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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 30 janvier 2026 23 min

Présidentielle 2027 : l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve appelle à un "grand rassemblement des Français" autour "du centre gauche" pour battre le RN

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Bernard Cazeneuve, et merci d'être avec nous ce matin sur France Info. Votre parole est rare, on a d'ailleurs beaucoup de sujets à voir avec vous ce matin. Votre regard d'ancien Premier ministre sur l'actualité internationale, bien sûr, l'Iran, les Etats-Unis. Mais avant cela, parlons un peu de nous, parlons un petit peu de la France. Ce dernier 49-3 ce matin, sans doute pour faire adopter le budget. On en voit le bout, enfin, diront certains. Est-ce que ces mois de discussion, que ce soit au Parlement et en dehors, ça a été à vos yeux une perte de temps, ou au contraire peut-être le début d'une forme de culture du compromis en France que vous pourriez saluer ?

0:42
Pierre Cazeneuve

Cette culture du compromis, elle est nécessaire, surtout quant au terme d'une décision hasardeuse, la dissolution de l'Assemblée nationale, il n'y a pas de majorité. Il faut bien trouver des accords entre des formations politiques qui ne pensent pas nécessairement la même chose, surtout, pour parvenir à avoir un budget.

Je pense que l'erreur qui a été commise, c'est de prendre la décision, parce que ça avait été demandé par des groupes d'opposition, de ne pas avoir recours à l'article 49-3 de la Constitution, qui est un article qui avait été mis dans le dispositif constitutionnel pour permettre au parlementarisme rationalisé de fonctionner, c'est-à-dire établir les conditions d'une relation équilibrée entre le gouvernement et le Parlement pour qu'il puisse y avoir, sur des sujets délicats, des décisions de prise. Et je pense qu'on a perdu trop de temps.

La discussion budgétaire a pu apparaître comme une interminable palidodie, alors qu'on aurait dû y mettre fin beaucoup plus tôt, en ayant recours à l'article 49-3. D'ailleurs, on remarque, et c'est la raison pour laquelle ce débat sur l'article 49-3 était absurde, que l'alternative au non-recours au article 49-3 était les ordents, c'est-à-dire un dispositif dans lequel, pour la première fois dans l'histoire de la Vème République, le Parlement n'aurait pas eu du tout à se prononcer sur le contenu du budget. Donc au nom des droits du Parlement, on avait créé les conditions pour que le Parlement soit totalement écarté de ses droits, ce qui est absurde.

2:02
Présentateur

Le fait quand même qu'il y ait eu des discussions longues a aussi peut-être permis, notamment aux socialistes, d'obtenir un certain nombre de choses. Je pense à la hausse de la prime d'activité notamment. C'est aussi ce que ces discussions ont permis.

2:19
Pierre Cazeneuve

Oui, bien entendu, mais elles auraient pu être plus brèves compte tenu de l'urgence à laquelle on est confronté. Puis elles auraient surtout, ces discussions, pu ne pas faire totalement l'impasse sur le sujet principal auquel le pays est confronté. En matière budgétaire, c'est le caractère abyssal des déficits et l'ampleur des dettes. Parce que je vous rappelle quand même qu'il y a quatre mois, François Béroux est arrivé, l'air grave devant les Français en disant il faut un budget pour faire des économies. Et maintenant, nous en sommes un discours tout à fait différent. Il faut des dépenses pour avoir un budget.

2:54
Locuteur non identifié

Ça veut dire que vous étiez favorable à cet accord de non-censure, on le sait, entre le gouvernement et les socialistes. Mais vous dites qu'à la fin, le prix à payer est peut-être trop exorbitant en termes de réduction d'économie.

3:06
Pierre Cazeneuve

Non, ce que je dis simplement, c'est qu'on est revenu à la Quatrième République, à des combinaisons entre les partis, c'est-à-dire au pire de ce que peut produire le système de partis dans un contexte où le pays est en train de s'affaisser. Et si l'on a le sens des intérêts du pays, si on est préoccupé de la réalité des problèmes auxquels il est confronté, on doit pouvoir souhaiter que les difficultés soient surmontées et réglées. Et toutes ces discussions entre les partis, qui renvoient encore une fois à une période de notre histoire qu'on croyait à tout jamais révolue, aboutit à quoi ?

