Témoin RMC : Olivia Mokiejewski - 22/05
Audio original de l'émission.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Défensif 100 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:53OuverteRéponse directe
Pouvez-vous raconter ce qui s'est passé pour votre grand-mère et pour ceux qui vous ont rejoint dans ce collectif ?
- 2:19RelanceRéponse directe
Est-ce que vous pouvez nous dire si les EHPAD savaient que cette population était à risque et qu'il fallait se protéger ?
- 3:35RelanceRéponse directe
Ce que vous voulez dire, c'est qu'ils ne vous ont pas alerté en vous disant qu'il y avait des cas de Covid ou que votre grand-mère était malade ?
- 4:26RelanceRéponse directe
Est-ce que ce n'est pas juste un secret, mais qu'ils ont nié, même quand vous avez vu que ça n'allait pas ?
- 5:46FerméeRéponse directe
Si vous n'aviez pas forcé les portes de l'EHPAD en envoyant un médecin, votre grand-mère aurait-elle été emmenée à l'hôpital ?
- 7:29OuverteRéponse directe
Quelle est la plainte que vous allez déposer en tant que collectif ? Vous portez plainte officiellement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:14PrésentateurChiffre
« 10 000 décès enregistrés en EHPAD et désormais enquêtes et plaintes qui se multiplient contre les maisons de retraite. »
- 0:40InvitéChiffre
« 9471 décès en EHPAD. »
- 1:03InvitéFait
« Ce qui est assez troublant, c'est que ce soit en EHPAD, public, privé, quels que soient les groupes auxquels appartenaient ces maisons de retraite. »
- 1:22InvitéFait
« On a constaté assez rapidement un manque de précaution par rapport à ce qu'on nous annonçait. »
- 1:41InvitéFait
« « Oui, mais je n'ai pas été formé, je n'ai pas de blouse, je n'ai rien. » »
- 2:25InvitéFait
« Exactement. Et on entendait à ce moment-là qu'il y avait des maisons de retraite qui étaient, elles, exemplaires, qui se confinaient avec leurs salariés. »
- 4:41InvitéFait
« « Attention, moi, mon proche a de la fièvre, je le sais, j'ai vu. » »
- 4:48InvitéFait
« « Non, non, ce n'est pas vrai. Votre grand-mère va très bien, on n'a pas réussi à vous rassurer, on est désolés. » »
- 5:01InvitéFait
« Et à un moment donné, j'ai forcé la main pour qu'un médecin vienne. Et là, on l'a trouvée mourante. »
- 6:13InvitéFait
« Et elle n'aurait surtout pas du tout été diagnostiquée. »
- 9:54PrésentateurChiffre
« Je vous rappelle qu'il y a plus de 10 000 personnes qui sont mortes dans les EHPAD. »
Temps de parole
- Invité70 %
- Présentateur29 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Vous écoutez RMC. Pour d'autres, il y a eu des drames et des drames silencieux. Ces drames que l'on a égrenés chaque soir avec le nombre de morts en France et en particulier ceux qui sont morts dans des EHPAD. 10 000 décès enregistrés en EHPAD et désormais enquêtes et plaintes qui se multiplient contre les maisons de retraite. On est avec Olivia Mokievski. Bonjour. Merci d'être avec nous sur RMC et RMC Découverte. Vous êtes la présidente et la porte-parole du collectif 9471. Ce nom d'abord, c'est parce que quand vous avez créé ce collectif, on en était à ce décombre funeste. 9471 décès en EHPAD. On va en venir dans un instant à votre plainte.
Vous, vous avez perdu votre grand-mère qui avait 96 ans, qui vivait en EHPAD et qui avant le coronavirus était en très bonne forme. Est-ce que vous pouvez d'abord nous raconter ce qui s'est passé pour votre grand-mère et pour ceux qui vous ont rejoint dans ce collectif ?
