Cancers : plus de cas... et plus de guérisons - C dans l’air - l’invité - 05.06.2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
X-TRA, la lessive numéro 1 en France. ... - A. de Tarlé: J.-E.Bibault, bonsoir.
Vous êtes professeur en oncologie, en radiothérapie à Paris-Cité. Vous êtes praticien à l'hôpital Georges Pompidou, auteur de "Cancer Confidential". Faut-il y voir une libération de la parole ou un phénomène inquiétant?
De plus en plus d'hommes et de femmes politiques font état de leur cancer. Il y a eu Y.Braun-Pivet, au début de l'année, qui a révélé avoir lutté contre un cancer, N.Mayer-Rossignol, maire de Rouen.
Cette semaine, l'ancien ministre de la Santé, A.Rousseau, qui a reconnu...
Il a dit devant l'Assemblée nationale qu'il était atteint d'un cancer. Il s'en est expliqué hier sur France 2 aux 4V. - A.Rousseau: Je me dis souvent...
On est à l'Assemblée nationale, on parle de sujets pas si loin de la vie des gens. De l'autre côté, le cancer, c'est de la solitude, le sentiment de solitude. C'est un sujet à part entière.
En même temps, c'est des millions de gens qui en souffrent, 400 000 nouveaux cas par an. Ca peut faire du bien de dire qu'on est face à ça, la société face à ça. Le point que je soulignais, c'est qu'on est sans doute face à une épidémie émergente avec des gens de plus en plus jeunes.
Il faut qu'on en parle, qu'on le traite. Il faut qu'on soit forts sur ce sujet. - A. de Tarlé: "Une épidémie avec des gens de plus en plus jeunes", vous le constatez? - J.-E.Bibault: Oui.
Les gens sont de plus en plus jeunes. Ca touche principalement les cancers digestifs, le cancer du côlon. En France, 1 personne sur 2 est touché par un cancer au cours de sa vie.
Forcément, il y a des gens connus et pas connus. Il faut qu'on travaille sur la déstigmatisation. - A. de Tarlé: Est-ce qu'on sait pourquoi le cancer touche des gens jeunes?
Avant, on parlait du tabac et de l'alcool. Il y a autre chose qui se prépare... "Nous passons à côté de quelque chose", dit "Le Parisien" en parlant de l'explosion du cancer chez les jeunes. - J.-E.Bibault: Des études ont été publiées aux Etats-Unis.
On avait l'impression qu'il y avait des patients jeunes qui faisaient de l'activité physique, qui faisaient attention à ce qu'ils mangeaient, et qui, malgré tout, avaient des maladies cancéreuses. Aucune piste n'est absolument certaine. L'une des principales, c'est les microplastiques qu'on a un peu partout, dans ce que l'on mange et dans ce que l'on boit.
On a du mal à lutter contre ça. - A. de Tarlé: Parmi les suspects, il y a aussi les pesticides, la nourriture ultratransformée...
Je vous laisse commenter... - J.-E.Bibault: Très clairement, il y a une part de la pollution qui est encore relativement incomprise et méconnue.
On a certains agents, notamment le chlordécone, pour le cancer de la prostate, qui sont identifiés. - A. de Tarlé: Pesticide utilisé notamment en Martinique pour la culture de la banane. - J.-E.Bibault: Oui.
C'est interdit, mais le problème, c'est que quand c'est dans les sols, ça persiste un siècle. Il y a des thématiques là-dessus. Ce que l'on fait peut avoir des répercussions. - A. de Tarlé: Vient de s'achever à Chicago la grand-messe annuelle sur le cancer.
Il y a un suspect: la chaise. - J.-E.Bibault: Exactement.
Il y a eu pas mal d'annonces positives. C'est un grand congrès où il y a 40 000 à 50 000 cancérologues qui se retrouvent. Il y a eu beaucoup d'annonces, notamment sur l'immunothérapie dans le cancer du sein, du poumon.
Il y a un essai qui est intéressant et qui incrimine le problème du manque d'activité. Chez les personnes qui avaient un cancer du côlon, qui ont été opérées...
Les personnes qui font de l'activité physique ont moins de récidives et survivent plus longtemps que les personnes qui n'ont pas d'activité physique. Clairement, on le savait déjà dans le cancer de la prostate. Là, on le montre de nouveau de manière très forte dans le cancer du côlon.
L'activité physique, c'est quasiment un médicament très puissant. - A. de Tarlé: Faire du sport...
Si Y.Braun-Pivet a révélé qu'elle avait eu un cancer du sein, c'était pour "encourager les femmes à se faire dépister". Elle l'avait elle-même négligé, le dépistage.
Pourquoi rechigne-t-on autant au dépistage? Personne n'a envie de s'entendre dire qu'il a un cancer. - J.-E.Bibault: Il y a des facteurs intrinsèques liés au fait qu'on a envie de faire l'autruche, qu'on a peur de trouver... - A. de Tarlé: Le cancer, c'est la mort. - J.-E.Bibault: Pour l'instant, c'est associé à ça.
