Ian Brossat : « Les députés communistes ont eu raison de s’opposer au budget dans sa copie finale »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Yann Brossard. Merci d'être notre invité, sénateur de Paris, porte-parole du Parti communiste. On va revenir longuement sur le vote du budget, mais aussi sur les municipales. Vous êtes candidat à Paris, mais d'abord on va regarder les unes de la presse régionale. On en a sélectionné trois. D'abord la une des dernières nouvelles d'Alsace. Le Cornu remporte une première bataille. Le Premier ministre a réussi son pari du compromis sans utiliser le 49-3 pour le budget de la Sécu. Pour autant, le chemin est encore long. Il lui faudra faire passer avant la fin de l'année le budget de l'État. Une étape encore plus délicate.
La deuxième une, c'est celle de la Voie du Nord sur l'alliance entre Renault et Ford qui va profiter aux usines nordistes. Les deux constructeurs ont annoncé un partenariat stratégique. Renault assemblera des véhicules électriques pour Ford à Douai. Dans l'usine des moteurs de Cléon, on attend des retombées directes pour l'emploi. Et puis la dernière une, c'est celle du populaire du centre. Les poubelles polluent le scrutin. Sur certains territoires, la fin des collectes à domicile pourrait bien influer sur le vote des citoyens au municipal. De quelle une avez-vous envie de nous parler, Yann Brossard ?
La première, parce que c'est sans doute l'actualité la plus brûlante, le vote sur le projet de loi de finances de la Sécurité sociale. Et puis de fait, c'est un sujet qui concerne l'ensemble des Français. Donc c'est celle que j'aurais choisie. Celle des dernières nouvelles d'Alsace.
On va en parler tout de suite. 13 voix près, les communistes qui ont voté contre. Est-ce que ce vote, c'est un échec pour vous ?
Non, c'est surtout un échec pour les Français. Parce qu'au final, c'est un projet de loi de finances de la Sécurité sociale qui va les pénaliser, qui va pénaliser les malades, qui va les ponctionner. Puisque par exemple, il y a cette taxe sur les complémentaires santé qui représente un peu plus d'un milliard d'euros. Donc un pouvoir d'achat qui va s'en trouver grévé. Il y a les diabétiques par exemple, qui vont être mis à contribution. 1,5 million de personnes qui sont concernées et qui vont avoir un reste à charge qui va augmenter. Et donc on reste sur une logique qui consiste à pénaliser les plus pauvres, à pénaliser les malades, à pénaliser ceux qui sont les plus en difficulté.
Ça ne me paraît pas être juste dans la période que nous traversons.
Mais dans le même temps, le gouvernement a renoncé à beaucoup de ces mesures initiales pour aller dans le sens du compromis avec la gauche, notamment sur le gel des pensions, sur la réforme de l'assurance chômage, sur une augmentation du budget de l'hôpital. Tout ça, vous n'en tenez pas compte ?
Non, c'est vrai. Vous avez raison de le dire. Ça aurait pu être bien pire. Et quand je compare la version finale à la version, par exemple, qui avait été adoptée au Sénat par la droite sénatoriale, je constate qu'un certain nombre de combats que nous avons menés, notamment le combat contre les franchises médicales, le combat pour éviter un certain nombre de catastrophes qui étaient prévues, l'augmentation du temps de travail, par exemple, qui était voulu par les sénateurs de droite, nous avons effectivement réussi à mettre en échec un certain nombre de mesures de régression. Est-ce que pour autant la copie est positive ?
Est-ce que pour autant la copie méritait un vote positif ou une abstention ? Je ne le pense pas. Et je pense que les députés communistes ont eu raison de s'opposer à ce PLFSS dans sa version finale.
Vous comprenez le choix des socialistes qui ont voté pour, dans leur grande majorité, des écologistes qui, dans leur majorité, se sont abstenus, disant qu'il y avait des avancées ?