Aboutit à une dégradation de la situation générale sur le plan politique, à une incapacité à surmonter les difficultés budgétaires. On explique que le déficit sera réduit à la fin de l'année, je l'espère, je le souhaite, bien entendu. Mais j'en doute, compte tenu de ce qu'est la pente générale dans laquelle on est engagé. Et quelle que soit la sensibilité politique que l'on a, si on est soucieux, encore une fois, de l'intérêt du pays et désireux de dire la vérité aux Français, on ne peut pas leur dire autre chose que la difficulté que posera à terme l'ampleur de la dette et des déficits si on ne parvient pas à prendre des décisions qui doivent l'être.

4:12
Locuteur non identifié

Est-ce que c'était vraiment raisonnable, dans ce contexte budgétaire de déficit que vous rappelez, de revenir sur cette réforme des retraites ? On sait à quel point le système est déséquilibré. Finalement, est-ce que ce n'était pas reculé pour mieux sauter, étant donné ce qui va se passer dans les années à venir ?

4:29
Pierre Cazeneuve

Là aussi, quelle est la vérité sur la question des retraites ? Il faut la dire aux Français. Lorsque l'État-providence a été conçu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec le Conseil national de la résistance, il y avait à peu près 4 salariés pour 2 retraités. Aujourd'hui, il y a 2 salariés pour 4 retraités. Dans un pays où, comme dans l'ensemble des pays occidentaux et d'Europe, il y a un allongement de la durée de la vie.

Donc, c'est mentir aux Français que de leur dire que ce sujet n'existe pas et qu'il n'est pas nécessaire de le régler, que tout cela est en réalité une vue de l'esprit et que nous pourrons continuer à financer les retraites, notamment le système de la retraite par répartition auquel on est attaché, sans ne rien faire. Donc, qu'il y ait une suspension d'une réforme, parce qu'elle a été adoptée dans des conditions qui ne convenaient pas, qu'il y avait dans cette réforme des éléments de la justice, peu ce qu'on se voit. Mais dans ce cas-là, il faut expliquer par quelles réformes on la remplace.

Si on suspend cette réforme sans expliquer la manière dont on réglera la question des retraites à terme, on ment aux Français, on crée les conditions d'une fragilisation de ce à quoi nous tenons le plus, c'est-à-dire le système de solidarité et le maintien des grands principes de l'État-providence. Et si on est de surcroît de gauche, on ne peut pas souhaiter que l'État-providence soit minée par l'incapacité dans laquelle nous sommes d'en financer les grandes politiques.

5:48
Présentateur

— Précisément, Bernard Cazeneuve, vous êtes un homme de gauche qui, à gauche, aujourd'hui, je parle de la gauche parlementaire, porte l'idée d'une autre réforme des retraites. — Je pense qu'il faudra... — À grand monde.

5:58
Pierre Cazeneuve

— Écoutez, moi, je suis de gauche, mais je suis un esprit libre. Et je suis absolument désireux, dans le contexte particulier où nous nous trouvons, non pas de faire de la tambouille politique, de faire des petits arrangements par des déclarations qui permettent de séduire ou d'être appréciés de telle ou telle sensibilité ou de telle ou telle partie de l'électorat. Moi, je pense que le devoir d'un responsable politique, si, encore une fois, il a le sens de la nation, c'est de dire la vérité sur les problèmes auxquels le pays est confronté. Et la vérité, c'est qu'il est possible...

6:28
Locuteur non identifié

— Dire la vérité, c'est qu'on va devoir travailler plus longtemps.

