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interviewGroupe RN - Assemblée· 4 mars 2025 28 min

Discours de Marine Le Pen sur la situation en Ukraine.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

11:59
Présentateur

Il a dit que l'Europe et la France étaient au carrefour, mais que depuis trois ans, le président Macron faisait tout et son contraire. Maintenant, place à la présidente du groupe du Rassemblement National, ici à l'Assemblée, Marine Le Pen. Les députés du Rassemblement National ne se sont pas exprimés avant la prise de parole de leur chef. On écoute tout de suite.

12:22
Marine Le Pen

Monsieur le ministre, chers collègues, je résiste avec héroïsme à l'indéfendable agression russe. Je souhaite me tourner en commençant mon propos. Si cet héroïsme nous oblige, il nous force aussi à la franchise. Je l'ai dit à maintes et maintes reprises, il ne peut y avoir d'issue militaire à ce conflit. L'Ukraine ne peut pas gagner, qui n'est pas une option compte tenu des risques d'escalade vers une guerre mondiale entre puissances nucléaires. Et heureusement, grâce au courage et à l'Occidentale, il y a un vainqueur de ce conflit.

Raison de soutenir aux côtés de ses alliés l'Ukraine et les Ukrainiens, et je salis ces milliers de Français qui ont accueilli les réfugiés de cette guerre, ces maires, qui ont l'engagement dans un contexte budgétaire fortement dégradé. De fournir à la représentation nationale un bilan des aides fournies à l'Ukraine, y compris à travers l'Union Européenne, permettre de comprendre les intérêts des avoirs russes gelés qui ont, j'ai l'impression, été promis comme source de financement pour bien trop de sujets.

C'est aussi permis de s'inquiéter de l'abandon progressif par la France de son rôle singulier de puissance d'équilibre, passant d'un extrême à l'autre au cours des derniers mois, sans ligne politique clairement définie et encore moins comprise. Une politique étrangère et de sécurité efficace et conforme à nos intérêts se fonde sur les faits, sur les réalités, sur la compréhension des failles que les rapports de force peuvent nous permettre d'exploiter pour faire prévaloir nos objectifs, bien davantage que sur les emportements, les émotions, voire les manifestations du Brice. Nous allions, ministre des Finances, déjà oublier.

En un mot, il est incontestable que nous devons soutenir l'Ukraine pour qu'elle reste souveraine et libre. Mais nous devons le faire avec réalisme et en gardant à l'esprit nos propres intérêts nationaux, plus qu'avec des coups de menton dépourvus des faits. A l'Ukraine, une adhésion à l'OTAN, alors que nous savons que cette option a été une justification à l'agression russe, et est clairement rejetée aujourd'hui par les États-Unis. L'Ukraine à l'Union européenne va incontestablement à l'encontre de nos intérêts. Cette adhésion coûterait des milliards d'euros à la France. Elle créerait une nouvelle distorsion de concurrence sur le marché du travail, impactant fortement notre modèle social.

Et sa première conséquence serait à coup sûr la ruine de nos agriculteurs, par l'effet conjugué de la baisse massive de la PAC pour la France, et par la concurrence déloyale que créerait cette adhésion. Le soutien à l'Union apparaît donc comme un risque majeur pour la paix et pour nos intérêts. En février, j'écrivais aux Français, en février 2023, « J'écrivais aux Français, il est parfois plus difficile de faire la paix que de se laisser entraîner dans le flot des événements. Les logiques de bloc ou les passions irraisonnées, c'est le propre des grandes puissances de savoir s'en extraire pour rechercher avec une sereine autorité les moyens de la diplomatie.

C'est la vocation historique et morale de la France, dans une position indépendante, de faire entendre la voix d'un pays dont le sacrifice dans les guerres donne crédit à sa volonté sincère de paix. Jamais ces dernières années, le monde n'a eu autant besoin de la France, de sa voix, de la bienveillante autorité de sa diplomatie, de ses capacités d'influence sur les grandes puissances. En matière de politique étrangère, l'un des maîtres mots doit être la constance. Les virevoltes du président de la République sur le conflit ukrainien n'ont pas permis à la France de peser significativement.

Malheureusement, d'un chimérique, nous avons la conviction que la défaite de la Russie est indispensable à la sécurité et à la stabilité de l'Europe. Le 27 février 2024, un autre souhait est qu'il puisse y avoir des conflits qui s'arrêtent, une trêve mesurable, vérifiable, qui permette la négociation d'une paix durable le 20 février 2025. Constatez ce grand écart, conséquence d'une politique de gribouille peu lisible, évoluant au jour le jour, sans vision construite. C'est à Washington où il n'a été finalement question que de pouvoir exister.