Ce qui est assez troublant, c'est que ce soit en EHPAD, public, privé, quels que soient les groupes auxquels appartenaient ces maisons de retraite. Ce qui est très troublant, c'est que nous avons à peu près tous la même histoire. On a constaté assez rapidement un manque de précaution par rapport à ce qu'on nous annonçait. On a vu en effet qu'il y avait parfois du personnel qui n'avait pas été formé. Dans mon cas, par exemple, c'était un animateur qui venait d'être embauché et il était collé à ma grand-mère sans masque, sans protection. Il était en train de postillonner sur elle. Il n'y avait aucun respect des gestes barrières.
Et quand j'ai parlé avec cet animateur ensuite, il m'a dit « Oui, mais je n'ai pas été formé, je n'ai pas de blouse, je n'ai rien. » Donc voilà, ça a commencé déjà comme ça parce qu'on a tous été alertés parce qu'on voyait quelques minutes par jour à travers les Skype qui avaient été mis en place puisqu'on ne pouvait plus aller voir nos parents. C'était ça le vrai problème surtout, c'est que les visites étaient interdites. Donc ça, on le comprenait tout à fait. Mais ce qu'on n'a pas compris, c'est comment ces établissements qui devaient être, les établissements sans doute les mieux protégés de France, c'est là où la protection devait être maximale, ce n'était pas ce qu'on voyait.
Et on n'était pas début mars, on était déjà fin mars.
Donc on savait déjà que cette population était particulièrement à risque, qu'il fallait se protéger, qu'il fallait respecter les gestes ?
Exactement. Et on entendait à ce moment-là qu'il y avait des maisons de retraite qui étaient, elles, exemplaires, qui se confinaient avec leurs salariés, qu'il y avait des directeurs d'EHPAD qui faisaient leur possible. Donc il y a eu des cas où ça s'est très, très bien passé. Mais nous, dans nos cas, nous, ce qu'on voyait, c'était surtout des salariés qui nous alertaient et qui nous disaient qu'on n'a pas suffisamment de masques, qu'est-ce qu'on sait ? Et surtout, il commence à y avoir des cas de Covid.
Et nous, ça, c'est la deuxième partie, parce qu'à la rigueur, les négligences, même si c'était une crise qui ne tombait pas dessus, on aurait eu le temps de se préparer et on aurait eu le temps de faire en sorte que ces établissements soient, eux aussi, exemplaires et prennent toutes les precautions nécessaires. Mais au-delà de ces manquements, après, il y a eu la phase du secret. C'est-à-dire que ces établissements sont devenus des établissements qui ont fonctionné à huis clos et on n'a plus réussi à avoir de nouvelles de nos proches. Et quand on avait des nouvelles d'eux, on nous savait que tout allait bien.
Et donc, on ne s'inquiétait pas, on nous disait, écoutez, il n'y a pas de cas de Covid, tout va bien, votre proche va bien. Et du jour au lendemain, ce qui est le cas de toutes les familles qui, aujourd'hui, se manifestent, on les appelle pour leur dire que leur proche est mort ou qu'il est mourant. Et là, on n'a pas...
Sans transition, ce que vous voulez dire, c'est qu'ils ne vous ont pas alerté en vous disant, attention, on est inquiet, il y a des cas de Covid ou alors votre grand-mère est malade.
C'est bien ça le problème. Vous imaginez bien, aujourd'hui, nous, ce n'est pas parce qu'on a perdu nos proches du Covid qu'on entame des actions comme ça en justice. C'est évidemment... Comment ça s'est passé ? C'est-à-dire que nous, on a le secret qui a entouré tout ça nous fait nous poser des questions. Est-ce que nos proches ont été... On les a laissés mourir ? Est-ce qu'on les a aidés à mourir ? Comment ça se fait qu'on n'a pas été prévenus, qu'ils étaient malades ? Moi, dans mon cas, j'ai vu, par exemple, les symptômes chez ma grand-mère au cours d'un Skype.
