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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 3 décembre 2024 16 minContradictoireActualité / polémiqueJusticeInstitutions & électionsÉconomie & entreprises

Face aux preuves : Marine Le Pen joue la carte du "procès politique"

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 30 %Défensif 70 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:56OuverteRéponse directe

    Au sujet du procès des assistants parlementaires du FN, on a assisté à une mise en scène d'une tactique de défense plus ou moins ouvertement, voire au complot politique ?

  • 1:19FerméeÉludée

    Est-ce que Marine Le Pen maintient le fait que c'est un procès politique ou non ?

  • 2:08OuverteRéponse directe

    Certains analystes affirment que la faible couverture médiatique permet au RN de dérouler son argumentaire victimaire. Êtes-vous de cet avis ?

  • 4:54FerméeRéponse directe

    Ce procès est-il plus grave que celui du Modem ?

  • 5:29FerméeRéponse directe

    Le préjudice pour le Parlement européen est évalué à combien, par exemple pour Marine Le Pen ?

  • 6:35FerméeRéponse directe

    Cette affaire est-elle plus grave et massive que celle des assistants parlementaires du Modem ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:15InvitéFait
    « Les députés qu'on avait rencontrés nous parlaient de procès politique »
  • 1:30InvitéFait
    « Je n'ai jamais dit ça, donc je ne pourrais pas continuer à le dire. »
  • 1:55InvitéFait
    « Je dénonce simplement un procès politique fait au FN »
  • 4:22InvitéFait
    « Il est aussi faux de dire qu'il n'y a pas d'enrichissement personnel »
  • 5:15InvitéFait
    « le détournement de fonds publics, il est matérialisé »
  • 5:31InvitéChiffre
    « Au total, il est évalué à quasiment 4 600 000 euros »
  • 6:25InvitéChiffre
    « 717 000 euros pour son garde du corps »
  • 6:53InvitéChiffre
    « Là, on était en présence de 46 contrats »
  • 8:34InvitéFait
    « ce que Marine nous propose, c'est rien d'autre que des emplois fictifs »
  • 8:51InvitéFait
    « Marine, c'est tout cela, terminé »
  • 11:45InvitéFait
    « Les réquisitions, elles sont effectivement sévères »
  • 13:11InvitéChiffre
    « condamné à ce type de peine en première instance pour un détournement de 20 000 euros »
  • 14:21InvitéFait
    « Nul ne peut ignorer la loi »

Temps de parole

  • Invité77 %
  • Présentateur17 %
  • Invité 22 %
  • Invité 32 %

1,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous. Merci d'être avec nous pour cette dernière partie d'émission. Je reçois Michel Soudé, rédacteur en chef adjoint de Politis. Il a suivi le procédé des assistantes parlementaires du Front National, un procès au terme duquel le parquet a requis une peine de 50 prisons, dont deux fermes aménageables pour Marine Le Pen, mais aussi et surtout 50 inégibilités avec exécution provisoire, c'est-à-dire qui lui seront opposables avant une éventuelle procédure d'appel.

Le parti d'extrême droite a choisi d'opposer aux éléments de preuve mis en avant durant le procès une contre-attaque politique, mais qu'est-ce qu'il y a vraiment dans le dossier et que valent les arguments victimaires du Rassemblement National ? Pour en savoir plus, notre invité, notre confrère Michel Soudé de Politis, qui a suivi ce procès de bout en bout, est avec nous, c'est l'entretien d'actu. Bonsoir Michel Soudé. Bonsoir.

Alors au sujet du procès des assistants parlementaires du FN, on a assisté depuis les réquisitions du parquet à une sorte de mise en scène d'une tactique de défense plus ou moins ouvertement, même au complot politique, qui t'a laissé percer quelques contradictions, comme le montre ce montage diffusé sur Twitter par notre confère Nabil Noati.

1:15
Invité

Les députés qu'on avait rencontrés nous parlaient de procès politique, donc c'est une remise en cause de la justice et du ministère public. On a reposé la question à Marine Le Pen, est-ce qu'elle maintient le fait que c'est un procès politique ou non ? Est-ce que vous dites toujours que c'est un procès politique ? Je n'ai jamais dit ça, donc je ne pourrais pas continuer à le dire. Vous dénoncez un procès politique de la même façon que Marine Le Pen l'a fait. Je dénonce simplement un procès politique fait au FN. Il dit que c'était un procès qui était fait par des politiques, à des politiques, voire à la politique. Et je crois que ça a été révélé de manière lumineuse par maître Bouchelieu.

