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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 10 novembre 2021 24 min

Bruno Le Maire : "Il faut ouvrir de nouvelles concertations" sur l'âge de départ à la retraite

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le ministre de l'économie, des finances et de la relance. Il publie un éternel soleil chez Albin Michel en librairie aujourd'hui. Vos questions amis auditeurs au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et l'application mobile de France Inter. Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour Nicolas Demorand. Et merci d'être au micro d'Inter ce matin. On va parler dans quelques instants de ce livre qui fait le bilan du quinquennat d'Emmanuel Macron et se projette sur les années à venir. Un livre qui est aussi une réflexion sur le pouvoir politique, ses limites, sur la profonde et peut-être inquiétante mutation des individus et des citoyens à l'âge numérique.

Mais commençons par l'allocution télévisée d'Emmanuel Macron. Hier soir, près d'une demi-heure, 27 minutes, quelques annonces sanitaires, on va en parler. Avez-vous vu Bruno Le Maire hier soir un président ou un candidat à la télévision ?

0:55
Bruno Le Maire

Non, j'ai vu un président de la République à la tâche, au travail et fermement déterminé à poursuivre son action jusqu'au dernier jour de son mandat. Et je pense que c'est exactement ce que les Français attendent du président de la République.

1:09
Invité

Les réactions politiques sont dures. Ils n'ont pas vu la même chose que vous. Pour Marine Le Pen, la troisième dose n'aura été qu'une excuse pour faire un discours de campagne. Valérie Pécresse, à notre micro tout à l'heure, parle d'un hold-up médiatique du président qui a instrumentalisé le Covid. Quant à Olivier Faure, il estime qu'il manquait juste la dernière phrase. C'est la raison pour laquelle je suis à nouveau candidat à la présidence de la République.

1:31
Bruno Le Maire

C'est la preuve que l'intervention était réussie. C'est la susciter autant de réactions de la part des oppositions. Avoir un président de la République qui vous dit, voilà, comment est-ce que nous allons garantir la protection sanitaire des Français face à un risque de retour du Covid. Je pense que c'est sa responsabilité. Avoir un président de la République qui dit aux Français, mais dans le fond, vous avez très bien réussi. Et quand vous regardez la situation où nous sommes du point de vue économique après la crise, elle est meilleure qu'avant la crise. Mais c'est sa responsabilité de donner confiance aux Français.

De leur montrer à quel point cela marche en France, à quel point nous sommes capables de nous redresser. C'est peut-être le rôle des oppositions d'expliquer que tout va mal et rire aussi bien que ce que l'on pensait. Nous, notre responsabilité, c'est de donner confiance aux Français.

2:14
Invité

Que c'est un Milan en trompe-l'œil.

2:16
Bruno Le Maire

Oui, je regrette cette incapacité. Vous l'avez entendu. Je l'ai entendu, je l'ai écouté avant de venir chez vous. Ce que je regrette, je ne dis pas ça en particulier pour Valérie Pécresse ou pour qui que ce soit, mais pourquoi est-ce que dans l'opposition, on ne ferait pas cet effort de reconnaître quand les Français ont réussi quelque chose ? Pourquoi est-ce qu'on ne changerait pas d'attitude politique pour se dire, là-dessus, nous sommes en désaccord avec le président de la République ou avec son ministre de l'Économie et des Finances ?

Mais quand on regarde les résultats de la France au lendemain de cette crise, la meilleure performance en termes de croissance des pays de la zone euro, un niveau de chômage qui est plus bas après la crise qu'avant la crise, un investissement qui est bien orienté, un territoire qui est devenu le plus attractif pour les investissements étrangers, pourquoi est-ce qu'on ne serait pas capable d'avoir l'humilité de se féliciter collectivement des succès des Français ? Je pense que le débat politique y gagnerait beaucoup.

Quand ensuite certains nous disent, mais attendez, il y a quand même une difficulté, je le dis d'ailleurs dans mon livre, c'est un des éléments sur lesquels je pense qu'il faut que nous travaillions, c'est la balance commerciale extérieure. Est-ce que ça ne fait pas plus progresser le pays ? De dire, on est en train de gagner la bataille sur le chômage, on a gagné la bataille de la croissance, on a bien protégé notre économie, mais il reste maintenant un sujet sur lequel tous, collectivement, nous allons faire un effort, c'est la balance commerciale extérieure. Je suis persuadé que le débat politique y gagnerait.