Mais évidemment, ce grand écart qui frise avec le concept des injonctions contradictoires est aussi celui des Etats-Unis, dont le président Zelensky a malheureusement fait les frais à Washington. Monsieur le Premier ministre, chers collègues, il ne faut pas être naïf. Si l'inflexion profonde des Etats-Unis vis-à-vis du conflit ukrainien vise à un arrêt des combats sans capitulation ukrainienne pour espérer arriver à un accord de paix, elle n'en demeure pas moins guidée par la défense des intérêts américains, en particulier économiques.

Outre l'accord sur les terres rares, chacun aura compris le calcul consistant à éviter la consolidation d'un axe Russie-Chine, une des conséquences de l'intransigeance occidentale vis-à-vis de la Russie ces dernières années. Alors, seul continent où l'on s'interdise toute réflexion stratégique. Le courage, c'est de dialoguer, y compris face à des dirigeants avec lesquels nous avons des profonds désaccords. Avec courage les obstacles qui les menacent. Comme je l'ai déjà dit, la paix semble aujourd'hui difficile. Faut-il pour autant ? Je ne le crois pas.

Pour agir pour une paix solide et durable, pour reprendre les mots du président de la République, il faut, comme je le propose depuis désormais trois ans, organiser une conférence sur la paix, qui mette autour de la table les nations. Ceux-ci, bien sûr, les Etats-Unis, la France, la Turquie et l'Allemagne, la République tchèque, la Suède, la Norvège, l'Italie et la Bulgarie. Cette liste n'est bien sûr pas exhaustive. Discuter doit éviter, comme ce fut par exemple le cas du traité de Versailles, de contenir les germes de la guerre d'après. Autrement dit, au-delà de la question des frontières, ça doit être aussi posé la question, par exemple, du périmètre de l'OTAN.

Face à la nouvelle donne géopolitique majeure qui émerge, dont l'une des faces est la fin de la naïveté devant la mondialisation heureuse et la nécessité du réarmement national, je suis convaincu que la France peut retrouver sa place si singulière dans le concert des nations. Et qu'elle doit pour cela renouer avec ce pacte 20 fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde, pour reprendre les mots du général de Gaulle à Londres en 1941.

Au-delà des caméras, entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, illustre une remise en cause du droit international, alors que dans bon nombre de nations, nous constatons l'arrivée aux responsabilités de dirigeants qui font de la défense des intérêts de leur pays un objectif premier de leur politique. Je reste convaincu que la France a encore quelque chose à offrir au monde. Historiquement, la France a toujours défendu les nations et leur liberté. Elle doit renouer avec sa vocation de puissance, de paix et de concorde.

C'est dans ce sens que, vous le savez, j'ai proposé il y a quelques mois une déclaration des droits des peuples et des nations pour offrir un outil supplémentaire dans le droit international. Cet outil vise non seulement à préserver la sécurité des peuples et des nations, mais aussi leur liberté face aux ingérences étatiques ou privées. Puisque j'évoque la question de la sécurité des nations, et que vous avez, M. le Premier ministre, évoqué cette question dans votre déclaration, il m'apparaît nécessaire de rappeler quelques principes clairs. Tant j'ai pu entendre récemment des propos et des propositions qui m'apparaissent extrêmement dangereuses pour notre pays.

Grâce à la volonté du général de Gaulle, le savoir-faire de nos ingénieurs et à l'effort budgétaire consenti par les Français, notre pays est aujourd'hui l'une des rares nations dotées de l'arme nucléaire. La dissuasion permet à notre pays de vivre en paix depuis plus d'un demi-siècle. Et reste la clé de voûte de notre sécurité et de notre modèle d'armée. C'est précisément parce que la dissuasion est au centre de notre modèle d'armée que nous ne pourrons jamais soutenir une chimérique défense européenne. nationale dans le comité des plans nucléaires de l'OTAN, comme l'a proposé une de nos collègues macronistes.

