Comment ne pas laisser la peur nous contrôler ? Les conseils de Cindy Bruna, Anne-Cécile Mailfert, Marie Bochet et Delphine Viguier-Hovasse
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Chapitres
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Questions et réponses
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Vous dites que vous avez écrit votre livre parce que c'était un moyen de lutter contre cette peur et de sortir de l'isolement.
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Vous avez senti ça déjà en vous, depuis que vous avez sorti le livre ?
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Est-ce que vous pouvez faire un point sur la situation actuelle ? Parce qu'il y a des chiffres qui sont très bouleversants.
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C'est pour ça que le Réal Paris a décidé de s'engager. Vous pouvez nous dire comment est née cette idée du programme stand-up ?
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Est-ce que vous pouvez nous les détailler, Anne-Cécile ?
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Est-ce que vous pouvez nous les détailler, Anne-Cécile ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« 100% des femmes ont été victimes de harcèlement dans les transports publics. »
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« Dans l'espace public, c'est 80%. »
- 5:54InvitéChiffre
« On a fait une étude dans une dizaine de pays sur plus de 15 000 personnes. »
- 6:09InvitéFait
« Sur les moins de 35 ans, c'est le harcèlement dans l'espace public. »
- 7:27InvitéChiffre
« 80% des femmes ont été harcelées dans l'espace public et 100% dans les transports en commun. »
- 14:12InvitéChiffre
« Le chiffre, il est imparable. »
- 19:56InvitéChiffre
« On a atteint l'égalité salariale en 2020. »
- 20:14InvitéChiffre
« Si on continue au rythme auquel on va aujourd'hui, on aura l'égalité hommes-femmes en 2050. »
- 21:32InvitéChiffre
« Les personnes que nous, on a formées à la Fondation des Femmes, c'est 30 000. »
- 22:11InvitéChiffre
« On a formé 1 150 000 personnes depuis le début du programme. »
- 23:00InvitéPromesse
« On va former quasiment l'intégralité de leurs équipes en station. »
- 23:16InvitéFait
« C'est 2022 avec un train qui circulait. »
- 23:56InvitéFait
« Cette volonté de vouloir guérir à tout prix, ça met une pression de cette perfection de tout va bien, etc. »
- 25:44InvitéFait
« Quand tu n'as plus peur de perdre, tu as tout gagné. »
- 26:46InvitéFait
« J'ai été blessée en janvier. Donc, je n'étais clairement pas dans les bonnes dispositions pour arriver aux Jeux paralympiques en mars. »
Temps de parole
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Alors on connaît tout et là ce que c'est que d'avoir peur. Peur dans le métro, peur dans la rue le soir, peur en rentrant du travail ou d'un cours du soir. On connaît aussi tout ce déploiement d'énergie fou, de stratégie d'évitement, ses dépenses pour prendre un taxi, on fait semblant d'être au téléphone ou d'écouter de la musique. On va essayer ensemble de comprendre à quel point c'est un immense handicap pour les femmes et ce qu'on peut faire pour leur rendre l'espace public. Et puis on va aller plus loin en abordant aussi la peur psychologique. Cette peur de ne pas faire plaisir à tout le monde.
La peur, comme on l'enseigne d'ailleurs depuis l'enfance, la peur de parler en public, de faire son intéressant, d'être vaniteuse, de demander plus, plus d'argent, de responsabilité, de connaissance, de reconnaissance. Et puis on va prendre exemple sur vous trois. Des femmes qui, comme vous Cindy Brunat, qui est top modèle, donc porte-parole internationale de L'Oréal Paris, avaient osé parler dans un livre bouleversant le jour où j'ai arrêté d'avoir peur, que vous pouvez trouver en librairie ici. Et vous y parlez des violences conjugales subies par votre mère, on va y revenir dans un instant.
Ou des femmes comme vous, Delphine Vigliovas, donc vous êtes directrice générale internationale de L'Oréal Paris, et vous avez osé monter les échelons, prendre la direction du plus grand groupe de cosmétiques du monde, et vous encouragez les femmes autour de vous à demander plutôt qu'attendre. Ou enfin, comme vous, Anne-Cécile Méffert, qui avez choisi de militer pour les femmes, de vous battre, et avait fondé en 2016 la fondation des femmes avec laquelle L'Oréal s'est associée pour lutter contre le harcèlement de rue. Alors Cindy Brunat, je voudrais commencer avec vous. Vous dites que vous avez écrit votre livre parce que c'était un moyen, en fait, la parole, déjà dire qu'on a eu peur.