Je ne partage pas leur analyse, mais je me garderais bien d'ériger des frontières ou des murs entre nous. Moi, je ne crois pas aux gauches irréconciliables. Je pense qu'on peut avoir des divergences tactiques, on peut avoir des divergences stratégiques, on peut avoir des votes différents. Pour autant, vous avez parlé d'un certain nombre de mesures de régression à laquelle nous nous sommes opposés. Nous, nous y sommes opposés ensemble. Et c'est parce que nous avons joint nos voix, nous les communistes, avec des socialistes, avec des écolos, avec des insoumis aussi, que nous avons pu empêcher un certain nombre de catastrophes dans ce projet de loi de finances de la sécurité sociale.
Oui, mais vous avez voté contre.
Est-ce que vous n'avez pas l'impression de ne pas jouer, du coup, le jeu du compromis ? C'est-à-dire que vous avez réussi à obtenir des avancées, vous votez quand même contre.
Vous savez, les communistes sont des gens cohérents. On mène des combats. Il y a un certain nombre de combats qu'on gagne. Et puis, il y a un certain nombre de combats qu'on ne gagne pas. Et puis, on fait le bilan à la fin. Et ce que nous constatons, c'est que c'est un projet de loi de finances de la Sécu qui ne va pas dans le bon sens, qui, par exemple, maintient 80 milliards d'euros d'exonération de cotisation sociale au profit des entreprises.
Comment on peut, d'un côté, continuer avec ces exonérations, une fois de plus, 80 milliards d'euros d'exonération de cotisation sociale pour les entreprises chaque année, y compris de grandes entreprises, y compris des entreprises qui licencient, y compris des entreprises qui délocalisent, et de l'autre, ponctionner les Français avec cette taxe sur les complémentaires santé. Et ça ne relève pas de la justice sociale. Et donc, nous, on regarde ce qu'on a gagné, ce qu'on n'a pas gagné. On fait le bilan et on constate que, globalement, ce n'est pas un bon PLFSS. Et c'est ce qui nous conduit à nous y opposer.
Vous parlez de cohérence. Est-ce que ça vous paraît cohérent de vous opposer à la suspension de la réforme des retraites ?
Il s'agit simplement de constater une chose. C'est que ça n'est pas une suspension de la réforme des retraites. Excusez-moi de vous le dire. C'est un décalage de la réforme des retraites. C'est-à-dire qu'il s'agit de valider le principe d'un report de l'âge de départ à la retraite à 64 ans, moyennant quelques aménagements. Les Français n'ont pas voté pour ça. Aux dernières élections législatives, les Français ont majoritairement voté pour des partis, certes différents, mais qui s'engagent à abroger la réforme des retraites. Nous, le mandat que nous avons reçu…
Elle est suspendue jusqu'à la présidentielle. Si vous gagnez la présidentielle, vous l'abrogez.
Mais ça, de toute façon, ça aurait été le cas. Et donc, ce que nous avons dit… Oui, mais nous avons gagné les dernières élections législatives. En tout cas, les partis qui sont arrivés en tête des dernières élections législatives ont voulu abroger la réforme des retraites. C'est le cas du nouveau Front populaire. C'est y compris le cas du Rassemblement national qui, lors de la campagne des dernières législatives, disait « abrogation de la réforme des retraites ». Et donc, nous nous retrouvons quand même dans une drôle de situation d'un point de vue démocratique avec des Français qui votent pour une chose et qui se retrouvent avec autre chose.
Et donc, bien sûr que la logique de tout ça, ce n'est pas d'approuver un simple décalage de la réforme des retraites, c'est-à-dire avaliser la réforme des retraites moyennant un petit aménagement.
Est-ce que Olivier Faure disait hier, ce soir, le Parlement a montré qu'il servait à quelque chose ? Vous partagez cette analyse ?
