La campagne va-t-elle prendre sa revanche sur la ville ?
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Bonjour, bienvenue dans le débat de midi sur France Inter. Et aujourd'hui, nous sommes dans un petit village médiéval de la Drôme Provençale à Rochefourchat. Ici, tout est charmant, verdoyant. La petite église, les maisons en pierre, les champs de lavande, c'est l'endroit que tous les citadins fantasment. Et pourtant, nous sommes dans le village le moins peuplé de France. Ce paradis au bout du monde compte, en tout bout et pour tout, une seule habitante. Dans ces territoires, le sentiment d'abandon public est croissant et pourtant, selon un sondage commandé par Famille Rurale, 81% des Français rêvent de vivre à la campagne. Y a-t-il un mythe de ce retour au village ?
Avec la flambée des prix en ville, les canicules et le télétravail qui se généralisent, les néo-ruraux, car c'est désormais leur petit nom, tentent l'aventure de l'exode urbain. Vont-ils déchanter ou au contraire voir les villages se réenchanter ? La campagne est-elle en train de prendre sa revanche ? On en débat jusqu'à 13h sur France Inter.
Paola Puerhari, le débat de midi sur France Inter.
Et pour ce débat sur les campagnes, j'ai à ma table une femme qui tente de redynamiser les territoires. Bonjour Virginie Hills. Bonjour Paola. Après 15 ans passés dans l'agroalimentaire, vous avez tout quitté pour fonder comptoir de campagne, des tiers-leux qui visent à retisser du lien social. Et dans ce studio aussi, deux sociologues avec nous. Jean Viard, bonjour. Bonjour. Vous êtes directeur de recherche au CNRS et au CEVIPOF. Et vous êtes en ligne avec nous depuis la Bretagne. Et bonjour aussi à Yel, Amsalem, Munghi. Bonjour. Bonjour. Vous vous êtes intéressé au FI du coin, à celle qui reste dans une vaste enquête.
Et pour ce grand déménagement supposé, en tout cas entre ville et campagne, nous avions évidemment besoin d'un géographe. Bonjour Michel Lussault.
Bonjour.
Vous êtes directeur de l'école urbaine de Lyon, là où vous vous trouvez actuellement. Et on commence tout de suite par le témoignage d'une auditrice, d'une citadine qui va faire le grand pas le mois prochain.
Je m'appelle Hortan, j'ai 36 ans et dans un peu moins d'un mois, on va quitter Paris avec mon mari et ma petite fille pour une nouvelle vie à 45 minutes de Paris dans un petit village, au vert, dans une maison, sans voisins, sans bruit. Vraiment, c'était un des critères les plus importants pour nous, enfin en tout cas pour moi, pouvoir me débarrasser de toute cette pollution sonore et de toute cette ambiance que je ne supportais plus depuis maintenant quelques mois, voire quelques années. J'avoue que je n'ai aucune crainte de ce grand saut et j'en ai vraiment très très hâte. Je compte les minutes.
Merci à Hortense pour son témoignage. Bon déménagement dans les Yvelines et je vous invite aussi à réagir, chers auditeurs, en direct pendant cette émission. Alors on a entendu Hortense qui n'a aucune crainte. Virginie Hills, vous qui sillonnez la France, vous voyez ces néo-ruraux arriver avec beaucoup d'images dans la tête. Est-ce qu'elle ne risque pas de déchanter Hortense ?
Alors je pense qu'elle a raison Hortense d'aller déménager et de découvrir de nouveaux horizons. Ces villages de France sont magnifiques. On a un territoire qui est merveilleux en France. Donc je trouve que c'est normal qu'on arrive à étaler un peu la population et qu'on ne s'entasse pas dans les villes. Mais néanmoins, il est vrai qu'effectivement aujourd'hui en France, il y a beaucoup de communes qui sont en absence de services, en absence de lieux de vie, d'échanges, de partages, de places de villages. Et souvent, effectivement, le village rêvé est parfois un peu du plan dans l'aile, on va dire.
Et effectivement, il y a des territoires qui nous disent qu'il y a beaucoup de gens qui retournent vivre dans leur village, des populations qui s'implantent, mais qui après sont déçus parce qu'il n'y a plus de vie dans ces villages. Ça peut être des villages d'hortoirs et qui parfois quittent à nouveau ces territoires ruraux. Alors qu'il y a des envies. Donc il faut qu'on recrée les conditions pour que ces villages revivent et soient agréables pour accueillir ces populations.
Michel Lusso, en tant que géographe, est-ce qu'il existe un mythe du retour à la campagne ?
Oui, et ce mythe est très ancien en fait. C'est intéressant de voir que l'expression de néoruraux a désormais plusieurs décennies derrière elle. C'est dans les années 60-70 qu'on commence à diagnostiquer un mouvement qui était un mouvement différent de celui de l'exode de la population rurale qu'on avait connue à partir de la fin du 19e siècle et qui avait vu constamment les communes statistiquement rurales perdre des habitants, parfois se vider presque totalement, voire pour quelques-unes disparaître. Et dans les années 60, on commence à examiner très sérieusement tout simplement ce qu'on appelle la péri-urbanisation et l'urbanisation à longue distance.
Et le concept de renaissance rurale, de néoruralité, de rurbanité, c'est-à-dire on mélange l'urbain et le rural pour créer un néologisme, date des années 60-70. Et depuis ces années-là, on constate une situation qui peut être caractérisée de façon assez simple. L'urbanisation est très puissante en France. La France est par ailleurs un pays qui connaît une croissance démographique, donc où il y a des besoins de logements très importants.
Et cette urbanisation va redistribuer tous les territoires et va peut-être aussi nous faire changer d'époque, c'est-à-dire nous faire sortir de ce moment où on pouvait facilement opposer les villes et les campagnes comme deux espaces géographiques et deux sociétés très différentes. Finalement, on pourrait dire que le néorural, c'est un habitant urbain qui vit dans un contexte urbain différent de ceux des espaces de centres et de fortes densités.
Et qu'aujourd'hui, la plupart des néoruraux sont en fait des personnes qui, même si elles manifestent des désirs de s'éloigner des autres, comme le témoignage que vous avez passé à l'antenne le montre, et parfois cela, évidemment, pose toute une série de problèmes ensuite, eh bien ces néoruraux restent très connectés à la vie urbaine, ne serait-ce que parce qu'ils télétravaillent, parce qu'ils ont des besoins de mobilité, des besoins de consommation, qui les maintient en quelque sorte dans cette urbanisation qui a gagné pratiquement l'intégralité du territoire.
Alors il n'en reste pas moins que ces néoruraux habitent dans des espaces qui ont des caractéristiques très différentes, des espaces de centres et de banlieues les plus denses, et que ces besoins ne sont pas toujours bien satisfaits, dans la mesure où l'économie agricole a complètement changé depuis 60-70 ans. Jadis, les villages étaient entièrement tournés autour de l'économie agricole, ils fonctionnaient grâce à l'économie agricole, et puis dans la mesure aussi où les services publics ont connu l'évolution qu'on sait, et qu'ils sont de plus en plus éloignés.
