"Le PS n'est pas en ordre de bataille" selon le député Jérôme Guedj
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Jérôme Gage, bonjour, depuis TPS, la liste de Soël, bienvenue.
Bonjour Jérôme Gage. Bonjour. Hier, Olivier Faure a menacé le Premier ministre de déposer une motion de censure avec les autres groupes de gauche sur la question du travail le 1er mai. L'Assemblée nationale est effectivement en passe de permettre à certains salariés, je pense aux boulangers, aux fleuristes, notamment, de travailler ce jour-là. Vous plaidez vous aussi pour la censure ?
Non mais on marche sur la tête. Vous avez le sentiment aujourd'hui que dans ce pays, la priorité, c'est de légiférer sur le 1er mai ? Dans quelques jours, le 1er mai, vous pourrez aller acheter du pain, vous pourrez aller chez le fleuriste, prendre un brin de muguet. C'est quoi cette volonté de Gabriel Altal, de planter un drapeau d'une libéralisation à outrance ? C'est le jour des droits des travailleurs, c'est le jour de la reconnaissance du dialogue social, des syndicats. Et là, on viendrait remettre en question ce jour chômé aussi important. Pourquoi ? Pourquoi faire ? Vous voyez, là, on a un énorme problème à l'Assemblée nationale.
Ces jours-ci, on n'a que des textes qui ne sont pas absolument indispensables, qui sont clivants dans le débat politique, qui ne correspondent pas à des priorités de l'ensemble de nos concitoyens. Et on a vu ça la semaine dernière avec un texte sur le statut de l'Alsace, on a cette provocation sur le 1er mai. On a un problème, et je le dis solennellement à Sébastien Lecornu, on est sortis d'une période où nous avons voté un budget de la Sécurité sociale, où nous n'avons pas censuré le budget de l'État, et donc nous avons fait preuve de responsabilité.
Ce n'est pas pour que ça redevienne le bazar à l'Assemblée nationale, parce que chacun prépare son élection présidentielle et pense qu'il va délimiter son périmètre. Ça, ce n'est pas possible.
Donc vous, ce matin, vous dites que c'est une provocation, et sur le fond, il y a un récent sondage OpinionWay qui dit que les trois quarts des salariés souhaitent pouvoir travailler le 1er mai et gagner plus sur la base du volontariat. On se souvient, l'année dernière, il y avait eu plusieurs boulangers qui avaient ouvert en dépit de l'interdit et qui s'étaient fait verbaliser. Est-ce qu'il n'y a pas quand même, sur des professions précises, un petit pas à faire ?
Vous savez déjà, vous savez qu'il y a déjà beaucoup de gens qui travaillent le 1er mai. Tous les services publics, les hôpitaux, les aides-soignants, les transports, donc la vie continue dans le pays. Donc il y a des gens qui travaillent. Il y a les commerces de bouche, les hypermarchés, les supermarchés, là où il y a des salariés où on considère que c'est le jour, on va dire, le plus important de reconnaissance, justement, des droits des travailleurs. Il y a la possibilité pour les boulangers qui sont en statut d'artisans de travailler eux-mêmes. Ça fonctionne depuis des années, enfin, respectons un petit peu de bon sens.
Et si on commence à libéraliser, alors oui, on va ouvrir les hypermarchés, les supermarchés. Et puis en fait, l'ensemble de l'activité du pays, ce n'est pas la bonne manière. Et puis il y a quelque chose aussi qui est assez terrible. Il y a une réunion tout à l'heure à 18h.
Entre le ministre du Travail et les syndicats.
Ça marche sur la tête, à nouveau. Je réutilise cette expression.
On peut dire que c'est le dialogue social.
Oui, enfin, après que le texte ait été déposé. Monsieur Attal, il n'a pas pris cinq minutes pour concerter et réunir l'ensemble des organisations syndicales. Il sait pourquoi. Parce qu'il y a une opposition qui est une opposition légitime, encore une fois. Et je le redis, est-ce qu'on a besoin dans le pays d'avoir cette fracturation supplémentaire ? Il y a tant d'autres priorités. Moi, j'aimerais qu'on parle justement des vulnérabilités de l'hôpital, de l'accompagnement des personnes les plus fragiles, des personnes âgées.
Ce sera la censure, s'il y a cette commission mixte paritaire demain ?
Franchement, il y a des moments où il faut atterrir. Et je le redis, là, le fonctionnement de l'Assemblée nationale, après une période où on a fait preuve de responsabilité les uns et les autres, où on s'est dit qu'on va offrir un peu de stabilité pour préparer l'échéance présidentielle de 2027, ce n'est pas pour se retrouver avec de nouveau de l'huile sur le feu et une Assemblée nationale qui donne cette impression détestable, mais fondée en l'occurrence, d'être paralysée.