Je n'ai jamais douté du fait que le Parlement servait à quelque chose. Sinon, je ne serais pas parlementaire. Et j'espère qu'Olivier Faure ne part pas, lui aussi, du principe que le Parlement ne servait à rien.
Non, mais il disait, d'habitude, on discute en amende, il y a un 49-3, et hop, tout ce qu'on a fait est mis à la poubelle. Il dit, là, vraiment, on a pu discuter, trouver des compromis et aller jusqu'au bout de la discussion parlementaire.
Mais si le Parlement avait été véritablement respecté, par exemple, la réforme des retraites aurait été purement et simplement abrogée, puisqu'il y a une majorité à l'Assemblée nationale pour abroger la réforme des retraites. C'est le cas. De fait, jamais il n'a été permis que ce vote ait lieu. Les communistes ont fait voter une résolution qui n'a pas de valeur contraignante, se prononçant sur l'abrogation de la réforme des retraites. Donc, il y a encore un peu de chemin pour aller au bout et pour permettre que ce soit vraiment le Parlement qui dirige dans notre pays.
Vous disiez ne pas croire aux gauches irréconciliables. Hier, la France insoumise a énormément critiqué la décision du Parti socialiste, et même des écologistes qui se sont abstenus. Ils n'auraient pas dû faire ça ?
Moi, je ne veux pas faire d'un vote un prétexte. C'est-à-dire que je ne veux pas faire de ce débat sur le projet de loi de finances de la Sécu, je ne veux pas en tirer des conséquences hâtives. Moi, je vais vous dire, on peut faire tout le cirque qu'on veut. Si demain, il y a des élections législatives, si demain, il y a une dissolution, il faudra bien que la gauche retrouve le chemin de l'Union. J'ai trop vécu... Avec la France insoumise ? Avec l'ensemble des forces de gauche pour empêcher la victoire de l'extrême droite. C'est encore possible, puisqu'il s'est passé ces dernières semaines ? On verra de quelle manière, selon quelle modalité. Sans doute pas la même chose que la dernière fois.
Mais enfin, de toute façon, nous n'aurons pas le choix. J'ai trop vécu ces moments où on se dit, plus jamais ensemble. Et puis, en réalité, quand on est confronté à l'obstacle, on est bien condamné à travailler ensemble. Donc, moi, je ne prononcerai jamais de formule définitive. Et je pense d'ailleurs que les électrices et les électeurs de gauche ne sont eux-mêmes pas irréconciliables. Et que vous avez des gens de gauche qui, un jour, votent pour la France insoumise, un autre vote pour les socialistes, une autre fois, aux élections municipales, votent pour leur maire communiste, et puis une autre fois, votent écolo.
Donc, les électeurs de gauche eux-mêmes savent que nous sommes condamnés à faire l'union et à travailler ensemble.
Est-ce que le fait que le projet de loi de la sécurité sociale soit passé, pour vous, ça ouvre la voie à une adoption du budget de l'État ?
Nous verrons bien. Nous menons les combats les uns après les autres avec, je vous le redis, une seule boussole, en tout cas pour ce qui concerne les communistes, c'est la volonté de remettre de la justice sociale dans notre pays, dans un pays qui est la septième puissance économique du monde, où on a, dans le même temps, 10 millions de pauvres, où on a un niveau d'inégalité sociale qui n'avait pas été atteint depuis 30 ans. Moi, je pense que c'est ça qui devrait être le cœur du débat politique.
Vous savez, parfois, je nous écoute au Sénat, j'écoute les débats à l'Assemblée nationale, et je pense à une interview que j'ai lu récemment de Lula, qui dit sa grande fierté d'avoir sorti 40 millions de personnes de la fin. Nous, nous sommes là à discuter du déficit public, du niveau de la dette. Il a sorti 40 millions de personnes de la fin. Quand est-ce qu'on se met à ce niveau-là d'ambition ? Moi, je rêve qu'on ait des responsables politiques en France qui se fixent des objectifs comme cela, sortir des personnes de la pauvreté, des difficultés sociales qu'ils rencontrent. Ça, ça vaut le coup de se réveiller avec de l'énergie, avec l'envie de se battre.