6:29
Pierre Cazeneuve

— Ça veut dire que nous ne pouvons pas régler le problème du déséquilibre des retraites si nous n'allongeons pas, à terme, la durée de cotisation. Alors ça veut dire que tous ceux... — De cotisation, vous dites. — Oui. Ça veut dire que tous ceux qui ont commencé tôt dans les métiers les plus pénibles doivent pouvoir partir tôt. Et j'ai été, moi, confronté à cela lorsque j'étais député maire de Cherbourg et qu'il y avait des salariés des constructions navales qui étaient les poumons remplis d'amiante avec une espérance de vie très réduite au sortir de leur activité professionnelle, et ce, dès l'âge de 55, 56 ans.

Donc ceux qui ont travaillé dans ces conditions-là et d'autres encore qui ont des métiers pénibles doivent pouvoir partir tôt, mais d'autres qui n'ont pas la même pénibilité au travail doivent pouvoir cotiser plus longtemps pour ceux précisément qui peuvent partir tôt.

7:15
Présentateur

— Mais est-ce qu'il y a eu, pardonnez-moi, un peu de... Alors je sais que vous avez pris vos distances avec le Parti Socialiste. — Non, je n'ai pas pris mes distances avec le Parti Socialiste.

7:22
Pierre Cazeneuve

— Est-ce que vous l'avez quitté ? — Je l'ai quitté pour des raisons qui tiennent à l'alliance que le Parti Socialiste a conclue avec la France Insoumise. Et moi, j'ai pris des dispositions, donc pas en fonction de la volonté qui était la mienne de ménager mon avenir politique, mais en fonction de ce que sont mes convictions profondes. C'est ainsi que je suis configuré politiquement. Je ne louvois pas, je ne tergiverse pas. Et compte tenu de la gravité de la situation à laquelle le pied est confronté, cette clarté d'esprit et de ligne me paraît nécessaire. — Oui, mais quand, pardonnez-moi,

7:51
Présentateur

mais quand je vous écoute, j'ai plus l'impression, d'ailleurs, on peut rester au chapitre ancien Premier ministre, mais j'ai plus l'impression d'entendre quasiment un Édouard Philippe que quelqu'un qui est membre du Parti Socialiste.

8:02
Pierre Cazeneuve

— Vous avez tort, quand vous m'entendez, d'entendre Édouard Philippe, parce qu'Édouard Philippe propose de mettre l'âge de départ à la retraite à 67 ans. — Il l'a évoqué, en tout cas. — Je ne propose absolument pas cela. Je pense que ce serait une mauvaise idée. Je pense qu'on peut allonger la durée de cotisation, intégrer le critère de la pénibilité pour faire en sorte qu'on puisse équilibrer les comptes du système de retraite. Et si nous ne le faisons pas, nous prenons le risque de vulnérabiliser la possibilité, demain, de pouvoir maintenir le système par répartition auquel les Français tiennent. Ne pas dire cela, c'est leur mentir.

8:36
Locuteur non identifié

— Un dernier mot, peut-être, de bilan sur ce long semestre parlementaire et budgétaire. Est-ce que vous donnez le point, en quelque sorte, à Sébastien Lecornu d'avoir adopté, finalement, une méthode efficace ? Puisque, dernier 49-3 aujourd'hui, probablement dernière motion de censure en début de semaine, mais le gouvernement ne sera pas renversé.

8:55
Pierre Cazeneuve

— Mais pourquoi voulez-vous que je me mette à faire de l'opposition frontale à l'égard de Sébastien Lecornu, que je connais, dont je connais les qualités, et qui a été nommée dans des conditions extraordinairement très difficiles, après que deux de ses prédécesseurs avaient été censurés ? Et il a été nommé dans un contexte plus difficile que ses prédécesseurs, puisque ses prédécesseurs avaient, à deux reprises, échoué, à réussir à réunir une majorité autour du budget.