Je dénonce simplement un procès politique fait au FN, qui a deux victimes collatérales, que sont le front de gauche et le modem. Pourquoi ? Parce qu'encore une fois, celui qui était visé, c'était le FN.

2:08
Présentateur

Michel, certains analystes affirment que c'est la faible couverture médiatique de ce procès qui permet à Marine Le Pen et au RN de dérouler son argumentaire victimaire, voire complotiste, avant d'entrer dans le détail des choses. J'aimerais savoir si vous êtes de cet avis.

2:24
Invité

Oui, je suis un peu de cet avis. D'abord parce qu'on a toujours ce problème dans les procès, où en France, les procès ne sont pas filmés. Donc, si ce n'est pas filmé, il n'y a pas d'image. S'il n'y a pas d'image, ça ne passe pas à la télé. On n'a pas le droit d'enregistrer. Donc, c'est la presse écrite qui a fait son travail. Beaucoup sur Internet pour ne pas trop lasser non plus les lecteurs. C'est-à-dire qu'on voyait des journaux qui ne publiaient que sur Internet et qui évitaient de le mettre dans leur journal papier. On a fait un peu pareil, on n'a pas beaucoup de pages. Mais on a quand même à chaque fois mis en avant les papiers que je pouvais écrire.

Là-dessus, quand on assiste au procès, on se rend bien compte qu'effectivement, oui, il y avait un système centralisé, un système piloté par la direction du parti. Et penser pour faire des économies sur les finances justement du Front National à l'époque. et cela sur le dos du Parlement européen et en tous les cas avec les dotations que reçoivent les députés. Pourquoi ? Comment ils procédaient ? Simplement, ils embauchaient des assistants parlementaires. Le député, normalement, embauche ses assistants. Mais on se rend compte qu'il y avait des assistants qui travaillaient auprès d'autres députés sur lesquels leur député employeur n'avait pas vraiment de prise.

C'est-à-dire que ce n'est pas lui qui décidait de leurs vacances. Ce n'est pas lui qui donnait des autorisations de congé, d'augmentation. Et ensuite, beaucoup travaillaient au siège du parti pour le parti. Avec, des fois, des rémunérations qui pouvaient être conséquentes. Là-dessus, on y reviendra. Mais il est aussi faux de dire qu'il n'y a pas d'enrichissement personnel. Alors, le Rassemblement National, dans le procès, a toujours essayé de dire mais ce n'était pas des emplois fictifs. Ils ont réellement travaillé. Oui, ils ont réellement travaillé. Mais pas pour leur employeur.

C'est un peu le cas de figure d'un salarié employé par une entreprise qui irait travailler dans une autre gratuitement. Bon, on appellerait ça de différentes manières. Il y a de l'habit bien social. Il y a toutes sortes de choses qui sont dans le droit que je ne maîtrise pas particulièrement. Je suis un journaliste politique. Mais là, véritablement, on a le côté fictif. Parce que fictif, ça a été évoqué aussi par la présidente qui a rappelé qu'il pouvait y avoir deux exceptions aux juridiques à ce mot. Et là, le détournement de fonds publics, il est matérialisé. Et il est même des fois extrêmement important pour certains.

Parce qu'à la fin du procès, il y a le préjudice pour le Parlement européen qui a été calculé pour chacun des prévenus.

5:29
Présentateur

Il a évalué à combien ce préjudice, par exemple, pour Marine Le Pen ?

5:31
Invité

Au total, il est évalué à quasiment 4 600 000 euros.

5:38
Présentateur

Il y a bien quelque chose dans le dossier, contrairement à ce qu'il dit.

5:40
Invité

Marine Le Pen, sur un des deux aspects pour lesquels elle était entendue devant le tribunal, c'est-à-dire le détournement de fonds publics par l'emploi d'assistants parlementaires qui ne font pas le travail de ce pour quoi ils sont embauchés, ça représente 474 000 euros. Dans ce procès, il y a des plus gros détourneurs. Il y a Bruno Gollnisch, on est à 948 000 euros. Fernand Lerachinel, lui, sur un mandat de presque 5 ans, c'était 815 000 euros.