En tout cas, moi, c'est ça qui me motive, et j'aimerais qu'on soit plus nombreux à avoir de tels objectifs.
Allez, on continue à parler du budget, puisque le Sénat poursuit dans le même temps l'examen du budget de l'État. Les sénateurs qui sont dans la partie dépenses avec l'examen des budgets mission par mission. Steve, on va parler du budget de l'immigration avec vous, puisque le Sénat a voté une augmentation de ce budget pour lutter contre l'immigration illégale.
Oui, rien de loin des spotlights de l'Assemblée nationale. Le Sénat poursuit à pas de loups l'examen du budget de l'État. Ce lundi, les sénateurs examinaient la mission immigration, asile et intégration. Premier renseignement, si tous les services de l'État ou presque se serrent la ceinture, ce n'est pas le cas du ministère de l'Intérieur. L'année prochaine, l'enveloppe consacrée à l'immigration progressera de 80 millions d'euros par rapport à l'année dernière. Elle atteindra 2,16 milliards en 2026, Auriane.
Et cette hausse ira notamment dans la construction de centres de rétention administratives.
Oui, vous savez, ces centres où l'on place des étrangers qui n'ont plus le droit de rester sur le territoire dans l'attente de leur expulsion. Le problème, c'est que ces centres sont pleins à craquer. Le gouvernement avait promis de doubler leur capacité pour atteindre 3 000 places en 2027. Ce sera finalement pour 2029. Mais le gouvernement a dégagé de l'argent dès l'année prochaine pour investir dans ces CRA. Le Sénat a voté une augmentation de 260 % des crédits alloués à ces centres pour l'année prochaine.
Et la droite qui a profité de ces débats dans l'hémicycle pour pointer du doigt les associations qui agissent dans les CRA.
Oui, au mois de mai, la majorité sénatoriale avait adopté une proposition de loi pour retirer aux associations leur mission de conseil aux étrangers. Cette mission serait désormais confiée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, un organisme qui est placé sous la tutelle du ministère de l'Intérieur. Et ce lundi, Laurent Nunez s'est dit favorable à cette proposition du Sénat. Écoutez-le. Je pousserai cette proposition. Je la pousserai à un moment. Il faut savoir dire stop. Et peut-être que ça fera bouger les lignes, bouger les choses.
Mais il y a d'autres structures qui sont tout à fait capables d'assurer une assistance juridique qui soit réelle, performante et qui ne se traduise pas par des recours systématiques qui viennent en fait obéir nos capacités d'action. Monsieur le sénateur, vous n'êtes pas favorable, je crois, à cette proposition du Sénat ?
Non, pas du tout. Et je trouve que la droite est en train de plus en plus d'entrer dans une dérive qui consiste à instituer un délit d'opinion. En l'occurrence, les associations dont on parle, que je connais bien, qui travaillent au sein des centres de rétention administrative, quel est leur boulot ? Le boulot, ce n'est pas d'exprimer des opinions. Elles peuvent exprimer des opinions par ailleurs. Elles veillent au respect des droits des personnes retenues. Et on a des sénateurs, des sénateurs de droite, en l'occurrence, avec l'approbation du ministre de l'Intérieur, qui disent non, mais ces associations, par ailleurs, elles ont des opinions qui ne nous conviennent pas.
Mais c'est très grave.
C'est pas exactement ce qu'il dit. Il dit que sa association multiplie les recours en justice. Du coup, les tribunaux, ensuite, ont du mal à traiter toutes ces demandes et proposent effectivement de confier cette mission de conseil à l'OFI. Ce n'est pas une bonne idée, l'OFI, mais c'est pour ça de l'intégration.
