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speechyoutube.com· 14 janvier 2022 41 min

"L'agriculture, c'est la France" — Discours de Valérie Pécresse à Villers-le-Lac — 13/01/2022

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Valérie Pécresse

Alors, mesdames et messieurs, mes chers amis, il est temps et c'est le moment du discours. Vous savez que le général de Gaulle disait « Comment voulez-vous gouverner un pays où il existe 246 variétés de fromages ? » Eh bien, moi, je vais vous dire que je n'imagine pas plus grand honneur et plus grand bonheur que de présider un pays dans lequel il y a plus d'un fromage, enfin, plus de fromage que le jour dans l'année. Voilà. Pour moi, ce serait un immense honneur et un immense bonheur. Et aujourd'hui, vous m'avez fait très plaisir parce que vous m'avez permis à la fois d'avoir une magnifique visite d'exploitation mais aussi de me livrer à mon péché mignon la dégustation de fromage.

Alors, la politique agricole et ses subtilités, je les ai découvertes, vous le savez, avec mon mentor politique, mon premier mentor politique, qui était Jacques Chirac. C'est lui qui, dans la campagne victorieuse de 2002, m'a emmenée à ses côtés et c'est avec lui que j'ai parcouru les commissaires agricoles, les salons de l'agriculture. Voilà. Même si je l'ai précompté déjà dans ma Corrèze, n'est-ce pas, cher Pascal Coste, ma Corrèze d'adoption depuis 27 ans.

Mais il m'a beaucoup appris parce que quand j'étais à son cabinet, il avait l'habitude, parce que nous, on était ses conseillers, il avait l'habitude de nous dire, à chaque fois qu'on avait une idée, « Bon, j'ai appelé un paysan corrézien pour voir si votre idée tenait la route. » Et le paysan corrézien, il m'a dit ceci, il m'a dit ceci, il m'a dit cela, il m'a dit ceci, etc. Nous, on pensait que le paysan corrézien n'existait pas. On pensait que c'était une façon de nous dire « Votre idée, elle est parisienne, votre idée, elle est techno, votre idée, elle ne va pas marcher, etc.

» Et puis un jour, en vacances en Corrèze, je rencontre un habitant d'un village, un maire d'un village, paysan, et il me dit, « Ah, j'ai eu le grand Jacques au téléphone. » Donc en fait, c'était vrai. Il appelait un maire corrézien, agriculteur, pour avoir son avis sur les idées que lui donnaient ses conseillers parisiens. Et qu'est-ce que ça voulait dire au fond ? Mais ça voulait dire qu'il croyait au bon sens paysan. Et il croyait que ce bon sens paysan, ces valeurs de la terre, eh bien, c'était des valeurs qui devaient inspirer tout le pays. Et moi, j'ai cette conviction.

J'ai la conviction que notre pays irait sans doute mieux s'il était guidé par les valeurs des hommes et des femmes de la terre. Le travail, le courage, la solidarité et l'humilité devant les lois de la nature, mais aussi la passion. La passion, c'est un métier de passion. L'envie, l'envie d'entreprendre. Vous avez dit, on est des entrepreneurs. L'envie d'innover, vous l'avez prouvé. La transmission, c'est tout ça, c'est des très belles valeurs. Et c'est des valeurs que porte le monde paysan et qui manquent parfois cruellement à la France d'aujourd'hui. Alors voilà pourquoi. On m'a demandé pourquoi un de mes premiers déplacements ici. J'ai voulu enraciner ma campagne.

Et j'ai voulu l'enraciner et parler enfin d'agriculture. Alors, si les Français me font confiance, vous l'avez compris, je serai une présidente d'un pays qui sera fier de son agriculture, fort de ses agriculteurs, et qui sera l'avocate de leurs préoccupations et qui sera l'ambassadrice aussi de leur réussite. Parce que cette grande puissance qu'est la France, cette grande puissance agricole qu'est la France, qu'est-ce qu'elle est devenue finalement au bout de 10 ans de mandat de François Hollande et d'Emmanuel Macron ? Eh bien, c'est dur à croire et surtout à entendre. Mais notre agriculture ne parvient plus à nourrir l'ensemble des Français.

Nous importons aujourd'hui 20% de notre alimentation et une plus grande part encore de notre consommation de viande bovine et même 40% de nos fruits et légumes. Sans parler du bio, dont nous dépendons pour un tiers de l'extérieur. Nous perdons du terrain, resté assis, au sein même de l'Europe, pourtant régi par une politique commune qui avait été faite par et pour la France dans les années 60. Alors il est loin l'esprit initial du traité de Rome qui avait négocié nos pères fondateurs pour développer l'agriculture française. Alors il y a un symbole qui est aussi triste que révélateur.