Donc, moi, je ne vais pas me mettre à faire de l'opposition stupide, à m'en prendre à un Premier ministre dont je sais qu'il fait ce qu'il peut et au mieux pour essayer de faire en sorte de ne pas ajouter le chaos institutionnel aux difficultés politiques du moment. Il ne m'a pas reçu, mais il n'avait aucune raison de le faire. Mais nous sommes parlés régulièrement, et nous échangeons régulièrement, et depuis longtemps. Maintenant, je ne suis pas dans la majorité. Je condamne une grande partie des orientations politiques de l'actuel gouvernement et de ceux qui l'ont précédé.

Et je suis assez sévère quant à la décision prise par le président de la République de dissoudre l'Assemblée nationale, car tout le désordre que cela engendrait est le résultat de la décision d'un seul homme.

10:03
Présentateur

Quand même, est-ce que ce n'est pas malgré tout l'assurance, quand on voit le budget adopté un peu difficilement ? Vous parliez vous-même d'urgence, mais là, est-ce qu'on n'a pas l'assurance, malgré tout, qu'il ne va rigoureusement rien se passer jusqu'en mai-juin 2027 ?

10:17
Pierre Cazeneuve

Mais de toute façon, il ne peut rien se passer de significatif qui correspondrait à ce dont le pays a besoin, compte tenu de la situation de confusion politique qu'on a contribué à créer, dans laquelle beaucoup d'acteurs, de partis, de responsables politiques semblent se complaire. On est-ce content que de cette confusion pourra naître un chemin pour eux-mêmes ? Bon, c'est ça la réalité politique à laquelle on est confronté.

Et quand je dis que nous sommes revenus à la Quatrième République, je suis, je pense, optimiste en disant cela, parce que j'ai peur que la République dans laquelle nous sommes désormais engagés, qui n'est plus la cinquième, compte tenu du désordre qui désormais domine, ne soit pas non plus la quatrième, puisque dans la quatrième, il y a quelques talents, qui d'ailleurs exercèrent des responsabilités. Il y en a quelques-uns, mais ils sont moins nombreux. Et en tous les cas, il me semble beaucoup moins préoccupé de l'intérêt national que ne pouvaient l'être des Pierre-Brandez-France, des Félix Gaillard ou des François Mitterrand. Le 8.30 France Info, Adrien Beck, Mathilde Sirot.

11:15
Locuteur non identifié

Toujours avec Bernard Cazeneuve qui est avec nous, ancien Premier ministre et membre fondateur de la Convention. C'est le nom de votre mouvement. On voulait évoquer avec vous, évidemment, le scrutin des municipales. Les élections ont lieu maintenant dans un mois et demi. Et donc, pour ce qui concerne la gauche, à la différence des élections précédentes, la France Insoumise a décidé cette fois-ci de prendre toute sa part et donc de présenter des candidats dans un certain nombre de villes.

On avait compris, au vu de ce qui se passe au Parlement, que cette alliance du nouveau Front Populaire n'avait plus lieu, qu'il y avait une rupture entre le Parti Socialiste, notamment, et la France Insoumise. Or, cette semaine, par la voix de Pierre Jouvet, qui est le secrétaire général du PS, on a appris qu'il pourrait y avoir, finalement, des alliances de second tour entre les candidats du PS et la France Insoumise. Qu'est-ce que ça vous inspire, à vous, qui avez, justement, quitté le PS sur cette question des liens avec la France Insoumise ?

12:12
Pierre Cazeneuve

Bon, d'abord, je vais me déplacer pendant ces élections municipales pour soutenir un certain nombre de candidats de gauche. Mon souhait, c'est que partout, il y a des candidats de gauche sortants ou des candidats de gauche qui affrontent des maires sortants de droite et qui le font dans une limpidité stratégique pour ce qui concerne la relation avec la France Insoumise, un soutien total leur soit apporté. Et donc, mon souhait, à moi, c'est qu'il y ait un maximum de maires de gauche, encore une fois, dans la clarté quant aux alliances avec LFI, qui puissent être élus.

12:43
Locuteur non identifié

Exemple à Paris, vous allez soutenir Emmanuel Grégoire ?