Yé, Mamsalem Munghi, avec votre enquête, vous avez rencontré les filles du coin vivre et grandir en milieu rural. Justement, comment est-ce que ces jeunes femmes voient l'arrivée de ces néoruraux ? En fait, déjà, elles ne les appellent pas les néoruraux, c'est une catégorie plutôt adulte, plutôt institutionnelle. Elles vont les nommer, elles vont les caractériser par ce qui va les distinguer. Elles vont pas mal, notamment dans un des territoires où j'ai pu enquêter, dans le cadre de cette enquête, ça a été le bar des gens aux pieds nus.
Parce qu'ils ont des pratiques, parce qu'ils ont un capital culturel, un capital parfois économique équivalent, mais un capital culturel qui est très différent, et qui va se jouer sur les codes, sur les manières d'être dans des espaces, dans des bars associatifs dans lesquels elles vont pas pouvoir se retrouver.
Et donc, il va y avoir d'un côté des filles du coin qui vont regarder cet endroit-là, où il y a aussi des jeunes qui viennent d'arriver, mais qui se mélangent pas parce qu'ils ne viennent pas aussi se fondre et se trouver une place dans les sociabilités traditionnelles, dans les fêtes plus traditionnelles, comme les fêtes de village, les lotos, les balles, enfin tout ce qui peut exister ou continuer d'exister. Et donc, elles vont les regarder aussi de loin, sans se sentir légitimes pour pouvoir rentrer dans ces endroits-là, où elles ne comprennent pas, elles n'ont pas les codes. Elles trouvent ça très étrange de se balader pieds nus quand même. Oui, ça c'est étrange.
Et justement, en fait, votre témoignage résonne avec le message d'une auditrice qui, elle aussi, pense que cette adaptation est assez difficile à la campagne.
Bonjour France Inter, merci pour votre émission. Le phénomène de la néo-rivalité est parfaitement compréhensible. Mais s'il vous plaît, ex-citadin venu, vous installez à la campagne, adoptez de nouveaux comportements. Répondez à nos bonjours plutôt que de nous toiser comme des bêtes curieuses. Accepter le chant du coq, le brèlement de l'âne et la mélodie du clocher. Préserver chaque centimètre de terrain précieux, plutôt que de troquer la haie végétale pour élever des fortifications d'Alcatraz.
Vivre dans la ruralité, ce n'est pas seulement avoir plus d'espace chez soi et plus de verre à sa fenêtre, c'est aussi vivre avec la nature, adhérer à une autre philosophie de vie et de nouvelles valeurs.
Alors, de nouvelles valeurs, j'enviens justement. Est-ce qu'il y a un mode de vie du village à respecter quand on vient habiter à la campagne ?
C'est compliqué parce que ça dépend des régions, des territoires et des époques. Si vous voulez, moi je suis un vieux baba de 68, je suis allé m'installer à la campagne en 68, j'y habite toujours. Et dans le sud de la France, donc là si vous voulez, vous voyez des gens qui sont arrivés il y a longtemps, donc c'est nous qui avons créé les crèches, c'est nous qui avons, etc. Donc, au fond, la société s'est réorganisée dans notre relation avec, j'allais dire, les gens du coin, qui d'ailleurs souvent étaient des enfants de l'Arménien, d'Italien ou d'Espagnol. C'est pour ça qu'il faut faire très attention à la population mobile. Mais ce n'est pas vrai partout.
En ce moment, c'est vrai qu'il y a des gens qui vont s'installer, prenez la Bretagne par exemple, dans des régions où il y avait peu de gens qui s'y installaient. Au fond, ils découvrent aujourd'hui ce qu'on a vécu en Provence il y a 50 ans. C'est-à-dire l'arrivée de nouvelles populations, des codes un peu différents, etc. Mais il ne faut pas être caricatural, parce que ce qu'a dit Michel Lusso est très juste. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il y a Internet, il y a Amazon, il y a Airbnb, il y a le TGV, il y a les autoroutes. Et donc, si vous voulez, il y a toute une France, si on allait dire du numérique, ou du rapport rapide d'une France de la mobilité qui se diffuse dans le territoire.
La dame du début qui parle d'être à 45 minutes de Paris, c'est une grande banlieusarde, quoi. Simplement, effectivement, elle vit à la campagne, elle lutte contre le bruit, qui est l'enjeu majeur dans les villes, mais au fond, elle va aller à Paris quand elle veut. Et c'est le cas de la majorité des gens. C'est très différent si vous allez sur l'Aubrac.
Néanmoins, vous dites qu'il ne faut pas être caricatural, mais ce message d'une auditrice dit quelque chose, quand même, de ces gens citadins qui viennent dans la campagne sans en accéder la philosophie.
Oui, mais elle dit aussi qu'à la campagne, on aimerait la nature, etc. Ce qui n'est pas forcément vrai. À la campagne, ils ont un désir de technique, ils ont un désir d'avoir les agriculteurs, etc. Ils ont envie d'être modernes.
Donc, il ne faut pas opposer ces territoires.
Non, l'idée du bon paysan qui aimerait la nature et de l'urbain qui serait dans la caricature, c'est un peu faux, parce qu'au fond, celui qui est le discours sur la nature, on le voit bien en agriculture, il vient plutôt avec les néoruraux. C'est plutôt eux qui sont pour une agriculture biologique, pour des amas, pour de la vente directe, etc. Et toute la question, c'est le rapport entre les deux, si vous voulez. Mais on ne peut pas dire, parce que, vous savez, les jeunes des campagnes, les travaux de Salomé Berlue, le montrent très bien. Ceux, je dirais qu'ils sont des ruraux de 2 ou 3ème génération, pour le dire comme ça. Ils ont un territoire plus réduit.
Et au fond, eux, la ville, pour eux, c'est la sous-préfecture. Et la grande difficulté, c'est de leur ouvrir le monde plus loin. Alors que les gens qui viennent de la ville, ils ont un rapport différent, mais ils sont venus depuis 50 ans. C'est pour ça qu'il faut faire très attention. Ça ne vient pas d'arriver. Néoruraux, c'est un terme qui a été inventé par Bertrand Hervieux et Daniel Hervieux-Léger dans un ouvrage qui s'appelait Le retour à la terre, à la campagne. Et donc, au début des années 70, l'a dit Michel. Et donc, c'est ça qu'il faut bien voir.
On est un demi-siècle après le début de ce processus, dans une période de relative accélération, parce que Paris perd 10 000 habitants par an depuis 10 ans. Sans doute 50 ou 80 000 de plus depuis la grande pandémie. Les chiffres ne sont pas... Et puis surtout, le télétravail fait que les 4 millions de familles qui ont une résidence secondaire, il y en a beaucoup qui vont passer peut-être 4 jours par semaine à la campagne et 2 jours en ville. Donc là, vous avez un énorme mouvement, si vous voulez, de mobilité à l'intérieur du monde du travail qui joue beaucoup et qui change les pratiques.
Et qui change tout à fait les pratiques, puisque Virginie Hills, une ville sur deux en France, n'a plus de commerce et se transforme en cité d'or-toie.