Avec le conflit en Iran, on voit que le gouvernement cherche à se prémunir de sa dépendance au pétrole. Vendredi, le gouvernement a présenté un plan d'électrification à l'horizon 2030, avec du leasing social, l'interdiction des chaudières à gaz. Est-ce que pour vous, tout ça va quand même dans le bon sens ?
Mais voyez, voilà un sujet où il y a peut-être bien plus besoin de débattre, de travailler. Mais il y a deux temporalités. Il y a celle du moyen et du long terme. Et évidemment qu'il faut opérer cette transition vers l'électrification, notamment des mobilités. Et ça, ça s'inscrit dans une politique de transition énergétique qui parfois a été, comment dire, un peu ambivalente. Donc moi, je n'ai pas de problème à cette organisation de cette transition. Mais il y a une urgence du moment. Il y a le fait que quand vous passez devant une station de service, vous voyez de 27, de 38, de 48 pour le prix du gazole ou du sans-plomb 95.
Donc vous dites qu'il faut des mesures pour tout le monde. Mais les caisses sont vides.
Oui, mais c'est pour ça.
Est-ce qu'il ne vaut pas mieux cibler ce que fait en ce moment le gouvernement, les pêcheurs, les routiers ?
Oui, mais alors dans ce cas-là, deux choses. Dans ce cas-là, il ne faut pas oublier certaines professions. Je vous parlais de l'accompagnement des plus vulnérables dans les territoires ruraux, même dans les banlieues. Si les aides à domicile, les infirmières libérales n'ont pas d'aide, vous avez des milliers, des centaines de milliers de personnes âgées, de personnes en situation de handicap qui ne peuvent pas avoir leur aide-soignante qui vient ou alors celle-ci, elle perd 15 à 20 % de son salaire. Et puis, il y a la question du rôle des distributeurs et des pétroliers. Moi, je reprends toujours cet exemple.
En 1990, déjà une guerre là-bas, l'invasion du Koweït par l'Irak, Michel Rocard, qui était Premier ministre à l'époque, avait pris immédiatement, sans attendre, dès le 8 août, une mesure de blocage des marges des distributeurs pétroliers. Et le gouvernement, ça fait maintenant trois semaines ou un mois qu'il nous dit « il n'y a pas de problème, je vais régler le problème dans les jours et les semaines qui viennent, vous allez voir le prix à la pompe qui va baisser ». Il ne baisse pas le drame. En tous les cas, la guerre s'intensifie avec maintenant l'annonce d'un blocus, là aussi on marche sur la tête, troisième fois que j'utilise ce terme, par les États-Unis eux-mêmes.
Donc le baril, il va continuer à être autour de 100 dollars, voire plus. Donc il faut des mesures immédiates, des mesures ciblées pour ceux pour lesquels la voiture est indispensable et des mesures qui mettent à contribution les super profits des pétroliers parce qu'il n'y a pas de raison que même puisse se dégager des marges.
Qu'en fléchant le surplus des recettes émanant de la hausse du carburant vers justement l'électrification, Sébastien Lecornu d'une certaine manière fait preuve de courage politique, de ne pas céder à la démagogie qui serait de donner des chèques en blanc à tous les Français et d'investir sur le temps long. C'est ça aussi la politique ?
Oui mais investir sur le temps long, ce n'est pas, avec cette augmentation qui, souhaitons-le, sera temporaire du prix du pétrole. Il y a bien d'autres enjeux pour financer cette transition énergétique et je regrette qu'il n'ait pas été mis sur la table depuis plus longtemps. Là, la priorité, parce que moi je n'entends parler que de ça à juste titre, il y a des gens qui ont besoin de leur voiture pour travailler, pour s'occuper de leurs enfants, pour s'occuper de leurs proches parfois en difficulté, pour faire leurs courses et on ne peut pas se retrouver avec les prix que je mentionnais tout à l'heure.
Donc des aides ciblées, la limitation des marges des distributeurs et cette dentelle pour aider celles des professions qui sont absolument indispensables.
Alors au sein du Parti Socialiste en ce moment, il y a un petit peu d'électricité dans l'air, je ne pense pas que vous allez me dire le contraire.
Ou de l'eau dans le gaz, si on veut continuer dans la métaphore énergétique.
La semaine dernière, Karim Ouamran, le maire de Saint-Ouen, appelait à la démission d'Olivier Faure. Hier, c'est l'ex-premier secrétaire du PES, Jean-Christophe Cambadélis, qui lui demandait soit de démissionner, soit d'organiser un congrès. Quant à Boris Vallaud, le patron des socialistes à l'Assemblée nationale, il a claqué la porte du bureau national mardi soir. On a le sentiment quand même que beaucoup veulent le mettre en minorité. Quelle est votre position ?
