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interviewRadio J — L'interview politique· 27 novembre 2025 14 min

Guillaume Garot - L'interview politique du 27/11/25

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Et place donc à l'invité politique de David Rovodalone, Guillaume Garraud, député PS de Mayenne, est à son micro ce matin. Bonjour.

0:14
Guillaume Garot

Bonjour Guillaume Garraud. Bonjour. Député PS de Mayenne, donc, et l'U110 continue, je crois, depuis 2007, si mes informations sont bonnes. Vos informations sont bonnes. Ex-maire de Laval, ex-ministre de l'agroalimentaire sous François Hollande. Alors, on en parlait à l'instant. Le président Macron va annoncer aujourd'hui à Vars, en Isère, le retour du service militaire. Il sera volontaire et non obligatoire, rémunéré, on pense, autour de 900 000 euros. Est-ce que c'est une bonne idée, à la fois pour retrouver un peu de cohésion nationale et puis pour préparer l'avenir face aux menaces, notamment de la Russie ?

0:51
Locuteur non identifié

Oui, je trouve que c'est aujourd'hui une idée qui s'entend, une idée qui se défend, parce que les menaces, elles sont là, elles sont réelles, même si elles sont hybrides. On pense à ce que fait aujourd'hui Poutine et la Russie. Et donc, en effet, il faut envisager de resserrer le lien entre l'armée et la nation. Et ce service militaire, sur la base du volontariat, peut être une réponse, même si, déjà, il y a des dispositions, des dispositifs qui existent et qui permettent, par exemple, à des hommes et des femmes de s'engager comme réservistes. Ils sont plusieurs dizaines de milliers aujourd'hui dans le pays.

On a dans la loi de programmation militaire l'objectif de doubler le nombre de réservistes d'ici 2030. Il y a aussi la possibilité pour des jeunes de s'engager entre 18 et 25 ans pour un an. C'est renouvelable aussi. Mais s'il y a ce service militaire, eh bien, militaire, volontaire, eh bien, regardons comment c'est possible, même si je note que, moi, vous vous rappeliez, j'ai été maire de Laval et j'ai le souvenir très marquant de la fermeture de notre caserne, le quartier Ferrier, dans ma ville, qui accueillait à l'époque, c'était en 2009, plus de 1000 militaires, 1000 soldats qui ont été renvoyés. Le site a fermé.

Et donc, aujourd'hui, il y a aussi une question d'accueil, de logistique qui n'est pas posée.

2:24
Guillaume Garot

C'est la raison pour laquelle les militaires eux-mêmes ne veulent pas du retour de la conscription obligatoire, parce que, sur le plan budgétaire, logistique, organisationnelle, c'est un problème. Emmanuel Macron et le chef d'état-major que citait Annabelle Nakache, le général Mendon, qui a annoncé, effectivement, qu'il fallait que les Français se préparent à perdre leurs enfants, ça a créé beaucoup de polémiques politiques. On a accusé beaucoup Emmanuel Macron et les chefs de l'état-major d'être vat en guerre. Et Jean-Luc Mélenchon, à propos de ces menaces russes, a évoqué une hallucination, je le cite. Qu'est-ce que vous pensez de ces critiques ?

3:01
Locuteur non identifié

Non. C'est, à l'évidence, pas une hallucination de voir aujourd'hui l'étendue de ce qu'est cette menace russe. On le voit évidemment tous les jours en Ukraine. On le voit tous les jours aussi sur les pays baltes à proximité. Et donc, il faut être lucide. Et être lucide, c'est se préparer, en effet, à terme, à des difficultés plus grandes encore avec la Russie. Alors, sur le plan terrestre, sans doute pas jusqu'à notre pays, mais on sait très bien que cette guerre aujourd'hui, elle est hybride. Ce conflit, il emploie d'autres usages. Ça veut dire la désinformation, ça veut dire les attaques cyber. On sait ce que c'est, on sait comment y répondre, mais il faut des moyens.

3:52
Guillaume Garot

Donc Mélenchon, là-dessus, comment vous analysez cette prise de position ?

3:57
Locuteur non identifié

Eh bien, je l'analyse comme celle qu'il a déjà eue précédemment. Il y a toujours chez lui une forme de bienveillance, je trouve, vis-à-vis de la Russie qui n'est pas acceptable. Parce qu'il faut être extrêmement clair et sans concession aucune vis-à-vis de Poutine et de son régime. Donc ça signifie très clairement qu'il faut regarder la réalité en face. Ne pas nier cette menace que représentent Poutine et la Russie.

4:29
Guillaume Garot

Alors, quel regard vous portez sur les actuelles discussions sur le budget, sur le blocage ? Vous les suivez au quotidien, au jour le jour, parfois même la nuit, puisque dans la nuit de vendredi à samedi dernier, la partie recette du budget a été rejetée à l'unanimité, moins une voix. C'est quand même une première dans l'histoire de nos débats parlementaires. Est-ce qu'on va pouvoir s'en sortir de cette situation ? On ne voit pas l'issue de secours, là.