C'est un moyen de lutter contre cette peur et c'est une façon de sortir de l'isolement.
Complètement. En fait, moi, dans mon expérience, juste pour revenir un petit peu, j'ai écrit ce livre, et ça parle des violences conjugales que ma maman a subies, et donc ma position en tant qu'enfant qu'aux victimes. Donc la peur, ça a vraiment... J'ai l'impression que j'ai été bercée dans cette peur, finalement, parce que les violences ont commencé assez tôt. J'avais de 3 ans à mes 15 ans, donc c'est vraiment toute mon enfance. Et cette peur m'a fait un peu perdre mon innocence à cet instant-là. Et forcément, je n'avais pas, à l'époque, les armes pour la comprendre, pour l'expliquer, pour même la nommer, finalement.
Et en grandissant, j'ai voulu me libérer, justement, de ce tabou, de cette peur de parler, de cette peur aussi, parfois, de se dire enfanco-victime ou de se dire victime. Parce que finalement, en parlant, on prend le dessus-dessus, on la reconnaît, cette peur-là. Parce que si on ne la reconnaît pas, si on la nie, en fait, elle nous pompe, en fait. Elle nous prend tout, elle nous contrôle. Et donc, pour moi, la reconnaître, en parler, c'est déjà ne pas la laisser nous contrôler, en fait.
Vous avez senti ça déjà en vous, depuis que vous avez sorti le livre ?
Ah, mais complètement, vraiment. Et ça s'est vu même au sein de ma famille, les conversations que j'ai pu avoir avec ma maman, avec ma sœur, avec tous ceux qui ont lu le livre, les retours que j'ai pu avoir. Alors, c'est impressionnant aussi de se dire à quel point on est tous touchés, en fait. Vraiment.
Effectivement. Donc, parler du problème, c'est déjà lutter contre le problème. Il faut déjà le reconnaître. Et du coup, Anne-Cécile Mepfer, je me tourne vers vous. Est-ce que vous pouvez faire un point sur la situation actuelle ? Parce qu'il y a des chiffres qui sont très bouleversants. 100% des femmes ont été victimes de harcèlement dans les transports publics. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ?
Alors, sur le harcèlement dans l'espace public, c'est vrai que... Et c'est pour ça qu'on est très fiers, d'ailleurs, d'avoir été associés au programme Stand-Up de L'Oréal Paris. Le harcèlement de rue, c'est un peu la première des violences que tout le monde... Violences faites aux femmes, violences sexistes, que toutes les femmes ont un jour subies. Donc, dans les transports en commun, les chiffres sont implacables. C'est 100%. Dans l'espace public, c'est 80%. Et c'est probablement aussi parce qu'en fait, on ne met pas forcément le mot violence derrière... Enfin, le mot harcèlement derrière... Voilà. Chacune a un peu sa propre définition. Donc, voilà.
Donc, moi, je pense qu'en réalité, nous toutes, on a toujours été... On a toujours... Enfin, on a toutes, à un moment donné de notre vie, été victimes de sexisme d'une manière ou d'une autre, et particulièrement dans l'espace public. Dans l'espace public, comme vous le rappeliez en introduction, ce que ça a de spécifique, c'est que l'espace public, c'est la société. Et ces violences-là, elles ne sont pas anodines, elles ne sont pas là pour rien. Quand je parle de ces violences, je parle du harcèlement de rue, dans le sens où, en fait, ce que ça va générer sur nous, les femmes, c'est qu'on va se replier un peu sur l'intérieur.
Vous toutes, vous avez sûrement, à un moment donné, vous vous êtes dit, OK, il y a une soirée, mais attends, comment je rentre si ça finit tard ? Et puis, non, elle est trop loin, c'est dans un quartier que je n'aime pas trop. Ou alors, je ne suis pas rassurée en passant par là. Et nous toutes, à un moment donné, on s'est dit, il faut que je rentre chez moi, il est tard, nuit, etc. Donc, je vais aller vite, vite, vite, je vais raser les murs. Et tout ça. Et puis, je vais m'habiller d'une telle manière. Et ça, c'est parce qu'en fait, on projette des choses parce qu'on se sent menacé dans l'espace public.
Et la conséquence, c'est qu'on ne va pas être libre de faire ce qu'on veut, mais on va se comporter, et j'adore le titre de ton livre, on va se comporter effectivement avec cette peur. Et donc, ça va restreindre notre capacité d'agir dans l'espace public. Et donc, d'agir pleinement dans la société et d'être pleinement des citoyennes comme les hommes, comme les autres.