Ce constat, quand est-ce que vous l'avez fait ? Alors, je l'ai fait en 2013 et c'est les statistiques. Et maintenant, on parle de 60% dans les nouvelles données INSEE. Donc c'est hyper important. Et pour réconcilier un peu tout le monde, moi je suis d'accord. Je pense qu'il ne faut pas mettre les gens les uns contre les autres. Les profils sociodémographiques de la ville, de la campagne sont assez proches. Mais en revanche, ce qui fait qu'il y a ce sentiment de différence entre les neuroruraux et les ruraux, c'est qu'en fait, les gens ne se croisent plus. En fait, qu'ils n'ont plus l'occasion de se croiser.
Moi, les maires me disent j'ai de plus en plus de gens qui viennent vivre dans mon village. Mais en fait, ils habitent dans le village. Ils habitent même plus précisément dans les lotissements périphériques au village. Ils ne vivent pas dans le village. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas de lieu, pas d'endroit. Alors oui, il y a les associations, mais qui souvent concernent les gens qui sont là depuis longtemps. Les neuroruraux n'ont pas forcément cet accès-là ou le réflexe d'y aller. Et donc, ils restent chez eux le soir et ils rentrent tard. Et donc, en fait, il faut des lieux où les gens se rencontrent. Et c'est justement pour ça que vous avez créé Comptoir de Campagne.
Alors racontez-nous.
Alors, Comptoir de Campagne. Donc, c'est justement ces lieux où les gens se rencontrent et se rendent compte qu'ils ne sont pas si différents, en fait, voire même qu'ils sont semblables. Donc, notre principe, c'est quoi ? C'est de remettre des commerces dans les villages, des commerces multiservices. Donc, il y a dans un comptoir de campagne, si vous venez, je vous invite à venir en visiter. On en a beaucoup en Rhône-Alpes. Vous avez une épicerie locale avec des produits locaux en circuit court pour faire toutes ces courses du quotidien. Vous avez des services de proximité. Donc, souvent, on a la poste, par exemple, le gaz, les colis, le retrait d'argent, la française des jeux, la presse.
Et puis, des espaces bistrots, salon thé snacking pour manger un morceau, boire un verre et participer à des événements et des animations. C'est une petite France, en fait. C'est une place de village. On dit qu'on refait battre le cœur des villages. Donc, on est une entreprise de l'économie sociale et solidaire. Et notre objet social, notre mission, c'est de revitaliser les territoires ruraux. Et on le fait à travers cette offre de commerce multiservices qui crée du lien social, qui valorise la production locale et artisanale et qui ramène des services dans ces lieux où il n'y en a plus. Oui, parce que c'est un peu un service public aussi. Alors oui, on peut aller jusque-là.
Effectivement, quand on travaille notamment avec la Poste, c'est un partenariat que l'on a avec cette institution, c'est perçu comme un service public par les habitants. On essaie d'aller vers des services de portage de médicaments. On essaie d'avoir dans nos espaces également des infirmières, des podologues, etc. Donc voilà, tous les services dont les gens ont besoin et dans un lieu qui est un lieu de vie où les gens se croisent. On a une mère qui nous a dit « Moi, j'ai hâte qu'il y ait un comptoir de campagne, notamment parce que j'ai le sentiment que les gens ne se supportent plus. » Voilà. Et je veux juste qu'ils apprennent à se reconnaître, à se connaître.
Il y a la M. Salam Mangui, vous qui avez donc rencontré ces jeunes femmes dans quatre coins de la France, c'est ça ? Est-ce qu'elles manquent de ce lieu de vie, justement ? En fait, ce qui se passe beaucoup dans cette enquête, c'était l'idée de travailler sur quatre espaces ruraux parce que la ruralité française n'existe pas. Il y a une hétérogénéité des espaces ruraux comme on observe une hétérogénéité des espaces urbains. Et donc, on ne peut pas homogénéiser le milieu rural comme s'il était préexistant de par juste le fait qu'il soit rural.
Et donc, l'idée, c'était de travailler sur deux intercommunalités où il y a pas mal de tourisme et où on dit souvent que c'est une aubaine pour les jeunes parce que ça va leur permettre de travailler et de rencontrer d'autres gens. Et puis, deux autres intercos, une plus encore avec de l'activité industrielle et puis l'autre très désindustrialisée. Et de travailler sur toutes ces filles, finalement, qui ne bougent pas et qui n'ont pas envie de partir de là où elles habitent et qui vont rendre compte de rapports sociaux de classe, de rapports sociaux de genre, de rapports de sociaux d'âge dans leur vie quotidienne.
Et donc, c'est là où on voit arriver en fait des enjeux vraiment importants de rapports de pouvoir dans les populations avec les notables locaux qui ont finalement des capitaux économiques différents mais qui ont des pratiques sociales assez proches des classes populaires qui sont très majoritaires dans les espaces ruraux français. Et puis, un autre élément qui ressort beaucoup en tout cas des quatre territoires, c'est ces filles qui veulent rester, qui restent, ces filles qui restent, pour faire écho à l'ouvrage de Benoît Cocard qui s'appelle « Ceux qui restent ». Donc là, c'est « Celles qui restent ».
C'est aussi l'importance de ne pas quitter leurs espaces de vie, leurs réseaux de sociabilité dans lesquels elles ont leur quotidien. Et donc, par contre, elles vont, et là, ça fait écho à ce qu'expliquait tout à l'heure, c'est qu'elles font écho à l'absence de services publics et ça, dès très jeunes en fait. On va avoir des filles de 14 ans, 15 ans qui vont pointer l'absence de services publics dans lesquels elles vont clairement définir le service public comme étant à la fois la boulangerie, la gynéco, l'infirmière, mais aussi, finalement, l'absence de services publics mais de lieux aussi pour se rencontrer, finalement, de cafés, de bars, de...
Ouais, alors sur les lieux, c'est encore différent parce que quand on est jeune, il y a quand même tous les rapports de genre avec où est-ce qu'on peut aller quand on est une jeune fille par rapport à où est-ce qu'on peut aller quand on est un jeune homme, qu'est-ce qui est socialement accepté et acceptable, est-ce qu'il y a un débit de boisson alcoolisé ou pas, enfin voilà, tous ces enjeux-là qui vont faire aussi des commérages locaux.
Donc, il y a l'envie d'avoir des espaces juvéniles, de pouvoir aussi se construire avec l'image aujourd'hui contemporaine de la jeunesse avec des endroits où on peut boire du chocolat chaud avec de la mousse pour ne pas citer de marque mais en même temps sans avoir cet endroit-là parce que ça ferait venir des gens qu'on ne connaît pas. Donc voilà, toutes ces tensions et les filles passent beaucoup de temps à bouger, finalement, les unes chez les autres.