C'est sous le quinquennat d'Emmanuel Macron que pour la première fois depuis 1945, l'agriculture française est devenue déficitaire en Europe. Voilà, première fois depuis 1945. Et le gouvernement ose nous parler de souveraineté alimentaire ? La souveraineté alimentaire de la France, elle n'est plus. On l'a perdue dans l'indifférence quasi générale de ceux qui nous gouvernent depuis 10 ans. Alors oui, il y a eu beaucoup de promesses et beaucoup de beaux discours qui ont été faits aux agriculteurs. Je les ai entendus. Mais néanmoins, aujourd'hui, le constat, c'est celui d'un décrochage agricole de la France dans l'Union européenne.

On exporte trop souvent des matières premières et on importe des produits transformés. Ça veut dire qu'on laisse la valeur ajoutée au palier de nos frontières. Et on ne l'ancre pas dans les cours de nos fermes et dans nos territoires. Alors, non content de voir la France déclassée en Europe, que fait le gouvernement à Bruxelles ? Eh bien, il ne dit pas un mot sur le projet de la Commission européenne Farm to Fork, en bon français, de la ferme à la fourchette, qui programme l'attrition de la ferme européenne en coupant drastiquement ses moyens de production d'ici à 2030.

Le résultat, c'est que dans les 10 prochaines années, les études d'impact prévoient en Europe une baisse de la production de 12%, une baisse des revenus agricoles de 16% et une hausse des prix alimentaires de 17%. Alors, nos concurrents mondiaux en avaient rêvé. Eh bien, Emmanuel Macron laisse faire. Les députés européens marcheurs ont voté pour le déclin de l'agriculture française comme un seul homme. et seuls nos députés PPE s'y sont opposés. Et pendant ce temps, qu'est-ce qui se passe dans le monde ? Eh bien, dans le monde, toutes les grandes puissances agricoles réarment leur agriculture, investissent massivement dans leur indépendance alimentaire et dans le pouvoir vert.

Le pouvoir vert, qui est un pouvoir très important, géopolitique. L'Europe est le seul continent qui fait sciemment une croix sur la capacité de nourrir ses propres citoyens. Alors oui, c'est une invraisemblable stratégie de décroissance alimentaire à laquelle nous assistons. Et il faut faire barrage à cette folie. Parce que nous avons perdu déjà assez de terrain sur les marchés mondiaux. Parce que la crise sanitaire a brutalement révélé notre dépendance à tous ceux qui ne l'avaient pas encore mesuré. Et parce que trop d'exploitations ont déjà disparu. Alors oui, il y a l'impérieuse nécessité de nourrir les Français.

Il y a aussi l'impérieuse nécessité de stocker le carbone, de peser dans la géopolitique alimentaire, d'assumer nos responsabilités face aux famines climatiques. On parle beaucoup des questions d'immigration, mais les questions de famines climatiques, est-ce qu'on en parle ? Et donc de préserver aussi notre force d'exportation de nos produits agricoles. Ce sont autant de motifs impérieux pour produire plus, produire toujours mieux, mais certainement pas produire moins. Alors, on a parlé de fierté française retrouvée, mais la puissance agricole retrouvée, ça fait partie de mon projet de fierté française retrouvée.

Et cette puissance retrouvée, moi je le sais, elle viendra avant tout des hommes et des femmes qui labourent, qui élèvent, qui vendangent et qui cueillent, et puis qui transforment les produits. Elle viendra d'abord de l'humain. De l'humain. Le défi humain, il est immense dans les campagnes. Et finalement, c'est de ça dont vous avez parlé ce matin. Alors, le défi humain, il est à la fois moral et économique. Parce que la disparition de nos fermes, c'est le symptôme d'une crise morale profonde qui mine le monde agricole.

Hier, les agriculteurs étaient entourés de l'attachement de la nation, du respect de tous les Français pour leur métier, pour un métier qui était aussi dur, qui est aussi dur qu'exigeant. Eh bien aujourd'hui, nos paysans, et on le sait, souffrent de mille accusations d'une minorité de procureurs qui se répandent sur les réseaux sociaux et dans les médias comme un poison. Et c'est franchement une injustice pour nos paysans. Parce que nos paysans, ils ont toujours fait ce que le pays leur a demandé. On vous a demandé de fournir des bras à l'industrie naissante. Vous l'avez fait. On vous a demandé de produire plus et plus vite pour nourrir un pays affamé par la guerre. Et vous l'avez fait.

