Aide Sociale à l'Enfance : les oubliés de la République !
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
D'ici à la prochaine station de métro, si on croise quatre SDF, bah un de ces personnes-là a été à l'aide sociale. Enfin, c'est un c'est un SDF sur qu Rania, on s'est croisé il y a un mois à Trappe. Entre-temps, tu viens d'avoir ton concours d'avocat.
Exactement. Toutes mes félicitations. Merci beaucoup François.
Tu étais venu témoigner sur la situation des enfants de l'aide sociale à l'enfance dont tu étais et sur qu'est-ce qu'ils deviennent après 18 ans et leur grand abandon par l'État. C'est ça, c'est qu'à 18 ans, on se retrouve sans rien, sans sans parents parce que notre parent, c'est l'État et il nous abandonne et on se retrouve oublié parce que c'est la réalité euh en fait les parcours à la rue des enfants placés euh c'est qu'on est oublié de la République, oublié de la société. Toi, tu t'es retrouvé à être sur un banc en même temps que tu allé à la fac.
Oui. Et c'était assez violent parce que je me suis retrouvé sur un banc qui était à côté de la fac et donc l'expression aller sur les bancs de la fac pour moi a vraiment pris tout son sens. Au lieu d'être sur un banc à suivre en amphithéâtre, bah je dormais dehors et puis le matin, j'allais j'allais en amphie.
Donc d'autant que c'est beaucoup plus violent parce qu'en dans notre pays, on parle d'ascenseur social, on parle d'égalité des chances. Euh moi comme je le dis souvent, pour les enfants placés, il y a pas d'ascenseur parce que l'ascenseur ne descend pas aux ténèbres où on a laissé ce public vulnérable. Qu'est-ce qu'il faudrait faire à 18 ans du coup ?
Accompagner les jeunes. Accompagner les jeunes jusqu'à l'autonomie. Et moi, je me bas sur un chiffre qui est très parlant.
En France, un jeune ou une jeune quitte le foyer familial à l'âge de 24 ans. C'est la moyenne national. Pourquoi aujourd'hui avec les enfants les plus vulnérables, on les abandonne à 18 ans ?
Ça n'a aucun sens. Donc pour moi, il faut les accompagner jusqu'à l'autonomie. L'autonomie, elle peut s'acquérir à 22 ans, 23 ans et puis à plus forte raison quand on a envie de faire des études, on accompagne ce publiclà.
Et donc ça veut dire que ça tombe pas comme un coup prêt à la date butoire mais finalement il y a des étapes dans l'autonomie pour euh Oui, il y a les jeunes adultes. Oui, il y a des étapes. La première, c'est d'abord de les insérer dans le droit commun.
Moi, je le dis souvent quand j'ai découvert que j'étais boursière échelonciette, je me considérais comme millionnaire. Vraiment déjà, c'est la première inégalité en France, elle touche les enfants placés mais pas que. C'est l'accès à l'information que des choses existent.
Moi typiquement, je savais pas que les bourses existaient, que la les appels existaient. Donc déjà avoir euh une réelle accès au droit de manière effective et puis derrière c'est vraiment accompagner accompagner le parcours du jeune qu'il a envie de s'insérer sur le marché du travail, qu'il a envie de de faire des études, de faire une formation, peu importe, mais on on se doit euh de d'accompagner les jeunes jusqu'à une réelle autonomie. Euh il a été montré notamment que les personnes qui sont à la rue pour beaucoup, je crois que c'est un/4 ou qui sont issus de l'aide sociale à l'enfance.
Bah c'est très simple pour que ça puisse être parlant. Par exemple, d'ici à la prochaine station de métro, si on croise quatre SDF, bah un de ces personnes-là a été à l'aide sociale. Enfin, c'est un c'est un SDF sur qu C'est-à-dire que en fait, quand on parle aujourd'hui de comment régler la question du sens-abrisme, est-ce qu'on peut aller déjà au prémiss-à-dire de voir qu'est-ce qu'on a fait pour avoir ces enfants-là à la rue parce que c'est des enfants qu'on avait et puis moi je le dis souvent, on est quand même on est un pays qui investit dans ces enfants-là durant leur placement et on met des millions, on met de l'argent.
Moi je dis tout le temps, je suis contente que des gens payent leur impôts parce que moi je suis une enfant du service public. C'est parce qu'il y avait des personnes qui payaient leur impôt que moi j'avais une brosse à dents, que j'avais un lit, que j'avais une j'avais un oreille. Donc cette solidarité là, elle est réelle.
Mais pourquoi on s'arrête à 18 ans ? Pourquoi on continue pas ? Mais avant quand même, je sais pas quel a été ton parcours, mais euh souvent les enfants sont ballotés euh entre les parents, le foyer, euh une famille d'accueil, retour en foyer, enfin souvent il y a un ballotage comme ça qui fait qu'on a des parcours très hachés même avant les 18 ans parce que c'est pas comme si le problème il était seulement à 18 ans.