Elles vont dans des endroits à se retrouver, retrouver aussi leurs altérégos masculins dans des maisons abandonnées ou quand les parents ne sont pas là ce qui a posé pas mal de problèmes quand les parents ont perdu leurs emplois et ou quand il y a eu les enjeux Covid où d'un coup les parents étaient tous là. Donc, il fallait se réorganiser dans les sociabilités juvéniles, par exemple. Alors, Virginie Hills, qui vient dans vos comptoirs
de campagne ? Alors, ce qui est chouette, c'est que tout le monde vient dans un comptoir de campagne pour des raisons diverses. Certains néoruraux vont vouloir, Urbain Bobo, vont vouloir vers toutes leurs courses de produits locaux parce qu'ils y croient que c'est important pour eux. D'autres vont venir juste pour le petit café du matin, le journal, voir le ticket de grattage, voir certains qui ne veulent vraiment pas venir et vont venir parce qu'ils ont reçu un recommandé et qu'ils n'ont pas le choix. Donc, ça, c'est ça un peu notre sauce magique, c'est que tout le monde vient dans un comptoir de campagne pour plein de choses.
Et du coup, tout le monde participe à sa manière au modèle économique et tout le monde participe à sa manière à la vie du village. Comment ils participent ? Ils participent en dépensant un peu leur argent dans le magasin ? Oui, bien entendu. On travaille beaucoup avec les associations et ça aussi, c'est un lieu qui est un lieu dont se saisissent les associations. Par exemple, on fait des événements intergénérationnels. Vraiment, l'idée, c'est de mixer les populations. Donc, on fait des soirées jeux de société pour les jeunes et pour les seniors, des ateliers tricot, des concerts. Moi, j'ai parti avec des concerts où on danse entre les rayons. Voilà.
Et puis, chaque village, en fonction de sa vie, en fonction de ses associations, en fonction du gérant, va développer telle ou telle activité plus qu'une autre. Voilà, on fait des marchés paysans, des dégustations de producteurs et on a ces espaces qu'on appelle les salles rendez-vous dans lesquels on peut avoir esthéticiennes le lundi, coffre le mardi, sophrologues le mercredi, profs de yoga le jeudi et souvent, ce sont les habitants qui ont développé une activité et qui viennent bénéficier de cet espace-là. Est-ce que ça entraîne l'ouverture d'autres commerces ? Alors, est-ce qu'avec la vie, la vie revient encore ?
Oui, alors, en tout cas, ce que nous disent les maires, c'est que quand on interne un comptoir de campagne, le village revit. Les associations se remettent à faire des événements. Voilà. Et ça, c'est ce qu'on a tout gagné. On passe des questionnaires tous les ans à nos clients et le premier élément qui remonte quand on leur dit qu'est-ce qu'a apporté le comptoir de campagne à votre village, c'est ça a ramené de la vie. Voilà. Et ça, on a tout gagné quand on a fait ça. Michel Lusso, est-ce que ce qu'on appelle
des tiers-lieux, ça peut révolutionner la vie de ces derniers kilomètres ?
En tout cas, ce qu'on entend depuis tout à l'heure est très intéressant. On montre d'abord que les situations territoriales et sociales se sont complexifiées et que nous avons des vies de plus en plus paradoxales. C'est-à-dire, on peut être à la fois villageois et citadins. On peut à la fois être exclu et inclus dans des réseaux de sociabilité. On peut à la fois vouloir fuir ses voisins et aspirer à des lieux de lien social. Et ce que cela montre aussi, c'est que depuis maintenant une quarantaine d'années, dans les centres-villes comme dans les espaces périurbains comme dans les espaces qu'on appelle néoruraux, la proximité s'est affaiblie. La proximité a disparu.
En raison de l'affaiblissement des services publics qui est constatable partout en France. À Paris, les services publics se sont affaiblis. aussi pour des raisons de contraintes budgétaires. Évidemment, quand vous êtes au cœur d'une grande ville, il y a la possibilité toujours plus facile d'accéder à un service, mais ils se sont concentrés, ils sont disparus. Et le besoin de trouver des lieux de service et de proximité est fort partout parce qu'en ville comme dans les espaces villageois, on a l'impression que ce que l'on appelle en sociologie l'anomie, c'est-à-dire l'absence de lien social, l'absence de contact, a progressé. En raison même des vies contemporaines que nous avons à vivre.
Et ce besoin de lieu, on le retrouve partout, absolument partout. On le retrouve dans les espaces denses comme dans les espaces villageois. Et ce qu'a montré Virginie Hill, c'est intéressant parce que ce qu'elle propose, c'est exactement ce que propose, par exemple, un tiers-lieu que j'observe au cœur de Lyon qui fonctionne exactement sur les mêmes principes.
Il y a ce même besoin de retrouver des lieux où l'on peut faire du lien et où on peut éventuellement faire du lien soit que les jugements sociaux ou les contraintes sociales soient trop excessives parce que c'est cela aussi dont nous avons peut-être besoin, c'est-à-dire d'espace où les sociabilités s'allègent un peu des relations de pouvoir, de genre et de groupes sociaux qui ont été évoquées tout à l'heure.
Donc je crois que ça mène plutôt l'analyse vers la volonté de ne pas opposer des situations territoriales, donc il n'y a pas de revanche des uns sur les autres, mais bien plutôt comprendre des processus sociaux et géographiques à l'œuvre depuis 50 ans au moins en France et qui ont recomposé complètement les territoires et la manière que nous avons de les habiter.
Et bien restez avec nous puisqu'on va continuer ce débat, restez avec nous tout proche, donc dans la plus grande proximité et on va se demander s'il existe un âge pour vivre à la campagne, un bon âge puisqu'il y a ceux qui partent, ceux qui restent, ceux qui reviennent et nous serons en ligne tout à l'heure avec Hugo Biolet, le plus jeune maire de France qui se donne pour maintenir en vie son petit village d'Ardèche.
Perdu dans le cœur des foules Rien à faire là Vos sirènes Vos sons Sous Je n'ai rien à faire là Oh chérie, dis-moi quand Oh chérie, dis-moi quand Tu viens Que toutes ces chaleurs y mènent Que toutes ces chaleurs y mènent Faire des chiffres Je ne sais qu'en faire On dirait que ma tête de fils S'en va boire un verre Oh maman, dis-moi Quand tu viens Que toutes ces chaleurs y mènent Que toutes ces chaleurs J'attends dans la brume du soir Le bouquet Et puis je le sais C'était Nicolas Michaud
Chaleur humaine
Le débat du midi
Et on est toujours ensemble jusqu'à 13h sur France Inter pour interroger la vie à la campagne Nouvelle Eldorado toujours en compagnie des sociologues Yel Amsalem Menghi et Jean Viard du géographe Michel Lusso et de la fondatrice de comptoir de campagne Virginie Hills Et on poursuit ce débat en se demandant s'il y a un âge pour vivre à la campagne puisqu'il y a ceux qui restent ceux qui partent ceux qui y retournent et les jeunes qui veulent partir à tout prix On a reçu le message d'une auditrice qui s'appelle Margot
Bonjour, je m'appelle Margot j'ai 22 ans et j'ai grandi à la campagne et c'est vrai que quand j'étais adolescente c'est quelque chose que j'ai trouvé très difficile j'habitais dans un tout petit village et je me sentais vraiment loin de tout et très isolée je ne pouvais pas aller voir mes copines quand je voulais il fallait que je demande à mes parents du coup on a un sentiment de dépendance d'isolement je ne pouvais pas aller au cinéma je ne pouvais pas aller au théâtre comme je voulais et c'est quelque chose qui pèse beaucoup quand on est une jeune femme et quand on est jeune tout court à la campagne
Merci Margot et je vous invite aussi à réagir à nous envoyer vos messages sur l'application France Inter à la page du débat de midi Yael Amsalem Munghi vous êtes l'auteur d'une grande enquête donc publiée aux presses de Sciences Po les filles du coin grandir et vivre en milieu rural comment résonne ce témoignage de cette auditrice ?