3:38
Présentateur

On vous entend Bruno Le Maire dire que la France a bien géré la pandémie, mais comment expliquez-vous, alors que le Conseil d'analyse économique classe la France 26ème pays sur 38, en prenant en compte des données économiques comme le maintien de l'activité, mais aussi des données sanitaires comme les indicateurs de surmortalité ?

3:56
Bruno Le Maire

Pardon. Moi je regarde ce que vient de dire le Fonds monétaire international, si vous voulez prendre des avis et qu'il soit totalement indépendant, et qui classe la France comme un des pays qui a le mieux réussi à protéger ses salariés et ses entreprises pendant la crise, et un des pays qui a réussi le mieux en Europe sa reconquête économique. Et je crois que ça doit être un motif, une fois encore, de confiance et de fierté pour les Français.

4:20
Présentateur

Sur le sanitaire encore, le Président de la République a confirmé que l'obtention d'un pass sanitaire valide serait bien conditionné à l'injection de la troisième dose de vaccin pour les personnes les plus fragiles. Est-ce que la pédagogie a échoué Bruno Le Maire ? Il faut désormais passer à la contrainte. Et deuxième question, est-ce que vous redoutez que ce pass sanitaire nouvelle manière ait des conséquences négatives sur l'économie ?

4:42
Bruno Le Maire

J'ai dit à votre micro il y a quelques mois que le pass sanitaire, même s'il suscitait des inquiétudes chez les restaurateurs, chez les hôteliers, avant qu'on le mette en place, était la meilleure protection face au risque de retour de l'épidémie. Je vous redis exactement la même chose. Et je sais que tous les professionnels qui nous écoutent, je les ai rassemblés il y a une semaine, j'ai vu les hôteliers, les restaurateurs, les centres commerciaux, les grands magasins, tous avaient une certaine inquiétude en disant mais ce pass sanitaire, est-ce qu'il n'est pas trop contraignant ?

La réalité, c'est qu'il a protégé les Français, qui nous a permis d'éviter le retour d'une vague épidémique forte comme celle que l'on voit dans certains pays européens, donc c'est efficace. Bien entendu qu'on préférerait s'en passer, mais ça nous permet d'éviter un retour de l'épidémie et donc de garantir un bon fonctionnement de notre école.

5:29
Présentateur

Et donc il faut un peu plus de contraintes ?

5:31
Bruno Le Maire

Il faut un bon équilibre entre la responsabilisation et des obligations pour chacun parce que nous sommes une société, c'est dommage de devoir le rappeler, mais nous ne sommes pas, je parle beaucoup de ce sujet dans mon livre, nous ne sommes pas qu'une somme d'individus. Nous sommes une nation, une société, avec par conséquent des devoirs collectifs qui nous permettent à chacun de vivre collectivement ensemble de la meilleure manière possible.

5:54
Invité

D'ailleurs vous dites, c'est une parenthèse que je fais, mais elle est intéressante dans votre livre, vous vous montrez inquiet sur la montée de l'individualisme à l'âge numérique, le double de l'individu sur les réseaux sociaux est narcissique, quand le double de 1789, le citoyen, était politique, la toile ouvre un piège béant dans lequel peuvent tomber doucement, sans un bruit, le citoyen, l'universel français, la démocratie et la politique. Vous êtes très dur contre les réseaux sociaux.

6:19
Bruno Le Maire

Je suis très dur contre les réseaux sociaux, très dur surtout contre les gens du numérique, et j'essaye dans ce livre de poser les quelques grands débats, les grands défis qui sont devant nous. Je pense qu'un des grands défis devant nous, c'est effectivement que les géants du numérique, les Google, les Amazon, les Facebook, avec leur niveau de capitalisation considérable, avec leur puissance considérable sur nos comportements, sur nos actes d'achat, sur nos voyages, aux déplacements, sur notre monnaie, ne prennent pas la place des états démocratiquement élus.

6:48
Invité

Et là, votre critique, elle est sur les individus.