On vous a demandé de produire mieux, autrement, de réduire les entrants, de soutenir la biodiversité. Et vous l'avez fait. On vous a demandé de faire du bio et beaucoup l'ont fait. Et le gouvernement a supprimé les aides au maintien et le marché ne paye plus les efforts. Et maintenant, on vous demande encore de changer de modèle. Eh bien, ça suffit. A nos paysans qui ont fait tant d'efforts pour obéir à une société dont chaque décennie a fait varier les exigences, on reproche aujourd'hui de martyriser les animaux. Alors que vous aimez vos bêtes plus que tout. On l'a vu encore ce matin. On vous reproche de polluer la nature alors que vous êtes les premiers écologistes.

Vous êtes les premiers au contact de la nature. Et vous avez envie de préserver la nature plus que tout. Et on vous accuse de nuire à la santé des consommateurs alors que vous nourrissez vos propres enfants. Moi, je le dis, l'agribashing que manipule une poignée d'activistes est aussi injuste qu'infondé. Voilà. Et face à tous ceux qui agressent les agriculteurs, verbalement, parfois physiquement, face à tous ceux qui violent la propriété privée, qui s'introduisent illégalement sur les exploitations, les retenus collinaires, les élevages, face à tous ceux qui brisent les vitrines des bouchers, et je serai intraitable. C'est inacceptable. Je bâcherai l'agribashing.

Je vous le dis solennellement. Je condamnerai toutes ces méthodes et la violence de ceux qui salissent le métier et l'honneur des agriculteurs. Et je restaurerai l'agri-fierté. Alors, pour nuire et nier la sincérité de mon engagement profond en faveur de l'élevage, certains de mes adversaires ont fait courir la rumeur que j'aurai signé la charte de l'association L214. Alors, il faut maintenant rétablir la vérité. J'ai répondu à d'innombrables questionnaires pendant la campagne des régionales, mais je le dis ici tout à fait clairement, la seule charte que j'ai signée pendant mes régionales, c'est la charte des agriculteurs d'Île-de-France. Alors, pour restaurer l'agri-fierté, comment faire ?

D'abord, il faut rappeler au pays l'engagement qui a été le vôtre au pire de la pandémie pour nourrir les Français. Parce que vous avez été au rendez-vous. Mesdames et Messieurs, ce malaise moral des agriculteurs se double quand même aussi, et il faut en parler, d'une crise économique qui laisse trop souvent un revenu indigne à ceux qui nous nourrissent. Alors, un revenu indigne, ça ne peut pas fonder une agriculture durable. Les chiffres du dernier recensement agricole, dont le gouvernement semble se satisfaire, montrent que notre modèle d'exploitation familiale est en jeu.

Nous avons perdu une exploitation sur cinq depuis dix ans, et 50% des agriculteurs partiront à la retraite dans les dix années qui viennent. Alors, le défi est immense. Il faut que la France préserve son capital le plus précieux, que sont la terre et les hommes qui la travaillent. Alors, une agriculture durable, ça passe par quoi ? Ça passe par quatre choses essentielles. D'abord, des revenus. Ensuite, le renouvellement des générations, dynamique. La libération des contraintes et des énergies. Et l'investissement dans la recherche et l'innovation.

Alors, malgré toutes les promesses d'Emmanuel Macron, qui a fait, défait, refait la loi Egalim, rien n'a changé, en tout cas pour la plupart des filières. La valeur reste toujours aussi mal répartie. La rémunération des producteurs est toujours la variable d'ajustement de la formation du prix. Emmanuel Macron a été ministre de l'économie par le passé. Il devrait savoir que c'est très difficile de décréter les prix par la loi. Alors, c'est pour ça que, moi, je commencerai par restaurer la compétitivité des entreprises agricoles. Car les agriculteurs sont des entrepreneurs. Vous êtes des entrepreneurs. Et comme tous les entrepreneurs, vous avez besoin de créer de la valeur.

Alors, comment on augmente le revenu dans ces conditions ? On l'augmente en baissant les charges. Comme je l'ai proposé pour les salariés, je veux faire en sorte que le travail des agriculteurs et des agricultrices soit mieux valorisé. Je baisserai les charges qui pèsent sur la production. J'augmenterai de 20 à 50 % l'abattement forfaitaire sur les terres agricoles dans le calcul de la taxe sur le foncier non bâti. Et l'augmentation que je souhaite passera aussi par la réduction des cotisations de vieillesse. Je les baisserai d'un tiers dès l'été 2022. Et enfin, je pérenniserai l'allègement des charges patronales TOD pour les employeurs et les travailleurs saisonniers.

Et comme l'apprentissage est clé, j'exonérerai totalement de charges patronales les entreprises de moins de 10 salariés qui prennent un jeune en apprentissage. Mais garantir le revenu, c'est aussi instaurer une véritable gestion des risques climatiques, sanitaires et économiques. Alors oui, je m'engage à ce que la solidarité nationale joue pleinement pour couvrir le reste à charge insupportable pour chacune des filières en cas de risque climatique extrême. Alors, c'est parce que nous aurons réussi à recréer davantage de valeur sur les exploitations que les transmissions vont être facilitées. On en a parlé.