Elle rejoint beaucoup ce que j'ai pu entendre pendant l'enquête et ce qu'on va retrouver sur les enjeux d'isolement et dépendance qui est partagé par une grande partie des adolescents et des adolescentes mais qui est exacerbé pour les filles puisqu'elles vont avoir moins souvent la chance d'avoir un deux-roues motorisé donc un scooter une moto les parents vont confier ça davantage aux garçons ils vont financer davantage le permis de conduire à leurs garçons les filles vont se payer le permis de conduire et avoir la voiture plus tard alors que les garçons vont parfois bénéficier de la voiture avant même d'avoir le permis parce que c'est on change de voiture on le file à son garçon voilà l'histoire de cousinade donc voilà et puis il y a toutes les représentations du genre sur l'espace public la route comme étant un lieu à risque à danger davantage pour les femmes qui vont les isoler et participer à leur sentiment d'isolement et puis clairement c'est compliqué de faire du stop du stop quand on est une fille c'est compliqué parce qu'on a peur des violences sexuelles parce qu'on a grandi dans cette peur des violences sexuelles et donc même si on s'engage vis-à-vis des parents à ne pas faire du stop typiquement moi dans l'enquête il y a des filles comme ça qui ont promis qu'elles ne feraient pas de stop elles ont fait du stop parce qu'il fallait bien rentrer d'une fête manque de bol c'est le maire du village qui les a prises en stop ah ouais là la confidentialité c'est terminé évidemment ces jeunes femmes que vous avez rencontrées donc celles qui restent est-ce qu'elles font sciemment le choix de rester excusez-moi alors elles font le choix de rester au moment où moi je les rencontre elles ont entre 14 et 25 ans donc cette question du choix de rester elle est aussi liée à l'orientation scolaire elles vont aller vers des orientations plutôt de proximité elles aspirent pas et elles se projettent pas non plus dans des orientations scolaires qui sont loin mais c'est aussi parce que j'ai enquêté sur les femmes des jeunes femmes des classes populaires c'est-à-dire qui n'ont pas les moyens économiques dont les familles n'ont pas les moyens économiques non plus de pouvoir surinvestir ou se projeter dans un investissement économique et familial sur le départ de leur fille vers des je dis pas que c'est pas possible mais c'est juste que c'est plus compliqué et donc on va voir combien finalement elles vont rester être contentes de rester vouloir rester pas à n'importe quelle condition quand on a discuté de se projeter un peu quand on sera grande et tout ça quand elles ont 15 ans quand elles ont 17 ans je préfère habiter au centre bourg et en fait cette importance des bourgs le rêve alors c'est le bourg parce qu'on connait mais aussi parce que d'abord on peut faire des choses à pied et qu'on n'a pas toujours besoin d'attendre un bus qui passera pas d'attendre un car qui n'existe pas ou de profiter d'un car qui existe que pendant la période touristique c'est-à-dire juillet-août parce qu'il y a des gens qui viennent de l'extérieur et donc d'un seul coup on montre qu'on peut développer des choses qui n'existent pas au quotidien donc le bourg oui le bourg c'est là aussi où après on peut tout faire en étoile et on peut rejoindre la grande ville la grande ville dans laquelle on va se balader la grande ville dans laquelle on n'habite pas mais qu'on peut quand même fréquenter pour relier aussi avec les codes juvéniles de consommation de balade d'anonymat du besoin d'anonymat qu'on a toutes et tous aussi et quelles sont les difficultés qu'elles rencontrent ?
alors dans leurs difficultés il va y avoir alors il y a les transports oui forcément il y a les enjeux autour de l'emploi et typiquement alors on sait les femmes de toute façon sont dans des emplois moins qualifiants et moins qualifiés que les hommes et on va voir que les filles même si elles réussissent davantage à l'école elles sont malgré tout dans des emplois moins qualifiants que les études qu'elles ont pu faire ne leur permettraient d'accéder donc ce qui ne va pas non plus vers une tendance à vouloir se surpasser niveau scolaire puisque de toute façon les emplois disponibles localement sont moins qualifiés et puis elles vont être embauchées dans des emplois en intérim à temps partiel subi ce n'est pas du temps partiel choisi et à du temps fractionné qui va aussi compliquer l'accès à tout un tas de services à tout un tas d'offres comme peut le faire ce que développe Virginie typiquement puisque le temps fractionné typiquement je prends le planning d'une des jeunes femmes où elle embauche à 6h elle débauche à 10h30 elle réembauche à 13h elle redébauche à 15h elle réembauche à 18h elle redébauche à 21h clairement pendant tous ces temps-là elle n'a pas le temps de revenir chez elle elle n'a pas le temps de faire autre chose elle a juste le temps de rester dans sa voiture l'essence ça coûte cher et donc elle reste dans sa voiture à regarder des trucs sur Youtube avec ses collègues donc elle se tape des bonnes barres de rire heureusement mais ça n'empêche que ça participe dans un enjeu de tensions économiques et de contexte de classe populaire mais c'est vrai mais c'est vrai que sans voiture c'est très compliqué et surtout de venir dans le nord de l'Ardèche puisque justement nous sommes en ligne avec un jeune homme qui s'engage pour son village et qui a fait le choix de rester puisqu'il est devenu maire à seulement 22 ans bonjour Hugo Biolet
bonjour
vous êtes le plus jeune maire de France à la tête d'une commune de 500 habitants 20 yeux en Ardèche alors est-ce que vous pouvez d'abord nous décrire ce village est-ce qu'on y vient facilement ?
Alors si je dois décrire ce village justement je dirais que c'est un village dans lequel on ne passe pas c'est-à-dire qu'il faut avoir envie d'y aller pour pouvoir y être parce que malgré le fait que l'on soit géographiquement situé on va dire à 45 minutes de plusieurs aires urbaines en fait il y a toujours deux points quand on veut aller dans point 1 en point B il y a toujours possibilité de faire ça plus facilement en passant par une autre route donc quelque chose d'assez encaissé on va dire
D'accord et alors pourquoi est-ce que vous êtes engagé si jeune en politique ?
Alors pourquoi je me suis engagé moi c'est 20 yeux c'est un village dans lequel j'ai grandi que j'ai vu grandir avec moi et qui a beaucoup grandi quand j'y suis arrivé il y avait 250 habitants maintenant on est 500, 20 ans plus tard et je voyais un potentiel assez incroyable d'un village qui était sur le fil c'était un peu le sujet du début de l'émission est-ce que l'on va devenir un village dortoir ou est-ce qu'on va réussir à créer de la vie à créer un certain dynamisme et à créer des choses dans ce village là et je voyais ce potentiel dans ce village et j'avais envie Mais par exemple
il y a une école il y a un commerce à 20 yeux ?