En l'occurrence, si elles peuvent faire des recours, c'est que le droit le leur permet. Donc, à ce moment-là, le problème, c'est le droit. Le problème, ce n'est pas les associations. Et de fait, on pointe du doigt ces associations, pour la simple et bonne raison qu'elles font leur boulot. Mais je pense qu'on assiste à une dérive qui est plus générale que ça. Je vous le redis, je pense qu'une partie de la droite est en train d'instituer un délit d'opinion. Donc, quand on finance une association, on ne finance pas une association parce qu'on est d'accord avec les opinions qu'elle défend. On la finance en raison des actions qu'elle mène, parce qu'on considère que ce sont des actions légitimes.
Je vais vous donner un autre exemple. Nous avons eu à Paris un grand débat autour de subventions à des librairies indépendantes. On votait au dernier conseil de Paris une délibération qui visait à subventionner 40 librairies indépendantes pour un montant de 500 000 euros. La droite s'y est opposée au motif qu'un certain nombre de librairies concernées vendaient des livres qui ne lui plaisaient pas. Mais si on rentre dans cette logique-là, c'est une logique qui est extrêmement dangereuse. C'est une logique qui est quasi Trumpiste. C'est-à-dire qu'on dit, tout ce qui n'est pas de droite, on ne le finance pas. Je suis désolé, ce n'est pas ça la démocratie.
La démocratie, elle vit aussi avec le pluralisme des idées. Et dans une démocratie, il est positif qu'on ait ce pluralisme des idées dans nos librairies comme partout. Cette hausse des crédits pour lutter contre l'immigration illégale, vous approuvez, c'est une bonne chose ? C'est magique quand même. Il n'y a plus un radis dans ce pays quand on écoute ces gens. Il n'y a plus de thunes pour construire des hôpitaux. Il n'y a plus d'argent pour les écoles. Il faut supprimer 4 000 postes d'enseignants. Par contre, quand il s'agit de la police aux frontières et quand il s'agit de multiplier les centres de rétention administrative, alors là, c'est waouh.
Il ne faut pas construire davantage de places en centres de rétention administrative. La vraie question, c'est que notre politique d'immigration, elle ne fonctionne que par-dessus tête. Quand vous avez 11% d'exécution d'OQTF, on est à 11%. C'est-à-dire qu'on prononce des OQTF à tir l'arigot et qu'au final, on n'est pas capable de les exécuter. On ferait mieux de cibler mieux les OQTF sur les personnes dangereuses pour éviter d'avoir des résultats aussi pathétiques. Donc, on aurait besoin d'une réflexion plus globale sur notre politique d'immigration, visant notamment à mettre le paquet sur l'intégration des personnes accueillies.
Comment on fait en sorte qu'elles apprennent le français, qu'elles aient un travail, qu'elles deviennent membres de la communauté nationale ? – Oui, mais si elles n'ont pas le droit d'être sur le territoire français, c'est ça aussi la question. – Qu'est-ce qu'on fait ? – Oui, mais de fait, on crée des situations folles en faisant qu'on a des gens qui ne sont ni régularisables, ni expulsables. Et donc, les personnes ne peuvent pas être accusées elles-mêmes d'être responsables de ça.
Moi, je pense que nous aurions besoin, notamment vis-à-vis des travailleurs sans papier, d'une vague de régularisation qui permette à ces personnes de vivre dignement sur notre territoire, de ne pas être condamnées à engorger des centres d'hébergement d'urgence parce que quand on n'a pas de papier, on ne peut même pas déposer de demande de logement. Moi, je le vois, y compris dans mon arrondissement, on a des centres d'hébergement d'urgence qui sont aujourd'hui totalement engorgés de personnes qui travaillent et n'ont pas de papier. Ce n'est pas une situation qui est digne, ce n'est pas digne pour elles, ce n'est pas bon pour le pays.
Et donc, je pense qu'on aurait besoin de revoir globalement notre politique d'immigration avec un objectif qui est la dignité des personnes humaines.