6:49
Bruno Le Maire

Et la deuxième chose sur laquelle j'insiste, c'est que, moi, ma conviction, c'est qu'on vit mal quand on ne s'engage pas au service d'un projet collectif. Que ne s'occuper que de soi, et que de son double numérique, c'est-à-dire de s'occuper aussi du vide qu'il peut y avoir derrière, peut susciter beaucoup de désarroi, beaucoup d'inquiétudes, beaucoup de sentiments de solitude. Et que la responsabilité politique, c'est justement de porter un projet collectif, et parmi ces projets collectifs, j'estime que la France a un rôle très particulier à jouer, c'est de défendre la culture. Parce que ce qui peut nourrir le vide de ces réseaux numériques et s'y substituer, c'est notre culture.

7:23
Invité

Bruno Le Maire, il y a le grand recul de l'allocution d'hier soir, c'est sur la réforme des retraites. Et c'est à votre regret, vous n'avez jamais caché qu'il fallait la faire et la faire avant la fin du quinquennat, cette réforme des retraites, vous en parlez encore dans votre livre. Mais non, Emmanuel Macron a tranché, les conditions ne sont pas réunies pour l'affaire dès 2022. Mais il va falloir toucher à l'âge de la retraite dès 2022. Est-ce que c'est-à-dire que le système de retraite à points, celui qu'il voulait mettre en place, celui qui a suscité la plus longue grève de la Ve République, ce système à points est enterré ? Si j'ai bien écouté le Président de la République ?

7:57
Bruno Le Maire

Non, je ne crois pas. D'abord, je crois que ce qu'a annoncé le Président de la République est sage et clair. C'est sage parce que ce qu'il a toujours indiqué, c'est qu'on ne pouvait pas engager une réforme de cette importance sans que la pandémie soit totalement derrière nous. Elle n'est pas totalement derrière nous, donc il ne serait pas sage de lancer une réforme de cette ampleur alors que la sécurité sanitaire n'est pas intégralement garantie. C'est clair également parce qu'il a posé les grands piliers de la réforme des retraites. Et ces piliers-là, vous m'avez toujours entendu les défendre.

Allongement de la durée de cotisation avec un report de l'âge légal de départ à la retraite, des garanties sur une retraite minimale parce que je crois que socialement, c'est absolument essentiel, et la suppression des régimes spéciaux. Est-ce que pour autant, il faut abandonner sur le plus long terme cette ambition d'avoir une retraite par points qui est simple, qui est lisible, qui est transparente pour les Français ? Moi, je ne crois pas. Et je crois que les deux sont parfaitement compatibles.

8:50
Présentateur

Et il faut repousser l'âge de départ à la retraite ? À quel âge précisément ?

8:55
Bruno Le Maire

64, 65 ans comme le propose la droite ? Je pense que c'est trop facile d'arriver en donnant un CHI. C'est 64, c'est 65, c'est 67.

9:03
Invité

La droite, elle fixe.

9:04
Bruno Le Maire

Oui, mais très bien. C'est sa responsabilité d'opposition. Édouard Philippe aussi, il fixe. Mais nous, nous sommes aux responsabilités. Et je sais quelles inquiétudes peut susciter ce sujet près de tous ceux qui se disent « Il va falloir travailler plus longtemps, j'ai un métier qui est pédif, j'ai un métier qui est dur. Moi, j'aspire à partir à la retraite. » Donc, avant de prendre une décision, et c'est ce que je défends sans cesse dans mon livre, écoutons tout le monde. Faisons la concertation nécessaire. Regardons quelles sont aussi les compensations qu'ils font donner à ceux qui ont les métiers les plus difficiles. Il y a eu dix-huit mois de concertation.

Et ensuite, nous proposerons un âge légal.

9:39
Invité

Il y a eu un an et demi de concertation sur la réforme des retraites que vous avez proposée.

9:42
Bruno Le Maire

Je reconnais, je crois très clairement dans mon livre, que nous avons échoué sur ce sujet. Et par conséquent, si on veut reprendre les choses bien et de manière solide, il faut ouvrir les concertations, écouter les uns et les autres, et ensuite, fixer un âge légal. Mais le faire a priori, et commencer le débat en disant « ce sera 64, ce sera 65, ça prend d'où à laisser », c'est immédiatement hystériser un débat politique qui a besoin, au contraire, de calme et de sérénité.

10:06
Invité

Une question sur une autre annonce du président de la République qui fait beaucoup parler ce matin. « Les demandeurs d'emploi qui ne cherchent pas un emploi seront désormais radiés du chômage », a-t-il dit. Dominique Seux, qui décryptait cette annonce, dit « c'est du vent de dire ça, parce que ça ne marche pas, c'est irréaliste, on ne peut pas demander aux employés de Pôle emploi. D'aller vérifier ça ». Donc, en fait, c'est une mesure qui ne peut pas marcher, quoi, dans la réalité. C'est irréaliste.