Alors 20 yeux quand je suis arrivé c'était plus d'école depuis 25 ans plus de commerce depuis 50 ans et aujourd'hui on a eu on a eu la chance en tout cas on a travaillé pour mener un premier projet et là on a un premier commerce qui est ouvert depuis un an et demi sur la commune et qui apporte une ville assez incroyable
Quoi comme commerce ? C'est quoi comme commerce ?
Alors on est sur un bar bar de village bar à vin et épicerie locale
Donc en fait vous faites renaître la vie aussi dans votre village ?
Exactement c'est un lieu de centralité un lieu de rencontre un lieu dans lequel les gens se parlent les gens se croisent et moi j'ai vu l'avant et l'après dans le village où je sens que maintenant plusieurs parties du village qui ne se parlaient pas ont la possibilité de se croiser mais aussi le village a la possibilité de rayonner et de faire venir des gens de l'extérieur et de créer de l'activité économique
Est-ce que vous avez vu la sociologie de ce petit village agricole changer ? Est-ce qu'il y a des nouveaux arrivants ?
Bien sûr bien sûr on est passé je le disais tout à l'heure de 250 à 500 habitants en une vingtaine d'années en doublant et forcément on a vu différentes vagues de populations nouvelles avec une sociologie nouvelle arrivée et avec ce village qui était d'abord en village minier puis en village agricole qui maintenant regroupe alors des salariés qui travaillent un petit peu dans la région mais aussi beaucoup d'entrepreneurs beaucoup d'artisanat notamment
Est-ce qu'il y a des jeunes alors qui restent comme vous au village ?
Alors c'est un peu tôt pour le dire moi ce que je peux dire c'est qu'il y a énormément de jeunes Vinsieux et je veux casser ce mythe là des villages Vinsieux est un village très jeune avec beaucoup d'activités et beaucoup de jeunes couples avec enfants qui sont venus s'installer et aujourd'hui on a énormément de jeunes on mène tout un tas d'actions d'ailleurs nos municipalités et on se rend compte que les jeunes ont envie de partir faire leurs études ont peur parfois de partir faire leurs études mais sont aussi attachés à l'identité du village pour un grand nombre et on s'est envie d'y revenir on s'est envie de pouvoir s'y investir plus tard une fois que les études seront faites et qu'ils auront envie de se poser un petit peu dans leur vie
Et justement un auditeur veut absolument réagir à ce débat il a enregistré sa note en plein direct Emma
Bonjour moi je travaille pour Bouche ton Coq et je voulais vous apporter un petit témoignage puisque nous on finance et on accompagne des projets dans les villages et on a notamment accompagné le montage de 150 épiceries participatives dans des communes rurales avec à chaque fois des réunions publiques où on a bien pu sentir voir cette dynamique d'engagement qu'il y a dans les villages et vous dire que c'est que le début qu'on va monter 200 nouvelles épiceries sur l'année qui vient et qu'on est convaincus que le village est l'échelon idéal pour mener des projets puisque les gens se connaissent on fait les choses assez facilement avec bon sens on a le maire qui se met au service des habitants de sa commune et donc que le village est vraiment le futur pour nous et que cette dynamique dont vous parlez elle ne fait que commencer Virginie Hils
vous êtes d'accord
cette dynamique ne fait que commencer alors ?
Oui effectivement nous on a pour projet d'ouvrir 500 comptoirs de campagne dans les prochaines années parce que la demande est immense des solutions comme Bouchetonco qu'on collabore avec sur des EES sur un format associatif voilà donc c'est toutes ces belles belles solutions là qui ont vocation à ramener de la vie dans les villages on voit aussi le commentaire Dugo Biolet qui dit que depuis l'arrivée de cette épicerie le village revit voilà c'est ce qu'on souhaite On voit bien que c'est central en fait cette question du lieu de vie C'est central exactement et les gens en ont besoin en ont envie donc il faut accompagner d'ailleurs le gouvernement a pris conscience de ce sujet il y a un plan ruralité qui a été lancé avec 65 millions d'euros qui ont été débloqués pour accompagner la création de commerce sur euro comptoir de campagne fait partie des solutions qui sont labellisées pour accompagner la création de commerce En tout cas il y a cette envie enfin parce que ça date du mois de juin l'annonce d'Elisabeth Borne il y a cette envie alors on n'est pas aidé directement mais il y a cette envie en tout cas et ils ont identifié les solutions comme la nôtre pour apporter cette solution au territoire euro parce que c'est un vrai enjeu de cohésion sociale voilà il y a un lien entre la perte de la dernière supérette et les nombres de mouvements gilets jaunes il y a une étude du conseil d'analyse économique qui montrait que les communes qui ont perdu leur dernière supérette ont subi de manière significative plus de mouvements gilets jaunes que les autres donc ce sont des lieux de vie où les gens se rencontrent et où ils font société et donc ils ont moins peur des uns des autres et ils se sentent appartenir à un territoire à une communauté de gens bienveillants avoir un commerçant dans un village c'est quelqu'un de bienveillant qui est là pour vous apporter un service donc forcément c'est sécurisant pour les gens voilà donc cette envie c'est vraiment d'aller répondre à ce besoin très largement avec notre solution
Jean Viard en tant que sociologue est-ce que vous avez vu ce lien justement entre voilà la perte d'un commerce et ce manque de cohésion sociale
oui non mais ça je crois que c'est tout à fait vrai et si vous voulez ce qu'il faut voir c'est que le monde rural on était dans la culture du départ si vous voulez et en fait on n'est plus dans cette culture donc il y a des gens qui arrivent tout ça ces gens on l'a bien vu depuis une heure ils sont à côté les uns des autres à un moment il faut qu'il y ait un carrefour alors le premier carrefour c'est quand même l'école on n'en a pas parlé mais dans la plupart des communes il y a une école dès qu'il y a une école les parents d'élèves les anniversaires les ballons qu'on accroche aux arbres c'est un lieu de lien très important et puis effectivement après il faut créer des lieux mais qui ne sont pas des supérettes c'est-à-dire qu'au fond on se fait tous liurer aujourd'hui il y a 21 millions de comptes chez Amazon on a presque tous internet etc donc on est tous d'un côté dans la livraison et de l'autre côté dans le local dans la proximité où là effectivement on va faire des choses y compris en mélangeant le privé et le public et du coup les gens se reparlent parce qu'il y a une occasion de se parler parce qu'on va etc ça marche effectivement partout on a créé 2600 entiers lieux en France on a créé aussi les 1000 cafés qui ont été mis en haute par SOS donc il y a des tas d'initiatives partout parce qu'au fond il y a des nouveaux et donc le lien entre ces populations ne se fait pas parce qu'on se croise dans la rue elle se fait parce qu'à un moment on a une raison de se parler on buve un café et c'est vrai que ça redonne de la vitalité là où j'habite si vous voulez moi j'habite dans le Vaucluse il y a déjà longtemps que c'est comme ça c'est-à-dire la plupart des bars par exemple sont en fait municipaux la plupart pas tous les restos mais certains petits restos les épiceries plusieurs épiceries autour de chez moi sont des épiceries les locaux sont municipaux donc il y a déjà un moment qu'on avait mis ça en route et qu'on l'avait pris en compte mais je crois qu'il faut bien se dire qu'on ne revient pas à la société d'hier on est dans une société numérique où on se fait livrer la culture le travail des objets etc et en même temps une société de la proximité et c'est ça qu'on est en train de réinventer c'est ce couple-là
Michel Dussault vous êtes d'accord ce couple-là est en train d'être réinventé ?