Le plus grand défi que devra relever le pays et son agriculture dans les 10 ans qui viennent, c'est le renouvellement des générations. Et de notre capacité à assurer la relève, à compenser les départs, dépendra notre souveraineté alimentaire, mais dépendra aussi la pérennité de nos paysages, la vie de nos territoires ruraux et l'emploi dans ces territoires. Alors, renouveler les générations, c'est encourager la transmission. J'allégerai la fiscalité des transmissions dans le cadre familial pour un héritier en ligne directe qui reprend l'entreprise familiale. Je supprimerai la taxation des plus-values lors des cessions à un jeune agriculteur.

Et je permettrai de créer un complément de retraite pour le cédant qui accompagne l'installation progressive d'un jeune, parce que renouveler les générations et installer les jeunes, c'est aussi l'affaire de nos aînés. Parallèlement, vous le savez, je me suis engagée à réformer les retraites pour qu'à l'issue, les Français qui ont cotisé toute leur vie, qui ont eu des carrières longues, ne touchent pas moins du SMIC net mensuel. Et ça vaudra pour nos agriculteurs. Renouveler les générations, c'est aussi faciliter l'accès à la profession hors cadre familial en soutenant des dispositifs de portage foncier, comme je l'ai fait en Ile-de-France.

Et enfin, pour attirer des jeunes qui sont en quête de sens, en quête d'un métier de passion, il faut réinvestir l'enseignement agricole, le remettre en phase avec les besoins et la réalité des filières, et surtout le valoriser dans les parcours d'orientation. Moi, j'enverrai les départements, les régions et les chambres dire à chaque jeune que l'agriculture en France a un très bel avenir. Renouveler les générations, c'est aussi féminiser le métier, on en a parlé, en élargissant les dispositifs d'aide au remplacement pour les futurs jeunes mamans et en veillant à ce que les agricultrices puissent disposer d'une offre de services d'accueil des jeunes enfants en milieu rural.

Et j'y veillerai personnellement, tout comme je veillerai à ce que les veuves d'agriculteurs qui ont travaillé toute leur vie sans suffisamment cotiser puissent bénéficier, au terme de la réforme des retraites, d'une pension de reversion égale à 75% de la pension de leur conjoint pour qu'elles puissent, elles aussi, avoir une fin de vie décente. Alors avec le revenu et le renouvellement des générations, on passe à une troisième dimension, la libération des contraintes. La libération des contraintes doit devenir une réalité et avec elle, la libération des énergies. Alors, le constat, tout le monde le connaît.

Alors que nos terres sont parmi les meilleurs et nos agriculteurs les mieux formés, et comment expliquer que notre agriculture décroche ? Eh bien, c'est parce qu'il y a une concurrence déloyale, alors que nous sommes censés être dans une Europe qu'en cadre des règles communes. C'est le génie français de la surtransposition des normes européennes qui est responsable. Nos agriculteurs croulent sous les normes qui brident leur soif d'entreprendre et alourdissent leurs charges. Et ces superpositions de contraintes sont souvent incompréhensibles, parfois contradictoires, et rarement étayées de justifications scientifiques.

Les agriculteurs les appliquent sans toujours les comprendre, les fonctionnaires les contrôlent sans toujours savoir pourquoi, c'est à peu près la situation. Et les interdictions changent sans arrêt, donc quelquefois vous vous mettez hors la loi, malgré votre bonne foi. Je dis stop. Je dis stop. Emmanuel Macron s'était engagé à bannir toutes les surtranspositions de réglementations et de directives européennes, c'était juré craché. Et comme souvent, l'encre des promesses à peine sèche, elles ont été trahies. Depuis 10 ans, on demande aux agriculteurs de faire la course en sac pendant que leurs concurrents européens sprintent sans entrave.

Alors moi, non seulement je n'aurais la promesse de ne plus jamais surtransposer une directive communautaire, mais je veux aller plus loin. Je m'engage à faire la revue systématique de tout le stock de réglementation française issue du cadre agricole européen dans les six prochains premiers mois de mon quinquennat, c'est-à-dire avant la fin de l'année 2022. Et je veux que l'agriculture soit la première bénéficiaire de ce choc de simplification. J'ai parlé d'un comité de la hache qui viendra simplifier les normes pour toute l'industrie, pour toute l'économie française, mais je veux vous libérer de la suradministration qui vous étouffe depuis trop longtemps. Disons la vérité tout entière.