10:32
Bruno Le Maire

C'est pas du vent, Léa Salamé.

10:34
Invité

C'est Dominique Seux qui le dit.

10:35
Bruno Le Maire

Je dirais à Dominique Seux que c'est pas du vent, c'est la loi. Et justement, c'est toujours un problème quand, dans une démocratie, la loi devient du vent. Je pense que c'est un des problèmes majeurs de la démocratie. La loi est là pour être respectée, pour être appliquée. Quand vous regardez sur le site de Pôle emploi, vous voyez qu'il y a des engagements qui ont été déterminés par la loi que le demandeur d'emploi a une obligation, au bout d'un certain nombre de demandes qui ont été faites, qui sont des propositions raisonnables, de les accepter. S'il ne les accepte pas, effectivement, on peut lui retirer ses droits au chômage. C'est la loi.

Le président de la République n'a fait que rappeler la loi et je le redis, la loi ne peut pas être du vent. La loi doit être une règle respectée par tous. Quand on vous fait des offres raisonnables, que vous les refusez systématiquement, il est légitime qu'on vous supprime votre droit au chômage.

11:23
Présentateur

Sur l'énergie, le président de la République a annoncé la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, indispensables avec les énergies renouvelables pour atteindre la neutralité carbone en 2050. On parle de combien de réacteurs nucléaires et à quel moment pourrait démarrer ce chantier qui s'avère colossal ?

11:40
Bruno Le Maire

Je vais vous décevoir, comme sur la réforme des retraites. Je ne veux pas donner de chiffres. Parce que déjà, annoncer que sur la retraite, il faut un report de l'âge légal, c'est déjà une décision politique lourde. Ensuite, on va ouvrir le débat sur l'âge qui sera considéré comme le plus juste et le plus efficace. Sur les réacteurs nucléaires, c'est une décision politique majeure qu'a annoncée le président de la République hier. Donc là aussi, ne nous enfermons pas dans des chiffres. Il vient d'annoncer que pour garantir la neutralité carbone dans les délais que nous nous sommes fixés, il fallait continuer à développer les énergies renouvelables.

Je crois que c'est absolument indispensable et là aussi, pas contradictoire avec le nucléaire. Et en même temps, investir dans de nouveaux réacteurs nucléaires. C'est la première fois qu'un président de la République annonce depuis plusieurs années que nous aurons besoin de nouveaux réacteurs nucléaires pour réussir à atteindre la neutralité carbone dans les années qui viennent. Combien ? Combien est-ce qu'il en faudra ? Est-ce que c'est 6 ? Est-ce que c'est 8 ? Est-ce que c'est 10 ? Je ne peux pas vous le dire. Regardez le rapport de RTE qui est très clair sur ce sujet. Ça dépendra du niveau d'ambition que nous nous fixons. Nous allons avoir un besoin massif d'électricité.

Aujourd'hui, on en consomme à peu près 450 TWh. Si vous voulez arriver à remplir des besoins d'électricité liés à la voiture électrique, à la domotique, à tous les usages électroniques que nous avons indiqués, il faudra 650 TWh. Si vous voulez en plus réindustrialiser le pays, RTE vous dit que c'est 750 TWh. Eh bien, en fonction des ambitions que nous fixons, nous verrons le nombre de réacteurs nucléaires qu'il faudra construire.

13:10
Présentateur

Et ça démarre quand vous refusez de donner un chiffre sur le nom, mais la date, vous avez une idée précise ?

13:15
Bruno Le Maire

Je pense que sur la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, le plus tôt sera le mieux, parce que ça prend du temps, qu'il faut des formations, qu'il faut des compétences. Je considère que le bon niveau d'ambition, c'est celui qui nous permet de relocaliser des industries en France. Et je considère par conséquent qu'il faut accélérer à la fois le déploiement massif des énergies renouvelables et l'investissement dans les nouveaux réacteurs nucléaires. Le plus tôt sera le mieux.

