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interviewFrance Culture (sur YouTube)· 18 mars 2026 12 min

La CHINE peut-elle rester NEUTRE au Moyen-Orient ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Les matins de France Culture, Guillaume Erner. Hier, Washington a exhorté la Chine à intervenir pour le détroit d'Ormous, menaçant d'annuler la visite de Donald Trump prévue fin mars à Pékin. La Chine, principal client énergétique de Tran et qui pourrait voir ses intérêts économiques menacés dans ce conflit, joue une diplomatie, comment dire, ambigue, condamnant l'offensive israélienne et américaine de façon feutrée, tout en apportant à l'Iran une aide humanitaire symbolique.

Mais jusqu'où, Pékin pourra-t-il tenir cette posture d'équilibriste ? Bonjour Emmanuel Verron. Bonjour Yomdin.

Vous êtes géographe spécialiste de la Chine contemporaine enseignant à l'école de guerre. D'abord, la crise autour du D3 d'Ormous remet en lumière la dépendance énergétique de nombreuses puissances asiatiques et notamment de la Chine. Effectivement, en particulier de la Chine, c'est vrai pour l'ensemble de l'Asie de l'Est, Chine, Japon, Corée, mais également Taiïwan et un certain nombre de de pays d'Asie du Sud-Est qui ont considérablement accru leur dépendance au pétrole et au gaz du Moyen-Orient, de l'ensemble régional.

Et si on revient à la Chine en particulier, c'est à peu près 45 à 50 % du pétrole importé euh de la Chine dans le monde qui passe par Ormouse. Et on regarde plus précisément la situation sino-iranne sur les deux ou trois dernières années, renforcement de la relation économique sur le quasi seul moteur de ces ressources énergétiques. Près de 80 à 90 % du pétrole produit et export iranien va vers la Chine. qu'on voit bien qu'il y a ce goulet d'étranglement, qu'il y a ce renforcement des relations et donc cette dépendance accrue à ce pétrole moyen-oriental notamment notamment iranien.

C'est c'est quand même très étonnant Emmanuel Verron quand on prend la Chine. La Chine est un pays très dépendant, très dépendant sur le plan énergétique sur le plan alimentaire. J'avais retenu le chiffre de 60 % de l'alimentation de la Chine importée.

Absolument. Volume démographique considérable qui consomme comme jamais. euh un pays qui s'est euh considérablement urbanisé, donc qui a euh très largement accru tous ses besoins à la fois alimentaires, euh de ressources naturelles, de matières premières pour son industrie parce que la Chine demeure une des grandes euh fabriques du monde qui exporte, c'est sa seule grande force commerciale aujourd'hui, cette force exportatrice qui a besoin d'énergie, besoin de matière première, donc elle ne peut pas tout produire chez elle ou dans son environnement proche et a ces dernières années œuvré à une diversification des approvisionnements, une sécurisation des approvisionnements. notamment énergétique mais aussi alimentaire comme vous le rappelez un peu partout sur la planète et le Moyen-Orient figure dans le podium sur sur le podium si je puis dire de ces de ces approvisionnements mais parce que c'est un vrai talon d'achile donc sur le plan énergétique comme sur le plan alimentaire.

Sur le plan alimentaire quels sont les scénarios prévus parce queon imagine dans le cas d'un conflit que un pays pourrait faire pression là-dessus. C'est c'est effectivement l'un des leviers. Il y a le levier d'un côté des hydrocarbures.

La Chine a des réserves à travailler aussi dans le même temps à faire des réserves chez elle. de d'hydrocarbure, de gaz de pétrole et cetera. D'ailleurs, on se souvient que le régime chinois a ordonné à ses grands opérateurs pétroliers il y a une dizaine de jours d'interdire l'exportation de produits pétroliers transformés diesel concernant les denrées alimentaires.

Elle fait aussi des réserves stratégiques de grains, de blé, de maïs, de riz et cetera dans le cadre d'une crise majeure qui couperait des D3. Et effectivement là, on connaît une crise majeure concernant le D3 d'Ormous. Ce qui est intéressant sur la question alimentaire, c'est il y a un troisème niveau de dépendance qui est plus largement asiatique et en particulier chinois.

La question des acides, des acides sulfuriques qui aussi viennent euh du Moyen-Orient. Pourquoi ? Parce que dans les pétroes transformés, dans la pétrochimie, on arrive sur des produits qui sont les produits souffrés transformés pour l'acide sulfurque.