Il y a la surtransposition du droit communautaire, mais il y a aussi cette manie de tous les gouvernements français qui se sont succédés depuis 10 ans de laver plus blanc que blanc. Résultat, ce sont des ministres de l'agriculture française eux-mêmes qui ont inventé des nouvelles contraintes à chaque battement de cils d'une association ou d'un journaliste. Alors on a une surtransposition qui a mis un boulet au pied des agriculteurs. Et les gouvernements l'ont encore alourdi avec des interdictions franco-françaises. Prenons le glyphosate, ce n'est la meilleure illustration. Et d'autres impasses ont été créées par des interdictions qui menacent des filières toutes entières.

Alors je vous le dis, devant vous, j'en prends l'engagement, avec moi, il n'y aura pas d'interdiction sans solution. Et ça, c'est un engagement très fort. Et le choc de simplification que je veux pour la France, il doit concerner aussi les exploitations, les industries, grandes et petites, de l'amont et de l'aval, de l'agro-fourniture comme de l'agro-alimentaire. Ces entreprises, c'est souvent des PME rurales qui irriguent vos territoires et qui sont bloquées par les procédures d'installation, les normes de sécurité, les exigences administratives ou bien les recours. Construire en Allemagne, ça coûte 20% moins cher qu'en France. Les délais sont 6 mois plus courts. Cherchez l'erreur.

Simplifier, c'est mon alpha. Investir, c'est mon oméga. On a saupoudré, on a dépensé, on a aligné les chiffres, on a communiqué. Mais on n'a rien construit de robuste, on n'a mené aucune réforme structurelle, on n'a fait bouger aucune ligne. Les plans de filière écrits à l'arrache au début du quinquennat sont toujours sans effet et sans lendemain. Ces promesses non tenues sont particulièrement graves pour notre élevage, qui reste irremplaçable pour garantir une activité agricole et même une activité tout court dans bon nombre de territoires sans alternative agricole.

Et je ne m'explique pas le choix du gouvernement de financer le plan protéines par la baisse des aides animales alors que notre élevage subit déjà une grave décapitalisation. Pas plus que je ne comprends l'abandon des zones intermédiaires grandes oubliées du gouvernement à qui nous devons une attention spécifique comme nous entourons de bienveillance les territoires de montagne et les zones difficiles. C'est cela, cette agriculture diverse et complémentaire qui fait la France en ce qu'elle a de meilleure, du bon pain, des bonnes viandes, des fromages, des vins, tous ces produits qui fondent notre gastronomie et son inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO.

En disant tout cela, je n'oublie pas bien sûr nos agriculteurs ultramarins qui avec beaucoup de courage développent des filières d'exception que je soutiendrai elles aussi. Alors, il y a le choc de simplification. Mais nous avons aussi besoin d'un choc d'investissement, vous en avez parlé, dans la performance économique et dans la performance environnementale des exploitations. La nation doit se donner des moyens politiques mais aussi financiers pour ses ambitions. Nous avons besoin d'un effort d'investissement massif dans l'outil de production, dans l'outil de collecte, dans l'outil de transformation industrielle.

Et je veux faire de l'agroalimentaire un des fers de lance de la réindustrialisation du pays. Nous allons faire revenir la valeur ajoutée qui a quitté, qui s'est enfuie hors de nos frontières. Nous avons besoin d'une agriculture qui marche sur ses deux jambes, le local et l'export. Deux jambes. Et c'est pour ça, je veux à la fois soutenir toutes les initiatives individuelles et collectives qui valorisent la proximité et de ses bénéfices des circuits courts, notamment dans la commande publique.

Mais je veux aussi porter haut la vocation exportatrice de l'agriculture française en investissant massivement dans la performance des infrastructures logistiques, qu'elles soient fluviales, qu'elles soient portuaires, qu'elles soient aéroportuaires, pour améliorer la compétitivité de nos filières d'exportation historiques. Choc de simplification, choc d'investissement, mais aussi choc de recherche. Vous l'avez dit, je suis l'ancienne ministre de la Recherche. Il faut clairement, en agriculture, faire le choix de l'innovation. Vous êtes des innovateurs.

Alors je sais qu'il y a des nostalgiques de l'agriculture d'antan, qu'il arrête figée dans les pratiques auxquelles serait refusée toute modernité, d'ailleurs pour certains coupables d'atteinte à la planète. Mais la modernité, elle est parfois justement source de protection de la planète. Et vous êtes des grands innovateurs. Voilà. On ne va pas remettre tous les agriculteurs et leurs salariés à désherber à la binette. J'ajoute qu'un métier qui a sa fierté, un métier qui est attractif, c'est aussi un métier qui se préoccupe du bien-être de ses hommes et de ses femmes. Moi, je me préoccuperais du bien-être des agriculteurs. Alors, choc de recherche.