Et du coup, c'est pour ça que le Réal Paris a décidé de s'engager. Vous pouvez nous dire comment est née cette idée du programme stand-up ?
Alors absolument. On cherchait depuis plusieurs années comment s'engager auprès des femmes pour avoir une cause qui soit concrète. Comment on les aide ? C'est vrai qu'on sait que la beauté n'est pas quelque chose de superficiel, que la beauté est un pouvoir, que la beauté aide à prendre confiance en soi. Mais on s'est dit comment est-ce qu'on peut aller plus loin. Et en fait, on a fait un truc très simple. C'est qu'on a fait une étude dans une dizaine de pays sur plus de 15 000 personnes. Et on a dit aux femmes, quelles sont les barrières à votre accomplissement ? Quelles sont vos barrières dans la vie de tous les jours ? Et on a laissé le sujet très ouvert pour voir ce qui allait sortir.
Et on a été très étonnés de constater que sur les moins de 35 ans, c'est le harcèlement dans l'espace public. Parce qu'en réalité, Anne-Cécile l'a très bien expliqué, c'est beaucoup plus qu'un sifflement dans le métro. C'est que ça conditionne tout votre agenda de vie de femme. Donc ça commence par, par exemple, je veux travailler après mes cours pour financer mes études. Et bien, si j'habite, si je dois prendre un métro après 10 heures du soir, je ne prendrai pas ce job du soir. Je ne prendrai pas celui-là. J'en prendrai un peut-être moins bien payé, plus près de chez moi. Donc, c'est problématique financièrement très tôt dans son développement personnel. Ensuite, je travaille déjà.
Je ne sais pas, je suis aide-soignante, infirmière, et j'ai envie d'aller plus loin et de faire une spécialisation plus poussée. Cours du soir. Ah ! Cours du soir. Ils sont où ? Jusqu'à quelle heure ? Comment j'y vais ? Et en fait, le harcèlement dans l'espace public conduit à une invisibilisation de la femme. Et c'est beaucoup plus pernicieux et c'est beaucoup plus grave que ce que je croyais. Mais au début, quand j'ai vu ce chiffre, je me dis « bon, on s'engage contre le harcèlement de rue ». Mais je trouvais que c'était un peu loin de l'histoire qu'on veut raconter sur la marque. Et en fait, ce n'est pas loin du tout. C'est exactement une barrière au développement personnel.
Et quand on a fait cette étude, donc je vous l'ai dit, sur plus de 15 000 femmes dans 15 000 pays, dans 10 pays, c'est exactement le chiffre que donne Anne-Cécile. 80% des femmes ont été harcelées dans l'espace public et 100% dans les transports en commun. Donc en fait, c'est un sujet de société.
– Et du coup, vous avez décidé de l'aborder d'une façon que je trouve très intéressante, c'est non pas dire aux femmes « bon, ben voilà comment vous réagissez quand vous êtes harcelées », c'est se dire « c'est un problème politique de la police au sens… » – On a englobé tout le monde. – Voilà, tout le monde doit en faire partie. Et du coup, c'est la méthode des 5D que peut-être, Cindy-Anne-Cécile, vous pouvez nous…
– Je peux vous aider sur les… je peux me lancer, s'il vous plaît. – Je peux essayer.
– C'est 5D, documenté.
– On a dialogué et dirigé. – Et dirigé. – Bravo. – Demandez d'arrêter. – Pas mal. – J'ai suivi la formation, elle est géniale.
– Vous l'avez la formation d'ailleurs, je vous invite à y aller ensuite. C'est toutes les 20 minutes, au moins une formation stand-up pour que tous on s'engage.
– On peut le faire aussi quand on est victime, c'est vrai, d'y faire, demander à quelqu'un. Mais ce qui est intéressant dans le fait de… c'est pas qu'on dit que les femmes peuvent pas se débrouiller toutes seules, mais c'est de prendre la société à témoin. – Exactement. – Quand on dit « vous êtes témoin », c'est qu'on est tous par du problème. Et d'ailleurs, la moitié des gens qui se forment, c'est des hommes.
– Ah oui, assez bon.
– Donc on n'exclut pas du tout… c'est pas du tout exclusif. C'est un problème de société globale.
– Et alors, est-ce que vous pouvez nous les détailler, Anne-Cécile ?
