Marine Le Pen : "Je ne peux pas adhérer à l'idée que les chômeurs sont toujours volontaires"
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France Inter, Jérôme Cadet, Yael Gauze, le 7-9.
L'invité du grand entretien ce matin avec Yael Gauze est candidate pour la troisième fois à l'élection présidentielle, candidate pour le Rassemblement National, également députée du Pas-de-Calais. Bonjour Marine Le Pen. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. Les auditeurs de France Inter vous interpellent dans quelques minutes. Leurs questions au 01 45 24 7000 ou via les réseaux sociaux et l'application France Inter. Emmanuel Macron a présenté son programme hier, conférence de presse de 4 heures. Le président de la République parle d'un futur quinquennat s'il est réélu sous le signe du retour à la souveraineté populaire. Il parle d'indépendance énergétique, de souveraineté alimentaire.
Est-ce que vous vous êtes retrouvé dans certaines des mesures qu'il a proposées ou à tout le moins dans certains des mots ou des expressions qu'il a pu employer hier ?
C'est bien qu'il découvre la nécessité de la souveraineté alimentaire, de la souveraineté énergétique, de la souveraineté industrielle, de la souveraineté militaire au bout de 5 ans de mandat. Honnêtement, j'ai trouvé l'exercice assez poussif. On avait le sentiment qu'Emmanuel Macron se débarrassait d'une corvée. On ne sentait pas le plaisir qu'il pouvait avoir à concevoir un projet pour les 5 prochaines années. On a l'impression que tout ça a été fait à la va-vite. Et en réalité, sur l'ensemble du projet énoncé, tout ce qui est régressif, enfin tout ce qui est un recul, notamment social, est très précis, j'ai noté.
En revanche, tout ce qui est présenté comme étant un progrès est extrêmement vague et extrêmement flou. C'est particulièrement vrai, il faut le dire, sur l'éducation et sur la santé, qui sont pourtant des sujets qui sont des sujets fondamentaux. Moi, ce qui m'a frappé, c'est ce terme de souveraineté populaire, parce que s'il y a bien un terme qui colle mal à Emmanuel Macron et à ses 5 dernières années, c'est bien celui de souveraineté populaire.
Voilà un homme qui avait promis la proportionnelle, il ne l'a pas tenu, qui n'a pas fait un seul référendum, qui a fait des grands débats dont les conclusions ont été jetées à la poubelle, qui a méprisé la représentation nationale pendant 5 ans, et qui en plus a fait une gestion de techniciens, extrêmement confiés à des techniciens. Je pense que McKinsey en est qu'une partie, et qui vient nous expliquer aujourd'hui qu'il veut la souveraineté populaire face à la technicisation de la société, c'est assez piquant, je trouve.
Il y a des thèmes qui reviennent et qui vous parlent peut-être. Durcissement du droit d'asile, tout refus vaudra obligation de quitter le territoire, a dit Emmanuel Macron, expulsion des étrangers qui troubent l'ordre public, réduction des visas pour les pays qui ne coopèrent pas avec notre politique de retour pour les sans-papiers. Est-ce que vous avez déteint en 2022 sur le président candidat ?
Non, tout ça c'est ce qu'on dit en campagne, mais la réalité c'est son bilan. Son bilan c'est qu'il y a eu une hausse sans précédent sous Emmanuel Macron, des titres de séjour qui ont été octroyés, 255 000 en moyenne chaque année, ce qui fait sur l'intégralité du mandat 1 278 000 titres de séjour qui ont été accordés, c'est-à-dire largement plus que sous Hollande, largement plus que sous Nicolas Sarkozy. Donc c'est ça la vraie politique d'Emmanuel Macron. J'ai lu d'ailleurs, enfin je ne sais pas, d'ailleurs peut-être vous en savez plus que moi, mais il a parlé deux fois de transition démographique dans les campagnes.
J'avoue que je n'ai pas compris cette expression, sauf si je la relis à une de ses propositions qui est de mieux répartir, dit-il, les migrants sur l'ensemble du territoire. Mais ce terme de transition démographique, je l'ai trouvé étonnante.