Et les assistants parlementaires, pour certains, on atteint 555 000 euros pour la secrétaire particulière de Jean-Marie Le Pen, 717 000 euros pour son garde du corps, qui était ensuite le garde du corps de Marine Le Pen et qui est maintenant le garde du corps de Jordan Bardella.

6:35
Présentateur

Donc cette affaire est finalement plus grave, plus massive que celle des assistants parlementaires du Modem ?

6:40
Invité

Nettement plus massive. Ce qui a été dit et rappelé, c'est que dans l'affaire du Modem, il y avait 11 contrats qui étaient suspicieux et pour lesquels ils ont été jugés. Là, on était en présence de 46 contrats et la prévention, ce qu'on appelle la prévention, c'est-à-dire ce sur quoi le tribunal cherchait à connaître la vérité et établir s'il y avait des accusations ou s'il pouvait y avoir des non-lieux, une dispense de peine, une relaxe. Ça portait sur trois mandatures, de 2004 à 2016. 2016, c'est en fait l'effet de la plainte déposée par le Parlement européen auprès de Christiane Taubira, ministre de la Justice, qui engendre une enquête en France.

Et à ce moment-là, le Rassemblement national freine et rentre dans la légalité. Mais il n'y est pas rentré tout seul, c'est parce qu'il a été contraint. C'est aussi un des éléments qui a convaincu les procureurs d'établir des peines lourdes.

Ils ont vu aussi qu'à l'audience, les prévenus face aux questions qui leur étaient posées, aux mails accablants, aux témoignages qui étaient versés, qui étaient des témoignages d'époque, des auditions qui ont été faites, ils voyaient bien qu'ils étaient extrêmement fuyants, qu'ils répondaient souvent à côté, à donner à des écrits des sens qu'on n'aurait pas pu imaginer, qui étaient juste quand quelqu'un dit, par exemple, c'était un des mails qui est souvent revenu, il y a un député européen qui écrit au trésorier du Front national pour lui dire, ce que Marine nous propose, c'est rien d'autre que des emplois fictifs, ont risque gros, il faut savoir que les députés sont responsables sur leur propre personne, de ce type de pratique, et la réponse de Valrande Saint-Just, c'est juste cinq mots, Marine, c'est tout cela, terminé.

Il paraît que c'était genre, va te faire foutre, mais quand on est en langage châtié, Valrande Saint-Just, un des avocats a dit qu'il était marquis.

9:04
Présentateur

Il y a également des éléments de preuve qui laissent à penser qu'il y a eu un enrichissement personnel et du financement d'un mode de vie plus que confortable, y compris pour la famille Le Pen directement.

9:18
Invité

Alors ça, c'est le raisonnement établi par le procureur qui tient assez bien la route quand on regarde quels sont les salaires qui ont pu être distribués. Alors, pour être tout à fait précis sur la question, si on prend le cas d'un assistant parlementaire, Laurent Salle, qui était auprès de Louis Alliot, alors député européen, entre juillet 2014 et février 2015, son salaire brut était de 2560 euros, ce qui n'est pas excessif. C'était un assistant parlementaire qui n'était pas motivé par l'Europe, mais extrêmement motivé par le côté un peu événementiel, au parti.

Et il travaillait dans la direction des grandes manifestations auprès de Yann Le Pen, qui est la sœur de Marine Le Pen, qui, à cette date, n'était plus embauchée par le Parlement européen, mais dans cette fonction-là, elle l'avait été avec quatre contrats entre 2009 et 2014, auprès de Bruno Golnisch. Et là, elle, elle était rémunérée entre 4551 euros brut et 5050 à la fin. On voit tout de suite une différence. De même, le garde du corps, effectivement, c'est un boulot qui peut amener à prendre des risques et, en tous les cas, à être un peu mieux rémunéré avec les autres. Lui, quand il avait des contrats entre 2005 et 2009, il y a l'inflation qui est passée par là.

En plus, c'était entre 5 326 puis 5 891 brut. Et à la fin de ce contrat, puisqu'il était auprès de Fernand Le Rachinelle, les instances ont demandé à faire valoir son droit au licenciement économique, puisque son député n'avait pas été réélu. et il a touché des primes de licenciement conséquentes alors qu'il était repris immédiatement sur un autre.