– Alors oui, donc la Fondation des femmes, son rôle dans ce programme, ça va être de faire en sorte qu'un maximum de personnes soient formées avec des formatrices qui sont des professionnels de la formation sur le sujet des violences sexistes et sexuelles. Donc la Fondation des femmes, nous on a des tas d'associations qui sont partout en France qu'on soutient au quotidien grâce aux dons qu'on reçoit.
Et donc on a sélectionné parmi ces associations celles qui avaient des formatrices spécialisées qui peuvent d'ailleurs rediriger aussi les personnes qui sont formées vers des dispositifs d'accompagnement parce que parler des violences, ça peut aussi générer des remontées en fait d'événements traumatiques ou des questions par rapport à des amis qu'on a ou autres. Et donc c'est pour ça que c'est vraiment très important et c'est l'un des atouts de ce programme. C'est des vraies formatrices d'associations spécialisées qui peuvent aussi, qui sont en lien avec tout l'écosystème associatif sur les violences faites aux femmes. Qu'est-ce que je dois faire ? Détailler ?
– Viens les 5D, oui, c'est pour que tout le monde en profite. – Alors allez-y. – Donc diriger, c'est demander d'arrêter. C'est demander à la personne d'arrêter quand vous en êtes témoin. Documenter, c'est prendre une photo, évidemment pas pour la poster sur les réseaux sociaux, mais pour la donner à la victime plus tard, pour savoir ce qu'elle veut faire de ce cas, est-ce qu'elle veut porter plainte, etc. Déléguer, c'est appeler quelqu'un, le chauffeur de bus. Distraire, qui est souvent celle qu'on aime bien faire. – Moi aussi, c'est celui que j'ai fait. – C'est se mettre au milieu du harcèlement pour en faire baisser la pression.
Faire semblant de reconnaître la victime, prétendre qu'on est sa cousine, demander l'heure. Eva Longoria fait une scène déso-pilante où elle mange un gros paquet de chips quand elle veut expliquer comment elle distrait entre le harceleur et le harcelé. Donc c'est une façon d'enlever la pression de la situation. Et déléguer...
– Documenter, on l'a fait. – Non, dialoguer.
– Si vous ne savez pas comment vous y prendre quand vous en êtes témoin, le minimum est d'aller voir la victime en lui disant, après, je l'ai vue, c'est pas normal, c'est pas de ta faute, est-ce que tu veux qu'on en parle, est-ce que tu veux qu'on documente le sujet, est-ce qu'on peut aller porter plainte ?
– Pour qu'elle se sente moins seule, effectivement.
– Oui, qu'elle se sente moins seule et puis qu'elle le sente que c'est pas normal, en fait. Ce qui vient de se passer n'est pas normal, je l'ai vue, j'ai pas osé, j'ai pas su. Ça, bon, voilà. – On ne pense pas assez à ce dernier, mais je pense qu'il fait vraiment la différence.
– Absolument. – Et Sini Bonnet, justement, je voulais qu'on aille. Aussi, il y a la peur, évidemment, physique dans la rue, puis il y a la peur psychologique, puisque là, on est dans une journée consacrée à la vie de bureau, aussi, à nos carrières. Est-ce que vous direz que c'est les mêmes mécanismes, la peur qu'on peut avoir enfant, ou dans la rue aujourd'hui, et la peur où on se dit, qui suis-je pour ?
– Non, moi, je les différencie, parce qu'il y a cette peur, finalement, qui nous avertit, donc qui n'est pas forcément une mauvaise chose, parce qu'on se sent menacé. Donc ça peut être pour un accident dans la rue avec quelqu'un qui nous suit, etc. Donc c'est une peur qui nous avertit, dont on a besoin aussi pour se mettre en sécurité. Et puis il y a cette peur qui est beaucoup plus psychologique, et finalement qui nous limite énormément, qui nous empêche d'avancer, mais parfois elle n'a pas raison d'être, en fait. C'est des peurs comme ça qui peuvent...
Parce que psychologiquement, on est dans la négativité, parce qu'on se dit, je ne peux pas y arriver, parce que j'ai peur de monter ici pour vous parler, mais en fait, non, je peux le faire. Et donc cette peur-là, moi, c'est celle-ci que j'essaie de me défaire, et de ne pas la laisser me contrôler, de me dire, en fait, si, je peux le faire, s'il faut que je le fasse. Et donc voilà, pour moi, c'est deux peurs.
– Et vous avez raison, vous avez des mantras, justement, des choses que vous dites ?