Qu'est-ce que vous comprenez ? Qu'est-ce que vous voulez nous dire ?
Je ne sais pas, justement je ne comprends pas ce terme de transition démographique, sauf si encore une fois je le relis à cette volonté de relocaliser dans l'intégralité des territoires les migrants. Ce qui est sûr c'est qu'en matière d'immigration et de réduction d'immigration, il n'y a rien. Donc il continuera avec une immigration massive comme il l'a fait pendant cinq ans. Il n'y a rien contre l'islamisme, il n'y a rien sur le pouvoir d'achat. Or ce sont des sujets évidemment qui sont des sujets absolument fondamentaux. Et il y a un certain nombre de propositions très inquiétantes. Moi je suis désolé sur l'éducation.
Le concept qui consiste à proposer une refonte du statut et des obligations et des services des enseignants transparaît quand même avec cette volonté d'imposer des charges nouvelles, des missions nouvelles contre une augmentation des rémunérations alors même qu'il faut une augmentation des rémunérations pour l'ensemble des enseignants. Je propose une augmentation de 3%.
Il ne faut pas d'augmentation uniforme en fonction d'un nouveau pacte passé.
Oui c'est ça, ça veut dire, oui mais excusez-moi, mais c'est en même temps vague et inquiétant parce que quelles sont les missions qui vont permettre, quels vont être les critères ?
Il a expliqué par exemple l'accompagnement périscolaire qui se fait souvent sur la base d'un volontariat.
D'accord, tout ça existe. Donc ce sont des missions supplémentaires qui sont données. Donc si vous serez augmenté, si vous acceptez des missions supplémentaires. Moi je pense que compte tenu du niveau salarial de nos enseignants qui est très bas dans la moyenne européenne, il faut sans condition augmenter les enseignants de 3% par an, c'est-à-dire 15% sur le quinquennat. De manière indifférenciée pour tout le monde. Oui, de manière indifférenciée, oui.
Ça renvoie aux propositions du candidat Emmanuel Macron sur la valeur travail qu'il veut placer au cœur de son projet, le RSA sous condition, la retraite à 65 ans, transformation de pôle emploi en France travail. Est-ce que vous voyez vous aussi une proximité ? Pourquoi vous voyez Marine Le Pen ?
De la transformation de pôle emploi en France travail. Donc en fait on change le nom et puis ça va suffire. Ça aussi c'est McKinsey, ça a coûté combien cette proposition là pour le coup extrêmement technocratique ? Avec un rapprochement.
L'idée c'est d'avoir un guichet unique pour tous ceux qui travaillent pour la recherche d'emploi, quel que soit le niveau de collectivité. C'est ça, c'est rationalisé.
Oui, d'accord, mais sauf que tout ça, excusez-moi, mais c'est pas sérieux. Voilà, c'est pas sérieux quand on a 5 700 000 chômeurs. C'est-à-dire exactement autant qu'il y en avait quand il est arrivé au pouvoir. Contrairement à tout ce qu'il peut raconter, les chômeurs abaissés, il y en a autant.
7,5% de la population active aujourd'hui.
Non, enfin ça c'est le... Pardon, mais ça c'est la statistique du BIT, du Bureau International du Travail, dont on sait très bien... Ce sont les chiffres de l'INSEE Marine Le Pen. Non, non, mais dont on sait très bien que c'est une vision extrêmement réduite du statut de chômeur. Mais prenons-la, prenons... Le chômage n'a pas baissé pendant le quinquennat. Non, mais prenons cette statistique. 7,4%, ok, par rapport à la moyenne de l'Union Européenne, c'est très supérieur, puisque la moyenne de l'Union Européenne c'est 6,4%. Donc il n'y a pas non plus de quoi se féliciter. Il y a 5 700 000 chômeurs abaissés dans notre pays,
c'est-à-dire des gens qui cherchent un emploi. A augmenté dans ce quinquennat, vous ne pouvez pas dire que le chômage a augmenté.