L'INRAE doit être le bras armé de la recherche publique, mais une recherche publique mise au service des agriculteurs. Et il est tout aussi indispensable de faire avancer main dans la main la recherche publique et la recherche privée pour conjuguer les moyens comme les intelligences. C'est ce que j'ai fait en Ile-de-France sur la jeunesse de la Bétrave, en mobilisant d'importants crédits régionaux aux côtés d'un consortium qui réunissait la recherche publique et la recherche privée autour d'un semencier. Et c'est aussi ce que nous devons faire résolument pour développer l'innovation génétique que permettent les NBT.

Oui, nous devons nouer des partenariats publics-privés pour investir le champ de ces nouvelles technologies qui nous permettront d'accélérer le temps de sélection et de gagner la course contre la montre à laquelle le changement climatique nous soumet. Le changement climatique, c'est une course contre la montre. Et c'est l'innovation qui nous permettra de gagner cette course. Enfin, c'est au niveau européen qu'il faut construire une recherche mutualisée. La recherche agricole n'est pas suffisamment prise en compte au niveau européen. Et il faut relever ce défi de l'agriculture continentale du XXIe siècle, l'agriculture du futur.

Alors oui, moi, l'agriculture que je défends, c'est une agriculture puissamment innovante.

26:21
Locuteur

Voilà.

26:21
Valérie Pécresse

Rien à voir avec celle d'il y a un siècle. Tout ça est d'autant plus nécessaire que les batailles à mener sont immenses. Je vous l'ai dit, adapter notre agriculture au changement climatique, c'est la première des batailles. Et dans cette bataille, le grand défi, c'est l'eau. C'est l'eau. On peut organiser tous les varennes possibles, on ne résoudra pas courageusement ce problème avec du « en même temps ». Pas possible. Sur ces sujets, il faut tracer son sillon droit. D'autant plus que sous ce quinquennat, les activistes ont pris le pas sur le politique. Et on a vu l'impunité dont ont bénéficié les addis de Sivins. Et Sivins, c'est la mère des violences aujourd'hui contre les réserves d'eau.

On ne prendra pas les décisions qui s'imposent tant que resteront impunis les vandales qui détruisent des bassines par dogmatisme militant. L'autorité de l'État, vous savez, elle se juge aussi dans les ministères. Et on ne peut pas laisser les administrations pendre le pas sur les politiques. Alors que le ministre de l'Agriculture venait d'annoncer le varenne de l'eau, que fait le ministre de l'Écologie ? Elle publie en catimini un décret qui grave dans le marbre la primauté des fonctions écologiques des zones humides sur les fonctions économiques. Primauté des fonctions écologiques sur les fonctions économiques. Ça tue dans l'œuf 50% des projets de retenue d'eau en cours.

Et ça tue dans l'œuf des processus de concertation qui sont engagés dans les territoires depuis de nombreuses années. Ça, c'est pas très démocratique. Alors, j'ai été ministre plusieurs fois, mais j'aime autant vous dire que l'administration ne m'a jamais dit ce que je devais faire et que ce ne sera pas différent dans le gouvernement que formera mon Premier ministre. Il y aura des directives politiques. Et l'État que je dirigerai encouragera résolument le stockage de l'eau et redonnera une réelle place aux ministres de l'Agriculture, tant sur la gestion quantitative de l'eau que sur les produits phytosanitaires.

Sur les phytos, il faut être clair, on doit pouvoir soigner les plantes comme on soigne les hommes. Et donc, tant que la recherche et l'innovation ne l'autoriseront pas, je le dis, le zéro phyto n'est pas réaliste. Alors, si le cœur et le sens du métier d'agriculteur restent et resteront toujours de nous nourrir, je crois que l'agriculteur doit aussi être rémunéré pour les services irremplaçables que le travail de la terre rend à l'environnement, à la lutte contre le changement climatique et à notre qualité de vie.

Quand vous captez le carbone dans le sol, quand vous maîtrisez la photosynthèse ou la biomasse, quand vous entretenez des espaces ouverts et des haies, quand vous gérez les réservoirs de biodiversité, quand vous préservez les espaces humides, vous n'êtes pas rémunéré. Vous n'êtes rémunéré que pour la valeur des aliments que vous produisez. Il faut que ça change. Il faut que les agriculteurs touchent le prix de tous ces services environnementaux et de leur contribution aux biens collectifs. Car le travail des agriculteurs permet au visage de la France de rester éternel. Alors, ça n'a pas de prix, me direz-vous. Eh bien, si.