Dans un an, il y a une élection présidentielle. Et l'enjeu, c'est d'être en ordre de bataille pour éviter la victoire du Rassemblement national et surtout offrir une réponse aux souffrances, aux inquiétudes et aux espérances de nos concitoyens. C'est dans cet esprit que j'ai présenté ma candidature à l'élection présidentielle pour mettre sur la table ce que moi j'appelle la ligne d'une gauche responsable, républicaine, universaliste, laïque, écologiste, sociale, qui ne cède pas au bruit à la fureur, mais qui n'est pas dans l'impuissance de la fin d'un macronisme déliquescent. Et donc moi, je n'ai qu'une seule proposition à faire aujourd'hui. C'est que nous ayons la formulation d'un projet.
Le Parti socialiste, Boris Vallaud l'a dit lui-même, n'est pas en ordre de bataille. Pas de projet sur la table, pas de méthode pour désigner un futur candidat à l'élection présidentielle. Commençons par l'essentiel, un projet. Rassemblons les hommes et les femmes de bonne volonté sur cette orientation politique. Raphaël Glucksmann en fait partie, Yannick Jadot en fait partie, Boris Vallaud en fait partie, tous les socialistes, Carole Delga, Michael Delafosse.
Une fois qu'il y a un projet, on fait quoi ? Comment on départage quand même la filure, la tête de proue ?
Il y aura un moment de responsabilité. Voilà, bien sûr qu'il ne faut pas multiplier les candidatures. Moi, j'ai présenté la mienne pour défendre une orientation politique parce qu'à gauche, je ne veux pas qu'il y ait une sorte de fuite en avant et de flou artistique qui n'est pas ferme sur des principes. La politique, ça commence par des valeurs, ce sont celles que j'ai rappelées, la laïcité, le refus de la brutalisation du débat politique, mais aussi une orientation radicalement à gauche pour s'attaquer aux problématiques de vulnérabilité, de dignité, de souveraineté, tout ce que nos concitoyens attendent de décideurs politiques.
S'il n'y a pas de primaire, c'est quoi ? C'est la loi des sondages ? On laisse tout ça décanter ?
Alors là, vous voyez, je fais le pari de l'intelligence collective. Si nous avons une orientation politique sur quelques propositions, sur le logement, sur le soutien au pouvoir d'achat, sur une nouvelle sécurité sociale qui accompagne toutes les vulnérabilités, sur notre indépendance énergétique et une logique de souveraineté agricole, alors à ce moment-là, nous aurons le candidat ou la candidate qui se dégagera. Comme par miracle ? Le Saint-Esprit, tout d'un coup ? Mais moi, je ne veux pas céder au crétinisme présidentiel. Il n'y a pas d'hommes ou de femmes présidentiels. Il y aura un collectif, il y aura une dream team qu'il faut reconstituer à l'occasion de cette élection.
Donc ce n'est plus la rencontre d'un homme et d'un peuple, cette élection ?
Écoutez, il faut peut-être sortir de cette verticalité-là. Il faut en effet un homme ou une femme avec une vision politique et un amour du pays. Moi, je défends le patriotisme républicain qui doit être au cœur de chaque Française et de chaque Français. Mais il faut aussi une équipe qui montre la diversité de ces républicains. Donc pas de primaire, si je vous entends. La primaire, elle abîmera forcément celui ou celle qui sera venue se présenter dans une compétition et une course de petits chevaux. À un moment, on ne sait pas, vous savez la fameuse primaire que défendait Olivier Faure.
Il dit que ça crée une dynamique, une primaire.
On a plus passé de temps à parler de la date de cette primaire, des modalités de vote, que du contenu de l'orientation programmatique. Donc si la primaire, c'est à la fois une sorte de casting sur la personne, mais aussi pour trancher l'orientation politique, alors on aura des désaccords. Rappelez-vous ce qui s'est passé en 2017 ou en 2016. 2017, il y avait une primaire de la gauche. Les deux finalistes étaient Benoît Hamon et Manuel Valls. Quand l'un a gagné, l'autre ne l'a pas soutenu parce qu'il y avait deux orientations politiques très différentes. Si on fait ça, alors on est mort.
Donc moi, je veux un rassemblement sur des valeurs, des principes et une gauche radicalement attachée à transformer la société.
Et Olivier Faure, toujours à la tête du parti. Vous ne demandez pas sa tête.
Il a un problème de... Tout ça est très secondaire et les Français s'en fichent un petit peu de savoir qui dirige le Parti Socialiste. Ils veulent des gens qui formulent des propositions. En l'état actuel, Olivier Faure n'est pas majoritaire dans le Parti Socialiste. Il le sait et c'est la raison pour laquelle c'est un peu le bazar et la paralysie. C'est fâcheux, c'est regrettable. J'appelle à un sursaut. Mais c'est d'abord un sursaut devant les Français qui comptent. Les militants socialistes, ils sont ancrés dans la société. Ils voient bien qu'on ne va pas continuer comme ça.
Mais...
Jérôme Guedj