Non, je dis qu'il est stable. Par rapport à 2017. Je dis qu'il est absolument stable. La réalité c'est qu'il est stable, et que la baisse de la catégorie A est liée en réalité à des manœuvres statistiques, notamment sur les 18-25 ans avec les dispositifs qui ont été mis en œuvre. Moi je ne suis pas dupe de cela. Et je crois qu'il ne faut pas que les Français soient dupes de cela. Rien n'est fait en réalité véritablement pour changer un modèle économique qui est fondé sur la concurrence déloyale et qui laisse perdurer dans notre pays un taux de chômage qui est un taux de chômage massif.
D'un mot, le RSA sous condition. Travailler, activité, 15 à 20 heures par semaine pour pouvoir le toucher. Est-ce que ça c'est une philosophie à laquelle vous adhérez ?
Mais c'est une philosophie qui est, encore une fois, la transcription un peu de ce qui a été fait pour les jeunes et qui a été un échec. Donc moi, je veux bien qu'on s'appuie sur des dispositifs qui ont échoué, mais je pense que ce qui est plus intéressant...
On s'appuie sur le contrat d'engagement qui vient d'être lancé.
Non, mais ce qui est beaucoup plus intéressant, c'est de travailler sur l'adéquation entre les offres d'emploi et notamment les offres d'emploi des TPE, PME, c'est-à-dire des toutes petites entreprises, avec la situation et le profil des demandeurs d'emploi. Il faut partir de l'offre d'emploi et il faut, grâce à des formations, permettre, encore une fois, à ces entreprises de pouvoir trouver, dans les gens qui cherchent un emploi, un futur salarié.
Est-ce qu'il faut un donnant-donnant pour les bénéficiaires du RSA ?
Sur le RSA, moi, la première des choses que je vais commencer à faire, c'est de limiter le RSA pour qu'en matière d'immigration, ne puisse toucher le RSA que des étrangers qui ont l'équivalent de 5 ans, d'équivalent temps plein en France. Voilà déjà ce que je commencerais à faire. C'est constitutionnel, ça ? Oui, bien sûr, pourquoi ce ne serait pas constitutionnel ? Ce ne sont pas des prestations pour lesquelles on cotise, ce sont des prestations de solidarité. Donc on fait ce qu'on veut avec des prestations de solidarité. Moi, j'entends réserver les prestations de solidarité, encore une fois, aux Français et aux étrangers qui ont 5 ans équivalent temps plein sur notre territoire.
Et donc pas donnant-donnant, pour être clair sur la proposition d'Emmanuel Macron ?
Non, mais moi, je voudrais que ce soit un peu plus précis. Parce que pour l'instant, s'il s'agit de faire travailler des gens en dessous du taux du SMIC,
15 à 20 heures par semaine, par exemple, de formation, pour ceux qui le peuvent.
C'est ça, donc en dessous du taux horaire du SMIC, en fait.
Ce n'est pas forcément un travail, ça peut être aussi une formation.
Ah, d'accord, ça peut être une formation. Mais le problème, c'est qu'il n'y a pas assez de formation aujourd'hui dans notre pays. Donc c'est plutôt là-dessus qu'il faut travailler. Je n'aurai pas de réponse sur cette question précise. Non, mais c'est pas ça, si vous voulez, moi, ce qui me... Je ne suis pas... Je n'ai pas une opposition de principe à une théorie telle que celle-là, mais je pense qu'elle est appuyée toujours sur l'idée qu'en réalité, les chômeurs sont volontaires. Et cette idée-là, je ne peux pas y adhérer. C'est une philosophie qui est partagée avec la droite, avec LR, consistant à dire que si vous êtes au chômage, en fait, c'est de votre faute.
C'est parce que vous ne voulez pas faire d'efforts. Ça culpabilise les chômeurs ? Oui, il y a une partie de cela. Or, il y a évidemment 5 700 000 personnes dans notre pays qui cherchent de l'emploi. Il y a peut-être 5% de ceux-là qui abusent. C'est possible. Il y a 5% de fraude partout, donc il n'y a pas de raison qu'il n'y en ait pas là aussi. Mais ça fait 95% de gens qui subissent le chômage.