Nous bâtirons les dispositifs permettant à la nation, aux collectivités et aux acteurs économiques de verser ce prix. Je mettrai tous les acteurs autour de la table pour bâtir une stratégie carbone collective qui permette de rémunérer la contribution des acteurs au stockage du carbone dans le sol et à la biomasse. L'amélioration des revenus agricoles, la résilience des exploitations, ça passera aussi par la diversification des exploitations. À ce titre, la participation de l'agriculture à la décarbonation du mix énergétique français est essentielle. Vous êtes essentiel au développement des énergies renouvelables.

L'État et les collectivités doivent soutenir tous les projets agricoles, notamment de production photovoltaïque sur le bâti agricole, de production des biocarburants, de gaz et de biomasse. Car je le dis, la France doit miser sur les biocarburants, consolider leur statut à Bruxelles, renforcer les filières industrielles, permettre l'autoconsommation à la ferme, permettre aussi l'autoconsommation dans les filières, y compris logistique, et déployer les biocarburants de deuxième génération. On mobilisera d'ailleurs la recherche pour valoriser les biocarburants dans l'aérien. Mes chers amis, vous l'avez compris, je veux être celle qui rendra confiance aux agriculteurs.

Je veux sceller un nouveau pacte de confiance. Un pacte de confiance entre les agriculteurs et les Français, entre les agriculteurs et l'État, mais entre les agriculteurs et l'Europe aussi. Et cette confiance, elle passe d'abord par une parole publique forte sur les valeurs et les responsabilités qui sont celles des agriculteurs. Cela passe aussi par des manifestations d'amour, des preuves d'amour, je pense que vous préférez encore, des preuves d'amour, plutôt que des déclarations d'amour, des preuves d'amour de la nation à ses agriculteurs, et ailleurs qu'au salon de l'agriculture, une fois par an, ou dans quelques déplacements orchestrés chaque année.

Le respect des paysans et l'attachement à la terre de France sont là ou on ne l'a pas. Et moi, cet attachement, je l'ai. Les Français doivent retrouver le sentiment de proximité avec ceux qui les nourrissent. Or, chacun d'entre nous n'a confiance que dans ce qu'il connaît. C'est pour cela, je le dis, que notre alimentation mérite une traçabilité totale. Et chacun est en droit d'attendre une information claire sur ce qu'ils mangent, d'où ça vient et comment ça a été produit. Nous avons hérité de la crise de la vache folle, l'étiquetage de l'origine de la viande, mais il est encore refusé sur le lait par la justice.

Nous devons absolument arracher à Bruxelles la traçabilité complète des produits agricoles et agroalimentaires, et l'étiquetage généralisé de l'origine, parce que je suis sûre que la confiance du consommateur est à ce prix. Reconstruire la confiance des Français, ça commence dès l'école, bien sûr. Et ça passe par une éducation à l'alimentation, un apprentissage des produits, des goûts et des saisons, et évidemment pas qu'une semaine d'animation par an. La sensibilisation à la culture alimentaire, ça doit rentrer dans les manuels scolaires, au même titre que l'éducation à l'environnement ou que l'instruction civique.

Moi, je veux construire une vraie politique de l'alimentation et une politique sociale, où la qualité est accessible à tous. Alors, depuis dix ans, on demande aux agriculteurs de monter en gamme, encore et encore. Le risque, c'est de glisser vers une alimentation à deux vitesses, où l'excellence française serait réservée à ceux qui pourraient se la payer, et où les autres n'auraient accès qu'à des importations à bas prix et à moindre qualité. Ce modèle-là, d'une agriculture et d'une nourriture à deux vitesses, je n'en veux à aucun prix. Je veux que tous les Français aient accès à de bons produits, je veux que tous les Français aient accès aux produits de notre agriculture.

à la cantine, à la maison, dans la restauration commerciale. C'est pour ça que je réformerai les règles de la commande publique pour privilégier et sécuriser le recours au local dans l'approvisionnement de la restauration scolaire, hospitalière, administrative, comme je l'ai fait dans ma région. Alors, avec EGALIM, le gouvernement impose aux maires et aux régions 50% de produits de qualité et durable dans les cantines scolaires. Oui, mais moi, ça me gêne, de qualité et durable. Parce que, est-ce que ça veut dire que la production locale n'est pas de fait de qualité et durable ?

Je considère que tous les produits français sont de qualité et durable parce qu'ils respectent des normes qui sont les plus exigeantes et sans doute les plus exigeantes du monde. Alors, non, moi, je ne préfère pas qu'on nourrisse nos enfants avec des produits importés, étiquetés, durables, plutôt qu'avec des fruits, des légumes, de la viande et du lait produits dans leur région et qu'ils respectent nos règles sur l'environnement et le bien-être animal. On marche sur la tête. Alors, oui, retisser la confiance avec les Français, mais il faut aussi retisser la confiance entre les agriculteurs et l'État.