13:38
Présentateur

Yannick Jadot a vivement réagi hier. Emmanuel Macron est décidément l'homme des lobbies, quoi qu'il en coûte pour les Françaises et les Français. Il est l'agent du nucléaire, une électricité deux fois plus chère que celle des énergies renouvelables. Que lui répondez-vous ?

13:53
Bruno Le Maire

Mais les verres nous ont plantés depuis le début. Et là aussi, c'est vraiment la même façon que je critiquais les Républicains quand ils sont incapables de reconnaître les succès de la France. Je suis vraiment désolé de voir un candidat écologiste incapable de reconnaître que nous ne réussirons pas à transition écologique sans le nucléaire, qui est une énergie décarbonée. Je suis consterné de le voir reprendre toujours les mêmes mots. Le lobby. Regardez ce qu'il y a derrière ces mots. C'est toute la vieille politique. M. Jadot veut se présenter comme un homme politique moderne représentant l'environnement moderne. La réalité, c'est qu'il n'y a pas plus d'athée que ce genre de langage.

14:35
Invité

Et le lobby nucléaire n'existe pas ? Mais non, le lobby nucléaire n'existe pas.

14:38
Bruno Le Maire

Ça n'existe pas ? Mais vous avez des représentants de la filière nucléaire qui, je rappelle, représentent des centaines de milliers d'ouvriers, de salariés, d'ingénieurs. C'est eux les lobbies ? C'est les ouvriers qui travaillent dans les centrales nucléaires ? Non, non, ce n'est pas ça les lobbies. C'est les chaudronniers ? C'est les soudeurs ?

14:53
Invité

Non, non, ce n'est pas eux les lobbies.

14:54
Bruno Le Maire

Non, mais d'accord, mais à force d'avoir dénoncé les lobbies, on a aussi fragilisé toute une filière. On a fragilisé les ouvriers, on a fragilisé les salariés, on a fragilisé les chaudronniers, des soudeurs qui travaillent pour la construction de réacteurs nucléaires. Le nucléaire, ce n'est pas un lobby, c'est un savoir-faire français.

15:13
Invité

La loi prévoit que nous arriverons à un mix énergétique de 50% de production de l'électricité par le nucléaire en 2035. Si je vous écoute ce matin, on ne la tiendra pas.

15:24
Bruno Le Maire

Et si vous m'écoutez bien ce matin...

15:27
Invité

Si on va construire de nouveaux EPR, si on va booster le nucléaire, donc on n'arrivera pas à 50-50 avec le renouvelable.

15:33
Bruno Le Maire

Puisque je vous dis qu'il faut en même temps accélérer le déploiement du renouvelable. Je vais vous dire très humblement, ce n'est pas le ministre de l'économie et des finances qu'il faut écouter sur ce qui est nécessaire en termes de besoins énergétiques. Ce n'est pas moi qui ai les connaissances, le savoir-faire. C'est les spécialistes, les ingénieurs, les scientifiques. C'est notamment le rapport RTE. Ce rapport dit très clairement que les besoins d'électricité vont exploser. Moi, ma responsabilité politique, la responsabilité politique du président de la République, c'est de dire aux Français, voilà comment est-ce qu'on peut atteindre la décarbonation totale de notre économie.

Zéro émission de CO2 dans le calendrier que nous nous sommes fixés. Et le rapport de RTE, Léa Salamé, est sans appel. Il donne plusieurs scénarios. Il donne plusieurs scénarios, mais dans tous les scénarios, il indique que sauf à aller dans la voie de la décroissance, qui ne peut pas être la voie pour moi, pour le pays, il faut un mix. Mais si dans le même temps, vous accélérez le déploiement des énergies renouvelables et le déploiement du nucléaire, vous pouvez tenir les 50-50.

16:32
Invité

Encore une dernière question écologie. Elle a copié, et c'était une première, un groupe de 30 pays, dont le Canada et le Royaume-Uni, ainsi que plusieurs constructeurs, dont Ford, General Motors, Mercedes, ont signé un accord pour ne plus vendre aucune voiture thermique en 2035. La France n'a pas signé. Pourquoi ?

16:49
Bruno Le Maire

Nous avons des véhicules thermiques qui continuent à être produits en France. Je ne suis pas au courant de cet accord pour être très clair avec vous. Nous déployons massivement les véhicules électriques en France. Nous avons déployé une filière de batteries électriques. Nous accélérons sur le déploiement des bornes de recharge rapides. La France est totalement engagée dans la voie de l'électrification de l'automobile. Parce que pour autant, il faut signer telle ou telle charte. Je regarderai ça avec attention, mais je ne veux pas vous dire de bêtises sur ce sujet.