Vous voudriez en débattre de tout ça avec le président candidat Emmanuel Macron avant un éventuel deuxième tour, vous aimeriez ? Avant le 10 avril ?
Oui, bien sûr. Oui, je pense qu'il aurait pu accepter un certain nombre de débats qui aurait permis de le confronter à son bilan. C'est trop tard, d'après vous ? Ça peut encore changer ? Non, ce n'est pas trop tard. Mais j'entends bien le côté, je vois des journalistes, je parle à des journalistes, ils me posent des questions. Très bien, mais je ne vois pas beaucoup de journalistes lui poser des questions sur son bilan. Or, il a le devoir de rendre compte de son bilan auprès des Français. Et ce bilan, je suis d'avré de le dire, il est catastrophique sur le plan économique, sur le plan du chômage, sur le plan de l'industrie.
Soyez cohérente, vous-même, vous avez refusé de débattre avec Éric Zemmour ou Valérie Pécresse avant le premier tour.
Non, c'est faux, j'ai proposé un débat... Non, pardon, j'ai proposé un débat à Valérie Pécresse depuis le mois de janvier. Elle a refusé, elle a dit non, je ne débattrai que si je suis sûre que... Elle le veut maintenant. Ah oui, donc il faut que je me plie au désidérata. Et elle a préféré débattre avec Éric Zemmour. Honnêtement, quand j'ai vu le niveau du débat, oui, effectivement, ça m'a un peu refroidi, je ne vous cache pas.
Mais il ne tient qu'au débatteur de faire le niveau du débat, Marine Le Pen.
C'est peut-être pour ça que je n'ai pas envie de débattre avec Valérie Pécresse, pour finir.
Vous avez entendu Gérard Larcher, cette semaine, dire, président du Sénat, soutien de Valérie Pécresse, que s'il n'y avait pas vraiment de campagne, la question de la légitimité du gagnant se poserait. Si vous échouez face à Emmanuel Macron, c'est une possibilité. Est-ce que vous reconnaîtrez sa légitimité de président ?
Oui, non, mais moi, je ne remets pas en cause la légitimité des élections.
Quelle que soit la campagne.
Non, mais quelle que soit la campagne.
Vous ne serez pas le Trump de Biden.
Non, je ne serai pas le Trump de Biden. Non, non, je n'ai jamais remis en cause, d'ailleurs, les résultats d'une élection, de quelque manière que ce soit. Et donc, je ne le ferai pas. Mais moi, ce qui m'inquiète plus, c'est le niveau d'abstention qui pourrait intervenir et qui démontre qu'en réalité, les Français, une partie des Français, un, ne croit plus en la politique. Et ça, c'est la conséquence de trahison multiple depuis une trentaine d'années des promesses qui ont été faites. Et puis, une autre partie, eh bien, considère qu'il y a un fossé qui, aujourd'hui, s'est créé entre les dirigeants et le peuple.
Et c'est ça que je veux recoudre, c'est ça que je veux réparer, parce que, dans une démocratie mature, il faut absolument que les Français se sentent représentés. Ça passe aussi par la proportionnelle législative, promesse contenue par Emmanuel Macron.
Parlons en législative. Dissoudre pour gagner du temps et ne pas faire les élections 12 et 19 juin, si vous, vous êtes élue présidente, est-ce que vous ferez une dissolution de l'Assemblée pour que les élections aient lieu plus vite et que l'Assemblée travaille plus vite et plus tôt ?
Non, mais l'Assemblée, elle travaille. Enfin, pardon, c'est une mauvaise argumentation, ça. Les députés, nous sommes députés. Moi, je suis député aujourd'hui. Vous ne siégez plus, vous ne siégez plus en campagne. Demain, s'il y a quelques décisions à prendre, s'il y a quelques votes à mettre en œuvre, eh bien, on rappelle les députés et les députés travailleront de la même manière qu'ils l'ont fait depuis 5 ans.