– Est-ce que vous pourriez les partager ? – Alors, ce qui revient souvent, mais c'est de façon large, c'est de... Enfin, c'est très bizarre, c'est très particulier, du coup. Mais c'est de me dire que je suis bénie, que je suis lumière, et que je suis guidée. Comme ça, ce n'est pas complètement de moi, et je me dis, je suis accompagnée, quoi.
– C'est hyper beau, et ça me fait penser, pardon, c'est juste un aparté. Il y a un texte de Nelson Mandela où il dit, « On croit que notre peur la plus profonde, c'est de ne pas briller, mais non, notre peur la plus profonde, c'est de briller. » Donc, je ne sais pas pourquoi vous... – C'est ça. – Et alors, justement, Delphine Villiovas, est-ce que vous, vous m'avez dit, en pré-interview, que vous n'aviez pas vraiment connu cette peur qu'on peut avoir ? Alors, je voudrais avoir vos conseils et vos mantras à vous, également.
– Non, je vous avais dit, quand on a discuté, on a fait notre préparation, quand on a parlé toutes les deux, je vous avais dit que j'avais eu la chance d'évoluer dans un milieu où j'ai des parents, une famille qui m'ont poussée, et un milieu professionnel qui est assez sécurisant pour les femmes. En revanche, comme dans tous les milieux professionnels, vous avez beaucoup plus de chances d'avoir quelque chose que vous demandez que quelque chose que vous méritez. Et ça, la chose pour laquelle je dois me faire violence, c'est demander ce que j'ai envie de faire, ou dire ce que j'ai envie de faire.
Et je pense que c'est assez féminin comme comportement, et c'est documenté que les femmes demandent le job du dessus, si je dois donner un exemple professionnel, quand elles ont 80 à 90% des compétences pour le faire, alors qu'un homme va demander le job du dessus quand il a 40% des compétences. Et donc je trouve que c'est pas une façon de dire, c'est comme ça, c'est un fait. Et je pense que c'est là-dessus qu'il faut aller. On peut demander un job quand on n'a que 40% des compétences. Juste le dire. C'est ça que j'ai envie de faire plus tard. Comment on y va ? Qu'est-ce qu'on fait ? Où on va ? Qu'est-ce que vous en pensez ?
Et aussi mettre un peu la pression sur l'interlocuteur, en fait, plutôt que de la garder sur soi. Et le chiffre, il est imparable. Et c'est ça, je pense, le plus limitant chez les femmes.
Et donc vous recommandez à toutes, vous disiez... De demander. De demander au lieu d'attendre.
Au fond, il vaut mieux un non que pas de réponse. Ou il vaut mieux un non que le fait qu'il se passe... Parce que des noms, on en aura. Ben non, le job, il n'est pas pour toi, il est pour elle, il est pour lui. Bien sûr, ça arrive à tout le monde. Chacun a des plans de carrière. Et malheureusement, parfois, on est plusieurs à demander un job ou à demander un budget ou à demander... C'est pas que pour un travail. C'est parfois, on a envie de faire un projet. On dit, ben non, c'est l'autre qui le fait. Ah ben merde, j'avais su, je l'aurais demandé avant. Le fameux, si je l'avais su, j'aurais demandé avant. Enfin, le fameux, si j'avais su, j'aurais dit ça dans la réunion.
Et vous savez, quand on est dans sa voiture le soir et puis qu'on se refait le truc, la story à l'envers, ah, j'aurais dû dire ça. Ah, je lui aurais répondu ça. Et là, en fait, il faut éviter de j'aurais dû dire ça. Et je pense qu'il faut dire les choses.
Oui. Anne-Cécile Melfair. Cette peur, elle est aussi construite. Parce qu'effectivement, on parle de harcèlement de rue, mais les femmes, en réalité, sont plus en danger en restant chez elles. Voilà, les chiffres le montrent. Mais on est élevé avec des histoires comme le petit chapon rouge ou la chèvre de M. Seguin. On nous explique que si on sort, attention, on est très, très en danger. Donc, est-ce que vous pouvez nous expliquer à quel point c'est une histoire d'éducation aussi et que ça ne correspond pas forcément à la réalité ? Ben oui.