En réalité, il y a énormément de progrès. On n'a jamais eu autant de guérisons de personnes atteintes de cancer. C'est des facteurs intrinsèques.
Il y a des facteurs extrinsèques: les délais de dépistage, la douleur que ça peut faire avec la mammographie...
Il faut qu'on fasse mieux. En France, 60 % des personnes qui devraient faire le dépistage le font pour le cancer du sein. Le dépistage du cancer du sein sauve des vies, notamment quand on est diagnostiquée à un stade précoce.
C'est plus simple à traiter, ça laisse moins de séquelles et ça permet d'avoir une meilleure guérison. - A. de Tarlé: Le cancer, c'est associé à la mort, mais ce n'est plus vrai.
Des cancers qu'on disait mortels...
Le cancer du poumon qui avait un très mauvais pronostic...
Maintenant, s'il est dépisté tôt... - J.-E.Bibault: Il y a le poumon et le mélanome qui sont traités par l'immunothérapie.
C'était des cancers redoutables avec une survie de 10 à 15 %. Maintenant, on est au-delà de ça. On a amélioré les choses.
Le diagnostic d'un cancer, même au stade métastatique, n'est plus synonyme de sentence de mort, mais plutôt synonyme d'une maladie chronique, comme un problème cardiaque. On va tendre vers ça. C'est une vraie lueur d'espoir. - A. de Tarlé: Il ne faut plus paniquer à l'idée d'avoir un cancer.
Il faut se dire que c'est comme si on avait de l'hypertension. Ca se soigne? - J.-E.Bibault: Il faudrait.
Il faut qu'on arrête de stigmatiser cette maladie et qu'on ait une perception aussi terrible que celle qu'on a actuellement. - A. de Tarlé: On n'a pas forcément envie de se retrouver dans la situation de celui qu'on plaint, de susciter de la commisération. - J.-E.Bibault: J'encourage chaque personne à vivre comme elle le souhaite.
Il y a des personnes qui ont envie d'en parler, d'autres non. C'est leur droit. On va le respecter.
Ce qui va vraiment changer, c'est le fait qu'on en parle de plus en plus, y compris des gens qui sont "connus", et que ça va, pas le banaliser, mais le rendre plus supportable. - A. de Tarlé: Vous parliez des progrès qui ont été réalisés grâce à l'immunothérapie.
Il y a eu ce grand congrès à Chicago. C'est quoi, l'immunothérapie? Ca renforce le système immunitaire de tout un chacun? - J.-E.Bibault: Pas exactement.
C'est plutôt libérer le système immunitaire des patients. Chaque patient a un système immunitaire qui est censé bien fonctionner mais qui est freiné par la maladie cancéreuse. On a des molécules qui permettent de lever ce blocage et de relibérer le système immunitaire classique.
Il y a une étude qui a été intéressante, sur le moment de la journée où on fait l'immunothérapie. On a comparé si on la faisait avant 3h ou après 3h. Les patients qui reçoivent une immunothérapie tôt dans la journée ont une réponse bien supérieure.
Il y a sûrement des rythmes circadiens du système immunitaire qui expliquent ça. Il y a des choses qui ne coûtent pas cher mais qui permettent d'améliorer la prise en charge des patients. - A. de Tarlé: C'est de moins en moins douloureux, les traitements. - J.-E.Bibault: La prise en charge des symptômes, parmi lesquels la douleur, ça peut passer par des médicaments, par la radiothérapie et de traitement avancé.
La radiothérapie est de plus en plus précise. Ca peut aussi être de la radiologie interventionnelle. C'est comme faire une chirurgie sous scanner avec des aiguilles.
L'ensemble de cet arsenal thérapeutique fait que la douleur que l'on peut avoir liée au cancer est de moins en moins importante. - A. de Tarlé: On parlait de cancers de plus en plus jeunes.
C'est plus grave d'avoir un cancer quand on est jeune que quand on est âgé? Autrefois, on disait que quand on était âgé, les cellules se reproduisent plus lentement, donc le cancer va être plus long à métastaser. C'est faux? - J.-E.Bibault: C'est faux.
Malheureusement, on a l'impression que les patients qui sont touchés jeunes ont des formes parfois plus agressives. On a un peu du mal à l'expliquer. C'est préoccupant. - A. de Tarlé: On en guérit de plus en plus.
Explosion du cancer chez les jeunes. L'institut Gustave-Roussy entend en guérir 80 % d'ici 2040. - J.-E.Bibault: En pédiatrie, il y avait des maladies redoutables.
Maintenant, les cancers pédiatriques, c'est 98 % de guérison. On a de l'espoir à avoir. - A. de Tarlé: Un jour, on dira "c'est pas grave, c'est un cancer"? - J.-E.Bibault: J'espère. - A. de Tarlé: Merci beaucoup.
Alain Pompidou