17:21
Présentateur

Allez, on file au standard. On nous attend Jean-Pierre. Bonjour, bienvenue Jean-Pierre.

17:27
Auditeur

Oui, bonjour. On vous écoute. Je vais poser la question à M. le maire. Moi, je n'ai pas entendu du tout M. Macron faire allusion aux retraités, ceux qui ont quand même fait la France. Alors moi, je fais partie des retraités qui, avec une pension légèrement supérieure à 1300 euros, ont enlevé 30 euros par mois. Et depuis, nous n'avons aucune augmentation. D'ailleurs, si j'étais contre la politique de Macron dès le départ, c'est à cause de ça. Parce que même la droite, dont est issue M. Bruno Le Maire, n'aurait jamais pris aux retraités comme l'a fait M. Macron.

18:05
Présentateur

Merci Jean-Pierre pour cette question. Bruno Le Maire vous répond.

18:10
Bruno Le Maire

Il n'est pas question, Jean-Pierre, de s'en prendre aux retraités. Vraiment pas question. Ça n'a jamais été notre politique. Lorsque nous avons mis en place, par exemple, l'indemnité inflation, on a beaucoup réfléchi. On s'est dit, est-ce qu'on donne cette indemnité inflation uniquement aux personnes qui travaillent, qui sont obligées de prendre leur voiture pour se rendre sur le travail, ou est-ce qu'on l'élargit aux retraités ? On l'a élargit aux retraités. Et si j'entends, Jean-Pierre, ce que vous me donnez comme montant de pension de retraite, vous toucherez cette indemnité inflation de 100 euros.

Donc vous voyez, on ne laisse pas tomber qui que ce soit, que ce soit les retraités ou que qui ce soit l'autre.

18:44
Présentateur

Fabien Roussel a ce micro lundi parler d'un retraité, de sa circonscription, qui gagne 930 euros de pension. Ses factures gaz-électricité vont passer, nous disait-il, de 68 à 148 euros. Et il ajoutait que le chèque, c'est une fois et une seule, alors que ce retraité doit lui payer tous les mois. Que répondez-vous là aussi à ce cas précis et concret ?

19:07
Bruno Le Maire

Je pense que Fabien Roussel sur ce sujet a raison, c'est-à-dire que l'indemnité, elle est ponctuelle. La protection que nous apportons, elle est massive, avec le plafonnement des prix de l'électricité, le gel des prix du gaz annoncé par le pré-ministre Jean Castex. C'est des décisions qui protègent les Français, mais la solution, et là je rejoins Fabien Roussel, c'est des solutions long terme, ça fait 15 jours, encore hier, que je me bats au sein du Conseil des ministres des Finances européens pour qu'on ait une réforme du marché européen de l'énergie. Je ne lâcherai rien là-dessus. Nous ne pouvons pas avoir un prix de l'électricité qui dépend du prix du gaz.

Parce que lorsque le prix du gaz explose, nous qui avons une électricité qui n'est pas chère, grâce à ces fameux réacteurs nucléaires, on paye le prix fort. Donc là où je rejoins Fabien Roussel, c'est que nous avons besoin d'une politique de long terme qui permette de garantir des prix stables et des prix contenus à l'ensemble des ménages français.

19:59
Invité

Dans votre livre sur la démocratie elle-même, vous faites un constat sombre Bruno Le Maire. Nous sommes au bord de la crise de régime, institutions épuisées, organisations politiques dépassées, la représentation nationale s'efface, ne pèse plus, contrôle sans instrument ni pouvoir de riposte. Il faut engager un processus de refondation politique. Et vous parlez de baisser le nombre de parlementaires, de diminuer le nombre de ministres, ça c'est pour les pistes. Que ne l'avez-vous pas fait jusque-là ? C'était la grande promesse, la refondation politique.

Une des grandes promesses du candidat Emmanuel Macron, il y a cinq ans, de changer les institutions de la France, d'avoir moins de députés, moins de sénateurs, de bouleverser tout ça. Vous ne l'avez pas fait.