– On va passer à l'actualité à Paris. Avant de parler des municipales, l'actualité, ce sont aussi ces violences dans des écoles à Paris. 15 enquêtes ouvertes en 2025 pour agressions sexuelles présumées dans des écoles maternelles. C'est ce que dit la procureure spécialisée pour les mineurs du parquet de Paris. Est-ce qu'il y a eu des manquements de la part de la vie ?
– D'abord, c'est un sujet qui n'est pas spécifique à Paris, mais c'est un sujet qui est absolument fondamental et les situations que vous décrivez sont absolument indignes. Et j'ai d'abord une pensée pour ces enfants qui sont de fait marqués à vie, une pensée pour les familles qui sont légitimement inquiètes. Et tout cela appelle à l'évidence à la fois des réponses judiciaires, vous avez parlé de l'action du parquet, mais des réponses plus globales. Et donc je pense que oui, bien sûr, il est temps d'agir avec sévérité dans une logique qui soit une logique de tolérance zéro. Dès qu'un signalement nous revient, il faut écarter les personnels concernés. Et je pense que oui, c'est nécessaire.
– Mais alors, il y a ces agressions sexuelles présumées. Hier, on a également pris que des éducateurs d'un foyer parisien du 13e arrondissement de la ville se sont filmés en train de tondre la tête d'un petit garçon de 8 ans pour le punir. Donc je repose la question, est-ce qu'il y a eu des manquements de la part de la ville de Paris ?
– À l'évidence, il y a eu des manquements. À quel niveau se situent ces manquements ? Ça restera à déterminer. Ce qui est sûr, c'est qu'il faudra des sanctions extrêmement lourdes, qu'il faudra que des têtes tombent. Quand on est responsable de situations comme celles-là, on doit être sanctionné, et on doit être durement sanctionné. Et donc, à quel niveau se situe la responsabilité ? Une fois de plus, ça restera à déterminer. Et l'enquête devra nous permettre d'avancer. Mais on ne peut pas accepter que des situations comme celles la perdurent. Et donc, oui, bien sûr, des sanctions, à l'évidence, et des réformes qui nous permettent d'éviter de reproduire ce genre de situation.
– Elle est au courant, la mairie de Paris, de ces agissements ?
– Comment ?
– Elle est au courant, la mairie de Paris, de ces agissements ?
– En tout cas, depuis que ces révélations ont été faites, et par ailleurs, il y a des personnels, et heureusement, qui ont déjà été écartés. Vous avez parlé de situations dans les écoles, dans le périscolaire tout à l'heure. Il y a eu des sanctions qui ont été prononcées, et heureusement. Mais nous avons besoin de continuer à avancer sur le sujet. Nous avons besoin d'ailleurs, pour ce qui concerne le périscolaire, de mon point de vue, de changements qui soient structurels et qui soient majeurs. On a, dans notre périscolaire, trop de personnel précaire, trop de personnel contractuel, trop de personnel vacataire.
Et donc, on a besoin d'un saut qualitatif dans le périscolaire parisien, et ce sera l'un des sujets des prochaines élections municipales. Nous avons d'ailleurs le vote du budget au Conseil de Paris la semaine prochaine, et mon groupe présentera plusieurs amendements qui visent justement à améliorer la situation du périscolaire à Paris.
– Et on va parler des municipales tout de suite avec Jacques Paquier. Bonjour Jacques, merci d'être là, directeur de la rédaction du journal du Grand Paris. Vous vouliez interroger Yann Brossat sur ces municipales, Jacques.
– Oui, absolument. Bonjour Yann Brossat. La campagne pour les municipales à Paris a vraiment commencé. Elle avait commencé à gauche avec les primaires socialistes, notamment l'hiver dernier. Mais là, désormais, Rachida Dati est omniprésente, notamment sur les réseaux sociaux. Un matin avec les éboueurs, le lendemain avec les consommateurs de crack, le surlendemain avec les SDF, en allant draguer, si j'ose dire, des terres occupées par les couches populaires comment vous regardez ce début de campagne de Rachida Dati et comment vous vous positionnez vous-même dans ce paysage ?