Oui, pour les engrais pour les engrais d'un côté. Et on revient à la question alimentaire et sur les acides sulfuriques pour les process industriels rentrant dans la fabrication des euh batteries pour extraire et traiter les minéraux et les minerais pardon plus exactement les métau critiques euh dans les batteries dans les semi-conducteurs. Et on revient ici sur l'économie de pointe de l'Asie de l'Est, Chine, Japon, Corée, Taïwan.

Et puis alors aujourd'hui dans cette situation si particulière, Emmanuel Verron, l'autre pays qui évidemment a besoin de la Chine, c'est l'Iran. Et jamais autant de bateaux ne sont allés depuis l'Iran vers la Chine. C'est ça.

Absolument. En fait, on a un renforcement de la relation. Si on dézoome et qu'on sort du cadre de la crise depuis la fin du mois de février, la guerre, l'Iran a considérablement ancré son économie, ses dépendances vers l'est, vers l'Asie et en particulier vers la Chine.

Pourquoi ? Parce que cadre des sanctions, un régime qui est corrompu et qui a des grandes difficultés à diversifier son économie. Et dans une logique de superposition de logique géopolitique et géoéconomique, l'Iran a euh renforcé ses relations avec la République populaire de Chine.

Euh j'en veux pour preuve pendant la période Covid-2021, la signature d'un pacte stratégique entre l'Iran et la Chine portant à 25 ans euh et établissant un volume d'échange à 400 milliards de dollars. À l'intérieur de ce cadre bilatéral sino-iranien, c'est le renforcement des relations sur les énergies. c'est le renforcement des relations dans le domaine militaire diplomatique et plus généralement le renforcement ou la quasi euh exclusive euh euh relation avec la Chine depuis l'Iran, ce qui permettra à l'Iran dans le cadre des sanctions et d'une sorte de d'un bannissement international d'intégrer l'organisation de coopération de Shanghaiï en 2023, d'intégrer les BRIX plus en 2024, autrement dit d'insérer le système iranien dans une matrice largement encouragé Chine occidental.

Quel quels étaient les liens entre Ramene et Sijing Ping auparavant Emmanuel Verron ? Alors Ramene voyageait peu. L'un de ses derniers voyages si ce n'est son dernier voyage il y a plus d'une trentaine d'années presque 40 ans, était en Chine paradoxalement dans la période 40 ans qu'il n'avait pas voyage.

Parti du territoire et son dernier son dernier voyage international était en en à Pékin après après Tiam dans la période la fin des années 80. Au regard du renforcement de ces relations, on peut euh avoir comme hypothèse de travail que toutes les structures du régime donc bien évidemment ramenaient mais également toute la structure des gardiens de la révolution et toutes les forces, j'allais dire régaliennes du du régime entretiennent et ont entretenu des relations particulières peut-être privilégiées dans un certain cadre relativement discrète avec la Chine. Et on se souvient que Hong Kong qui est une place financière qui permettait dans une certaine mesure comme Dubaï plus régionalement une sortie de flux financier a permis si je puis dire l'épanouissement de ce renforcement de relation entre l'Iran et la China.

Donc on a effectivement une situation aujourd'hui de de proximité relative. Lorsque Trump essaie de faire pression sur la Chine pour que les liens entre la Chine et l'Iran se distendent, voire que la Chine intervienne, qu'est-ce qu'il peut obtenir ? Qu'est-ce qu'on peut imaginer qu'il obtiendra ?

Je à ce stade quand on regarde l'appareil diplomatique chinois, il n'a pas pu empêcher la guerre, il n'a pas pu empêcher la crise parce qu'il le souhaitait probablement pour effectivement une forme de stabilité permettre la poursuite des flux entrant et sortant à travers Ormous, même si on a des voies alternatives et vous le rappeliez tout à l'heure sur le nombre de navires pétroliers à destination du marché chinois qui notamment passe par un port Jasque qui est en dehors de la zone Ormouse ou en tout cas un peu à l'extérieur ouvrant sur la sur la mer de d'ine. Ce qui est intéressant dans le l'agenda de de Trump puisqu'il y a je pense fondamentalement un agenda, même si on y voit pas très clair, c'était d'une certaine manière euh donner un coup à l'édifice géopolitique chinois au travers de ses roues de la soie, au travers de son expansion vers l'Asie centrale, le Moyen-Orient dont l'Iran était une des pièces maîtresses. Pas la pièce maîtresse mais une des pièces maîtresses.