Depuis désormais quelques années et encore vendredi dernier, le président de la République, pourtant garant de l'indépendance nationale et donc de son plus puissant outil, l'arme nucléaire, par une communication au mieux hasardeuse au pire parjure, fragilise notre modèle de dissuasion. Et malheureusement, ces propos ont percé à l'étranger le partage de notre dissuasion devenant un sujet dans certaines capitales européennes. Alors permettez-moi de rappeler à nouveau que partager la dissuasion, c'est l'abolir. Le feu nucléaire, degré suprême de la souveraineté, est un absolu. Un absolu ne se relativise pas, sauf à ne plus exister.

Déclencher le feu nucléaire est indissociable d'une légitimité nationale et populaire. Et on ne dissuade un agresseur potentiel qu'en le laissant dans l'incertitude. Incertitude du point de non-retour justifiant une première salve du moment choisi pour la déclencher et des cibles choisies, mais surtout incertitude du contenu symbolique assigné aux intérêts vitaux. ...européenne. Cela n'empêche nullement l'industrielle avec nos partenaires européens. Sur un, de choisir de s'équiper auprès de la base industrielle de défense française ou européenne, plutôt que de choisir quasiment systématiquement des équipements extra-européens, en particulier américains. Un seul exemple.

Grande-Bretagne, quelques heures après les décisions communes, avec Emmanuel Macron. Je ne peux que me résoudre, que le concept de priorité européenne soit désormais normalisé, mais je ne vois pas en quoi nous avons besoin de passer par le filtre souvent détériorant de l'Union européenne pour le rendre opérationnel. Je rappelle ici à Mme von der Leyen que la politique de sécurité et de défense n'est pas une compétence de la Commission, mais celle des États. Du modus en paradis constant, subi par la Commission, de s'arroger à chaque crise et contre les traités de nouvelles compétences.

La sécurité de l'Europe ne passera pas par une défense européenne, mais par le renforcement concerté des défenses de chacune des nations européennes. L'effort de défense doit également passer par un renforcement de notre base industrielle, qui a besoin d'une énergie abondante et bon marché, de simplification réglementaire et d'accès solide au financement. La réalité économique nous compterait à souligner que, malgré les discours vaniteux, Emmanuel Macron et l'Union européenne portent une lourde responsabilité dans la crise profonde que vit notre industrie.

L'épisode de l'usine d'obus Eurinco, dont l'agrandissement a été bloqué à cause d'un batracien, comme les ventes massives et irresponsables de nombreuses entreprises stratégiques au cours des dix dernières années, illustre tristement que l'économie de guerre du président Macron était bien un slogan et non une réalité de terrain. Grâce à nos savoir-faire, à nos industries, nous pouvons et même nous devons jouer un rôle important pour garantir la sécurité de l'Europe et de main de l'Ukraine. L'idée présentée il y a quelques jours par M. le ministre des Armées de constituer des stocks d'armes dissuasifs pour l'Ukraine me paraît aller dans le bon sens.

Cela ne doit bien entendu pas se faire au détriment des armées françaises. De même, un accord sur les matières premières m'apparaît également gagnant-gagnant. En revanche, je considère que l'envoi de troupes françaises combattantes sur le sol ukrainien est une folie. Seule une éventuelle participation à une opération sous mandat casque bleu pourrait être envisageable. Enfin, ni de sécurité. Et pour le sujet qui nous occupe aujourd'hui, pas de retour de la France dans le tour de table du dossier ukrainien sans une diplomatie forte, cohérente et guidée par la défense de l'intérêt national.

Je ne suis pas convaincu que le retour de la France à sa juste place dans le concert des nations passe par des vidéos de divertissement par celui qui occupe le fauteuil qui fut celui de Talleyrand. En outre, l'actualité récente, caractère discret, voire secret, de la diplomatie est manifestement une voie privilégiée, même si cette discrétion semble répugnée à Emmanuel Macron. L'arrivée d'une nouvelle administration à la tête des Etats-Unis fait aujourd'hui couler beaucoup d'encre. Je veux, heureux Etats-Unis, nos intérêts ne coïncident pas forcément.

Pour éviter tout risque de vassalisation, il faut sans cesse garder comme ligne de conduite la défense de l'intérêt de la France et des Français. Notre diplomatie, et je conclue, doit ainsi renouer avec ce qui fut sa force, le triptyque indépendance, équidistance, constance, qui donna pendant longtemps à la France cette voie singulière dans le monde, voie que beaucoup de pays, notamment africains, aimeraient entendre à nouveau voie dont l'objectif doit être encore et toujours la paix.

27:35
Présentateur

Je vous remercie. Voilà donc pour la prise de... ...

27:44
Locuteur

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