12:45
Pierre Cazeneuve

Je souhaite l'élection d'Emmanuel Grégoire à Paris, comme je souhaite l'élection du maire du Creusot d'Asile Marty, du maire de Cherbourg Benoît Arrivé, dès lors qu'il n'y a pas d'ambiguïté quant à l'alliance avec la France Insoumise. Voilà quelle est ma position.

Mais je regrette, bien entendu, que alors que le débat parlementaire dont on vient de parler et qui s'est éternisé avait donné le sentiment que le Parti Socialiste avait rompu avec la France Insoumise, qu'il y ait encore des responsables du Parti Socialiste pour dire qu'il pourrait y avoir à l'occasion des élections municipales des accords avec cette organisation dont on a vu les positions sur les questions de politique internationale, le comportement au Parlement sur les questions budgétaires ou les questions de politique nationale et qui est une formation politique avec laquelle nous ne pouvons pas conclure d'accord compte tenu de ce qu'elle représente, des orientations qu'elle défend, des outrances dont elle est capable, de la violence dont elle a fait montre dans l'hémicycle à l'occasion des débats parlementaires.

Je crois que la plus grande clarté doit prévaloir concernant l'alliance avec cette organisation et je regrette vraiment qu'on n'ait pas encore été au bout de l'exercice et il n'y a pas de possibilité pour la gauche de gouvernement de reprendre l'initiative et de jouer un rôle notamment dans la perspective des élections présidentielles sans d'une totale clarté quant à la ligne, la stratégie, les buts à atteindre. Il faut être hermétique, c'est ça que vous dites à la France insoumise ? Je ne dis pas qu'il faille être hermétique, je dis qu'il faut être clair.

Il faut essayer de faire en sorte que la domination politique exerce la France insoumise sur la gauche depuis des années cesse et pour cela il faut de la clarté, des convictions, de la sincérité, de l'honnêteté intellectuelle et de la lucidité face au problème auquel le monde est confronté. Et je vais prendre des exemples très concrets. Peut-on s'allier avec un parti, la France insoumise, dont on a vu le comportement plus qu'ambigu, pour ne pas dire complaisant, à l'égard de la Russie alors que l'on voit le danger que représente le président Poutine, la violence de sa stratégie à l'égard de l'Ukraine, pour la sécurité de l'Europe ?

Peut-on être allié avec un parti qui a du mal à reconnaître, quoi qu'on pense sur les modalités de l'intervention américaine au Venezuela, Maduro comme un dictateur ? On considère ici qu'Emmanuel Macron est un président autoritaire mais Maduro qui tout ira balle réelle sur son peuple, lui serait un grand démocrate. On a vu sur la question de l'Iran et sur la question du communautarisme combien ce parti est ambigu. Donc moi je ne souhaite absolument pas que l'on puisse...

15:23
Présentateur

Sur l'Iran, pardonnez-moi, à la France insoumise, on a reçu des responsables ici qui ont été très clairs sur leur volonté de voir la chute du régime. Très bien, mais en tous les cas

15:31
Pierre Cazeneuve

pour ce qui concerne la lutte contre l'islamisme, ils sont pour le moins ambiguës puisque toute manifestation de fermeté à l'égard du totalitarisme que constituent l'hétéocratie islamiste est considérée comme une manière d'islamophobie. Donc tout cela quand même nous éloigne beaucoup de ce parti sur les valeurs, sur les principes, sur la politique internationale et lorsque l'on est loin de ceux avec lesquels on veut s'allier, il faut rompre avec eux.

15:56
Locuteur non identifié

Si l'on suit votre raisonnement et on connaît votre combat, votre positionnement aussi contre le rassemblement national, est-ce qu'aujourd'hui pour vous ces deux forces politiques, le RN d'un côté que vous combattez depuis longtemps, la France insoumise dont vous venez de nous expliquer à quel point pour vous le positionnement était complètement antagoniste à ce que vous portez ? Je combats aussi

16:17
Pierre Cazeneuve

la France insoumise d'abord parce que je combats le RN. Pour moi, l'objectif c'est de faire en sorte que le pays ne bascule pas entre les mains de l'extrême droite et je considère que les positions prises par la France insoumise, l'outrance dont ses leaders ont été capables, le sectarisme dans lequel cette alliance nous a enfermés, fait fuir un très grand nombre d'électeurs vers le rassemblement national. Cette alliance et ses outrances sont une véritable machine à fabriquer du vote rassemblement national.