Donc il y a indirectement un coup porté à la géopolitique chinoise et dans un deuxième niveau d'analyse le fait que la Chine n'ait pas apporté un soutien diplomatique hyper significatif ou en tout cas particulièrement structurant ni militaire ne souhaitant pas se frotter quelque part aux forces américaines et israéliennes montre que la Chine veille d'abord et avant tout à une géolitique qui est son environnement régional. asiatique et a quelque part des plus grandes difficultés à incarner une puissance qui serait globale en dehors de cette architecture asiatique. Bon et alors donc aujourd'hui est-ce que la Chine a des liens direct indirects avec d'autres acteurs avec les pétromonarchies par exemple ?

Absolument. Dans le même temps que la Chine a renforcé ses relations avec l'Iran et donc le régime notamment et on l'a dit sur la question des matières premières, la Chine a veillé à diversifier ses partenariats avec l'ensemble des acteurs de la région. Et c'est là une grille de lecture des relations internationales qui peut surprendre, c'est que la Chine n'a pas exclusivement développé des relations avec le régime jinchit, mais a largement développé des relations avec le royaume d'Arabie Saoudite, Oman, les Émirals, Kit, Bahrain, Qatar et bien évidemment le l'Irak.

Ce qui ce qui montre bien en fait la volonté chinoise, non pas de se lier contrairement à certaines déclarations, contrairement à ce qu'on pourrait voir au premier abord de la la lecture de l'élargissement des BRIX plus, de l'élargissement de l'organisation de coopération de Shanghaiï, la Chine veille à avoir une démultiplication de ses sources d'approvisionnement et de ces interlocuteurs qui pourraient être autant de levier dans le cas d'une crise qui est celle-ci. Je pense que la diplomatie chinoise est ébranlée dans à très court terme, à moyen terme est en train de regarder quelles sont les marges de manœuvre possible pour ne pas être complètement décrédibilisé et au contraire chercher à délégitimer l'hyperpuissance américaine dans son action de guerre. Bon, il y a un autre axe, c'est l'axe entre la Chine et la Corée du Nord d'une part et la Corée du Nord et l'Iran d'autre part.

Emmanuel Verron ? Oui, c'est probablement le sujet euh des coopérations militaires qui rentrent dans le cadre un petit peu obscur. Pourquoi ?

Parce que le cadre des sanctions internationales euh Pourquoi cadre des sanctions internationales ? Pas uniquement parce que des régimes qui sont autocratiques ou qui sont dictatoriaux mais qui sont proliférants. On regarde la Chine, c'est une puissance nucléaire, c'est une puissance qui aujourd'hui peut-être prolifère le plus. la Corée du Nord également et l'Iran cherchant à se doter de l'arme nucléaire.

Dans ce cadre-là de la prolifération, il y a une coopération dans le domaine des missiles de la balistique entre l'Iran, le régime iranien et le régime nord-coréen. Et la Chine par le passé, on l' on l'a su avec le Pakistan et la Corée du Nord, a pu servir de sas d'une forme d'intermédiaire discret qui permettrait dans une certaine mesure le déploiement ou le développement de cette dissuasion. Et j'en terminerai par là. dans le domaine des missiles, on sait que la Chine a a permis ces dernières années de renforcer euh le le programme des missiles iraniens notamment en lui livrant ce qu'on appelle du perchlorate de sodium qui rentre dans les composants pour la propulsion des missiles des missiles balistiques.

Et au lendemain de la guerre des 12 jours israélo-américaines contre l'Iran en en Iran, on sait qu'il y a eu un recrud d'escence de livraison de ces produits en provenance des ports chinois destination des ports iraniens. Merci beaucoup Emmanuel Verron, géographe spécialiste de la Chine contemporaine et enseignant à l'école de guerre. tout autre chose.

Dans quelques minutes, on va évoquer bien sûr le premier tour des élections municipales en France avec nous dit l'humanité des accords et des accros à gauche. Mais autre son de cloche à la une des échos, le PS prise au piège pour les municipales dans quelques instants. 7h30 sur France Culture.

La CHINE peut-elle rester NEUTRE au Moyen-Orient ? — Gérard Israel · Pourquijevote