11:32
Présentateur

On rappelle aussi très peu que le micro-parti de Marine Le Pen avait déjà été condamné pour escroquerie et on pourrait donc avoir à faire une récidivie. C'est ce qui expliquerait peut-être ces réquisitions que certains jugent très sévères.

11:45
Invité

Les réquisitions, elles sont effectivement sévères, puisque dans le précédent procès qui était le procès des kits de campagne, l'affaire Jeanne, etc., le trésorier c'était Val-Ronde-Saint-Just et il a été condamné. Condamné d'ailleurs à définitivement par la cour de cassation le 19 juin à deux ans d'inéligibilité. Or, à l'audience, ce monsieur s'est présenté comme étant président du groupe RN au Conseil Régional L'Île-de-France, où on ne l'a toujours pas mis à la porte, que font les préfets pour faire appliquer les condamnations, puisque ça relève du préfet. Il y a des tas d'élus.

L'inéligibilité est quelque chose de plus en plus courante maintenant, dans les détournements de fonds, les atteintes à la probité des élus. Récemment, il y a encore deux élus de Seine-et-Marne, des petits maires, comme on les appelle souvent, qui ont été condamnés en première instance à une inéligibilité exécutoire et le préfet a envoyé la lettre immédiatement.

12:52
Présentateur

Donc, ce n'est pas inédit de demander l'exécution provisoire contrairement à ce qu'on entend.

12:55
Invité

C'est même extrêmement fréquent. Quand il y a eu le réquisitoire très décrié des procureurs, le réquisitoire a porté sur... était le 13 novembre. Le 15 novembre, on apprenait qu'un ancien secrétaire d'État, Thierry Mando, pour une affaire aussi de probité, était condamné à ce type de peine en première instance pour un détournement de 20 000 euros.

13:17
Présentateur

Alors, on sait que les juges ne sont pas liés par les réquisitions du procureur. Le verdict, quand est-ce qu'il va tomber ?

13:25
Invité

Alors, le verdict, il tombera dans quatre mois. Dans quatre mois. Le 31 mars à 10 heures du matin. Il va y avoir du monde ce jour-là au tribunal. Mais cette durée n'est pas finalement inédite dans ce type d'affaires. Il y avait quand même 25 prévenus, plus un parti politique en cause comme personne morale et l'étendue des faits, tout ce qu'il fallait examiner. Et le jugement ne sera pas forcément simple parce que le réquisitoire est très dur pour tous les prévenus et se pose la question de savoir si tel ou tel assistant n'a pas forcément fait rue en droit ou finalement savait véritablement qu'il était en train de faire...

14:19
Présentateur

Et nul ne peut ignorer la loi, c'est ce qu'on nous dit toujours.

14:21
Invité

Nul ne peut ignorer la loi, mais il y a eu quelque chose de très très drôle dans ce procès. C'est qu'il y a un prévenu qui est belge et le prévenu belge, nul n'est censé ignorer la loi, mais nul belge n'est censé ignorer la loi française. C'est déjà plus compliqué. Et il se trouve qu'une partie de ce qui est demandé est basée sur une jurisprudence de la Cour de cassation. Donc nul belge n'est censé ignorer une jurisprudence de la Cour de cassation française.

Là, l'avocat a dit que c'était surréaliste et il a quand même emporté une partie de la salle avec lui parce qu'effectivement, sans compter que la loi en Belgique ne s'applique pas de la même façon et que finalement, c'est peut-être lui qui risque véritablement d'aller en prison.

15:05
Présentateur

Merci beaucoup Michel Soudé, rédacteur en chef adjoint de Politis. Je vous invite vraiment à lire tous les articles de Michel Soudé que vous retrouverez sur Politis puisqu'il a suivi que vous étiez pratiquement à toutes les audiences durant ce procès.

15:18
Invité

Et cette semaine, nous avons une grosse enquête qui fait beaucoup de bruit des gros boursiers sur des femmes qui accusent Gérard Darmon de violences sexistes, sexuelles.

15:31
Présentateur

Merci. Foncez voir cette enquête de Politis qui est à venir. C'est ça, cette semaine.

15:35
Invité

Et que nos lecteurs ont déjà plébiscité pour qu'elles soient en accès libre donc vous pouvez y aller.

15:39
Présentateur

Eh bien, c'est parfait. Merci pour votre générosité Politis.