– D'abord, je ne passe pas ma vie à regarder sa campagne, mais le peu que j'en ai vu me fait dire que les Parisiens ont besoin d'un maire, d'une maire et pas d'une tiktokeuse. Or, quand je la vois pour l'instant, j'ai plutôt le sentiment de quelqu'un qui cherche à exploiter les problèmes qu'à les régler. Une campagne municipale, ce n'est pas enquête exclusive, sans vouloir faire insulte à l'émission concernée. Puis vous savez, j'ai lu Mediapart hier, j'ai lu les révélations de Mediapart qui nous apprend par exemple que quand Mme Dati va sur un campement, elle se retrouve avec des personnes sans-abri qui lui demandent de ne pas filmer, qui lui demandent que les images ne soient pas diffusées.
Et derrière, on apprend que Mme Dati les diffuse quand même. On parle de personnes qui sont à la rue, qui sont dans des situations extrêmement difficiles, dont les proches ne savent pas parfois qu'elles sont à la rue et qui se retrouvent sur les réseaux sociaux vus par des centaines de milliers de personnes. Je vous le dis sincèrement, c'est une horrible personne. Faire ça, c'est atroce. Se mettre en scène soi-même dans un intérêt électoral, en montrant des gens qui vous supplient de ne pas les montrer à la caméra, je vous le dis, pour moi c'est disqualifiant. On peut avoir du débat politique, on peut avoir un affrontement sur des solutions, c'est ce qu'on a tous les jours au Sénat.
Mais faire ça à des gens qui sont en difficulté, qui n'ont pas la possibilité de se défendre, moi ça me dégoûte définitivement d'un certain nombre de pratiques politiques. Et je pense que les parisiens n'ont pas besoin de ça. Une fois de plus, on a besoin de confrontations démocratiques, on a besoin de confrontations sur les idées et les solutions, mais on n'exploite pas la misère humaine à des fins électorales comme elle le fait.
Elle peut continuer à faire compagnie en étant ministre de la Culture ?
En tout cas, ça n'a pas l'air de la gêner. Ce qui est frappant, c'est de voir qu'elle ne gère pas son ministère. Et pourtant, Dieu sait si les sujets sont nombreux. Vous évoquiez tout à l'heure la situation du Louvre, le désastre du Louvre, le casse du Louvre. Et on a une ministre qui semble ne se préoccupe absolument pas de la gestion de son ministère. De fait, elle fait aujourd'hui campagne en ignorant totalement les obligations qui sont celles de la ministre. Et tout ça est évidemment choquant, mais les parisiens jugeront au fait et à ses comportements.
Jacques, vous avez une autre question sur la campagne à gauche ?
Absolument. Je vais vous demander Yann Brossard, on dit que l'accord à gauche est imminent. Je ne sais pas si je suis bien informé. Comment vous le regardez ? On a dit que c'était peut-être la mairie du 11e qui passerait des socialistes aux écolos pour aboutir à l'accord. Est-ce que vous, communiste, vous avez ce que vous souhaitez ? Où en est-on
de cet accord ? Jacques Paquet, vous êtes toujours bien informé. Vous savez, moi, depuis le départ, je dis qu'il faut que la gauche se rassemble, que communistes, écologistes et socialistes soient ensemble dès le premier tour des élections municipales. Je le dis encore plus quand je vois l'union des droites qui est en train de se constituer, c'est-à-dire l'alliance de la droite et de l'extrême droite. Vous voyez, c'est ce qui s'organise à l'échelle nationale. J'ai vu que Nicolas Sarkozy lui-même plaidait pour l'alliance de la droite avec l'extrême droite. J'ai vu que Sarah Knafow, bras droit de M. Zemmour, plaidait pour une alliance avec Mme Dati à Paris.