Alors, c'est vrai que ce qui n'est pas forcément intuitif comme ça, parce que ce ne sont pas les informations qu'on nous donne depuis petite, mais en réalité, on a plus de risques d'être victimes de violences par les hommes de notre entourage que par des inconnus. Statistiquement, les femmes violées sont violées à 80% par des hommes de leur entourage. Donc, ce n'est pas, en fait, des inconnus dans la rue. Malheureusement, je dirais, c'est plutôt des hommes qui nous voient, qui nous connaissent, qui nous fréquentent, des hommes de nos familles, des hommes dans notre travail, des amis. Malheureusement, c'est plutôt de nos proches dont on a le plus statistiquement, en tout cas, de risques.
Enfin, voilà, on est le plus en danger. Mais c'est vrai que la manière dont on nous présente les choses, c'est la manière de dire, en fait, l'extérieur est dangereux. Et d'ailleurs, nous, c'est ce qu'on essaye aussi de dire quand on travaille sur le harcèlement de rue, c'est qu'on essaye aussi d'avoir ce double langage, de dire, il faut qu'on reprenne confiance aussi en nous et grâce à ces outils, grâce à Stand Up, on a des outils, on sait comment faire pour qu'on ne soit pas limité à l'extérieur, mais surtout, ne soyez pas, que ça ne vous limite pas à l'extérieur.
Et la raison pour laquelle les idées qui sont diffusées sont plutôt les idées d'un danger extérieur, pour moi, ça n'est pas un hasard. En fait, si on a peur de l'extérieur, ça fait qu'on va se mettre sous la coupe et sous la protection de nos proches. Et donc, typiquement, dans des situations dans lesquelles on peut être sous l'emprise d'un conjoint, il va aussi utiliser le « c'est risqué d'aller là, tu ne devrais pas faire ça, c'est risqué, etc. » pour qu'en fait, on reste bien sous sa coupe et qu'on n'ose pas et qu'on ne puisse pas parce qu'on va se limiter soi-même, parce qu'on va se dire, en fait, il y a un danger à l'extérieur.
Donc, je reste sous la coupe de l'intérieur qui, en réalité, statistiquement, est plus dangereux pour nous que l'extérieur. Donc, ça, c'est vraiment quelque chose aussi à avoir en tête et à réussir petit à petit. Ce n'est pas facile, mais ça prend des années et des années à réussir à détricoter tout ce qu'on nous... Moi, je continue tous les jours à apprendre des choses et à détricoter des trucs, à détricoter toutes ces petites idées-là qui sont à nouveau, qui ne sont pas là par hasard. Et c'est ça qu'il faut vraiment se dire. Ce n'est pas là par hasard. Et ça sert à asseoir une certaine domination des hommes sur nous.
Et il faut vraiment, pour pouvoir être pleinement libre et se réaliser entièrement, il faut réussir à s'en affranchir. Et sur la peur, vraiment, je vais dans ton sens. C'est extrêmement clair et limpide ce que tu dis. Et c'est très important ce qu'a dit Cindy tout à l'heure. Il y a la peur qui est utile et la peur qui est limitante. Et cette peur utile, je redis ce que tu as dit. Mais c'est vraiment très important ce que tu as dit. Il faut savoir écouter son radar interne. Et ça, souvent, quand on a vécu des traumatismes, on va tout oublier, on va tout mettre sur sa peau. Et on perd ça. Donc il faut vraiment réarmer son radar.
Mais le bon radar, celui qui va nous dire la danger, donc j'y prends garde et donc je fais ça. Mais pas cette idée d'un danger qui, en réalité, a été construite et nous empêche de faire des choses.
Et alors, pour déconstruire cette peur, vous avez lancé des programmes d'éducation aussi, en fait. C'est l'éducation surtout qui permet d'éviter.
On a lancé des programmes d'éducation, en tout cas chez L'Oréal, en interne, on a beaucoup de programmes de formation sur le leadership au féminin, c'est vrai, qui nous expliquent justement ce fameux demander un job avant d'avoir 80% des compétences, ne pas s'isoler dans la difficulté professionnelle en pensant qu'on va trouver la solution toute seule, mais en parler à ses collègues, amis, collaboratrices, et surtout échanger pour trouver des solutions, donc éviter l'isolement. Ne pas penser qu'on est seul responsable en se fouettant le dos consensueusement tous les soirs de difficultés professionnelles, du truc qui n'avance pas, du projet qui traîne, mais c'est collectif.
Une erreur n'est jamais une erreur individuelle. Une erreur professionnelle n'est jamais une erreur individuelle. Ça aussi, c'est l'homme héros qui résout tout. Ça aussi, c'est un truc à déconstruire. Ça ne marche pas comme ça. C'est un travail d'équipe. Ensuite, on a plein de... C'est vrai qu'il y a une aide à la parentalité. Donc a priori, c'était au départ plus aidant pour les femmes, plus de congés maternités, et puis surtout une mesure de l'égalité salariale hommes et femmes qu'on fait depuis 2007. Et on le mesure depuis 2007. Et on a atteint l'égalité salariale en 2020.