C'est donc parce que l'objectif est de faire en sorte que le pays ne bascule pas vers le rassemblement national qu'il faut avoir une position très claire à l'égard d'LFI et de l'alliance avec LFI parce que tout témoigne du fait que cette alliance fabrique du vote rassemblement national.

17:03
Locuteur non identifié

Alors, expliquez-nous comment une gauche non-mélenchoniste si l'on peut dire peut se reconstruire. On sait qu'il y a cette primaire à gauche qui se prépare. Elle est annoncée pour le 11 octobre. Avec Clémentine Autain, François Ruffin, Olivier Faure, dirigeant du PS, mais aussi Marine Tondelier. En quoi est-ce qu'elle serait forcément vouée à l'échec ? On sait, votre opposition à cette primaire, vous n'y participeriez pas. En quoi est-ce que ce serait forcément une mauvaise opération pour la gauche ?

17:31
Pierre Cazeneuve

D'abord, essayons de revenir à ce qu'est la réalité du monde telle qu'il se présente à nous. Peut-être parlera-t-on des questions internationales ? Je le souhaite parce que me paraissent beaucoup plus importantes que toutes ces combinaisons de partis que nous sommes en train de commenter. Nous savons la situation budgétaire, nous voyons le risque de désindustrialisation, nous voyons le risque de décrochage de l'Europe, nous savons combien il est difficile en Europe de créer les conditions d'un accord et d'un compromis pour faire en sorte que nous puissions assurer ensemble, les Européens, notre propre sécurité au moment où l'Alliance Atlantique vacille. Nous voyons tout cela.

Et face à ces problèmes, le principal discours de la gauche consisterait à mobiliser toute son énergie pour essayer de désigner des candidats aux primaires alors que la seule solution pour éviter le Rassemblement national est LFI, mais notamment le Rassemblement national et surtout et d'abord le Rassemblement national puisqu'il est une partie de ceux qui soutiennent les positions des leaders qui veulent remettre en cause la construction européenne, nos valeurs, notre modèle.

Si nous voulons réussir à battre le Rassemblement national, il n'y a qu'une solution, c'est de rassembler l'ensemble des Français par-delà les appareils fatigués autour d'une certaine idée de la France dans laquelle ils se reconnaissent et qu'ils ne leur donnent pas envie d'aller voter pour le Rassemblement national. C'est un peu vaporeux. Non, ce n'est pas vaporeux parce que la fin de la Quatrième République, on s'est trouvé dans une situation d'effondrement budgétaire, de difficultés sur la guerre d'Algérie, d'effondrement institutionnel, de combinaisons... Il manque de rôle, là, peut-être ?

En tous les cas, il faut qu'il y ait une stratégie de rassemblement de tous les Français autour d'une certaine idée du pays exprimée avec sincérité par des êtres désintéressés. Il y en a quelques-uns dans le pays qui peuvent constituer cette alliance pour faire en sorte que nous évitions le pire. Vous en faites partie. En tous les cas, je prendrai ma part pour que cela soit possible. Ça veut dire pas prendre sa part ? Je n'appelle pas à des combinaisons entre des appareils fatigués pour faire en sorte que le Rassemblement national soit alimenté en voix. J'appelle à un grand rassemblement des Français autour de lignes claires. Quelles sont ces lignes ?

La République fermement, la mise en compatibilité de l'efficacité économique et de la justice sociale parce que s'il n'y a pas d'efficacité économique, il n'y a rien à répartir et l'efficacité économique ne suffit pas à faire la justice sociale, l'impasse du ruissellement l'a montré. Il faut lutter contre le réchauffement climatique mais sans décroissance et enfin créer les conditions d'un ordre international différent, d'une construction européenne renforcée, d'un multilatéralisme retrouvé pour faire en sorte que la paix soit préservée à travers le monde. Voilà les grandes lignes autour desquelles nous devons construire un compromis national.

