Johnson vient de démissionner en Grande-Bretagne. Vous poussez un ouf de soulagement là ce matin ?

25:33
Bruno Le Maire

Ben, ça prouve en tout cas que le Brexit mêlé au populisme, ça ne fait pas un bon cocktail pour une nation. Lorsqu'on verra ce que laisse Boris Johnson derrière lui, je ne suis pas sûr que ce soit très brillant.

25:48
Présentateur

Il ne va pas vraiment vous manquer ni à Emmanuel Macron visiblement.

25:51
Bruno Le Maire

Non, mais personnellement, non, il ne me manquera pas.

25:54
Présentateur

Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, invité du 8.30 France Info ce matin. Merci beaucoup. Merci à vous. Jean-Jérôme Bertolus.

Impôts, pouvoir d'achat et démission de Boris Johnson... Le 8h30 franceinfo de Bruno Le Maire — Bruno Le Maire · Pourquijevote