Non non non, le problème il est bien avant parce qu'en fait en France en tout cas notre droit permet l'intérêt supérieur de l'enfant mais en réalité il est pas effectif on fait jamais passer de l'enfant avant l'adulte et du coup on va d'abord l'envoyer chez son chez ses parents et puis le balloter de foyer en foyer et puis il y a aussi des ruptures même. Moi, je sais que j'ai fait que des familles d'accueil mais le changement d'une famille d'accueil à une autre moi je l'ai fait en moins de 24 heures. Le matin, on m'a prévenu que la personne allait changer de enfin qu'elle allait s'arrêter.
Le soir même, j'étais déjà dans une autre maison. C'est pas moi qui a fait mes valises et cetera. Donc, il y a aussi ce parcours d'accompagner l'enfant et aussi de de permettre qu'il ait les mêmes personnes qui le suivent.
Parce que dans un parcours comme le mien par exemple de mes 10 ans à mes 18 ans où j'ai connu six éducatrices différentes, c'est pas normal. Parce que la réalité c'est que l'histoire des enfants placés, il faut pas en parler que sous le prisme de l'accès aux études parce que ça c'est que les privilégiés. Moi je le dis tout le temps, je j'ai déjà eu l'occasion de le dire que ma réussite, elle est mine de rien très orpheline parce qu'on est très peu et et je me trouve par moment déconnecté de dire oui l'accès aux études supérieures des placés parce que faut-il déjà qu'ils y arrivent, faut-il déjà qu'ils y arrivent ne serait-ce qu'au brevet.
Et quelle est la part d'enfants placés qui vont dans le supérieur ? Elle est de 0,01 c'est-à-dire rien du tout. Et à côté de ça, dès la primaire, pour qu'on voit en fait les prémisses du problème, c'est 40 % de décrochage scolaire.
C'est c'est en fait 2, deux fois plus que euh un enfant normal en terme de décrochage scolaire. Qu'est-ce qu'il faudrait faire en terme de moyen ou en terme de politique ? Parce que tu dis "J'ai une brosse à dents".
Mais on sait que enfin les investissements dans l'aide sociale à l'enfance, c'est les départements qui les font euh qui c'est pas la leur priorité. En fait, il faut qu'il y ait une synergie entre tous les acteurs. Typiquement, on parlait de de la scolarité, il faut qu'on ait un référent à l'éducation nationale sur les questions de ce public vulnérable.
En fait, on naaccompagne pas un enfant placé de la même manière qu'on accompagne un enfant normal. Et puis au niveau de des départements eux-mêmes, moi souvent je m'éloigne un peu de la question est-ce qu'il faut recentraliser ou pas la l'aide sociale à l'enfance ? Ben moi je demande juste qu'on la recentralise juste au niveau départemental parce que la réalité aujourd'hui c'est que on gère nos enfants en marché public.
C'est ça la réalité, c'est que en fait on fait des appels d'offre euh des prix de journée. Ah bah toi, tu proposes 60 € toi tu proposes 70 et c'est comme ça qu'on gère et puis on délègue à des grosses assauts qui fait que l'accompagnement ne peut pas être à la fois effectif et réel. Donc ça c'est ton combat que tu mènes même si maintenant tu en es sorti, tu es avocate, tu dois être dans les beaux tribunaux parisiens.
Mais pas encore mais on est en haut route. Oui, mon combat il est très simple, c'est que moi je veux pas être la seule. Je veux pas, j'aimerais qu'on normalise que les enfants placés puissent devenir juristes, avocate et cetera.
La réalité aujourd'hui, c'est pas le cas. Moi, je demande deux choses. La présence d'avocat pour les enfants placés, un accompagnement réel, l'intérêt supérieur de l'enfant et puis surtout l'accompagnement jusqu'à une réelle autonomie.
à 18 ans, personne n'est adulte, encore moins d'un public qui a été vulnérable et et en fait, on retire pas des enfants à des parents peut-être défaillant, je dis ce qu'on vient pas, pour les maltraiter davantage dans notre institution. Tu es un thème qui peut faire consensus. Je les plus belles pages, pourtant le livre, je l'ai pas du tout aimé du livre d'Edouard Philippe, c'est sur l'aide sociale à l'enfance où il considère qu'il y a un véritable scandale et qu'il faut le régler et que voilà, là il y a une responsabilité majeure de l'État, de l'État parent, tu dis ?
Et c'est vrai que je pense que c'est un quelque chose sur lequel on pourrait se dire que dans les prochaines années, on on avance vraiment là-dessus, quoi. Moi, j'ai beaucoup d'espoir parce que comme je dis souvent, c'est que tout le monde a été enfant à un moment donné mais tout le monde a tendance à l'avoir oublié une fois devenu adulte. Et et sur la question de l'enfant, on peut ne pas être d'accord sur un certain nombre de sujets, mais on doit faire consensus sur ce sujet-là et parce qu'en fait c'est les adultes de demain.
Donc si on n'est pas capable de et moi je le dis souvent, si on n'est pas capable de protéger les plus vulnérables dans notre société à savoir les enfants et les personnes âgées, c'est qu'on sait pas faire société. On faut arrêter de se de se mentir. Et donc oui, moi j'ai beaucoup d'espoir et je sens là, on est un à quelques pas là de d'un grand changement.
Très bien, ça marche. Ben merci pour c bonne nouvelle à venir.
François Ruffin