Bravo.
Oui. Enfin, ça prend 13 ans, ça veut dire. Dans la société, juste, et encore, on en était conscients, et on n'était pas trop mal quand on est... Le point de départ n'a été pas trop mauvais. Si on continue au rythme auquel on va aujourd'hui, on aura l'égalité hommes-femmes en 2050. C'est pas demain, quoi. Oui, il y a encore... C'est pour ça que c'est bien que vous soyez là. Quelques-unes d'entre nous ne travailleront plus à ce moment-là. Donc, normalement, il faut accélérer un tout petit peu le rythme.
Cindy Brunard, vous aussi, vous êtes impliquée dans beaucoup de programmes, dans le programme Stand-up, mais aussi auprès de Solidarité Femmes. Est-ce que vous vous sentez, justement, que quand vous... que ces associations, le bien que vous faites en échangeant, vous voyez ce que ça donne comme résultat ?
En fait, je vais vous dire la vérité, c'est que quand je me suis engagée auprès de Solidarité Femmes en 2017, j'étais encore dans le silence. Et ce poids était encore sur moi. Et donc, bien sûr, je m'engage et je les aide, mais j'ai envie de dire, c'est eux qui m'ont énormément aidée, parce que grâce à eux, j'ai fait des rencontres formidables. J'ai pu rencontrer des anciennes... des survivantes aujourd'hui, des anciennes victimes, des enfants, des écoutantes qui m'ont beaucoup parlé et finalement éduquées, parce que je savais ce qui m'était arrivé, mais il y a plein de choses dont je n'arrivais pas à comprendre encore.
Et donc, toutes ces années, finalement, à leur côté, m'ont permis aujourd'hui d'écrire ce livre. Donc, c'est vraiment eux qui m'ont inspirée et qui m'ont donné la force de le faire.
Merci. Et Anne-Cécile Melfert, donc là, on en est où du programme Stand-Up ? On a formé combien de gens en France ? En plus, des gens qui vont être formés cet après-midi ?
Alors, les personnes que nous, on a formées à la Fondation des Femmes, c'est 30 000. Et ensuite, il y a toutes les personnes qui sont formées, donc Fondation des Femmes, c'est-à-dire avec les formatrices en direct. Mais comme ça, c'est des formations plus longues, d'ailleurs, je vous incite vraiment à aller vous former tout à l'heure, comme ça, on va faire monter les chiffres. Et puis aussi, si vous êtes, j'imagine que la plupart d'entre vous, vous êtes dans des entreprises, on peut aussi venir former en entreprise. Donc, n'hésitez pas à venir nous voir pour caler des formations d'entreprise. Et puis, il y a toutes les personnes qui sont formées en digital, sur le site stand-up.fr.
Oui, sur le site. Et on a formé stand-up-international.com et on a formé 1 150 000 personnes depuis le début du programme.
Bravo. Et notamment des chauffeurs Uber, des gens dans des festivals.
Alors, on est dans 42 pays. Donc, on a dans des pays européens et puis des pays où la formation est la bienvenue. Et en Espagne, on va avoir un partenariat avec les chauffeurs Uber qui sont souvent victimes, témoins de choses, comme tu l'as dit, le soir, etc. Donc, c'est une bonne audience à former parce qu'ils peuvent vraiment intervenir. On fait ça en Espagne. On a plein de programmes dans plein de pays. Donc, 1 150 000 personnes là, ce matin, 42 pays. Et on va aller dans plus de pays et on espère atteindre 2 millions de personnes formées à la fin de l'année prochaine. Bravo. Mais avec l'AERATP, on va former quasiment l'intégralité de leurs équipes en station.
Oui, on est en train de former des grosses entreprises en France. Et l'année dernière, on a fait le train de l'égalité. Enfin, c'est ce style qui était à l'origine. C'est cette année, en fait. C'était en mars. Ah oui, t'as raison. C'est 2022. Moi, ça y est, je suis projetée. C'est 2022 avec un train qui circulait. Et donc, on a formé beaucoup de personnes aussi à la SNCF. Voilà. Donc, il y a sûrement des personnes autour de vous qui sont déjà formées grâce à tout ce qu'on a fait.