Cette ligne-là, elle situe les messages au centre-gauche et c'est autour du centre-gauche que le grand rassemblement des Français doit s'opérer.

20:29
Locuteur non identifié

Donc vous êtes sur la même ligne que François Hollande qui appelle lui aussi à ce que plusieurs bains de volonté puissent s'agréger pour faire naître peut-être un chemin ?

20:38
Pierre Cazeneuve

Oui, je pense qu'il faut que ces volontés s'agrègent. Il faut que la ligne soit une ligne progressiste de gauche. C'est la raison pour laquelle j'ai pris des positions extrêmement claires quant à l'alliance avec la France insoumise. Mais je pense qu'il faut aller au-delà de la gauche et du rassemblement de la gauche pour créer les conditions de la défaite du rassemblement national. Et moi, ce à quoi j'appelle, ce n'est pas l'union de la gauche dans sa forme classique.

C'est au rassemblement, le plus large possible des Français, dans une démarche d'ailleurs inspirée de ce qu'a été le gaullisme à la fin de la Quatrième République, par un discours qui soit attractif parce qu'il correspond à une certaine idée de la France.

21:19
Présentateur

Bernard Cazeneuve, il nous reste malheureusement très peu de temps pour aborder la question internationale, même si vous l'avez évoqué en filigrane. Je voulais que vous disiez un mot de ce qui s'est passé ces derniers jours, ces dernières semaines, les velléités de Donald Trump de s'approprier le Groenland. La réaction d'Emmanuel Macron qui, pour certains, a entraîné un peu les Européens derrière lui. Qu'en avez-vous pensé ?

21:41
Pierre Cazeneuve

Je pense que le président des Etats-Unis qui essaie d'obtenir par tous les moyens à tout prix le prix Nobel de la paix n'est pas un faiseur de paix. C'est un fauteur de trouble. Sur l'Iran, c'est un fauteur de trouble. Nous avions signé un accord conquis de haute lutte par une négociation très âpre avec les Iraniens qui mettait le nucléaire iranien sous le contrôle de la IEA au terme d'un accord international. C'est Donald Trump à l'occasion de son premier mandat qui a décidé unilatéralement de remettre en cause cet accord en menaçant de sanctions les pays qui ne quitteraient pas Téhéran dans les heures qui ont suivi sa déclaration unilatérale.

Donc c'est lui qui, par sa décision, a créé les conditions d'une reprise du programme iranien qui était sous contrôle et les pressions qu'il souhaite exercer aujourd'hui sous le gouvernement iranien nous les exerçons par cet accord nous les exerçons dans la durée et nous aurions pu éviter le pire.

22:33
Présentateur

La France a bien répondu sur le Groenland pardonnez-moi c'était ma question.

22:37
Pierre Cazeneuve

Je pense que ce n'est pas la réponse de la France. La France a joué son rôle et moi je ne suis pas non plus de ceux dans un contexte aussi difficile que celui auquel on est confrontés qui ira faire des commentaires sur les lunettes du président de la République ou sur certaines des formules utilisées par lui en anglais. Le président de la République a pris des positions ces positions ont contribué à faire en sorte que les Européens dans leur ensemble unissent leur voix pour tenter de faire reculer Trump qui a mis un peu d'eau dans son vin semble-t-il sur ce sujet.

Donc c'est ce qui compte et tout cela démontre que la seule stratégie possible à l'égard de Trump c'est la fermeté dans l'unité la plus grande des Européens parce que c'est un chef d'Etat qui ne comprend que le rapport de force.

23:15
Présentateur

Un grand merci Bernard Cazeneuve ancien Premier ministre d'avoir été avec nous ce matin. Merci Mathilde Ciro Restez sur France Info.

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