Elle toussait, elle s'endormait devant l'ordinateur et on m'a dit « Non, non, mais votre grand-mère, elle est juste déprimée, en fait. Elle ne sort pas, elle est fatiguée, elle a déambouillé un peu cette nuit. »
Ça veut dire que ce n'est pas juste un secret, c'est qu'ils ont nié. C'est-à-dire que même quand vous avez vu, même quand vous avez senti que ça n'allait pas, on vous a dit « Non, non, ne vous inquiétez pas, ça n'est pas ça. »
Oui, parce qu'en plus, moi, il y avait des familles qui m'alertaient, qui me disaient « Attention, moi, mon proche a de la fièvre, je le sais, j'ai vu. » Et il y a, par exemple, à l'étage de ma grand-mère, on m'a dit à un moment donné « Il y a beaucoup de personnes qui sont contaminées. » Et quand je posais la question, on me disait que ce n'était pas vrai. Donc la direction me disait « Non, non, ce n'est pas vrai. Votre grand-mère va très bien, on n'a pas réussi à vous rassurer, on est désolés. » Mais tout va très bien. Jusqu'au moment où, en fait, j'ai demandé à ce qu'un médecin vienne, vu les symptômes, on disait que ce n'était pas la peine.
Et à un moment donné, j'ai forcé la main pour qu'un médecin vienne. Et là, on l'a trouvée mourante. Et quand elle arrivait à l'hôpital, elle était en stade final du Covid. Donc c'est ça, aujourd'hui, le problème et ce qui résume la souffrance. Parce qu'aujourd'hui, il faut voir que ce sont des familles qui sont traumatisées. Elles se disent, nos proches ont dû penser qu'on les a abandonnées. On n'était pas là, mais simplement parce qu'on ne connaissait pas la situation. On ne nous a laissé aucune chance de pouvoir les sauver ou de pouvoir agir ou de pouvoir, au moins, leur dire au revoir.
La manière dont ça s'est passé, c'est ça qui, aujourd'hui, nous nous choque et fait qu'on est complètement traumatisés. Ce n'est pas simplement un deuil. La manière dont ça s'est passé soulève énormément de questions. Quelles étaient les recommandations de l'État ? Comment ça s'est passé ? Dans quelles conditions sont-ils morts ?
Votre grand-mère, si on prend votre cas, a été emmenée finalement parce que vous aviez imposé la présence d'un médecin, la visite d'un médecin. Elle a finalement été emmenée à l'hôpital. Vous vous dites, de toute façon, qu'elle y est partie sans doute tard, trop tard. Mais est-ce que si vous n'aviez pas forcé les portes de l'ÉPAD, en quelque sorte, en envoyant un médecin qui est un de vos proches, elle n'aurait même pas été à l'hôpital ? Elle n'aurait de toute façon pas été accompagnée là-bas ?
Et elle n'aurait surtout pas du tout été diagnostiquée. Donc c'est ça aussi l'autre problème. C'est qu'il y a certaines familles, en effet, qui se disent, « Attendez, on m'a dit que mon proche était mort de manière naturelle. Mais est-ce que c'est vrai ? Est-ce que ce n'était pas le Covid ? » Tout le secret qui entoure et la dissimulation de l'état de santé des patients qu'on retrouve dans tous les cas des familles. Aujourd'hui, on a reçu à peu près plus de 100 témoignages. Et tous vont plus ou moins dans ce sens-là. C'est ça qui alerte aujourd'hui, qui nous dit qu'est-ce qui s'est passé dans ces EHPAD ? Quelles ont été les directives données par ces directions, par ces groupes ?
Qu'est-ce qui s'est passé ? Et je vous dis, le pire aujourd'hui pour nous, c'est de se dire « Peut-être que nos proches auraient pu être sauvés, peut-être pas. » Mais si on avait eu l'information, nous, on aurait pu agir. Peut-être qu'en effet, le SAMU n'allait pas se déplacer dans certains cas. Mais au moins être au courant, pouvoir dire au revoir à nos proches, c'est ça qu'on nous a volés aujourd'hui. Et maintenant, vous êtes à y sous douce. Et on est avec ce doute de se dire « Est-ce qu'ils auraient pu s'en sortir ? Est-ce qu'on les a laissés mourir ? Est-ce qu'on les a aidés à mourir ? Qu'est-ce qui s'est passé en fait ? » Et tant qu'on n'aura pas la vérité, on vivra en paix par ça.