20:38
Bruno Le Maire

Alors si rien n'avait été fait, effectivement je serais un peu gêné aux entournures. Mais je vous rassure, je ne le suis pas du tout parce que je pense que nous avons commencé et qu'il faut poursuivre et accélérer. Nous avons supprimé l'ENA. Nous avons supprimé le cumul des mandats entre un mandat de parlementaire et un mandat de maire. Nous avons lancé, et c'était l'initiative du président de la République, ce grand débat qui a été une vraie rénovation politique. Ensuite on a été bloqué, je le rappelle, par la majorité, les républicains au Sénat, sur la réduction du nombre de parlementaires. Le Sénat a fait preuve d'un conservatisme complet sur ce sujet.

Je suis persuadé qu'il faut reprendre le fil de la transformation de la vie politique française. Et qu'on garde une capacité d'étonnement, je dirais même une capacité de révolte. Dans quelle démocratie on accepte encore qu'un haut fonctionnaire qui fait de la politique ne démissionne pas de la haute fonction publique ? La dernière démocratie qui accepte encore cela, c'est la France. Dans quelle démocratie on accepte qu'il y ait encore des gouvernements qui soient aussi pléthoriques ? La France. Dans quelle démocratie on accepte que le Conseil... Réduisez le nombre de ministres ! C'est les convictions que je défends...

21:45
Invité

C'est pas le Sénat qui bloque le nombre de ministres...

21:47
Bruno Le Maire

C'est les convictions que je défends et que je continuerai à porter. Nous avons un Conseil constitutionnel, la composition est politique. Les responsables politiques qui composent ce Conseil sont tous respectables et de haut niveau. Mais comment est-ce qu'on peut garantir l'indépendance de la plus haute juridiction si ces représentants viennent de bancs politiques et ont défendu tout au long de leur vie politique des convictions personnelles ? Il faut refonder de A à Z notre vie politique. J'ai aussi une réflexion dans ce livre qui va paraître plus anecdotique mais que je crois très importante. Sur les lieux de pouvoir. On ne peut pas rester dans les palais de la République.

On décide mal, on réfléchit mal, on travaille mal... Oui, ça c'était déjà dans votre ancien livre, ça.

22:26
Invité

Vous voulez sortir... Vous faisiez un éloge de Bercy parce que Bercy est le seul bâtiment moderne par rapport aux autres palais et aux dorures de la République.

22:37
Bruno Le Maire

Léa Salamé, est-ce que les entreprises ont changé ? Est-ce qu'elles ont changé dans leur mode de travail ? Oui. Est-ce que les lieux de travail ont changé ? Oui. Est-ce qu'on a modernisé dans les entreprises, dans un certain nombre de lieux de travail, la manière de travailler ensemble ? Oui. Quel est le dernier lieu où on ne change rien ? C'est la vie politique. Mais ne vous étonnez pas qu'ensuite les Français se détournent de nous, s'ils se disent tout le monde change, sauf vous. Vous avez changé ! Moi je suis déjà dans un bâtiment moderne.

Et je veux dire à tous ceux qui veulent faire de la politique, le co-working, les espaces dépouillés, la simplicité sont plus efficaces en politique que les dorures de la République.

23:12
Présentateur

Le canard enchaîné rapporté fin octobre, qu'Emmanuel Macron aurait dit qu'avec cette pré-campagne, les Français vont finir par se dire que les ministres ne foutent rien et qu'ils passent leur temps à écrire des livres.

23:24
Invité

Qui est rajouté qu'ils ne se vantent pas. Vous savez, vous savez.

23:26
Présentateur

Connexion à l'inflation littéraire, Blanquer, Schiappa, Vargon, El Haïri, Grégoire, Moreno, Pannier-Runacher, entendez, mais vous, maintenant, c'est une rage là !

23:36
Bruno Le Maire

On m'a rarement reproché de peu travailler, mais enfin si vous voulez me faire ce reproche, pourquoi pas ? Le reproche, il est votre graphomanie folle, alors que vous avez mis de l'économie. Ou au 30ème livre, qu'on s'habituera à ce que j'ai toujours défendu, c'est-à-dire un ministre qui écrit, un homme politique qui est aussi un écrivain depuis le premier jour de mon engagement politique, c'est comme ça. Et comme je vous l'ai dit tout à l'heure, Léa Salamé, j'ai de la suite dans les idées.

24:05
Présentateur

Merci Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, et donc auteur de ce livre chez Albain Michel, Un éternel soleil. Merci encore.