Quand on est confronté à ça, quand on est confronté à une droite extrémisée, radicalisée, la gauche, elle a le devoir de se rassembler et donc oui, moi, je souhaite que d'ici Noël, nous ayons cette belle union de la gauche et des écologistes à Paris dès le premier tour parce que c'est le meilleur moyen d'éviter cette victoire d'une droite radicalisée.
Sarah Knafow, elle tape sur un deal de second tour si elle est candidate à Paris avec Rachida Dati.
Je constate que tout ce, j'allais dire tout ce beau monde, il n'est pas beau du tout, tout ce monde est en train de s'organiser et que la droite aujourd'hui envisage ouvertement une alliance avec l'extrême droite ce qui est une rupture majeure quand même dans l'histoire politique de notre pays. On est très très loin des années Chirac et je le dis comme parisien alors que Jacques Chirac était maire de Paris pendant de nombreuses années.
L'alliance de gauche, elle doit aller d'où ?
L'alliance de gauche au premier tour, ça doit être une alliance de la majorité municipale, je l'ai dit, socialiste, communiste, écologiste, je souhaite qu'elle puisse être élargie à l'après, le mouvement de Daniel Simonnet, éventuellement à place publique, c'est ce qui me paraît le plus efficace pour rassembler le plus large au premier tour. Et dans l'entre-deux-tours ? Et puis pour ce qui concerne le second tour, on verra au second tour. Mais vous n'excluez pas
pas d'alliance avec l'Afrique.
Pour l'instant, nous en sommes au premier tour.
Parce qu'Emmanuel Grégoire a pas de place la semaine dernière, il disait pas d'alliance avec l'Afrique.
Emmanuel Grégoire, je bois ses paroles. En tout cas, pour l'instant, nous en sommes au premier tour. Ce que je vois en revanche, une fois de plus, c'est que la droite, elle envisage ouvertement des alliances avec l'extrême droite et je ne mettrai jamais sur le même plan la France insoumise et l'extrême droite.
Merci Jacques Paquier. La une du journal du Grand Paris, le premier téléphérique urbain d'Ile-de-France va s'élancer. C'est à la une de votre journal. Un mot, puisqu'on va recevoir dans quelques instants Marine Tondelier, la secrétaire nationale des écologistes, candidate des écologistes à la primaire de la gauche. Est-ce que les communistes y participeront à cette primaire ?
Pour l'instant, nous ne sommes pas dans cette logique-là. Ça ne nous empêche pas de discuter, notamment dans l'optique des prochaines élections municipales et je le dis à Marine Tondelier, j'espère vraiment qu'on aura une belle liste d'union à Paris qui inclut les écologistes et qui nous permettent de maximiser les chances de victoire. Nous le devons aux Parisiennes et aux Parisiens qui, une fois de plus, je crois, ne veulent pas dans leur majorité que cette ville tombe dans l'escarcelle de la droite extrémisée de Madame Dati.
Et on va lui poser la question, mais un mot, vous nous avez répondu sur la France insoumise à Paris, la France insoumise qui va présenter des candidats contre des maires sortant socialistes dans plusieurs villes de France. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Ils ont évidemment le droit de le faire. Moi, ce que je pense, c'est que l'heure est au rassemblement et que quand, justement, on a cette droite qui est aussi menaçante, il vaut mieux se rassembler et si on a envie d'aller à la conquête de nouvelles villes, il vaut mieux quand même aller à la conquête de villes qui sont aujourd'hui tenues par la droite. Il y a suffisamment à faire dans notre pays pour ne pas se chercher des poux dans la tête entre nous. Voilà, c'est mon avis.
Merci Anne-Montard. Merci. Merci beaucoup d'avoir été notre invité. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Ian Brossat