Donc, pas de dissolution, le calendrier est le bon. Le calendrier tel qu'il a été établi est le bon.
A priori, sans événement extérieur qui justifie une dissolution, il n'y a pas de raison de dissoudre. Sauf pour des considérations d'intérêt personnel.
C'est-à-dire ?
C'est-à-dire que si je pense que s'il procède à une dissolution, c'est parce qu'il pense qu'il obtiendra plus facilement une majorité si l'élection législative est proche de l'élection présidentielle.
Marine Le Pen, Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, est toujours en Corse. Il a rencontré les élus. La question de l'autonomie de Lille est désormais sur la table. C'est une première. Les discussions ont débuté après plusieurs jours de violence. Est-ce que vous approuvez cette discussion ouverte par le gouvernement avec les élus autour de ce sujet, l'autonomie ?
Non, pas du tout. Mais c'est une technique maintenant traditionnelle du gouvernement. Quand il y a des difficultés sur un territoire, ils arrivent et ils promettent l'autonomie. Ils l'ont fait à la Martinique. D'ailleurs, quand il y avait eu également des contestations à la Guadeloupe avec le pass sanitaire, ils sont arrivés, ils ont parlé d'autonomie. Là, ils font la même chose en Corse. Ils parlent d'autonomie. En 2018, Emmanuel Macron s'était prononcé clairement contre l'autonomie. Donc voilà un homme qui, en l'espace de 5 ans, était pour la suppression de 14 réacteurs nucléaires. Maintenant, il est pour le nucléaire. Il veut même en lancer 6 immédiatement.
Il était pour le dispositif de l'Union européenne pour baisser la production agricole en Europe de 10 à 20%. Aujourd'hui, il vient nous dire qu'il est contre et qu'il faut augmenter la production agricole. Il était contre l'autonomie. Maintenant, il est pour.
Il y a eu des crises, des crises sanitaire, des crises internationales.
Non, mais pardon.
Restons sur la Corse.
Non, mais pardon. Il y a eu des crises. Mais il y a eu des crises. Mais enfin, excusez-moi, un président de la République, il est là pour gouverner, donc pour prévoir. Or, changer d'avis sur l'indépendance alimentaire, sur l'indépendance énergétique, ça prouve que tout cela n'est pas sérieux.
Pour ce qui est de la Corse, Marine Le Pen, il y a eu des votes. Les autonomistes, notamment, sont arrivés en tête lors des dernières élections territoriales. Faut-il en tenir compte ?
Mais je suis désolé. Ils gèrent. Ils gèrent la collectivité. Donc, on ne peut pas dire qu'on ne tient pas compte du vote des Corses. Ils gèrent actuellement la collectivité. Moi, je suis tout à fait opposé, encore une fois, à l'autonomie de la Corse. Pas opposé à ce qu'il puisse y avoir des amodisations qui tiennent compte de l'insularité, bien entendu, de l'espace économique et contraint de l'île, bien entendu. Mais de là à aller jusqu'à l'autonomie, moi, j'y suis encore une fois opposé. Je suis opposé au contexte dans lequel on le fait. C'est-à-dire, on le fait en réponse à des émeutes, à des attaques de policiers, de forces de l'ordre, à des dégradations très lourdes.
Même si, et je le dis très clairement, même si je considère qu'il y a eu une faute extrêmement grave sur laquelle il n'y a pas eu de réponse suffisante de l'administration pénitentiaire qui a quand même laissé un islamiste à qui on avait accordé le statut d'auxiliaire, c'est-à-dire le statut de personne de confiance, avec Yvon Colonna, qui a entraîné l'agression très grave que l'on connaît.
Vous, présidente, vous stoppez le cycle de négociation qui vient de s'ouvrir entre les autonomistes corse et le gouvernement ?