Et alors, dans un instant, on va accueillir Marie Bauchet, qui est une championne paralympique. Mais je voudrais, avant, vous poser une dernière question, Cindy Bruna, parce que vous avez dit une phrase que j'ai trouvée très belle dans une interview dans le L. Vous dites, ce qui compte n'est pas de guérir complètement, mais suffisamment. Et je trouvais ça très...
Oui, parce que finalement, je parle de mon expérience à moi, mais cette volonté de vouloir guérir à tout prix, ça met une pression de cette perfection de tout va bien, etc. Et moi, j'ai réussi à avancer. Mais la blessure, elle est là, et j'ai besoin de la reconnaître. Et j'ai besoin de me dire que, voilà, ça a été un... Ça fait partie de moi, et je le guéris encore tous les jours, etc. Mais j'ai pas besoin de le guérir à tout prix jusqu'à la fin, et me dire que c'est bon pour continuer à avancer, pour avoir l'impact que j'ai, pour écrire le livre, etc. Donc, c'est vraiment important pour moi.
Merci beaucoup. Alors, donc, je vous invite à applaudir Marie Bauchet. Peut-être que vous pouvez beaucoup être avec nous. Donc, vous avez huit médailles d'or paralympiques en ski alpin, s'il vous plaît. Et vous êtes porte-parole de L'Oréal Paris. Alors, j'avais juste une première question. Déjà, vous, vous mettez carrément en danger physiquement. Là, on parle d'une peur, encore une autre.
Encore une autre, mais du coup, j'écoutais ce que vous disiez tout à l'heure. Et en fait, cette notion de peur, évidemment, en ski alpin, on l'a encore plus dans la discipline de la descente où on va à 120 km heure avec une petite dorsale et un casque. Et en fait, je me suis posé la question de la notion de peur à ce moment-là. Et en fait, souvent, on me demande, mais est-ce que t'as peur ? Je me dis, oui, j'ai peur. Mais en fait, j'ai une peur qui me permet de rester vigilante, en fait. Et c'est exactement ce que vous disiez tout à l'heure. Et donc, dans le sport, c'est aussi valable. Je n'ai pas la peur qui me coupe l'engagement, mais j'ai la peur de la vigilance.
Donc, j'ai ce qui me permet de ne pas me mettre dans les filets à chaque viage. Donc, c'est une peur qui est raisonnable.
Et il y a une phrase, vous aussi, qui vous sert un peu de mantra, ma ton dit. C'est, quand tu n'as plus peur de perdre, tu as tout gagné. C'est ça, c'est bien celle-là ?
Oui, alors, c'est un PDG d'un partenaire qui l'a dit cette année et qui résonne très fort après mon expérience au jeu paralympique de Pékin. Où je n'ai pas eu les résultats que j'escomptais. Et en fait, j'ai découvert parfois que dans les défaites, il y a d'autres victoires. Alors, bien sûr, ce ne sont pas les émotions d'une médaille d'or, mais c'est d'autres émotions. J'ai appris à savoir sur qui je pouvais compter dans ces moments-là. J'ai appris beaucoup de choses humainement, peut-être beaucoup plus riches et peut-être ce dont j'avais besoin pour finir cette carrière sportive. Qui continue encore, mais en tout cas finir cette expérience paralympique.
Et donc, cette phrase, elle résonne fort en moi parce que finalement, quand on n'a plus peur de perdre, on ose.
Oui, ça rejoint ce que vous disiez, Cindy Brunac, qu'on n'est pas obligé d'être dans la perfection en permanence.
C'est exactement ça.
Et alors, est-ce que vous avez un conseil, vous aussi, je ne sais pas, un mantra que vous répétez de temps en temps ? Parce que comme vous avez partagé le vôtre.
Oui, je pense que c'est très proche de tout ce que vous avez dit, mais juste oser en fait. Oser parce que vraiment, ma conclusion de cette année 2022, c'est que j'ai été blessée en janvier. Donc, je n'étais clairement pas dans les bonnes dispositions pour arriver aux Jeux paralympiques en mars. Ça fait quatre ans que je préparais cette étape. Et cette blessure, elle est arrivée. Il a fallu la traiter. Et puis, j'ai osé. J'ai quand même pris le départ de ces courses. Et finalement, j'en suis ressortie certainement, grandie, malgré le fait qu'il n'y ait pas eu ces médailles escomptées.
Bravo. Merci beaucoup. Écoutez, on vous applaudit vraiment très fort. C'était très mental. Merci.