Oui totalement dans des sociétés mobilitaires comme les nôtres dans des sociétés numériques dans des sociétés où ça a été dit par le maire tout à l'heure lorsqu'il a insisté sur le fait que beaucoup de jeunes étaient arrivés avec des enfants dans une société où les trajectoires résondantielles sont très liées aussi aux âges de la vie on va vers les villages notamment lorsqu'on a une aspiration à trouver un jardin pour ses enfants une maison plus grande on peut y revenir aussi lorsqu'on est retraité il faudrait parler du rôle spécifique des retraités on ne peut pas simplement reconstituer des lieux à l'ancienne ces lieux-là n'existent plus le village d'antan il est mort parce que l'économie agricole qu'il portait a disparu ce sont donc de nouveaux types de lieux qu'il faut inventer qui sont des lieux qui sont porteurs de toute la complexité des vies individuelles et de toute la complexité des parcours des parcours sociaux et familiaux et toutes les initiatives dont vous parlez participent de cette volonté de créer de nouveaux types de lieux d'ailleurs avec des économies j'en viens de le dire qui sont souvent des modèles économiques très différents de ce que l'on connaissait jadis et encore une fois c'est frappant et assez fascinant de voir que d'ailleurs c'est un mouvement mondial c'est pas simplement mouvement français il faudrait en parler longuement et puis ensuite c'est un mouvement qu'on trouve aussi dans des espaces très différents qui ne sont pas des espaces villageois où là aussi on cherche à inventer des lieux nouveaux c'est d'ailleurs comme ça que le concept de tiers-lieux a émergé là aussi on cherche à trouver de nouveaux modèles économiques là aussi on cherche à trouver de nouvelles manières d'inclure des populations qui sont disjointes
et de nouvelles façons aussi de répondre aussi à la crise climatique puisque Hugo Biolet vous en tant que jeune maire de France vous êtes très engagé dans la transition écologique est-ce que vous pensez que les villages sont un peu une planète B pour les citadins ?
Je ne suis pas certain que cette notion de planète B soit la bonne notion parce qu'en réalité la transition on la réussira si on n'oppose pas les villes et les campagnes et si on arrive à attirer le meilleur des deux et en particulier je crois qu'il y a plusieurs crises crises environnementales mais qui est très liée en réalité avec un volet démocratique et ça me permet juste de rebondir quelques secondes sur les différents témoignages la force des villages c'est la proximité et en arrivant à créer des bouts de démocratie et je le vois à Vinzu je le vois ailleurs je suis administrateur d'une association qui s'appelle INSIP on envoie des services civiques dans des dizaines de communes rurales chaque année et on voit bien qu'on arrive à créer de l'envie chez les gens de l'espoir chez les gens et qui du coup derrière nous permettent de traiter des questions environnementales en créant de la cohésion en créant de la solidarité plutôt que de la division
Et bien merci et bravo pour votre engagement Hugo Biolet merci encore on va continuer à se demander s'il fait bon vivre dans les campagnes françaises et on va parler de ce mot qui est sur toutes les bouches la péri-urbanisation essayez de le dire répétez-le pendant qu'on écoute Roger Pravida je vous le redis une fois la péri-urbanisation
France Inter
le débat de midi
Et on est toujours ensemble jusqu'à 13h sur France Inter en train d'interroger la relation ville-campagne et nous avons reçu énormément de messages d'auditeurs d'abord Wolfgang qui nous dit je vis à la campagne depuis 20 ans loin de la ville tout va bien et Fabienne qui nous dit l'arrivée de ces néo-ruraux dans les villages ça signifie gentrification et bétonisation en Dordogne on nous dit la même chose je vois débarquer des citadins en mal de renouveau ils sont une source de conflits à l'avenir et enfin Marie qui dit la première chose que les citadins ont fait quand ils sont venus s'installer couper les arbres couler des dalles de goudron et construire des murs Virginie Hills vous nous dites qu'il n'y a pas vraiment de tension mais à en croire les auditeurs ça provoque quand même pas mal d'inquiétude l'arrivée de ces citadins
mais c'est sûr que dans les villages aujourd'hui il y a trois types de population il y a ceux qui sont depuis toujours il y a les néo-ruraux qui viennent des villes un peu bobos urbains et qui parfois s'installent souvent il y a des jeunes qui sont à la campagne ceux qui peuvent ils vont faire leurs études en ville et parfois ils reviennent après avec leur famille et les enfants en bas âge voilà et donc il y a ces néo-ruraux un peu bobos urbains qui viennent pour la nature mais il y a aussi une population qui sont les gens qui sont repoussés des centres-villes parce qu'ils n'ont pas les moyens d'habiter en centre-ville et qui se retrouvent dans ces villages et ces populations elles ne se croisent pas et si elles n'ont pas l'occasion de se croiser effectivement elles se tensent avec beaucoup de préjugés
c'est ça il y a des préjugés en fait des deux côtés des préjugés finalement aussi sur les néo-ruraux comme certains citadins peuvent l'avoir sur la vie à la campagne Yaël Amsalem Oui typiquement les filles entre elles elles ont l'impression puis les jeunes quand on entend en fait au collège ou au lycée comment ça se passe quand il y a des nouveaux qui arrivent il n'y a pas souvent de nouveaux qui arrivent donc quand il y a des nouveaux ou des nouvelles qui arrivent ça parle beaucoup à l'adolescence de toute façon on parle beaucoup sur les autres et on voit bien comment il y a des jugements entre ceux et celles qui habitent vraiment en campagne et ceux qui habitent dans les bourgs et ceux qui habitent vraiment en campagne ils ont l'impression qu'on leur porte sur eux l'étiquette le stigmate de bougeux et de bougeuse et typiquement il faut l'encaisser aussi ces représentations qui sont construites socialement par tout le monde sur la mise en scène des gens qui habiteraient en campagne de la campagne comme disent les filles moi j'habite en campagne de la campagne par rapport à la campagne de la campagne donc ça c'est vraiment le dernier kilomètre c'est ça ?
ça serait un peu ça on pourrait le dire comme ça elles opposent ça à la campagne du bourg par exemple qui pour elle est pas vraiment une campagne puisqu'il y a le bourg donc il y a encore un commerce il y a l'écart il y a le collège voilà les villes les villages qui ont gagné encore l'école par rapport aux villages où il n'y a plus l'école et puis les hameaux où là on est en campagne de la campagne d'accord est-ce que ces comptoirs de campagne justement que vous avez créé Virginie Hills ça peut donc retisser le lien social et même faire tomber la méfiance qu'il y a entre toutes ces campagnes
nous effectivement on n'est ni dans un camp ni dans un autre en fait et en fait c'est sous le prétexte du service parce qu'avant tout on est un lieu de service je rappelle que donc vous avez fondé ces tiers-lieux ces épiceries qui sont un genre de service public on peut le dire alors en fait c'est des commerces multiservices des produits des épiceries en produits locaux des services de proximité dont des services proches du service public comme la poste et un espace bistro un lieu de vie voilà donc et tout à l'heure on parlait des gens qui consomment sur Amazon et c'est la même chose en ville je suis tout à fait d'accord avec M. Viard et M.