Enfin, qui vient de s'ouvrir là, il y a depuis quelques heures. Depuis hier. Oui, oui, non, mais je pense que, encore une fois, c'est une mauvaise manière, puis c'est surtout électoraliste.
Parce que Gérald Darmanin dit que c'est la parole de l'État qui est engagée, au-delà de ce gouvernement.
Oui, oui, non, mais ça c'est trop facile, pardon, non, mais ça c'est trop facile. Je veux dire, ils sont bien gentils, mais il y a des élections, il va falloir qu'eux aussi, ils comprennent qu'une élection présidentielle est légitime, surtout s'ils la perdent. Donc ils ne peuvent pas engager le futur président de la République ou la future présidente de la République avec des décisions qui prennent trois semaines avant l'élection. Il faut aussi qu'eux respectent la démocratie, parce que respecter la démocratie, c'est respecter les Français.
Donc avec vous, ça s'arrête ? Gilles Siméoni, ça s'arrête ?
Ce que vient d'engager là, M. Darmanin, en urgence pour répondre à des émeutes, en ce qui me concerne, ce sera non, je ne me sentirai pas tenu par cela.
Donc vous lui demandez de ne rien signer aujourd'hui encore ?
J'ai bien compris, puisque j'ai lu le cadin enchaîné comme tout le monde, j'ai bien compris qu'en fait, il y avait eu une négociation avec les autonomistes, puisque certains représentants d'Emmanuel Macron seraient même allés en prison pour les rencontrer, et une négociation pour réussir à obtenir les votes des autonomistes aux élections présidentielles. Ce genre de manœuvre est évidemment hautement condamnable.
Nous allons au standard de France Inter à 8h39. Nous accueillons Jacqui qui nous appelle de Bourges. Bonjour Jacqui.
Bonjour à vous. Bonjour. Bonjour Madame Le Pen. J'avais une question pour vous. Un de vos soutiens, maire de Béziers, a dit qu'il avait fait une erreur et qu'il n'y avait pas de différence entre les réfugiés fuyant l'Afghanistan ou fuyant la Syrie et ceux fuyant l'Ukraine. Ce sont des gens qui fuient la guerre et ils sont légitimes tous les trois au même titre du droit de réfugiés. Je voulais savoir ce que vous pensez de cela.
Marine Le Pen vous répond.
Jacqui, je pense que Robert Ménard se trompe bien sûr. Il y a eu des réfugiés de guerre qui provenaient d'Afghanistan et de Syrie. D'ailleurs, ils ont été accueillis comme des réfugiés de guerre et ils ont obtenu le droit d'asile puisque notamment les Afghans sont la première nationalité à qui on accorde le droit d'asile en France. Mais il n'en demeure pas moins qu'il y en a eu aussi énormément dans ces flux qui n'étaient pas des réfugiés de guerre, qui n'avaient pas le droit à la protection du droit d'asile, qui étaient en réalité des migrants économiques. Et c'est la raison pour laquelle on voit d'ailleurs la différence de nature.
La majorité des Syriens, par exemple, ne fuyaient pas la guerre dans leur pays.
On voit d'ailleurs la différence de nature. Ça veut dire qu'ils fuyaient leur pays en laissant donc leurs femmes, leurs enfants, leurs mères, leurs soeurs sur le territoire syrien.
Beaucoup de familles syriennes sont arrivées en France.
D'accord, parce que vous voyez, par exemple, les réfugiés de guerre... 40% de femmes, Marine Le Pen, parmi les réfugiés. Non, non, pardon. Non, non, pas du tout. 40% de femmes parmi les droits d'asile qui ont été accordés, mais pas du tout parmi les demandes d'asile qui ont été déposées. Ne vous trompez pas tout de même sur ces statistiques. En revanche, on voit bien que les réfugiés ukrainiens sont évidemment des réfugiés de guerre. Ils correspondent d'ailleurs à des réfugiés de guerre, c'est-à-dire des femmes, des enfants et des personnes âgées.