Et c'est aujourd'hui ce qui traumatise la plupart des familles.
Alors plusieurs enquêtes ont commencé à être ouvertes dans plusieurs coins de France pour divers établissements, parce que vous le dites, ça concerne à la fois des établissements privés, des établissements publics, quelle que soit la nature des EHPAD. Olivia Mokievski, pour comprendre, quelle est la plainte que vous allez déposer en tant que collectif ? Vous portez plainte officiellement ?
Pourquoi et contre qui ? Alors nous, on ne peut pas porter plainte en tant qu'association, mais ce qu'on fait, c'est qu'on est là évidemment pour guider et informer toutes les personnes qui se sentent victimes et qui sentent qu'il y a quelque chose d'anormal qui s'est passé. Ce sont donc des plaintes à titre individuel ? Exactement, des plaintes à titre individuel. Et là, nous, on porte plainte contre X, parce qu'évidemment, on veut connaître toute la vérité sur ce qui s'est passé. Donc on porte plainte contre X, dans la plupart des cas, pour mise en danger de la vie d'autres ruines, d'une assistance à personne en danger et homicide à rentrer.
Autre chose qui est importante aussi, c'est, vous le disiez, ça arrive dans un contexte où de toute façon, vous aviez interdiction d'aller rendre visite à vos proches en EHPAD. A posteriori, le gouvernement s'est dit qu'ils avaient été trop loin là-dessus. Est-ce que vous avez pu, malgré tout, avoir un contact avec ses proches ? Est-ce que le fait d'en avoir été exclu autour de cette bulle que sont devenues les EHPAD, ça fait partie aussi, au-delà de ce qui s'est passé dans les EHPAD, mais de ces décisions, est-ce que ça fait partie aussi de votre tristesse ?
Cette bulle, si vous voulez, on l'a assez vite comprise. Et nous, on a voulu, en plus, apporter notre aide aux EHPAD dans différents cas. On a proposé d'être là pour assister, de faire très attention et ce genre de choses. Mais on l'a compris, le fait de limiter la visite de personnes de l'extérieur pour protéger nos proches, même si ça les plongeait dans un isolement. Ça, on aurait pu vivre avec. Je pense qu'on essaie de l'expliquer à nos proches le plus possible. Par contre, ce qui ne marche pas, c'est que si vous créez cette bulle et que cette bulle n'est pas sûre, et n'est pas, en tout cas, on n'a pas garanti que toutes les précautions étaient prises, là, ça pose problème.
Et pourquoi des maisons de retraite ont très bien réussi à ça et il y a eu très peu de morts ? Et d'autres, ce n'est pas le cas parce qu'il y a eu beaucoup de morts. Donc voilà, cette bulle-là, oui, bien sûr, ça les a plongés dans un isolement. Bien sûr, ce n'était peut-être pas ce qu'il fallait faire, mais encore une fois, ce n'est peut-être pas ça le problème de base. Je vous dis, le fait d'avoir été privé d'accompagner nos proches dans la mort et surtout d'être privé de la vérité, c'est ça, pour nous, qui est le plus dur parce que c'est l'isolement face à la mort dans laquelle ils se sont retrouvés.
Merci beaucoup, Olivia Mokievski, pour votre témoignage, vos explications ce matin. On imagine effectivement la douleur, la peine. Je vous rappelle qu'il y a plus de 10 000 personnes qui sont mortes dans les EHPAD. Enquête et plainte qui s'est multiplie, dont la vôtre. Merci beaucoup d'être venue sur RMC et RMC Découverte ce matin.