Et pour que cette confiance soit de nouveau possible, il faut que l'État redevienne protecteur. Bon, je sais que le Président aime parfois ennuyer les Français, mais le ministère de l'Agriculture doit passer d'une administration systématiquement de contrôle à une administration de service et de proximité. Parce qu'on a le nombre d'agriculteurs abaissés, mais je vous rassure, le nombre de fonctionnaires affectés à l'encadrement et au contrôle des exploitations, lui, il ne baisse pas. Donc, renouer le lien de confiance dans l'État, c'est aussi faire respecter les processus démocratiques auxquels sont soumis les projets agricoles et agroalimentaires. Voilà.

Notre pays a besoin de voir se réaliser les initiatives et de sortir de terre les projets créateurs de valeurs dans les territoires. Aujourd'hui, réaliser une construction, une extension, même une mise aux normes, ou même une amélioration du bien-être animal, implanter une usine de transformation, c'est un parcours du combattant face aux manifestations, face aux normes, face aux recours, et même parfois face aux violences. Et je crois que c'est une véritable asphyxie du pays, et il faut en sortir. Enfin, renouer la confiance avec l'État, c'est faire respecter ses décisions. Sur les ZNT, sur Natura 2000, sur la chasse, jamais un gouvernement n'aura été autant démenti par la justice.

Sur tous ces sujets, il faut redonner la main au territoire, et puis il faut sortir de l'uniformisation des textes. Et sur les grands prédateurs, là aussi, il faut protéger un certain nombre d'espèces, mais il faut aussi reconnaître aux éleveurs le droit à la légitime défense quand les troupeaux sont attaqués. La dernière confiance que je veux réinstaurer, c'est entre les agriculteurs et l'Europe. Il faut le dire, la France a déserté les couloirs de Bruxelles. Nous avons perdu notre influence là-bas. Le directeur général de l'agriculture, le très puissant DG6, a toujours été français. Et bien, il ne l'est plus depuis dix ans.

Désintérêts, naïveté, manque de vision, moi je vous laisse choisir. Mais moi je tournerai la page d'une diplomatie française qui n'a pas protégé les intérêts des agriculteurs français, et qui a laissé nos concurrents garantir l'avantage des leurs. Je veux que la France soit de retour, qu'elle défende sa vision d'une agriculture européenne forte, durable, durable chez elle et conquérante ailleurs. Et évidemment, ça veut dire que la France se battra, qu'elle se battra pour exiger la réciprocité des standards de production avec nos partenaires commerciaux. Voilà, le Mercosur a des décennies, mais entre-temps il y a eu les accords de Paris.

Oui, je veux que la France se batte pour interdire l'entrée de produits qui ne respectent pas nos normes ni notre traçabilité, et pour garantir la pression des contrôles communautaires aux frontières de l'Europe. On ne peut pas accepter que 15% des produits importés des pays tiers, produits alimentaires importés des pays tiers, ne respectent pas nos normes européennes, 15% dans nos grandes surfaces. Alors, il faudra instaurer des clauses miroirs sociales et environnementales, et ça, ça relève simplement du bon sens.

En un mot, je veux qu'on remette un grand P comme politique à la PAC, pour redonner une vision, une ambition et du sens à l'un des fondements de l'aventure européenne, qui est en train de perdre tout simplement sa boussole. Un grand P à la PAC, un grand P comme protectrice de nos paysans. Et puis, je veux que la France se batte aussi pour que la PAC reste fidèle à son C, C comme commune, garante de la concurrence loyale entre les différents pays sur le marché intérieur, comme de sa capacité à amortir les chocs. Je veux que la France se batte pour créer une vraie taxe carbone, pas une taxe carbone riquiqui aux frontières de l'Union européenne.

Et je veux qu'on rétablisse l'équité environnementale de nos échanges. Mesdames et messieurs, pour moi, l'agriculture, ce n'est pas un secteur comme les autres. Ce n'est pas une monnaie d'échange et on doit la préserver de ces accords internationaux déséquilibrés parce que notre souveraineté n'est pas négociable. Élu pendant la présidence de l'Union européenne, pendant la présidence française de l'Union européenne, je porterai l'urgence de replacer très haut, tout en haut de la stratégie politique européenne, l'agriculture, pour battre en brèche les desseins de ceux qui veulent l'affaiblir.

Avec moi, vous avez compris, au lieu de Sibir, les agriculteurs et l'agriculture retrouveront dans l'agenda politique de la France la place qu'ils n'auraient jamais dû quitter. Voilà, je serai la France qui redonnera l'audace, la fierté et la foi dans l'avenir à nos campagnes parce que tout simplement, mes chers amis, l'agriculture, c'est la France. Vive nos paysans et vive la France !