Donc je pense très clairement qu'il y avait beaucoup, je ne suis pas la seule d'ailleurs, beaucoup de réfugiés en réalité qui sont des réfugiés économiques, des migrants économiques dans les flux qui provenaient de Syrie comme d'Afghanistan.
Il faut accueillir au moins 100 000 Ukrainiens, c'est ce qu'a dit Emmanuel Macron en début de semaine. Est-ce que vous approuvez ? Est-ce qu'il faut faire plus ?
Le problème, c'est que nos capacités d'accueil aujourd'hui sont totalement saturées. Il faut que vous le sachiez. L'immense majorité des familles ukrainiennes qui sont aujourd'hui accueillies le sont dans des familles qui sont très généreuses d'ailleurs et qui les accueillent chez eux. Et pourquoi nos services d'accueil sont saturés ? Parce que précisément, nous n'avons pas posé des critères assez précis, assez fermes, assez sérieux aux demandes qui sont effectuées et qui sont massives dans notre pays. On a accueilli beaucoup trop, encore une fois, de migrants économiques.
Et aujourd'hui, si nous ne pouvons pas accueillir plus de réfugiés ukrainiens, c'est précisément parce qu'on a fait n'importe quoi en matière de flux migratoires depuis, hélas, 5 ans.
Cérémonie demain midi à l'Elysée pour le 60e anniversaire des accords déviants et du cessez-le-feu en Algérie avec des témoins de toutes les mémoires liées à cette guerre, appelés, combattants indépendantistes, harkis, rapatriés, tout le monde sera représenté à l'Elysée. Vous approuvez cette démarche de réconciliation menée par l'historien Benjamin Stora ?
Non mais Benjamin Stora n'est pas là pour réconcilier. Benjamin Stora est là pour défendre une vision totalement biaisée de la guerre d'Algérie. Et d'ailleurs, je vous signale que... Vous opposez à cette cérémonie de demain midi à l'Elysée ? Non mais je ne m'oppose pas, mais je conteste et nous contestons depuis longtemps cette date choisie parce qu'en réalité, cette date qui a été imposée comme la fin de la guerre d'Elysée n'a pas été la fin de la guerre d'Algérie. Car il y a eu des dizaines de milliers de harkis après cette date qui ont été sauvagement assassinés. Et je tiens à leur rendre hommage à eux parce qu'eux ont été particulièrement maltraités par le gouvernement de l'époque.
Eux ont été mis dans des camps, parfois ils sont morts, ont été mis dans des charniers quand ils en mouraient. Les enfants n'ont pas été scolarisés. Enfin, vraiment, on a à l'égard des harkis, on doit avoir à l'égard des harkis, une très vive reconnaissance. Voilà des gens qui ont choisi la France et qui sont français, pas seulement par leur identité, mais par le son verset.
Sur Vichy, Marine Le Pen, vous avez beaucoup avancé, évolué par rapport à la doctrine du FN. Pourquoi sur la guerre d'Algérie, vous êtes toujours sur le même registre ?
Pardon, mais est-ce que j'ai le droit de dire que les harkis qui ont choisi la France et qui ont été massivement assassinés, qui ont été reçus dans des conditions épouvantables sur le territoire, c'est une honte ? Mais tout le monde devrait le penser. Voilà des patriotes, des gens encore une fois qui ont choisi la France, qui ont exprimé leur amour de la France.
Donc on ne peut pas réconcilier les mémoires ?
C'est qu'on ne peut pas réconcilier les mémoires. C'est qu'encore une fois, s'il s'agit de réconcilier les mémoires en se flagellant devant l'Algérie qui ne cesse de réclamer des actes de repentance, moi, en ce qui me concerne, ce sera non. Voilà. C'est aussi simple que ça. Sauf si peut-être l'Algérie demande elle-même pardon aux harkis sur la manière dont ils se sont comportés à leur égard. Alors là, il y aura une vraie réconciliation des mémoires, comme vous dites.
Merci à vous Marine Le Pen, candidate pour le Rassemblement National à cette élection présidentielle. Invité d'Inter ce matin. Bonne journée.
Marine Le Pen