Luzo c'est pareil en ville en fait les commerces qui ne font que du service ils ne se développent plus même en ville ce qui se développe c'est les restaurants c'est les tiers-lieux c'est les lieux de vie donc nous sous le prétexte de venir chercher sa tomate sans recommander son colis Amazon on rencontre des gens voilà et on a une personne neutre qui est la commerçante ou le commerçant et qui est là pour apporter un service bienveillant et donc ça fait partie du moment où on est un peu plus on se sent plus serein dans sa relation avec les autres et justement Michel Luzo on voit bien
qu'on a du mal à faire la distinction aujourd'hui entre campagne ville puisqu'il y a ce nouveau mot qui veut dire enfin ce nouveau mot ce mot de péri-urbanisation est-ce que vous pouvez nous faire une courte définition s'il vous plaît
oui très courte depuis les années 50 on constate que l'urbanisation a dépassé les centres-villes classiques et c'est en quelque sorte diffusé un peu partout en France c'est ça la péri-urbanisation c'est la diffusion de l'urbanisation de plus en plus loin des centres et le triomphe de cette diffusion se matérialise dans le succès du pavillon finalement qu'est-ce qui montre que la France est massivement péri-urbanisée et bien il y a des pavillons partout parce que le pavillon est devenu le modèle d'habitat auquel aspire un grand nombre de Français en raison notamment de son jardin et cette péri-urbanisation est très puissante elle concerne absolument toutes les communes petites, grandes loin des centres près des centres et comme tout mouvement de population massif et bien ça crée du conflit entre ceux qui étaient là et ceux qui arrivent et ceux qui arrivent dans différentes couches de la société à différents moments il y a des gens qui sont arrivés il y a 50 ans il y a des gens qui arrivent maintenant et être un néo-rural en 1980 ça n'est pas la même chose qu'être un néo-rural en 2022 comme tout mouvement la péri-urbanisation crée ces conflictualités qui sont toujours des conflits qui naissent autour des usages des modes de vie ils veulent la nature mais ils construisent des haies ils veulent le calme mais ils font des fêtes ils veulent la ruralité mais ils n'aiment pas le change du coq et à l'inverse on pourrait dire la même chose ils ne sont pas accueillants ils ne sont pas ouverts ce sont des péquenots etc.
donc il faut gérer cela et la meilleure manière de le gérer c'est de ne pas opposer les populations c'est pour ça qu'il n'y a pas de guerre il n'y a pas de vainqueur il n'y a pas de vaincu il y a simplement des mouvements de population dont il faut essayer de comprendre les logiques et il faut essayer de trouver les réponses adaptées les lieux dont nous parlons peuvent être des réponses adaptées ce n'est pas toute la réponse mais c'est une des réponses que l'on peut envisager
et Jean Viard alors comment on vient à cette réconciliation selon vous ? je crois que Jean Viard n'est plus avec nous alors cette grande réconciliation Virginie Hills elle passe aussi par ces lieux de vie vous en êtes à combien
et combien allez-vous en ouvrir ? alors aujourd'hui on a 14 magasins et on prévoit d'en ouvrir 500 dans les prochaines années et donc ce que l'on fait c'est qu'on accompagne ces maires comme M.
Biolet qui se saisissent de ce sujet qui veulent maîtriser ce sujet du commerce dans le village et ils ont tout à fait raison on les accompagne et on accompagne des entrepreneurs et donc c'est des gens du coin c'est potentiellement les jeunes filles dont parle Yael qu'on forme qu'on accompagne à implanter ces commerces et encore une fois je suis d'accord avec ce qui est dit il ne suffit pas de mettre n'importe quel commerce le commerce d'avant ne marche pas il faut un commerce innovant donc nous on a éprouvé ce modèle de commerce sur 14 villages en Rhône-Alpes et donc c'est le bon modèle qui bien entendu s'adapte en fonction de chaque village mais qui apporte cet outil dont se saisissent les habitants et dont ils ont besoin voilà donc on accompagne les mairies et des entrepreneurs indépendants pour ouvrir ce commerce et le pérenniser dans le temps
et donc ces jeunes femmes vous les embauchez aussi entre deux candidats je ne sais pas un néo-rural et une jeune fille du coin vous prenez qui alors ?
alors on favorise les jeunes filles du coin on favorise les personnes qui sont du coin ce sont des entrepreneurs donc ce sont des gens qui montrent leur propre entreprise et qu'on accompagne après on s'assure qu'ils ont le profil entrepreneurial parce que effectivement ce n'est pas donné à tout le monde c'est quand même quelque chose un peu costaud lourd il faut tenir ce rôle et c'est un rôle clé il faut être capable d'avoir les épaules de tenir ce rôle parce que je dis souvent qu'après le maire c'est souvent la personne qui a le plus de poids dans le village et beaucoup de gens ont beaucoup d'attente derrière cette personne donc il faut être capable de tenir et donc nous on les accompagne on les forme et on s'assure qu'ils ont le bon profil
Sophie une auditrice nous dit j'habite dans une petite ville et au contraire j'ai à coeur de déménager dans une grande ville car je suis convaincue et bien que cette grande ville peut proposer plus de possibilités de se réaliser de travailler de se divertir Yalem Salem les quelques mots de la fin que lui répondez-vous ? qu'est-ce que je répondrais ?
je répondrais surtout qu'il faut essayer ce qu'on peut et ce qu'on a envie il faut se sentir à l'aise après moi dans les filles que j'ai pu rencontrer dans les espaces ruraux celles qui ont fait l'expérience tenté l'expérience d'aller dans des très grandes villes au regard de leur expérience ça a été compliqué parce que alors d'abord elles se sont reconnues entre elles et elles trouvaient ça étonnant de se retrouver avec d'autres filles de la campagne mais en fait on a des codes communs on se reconnaît entre nous bizarrement c'est pas l'Eldorado non plus et c'est pas l'Eldorado non plus puisqu'il y a d'autres rapports sociaux qui se mettent en scène et la ville c'est aussi un environnement qu'il faut maîtriser et bien merci à tous les quatre d'avoir accepté ce débat merci à Florence Gimalac pour ses lumières à Loïs Nolet qui prépare une thèse sur le sujet et qui s'annonce très prometteuse Constance Villanova et Savannah Ruelan à la réalisation Étienne Bertin à la technique Élise Christophe et demain dans le débat de midi on interroge notre rapport à l'alcool boitons toujours par envie à l'heure d'été et des longs apéritifs en terrasse y a-t-il une injonction à prendre un petit verre on ouvre le débat à suivre le journal de 13h Préparat