4:54
Locuteur non identifié

Moi, je le souhaite. Moi, je souhaite qu'on puisse s'en sortir. Et vous aurez noté que les députés socialistes sont prêts au compromis. On fait des propositions, ont amené des amendements qui, d'ailleurs, ont été votés. Mais on voit que, pour vouloir un compromis, il faut être deux, et probablement trois, dans ce qui se passe aujourd'hui. Je m'explique. Les socialistes sont dans la proposition. Premier ministre Lecornu discute avec nous. Mais, manifestement, ceux qui sont appelés à le soutenir, le socle commun, c'est-à-dire le bloc central, Macroniste, Modem, Horizon et LR, ne sont pas là lorsqu'il faut voter dans l'hémicycle ou même vote contre.

On l'a vu la semaine dernière, vous parliez du vote qui est quand même assez stupéfiant, d'une majorité qui vote contre la partie recette du projet de loi de financement.

5:50
Guillaume Garot

C'est-à-dire que les troupes de Lecornu ne le soutiennent pas ? Ce sont les principales empêcheuses de voter le budget en rond ?

5:56
Locuteur non identifié

En tout cas, si on veut un compromis, il faut que la main soit saisie. Et aujourd'hui, je ne vois pas les partis, en tout cas les groupes politiques du socle commun, saisir cette main que nous tendons. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut que le Premier ministre assume ses responsabilités vis-à-vis du bloc central et vis-à-vis de la majorité qui est censée le soutenir.

6:21
Guillaume Garot

C'est-à-dire qu'est-ce qu'il doit faire le Premier ministre ? Il doit leur forcer la main, faire preuve d'autorité ?

6:25
Locuteur non identifié

Son travail de Premier ministre, ça veut dire mettre de l'ordre, mettre de l'ordre dans ce qui est aujourd'hui une majorité très relative, mais dont il procède pour être à Matignon.

6:38
Guillaume Garot

Alors hier, trois sénateurs socialistes, avec en tête Patrick Caner, le président du groupe PS au Sénat, ont déposé un amendement visant à instaurer un emprunt obligatoire pour les foyers les plus riches. L'idée, c'est d'obliger les plus aisés dans notre pays à prêter une somme d'argent à l'État. Elle leur serait rendue dans les trois à cinq ans, si tout va bien, sans intérêt. Ce n'est pas un peu confiscatoire, ça ?

7:02
Locuteur non identifié

Nous cherchons toutes les solutions et nous les mettons sur la table pour que les plus riches d'entre les Français puissent contribuer à l'effort de redressement national. À mes yeux, c'est une forme de patriotisme. Donc, nous faisons des propositions et je note qu'à chaque fois, ces propositions, en tout cas sur la contribution des plus riches, sont repoussées. Alors hier, on entendait le gouvernement émettre beaucoup de prévention, beaucoup de réserve vis-à-vis de cette proposition. Roland L'Escur, hier matin, je rappelle aussi que cette taxe Zuckman, même reconfigurée que nous avons proposée dans l'hémicycle, a été repoussée par le Bloc central.

Mais, nous le disons, on ne redressera pas les finances du pays sans une contribution des plus fortunés d'entre les Français. C'est une idée de justice. si on veut que le budget soit voté, mais si on veut surtout protéger les Français et épargner les classes populaires, les classes moyennes, d'un effort que les plus fortunés ne voudraient pas faire, eh bien, il faut commencer par mettre à contribution, précisément, ceux qui ont les moyens de le faire.

8:19
Guillaume Garot

Alors, on quitte l'Assemblée et on se projette un peu vers l'Elysée, la présidentielle de 2027. Il y a eu pas mal de sondages qui ont donné vos camarades socialistes pas franchement en grande forme, désolé d'être un peu désagréable, mais Olivier Faure et François Hollande, ils sont testés autour de 6%. Jean-Luc Mélenchon est toujours autour de 12, voire 13. Et le seul à gauche à faire jeu égal avec lui, ou même à être un peu devant, c'est Raphaël Glucksmann à 12, 13%. Est-ce que c'est un bon candidat ? Est-ce que c'est le candidat pour la gauche de gouvernement, Raphaël Glucksmann ?

8:49
Locuteur non identifié

C'est, à l'évidence, une valeur d'avenir pour la gauche. Et la gauche aurait tort de se priver des talents de Raphaël Glucksmann ou de vouloir lui barrer la route. Moi, je pense qu'il peut apporter beaucoup, parce qu'on sent bien aujourd'hui qu'il y a un intérêt des Français, en particulier de l'opinion de gauche, pour ce qu'ils représentent en termes de clarté, en termes de projet européen, et en capacité à amener des solutions nouvelles. Alors, on n'est pas au bout du chemin. Ce n'est pas encore une candidature, bien sûr. Et il y en a beaucoup d'autres qui sont aussi légitimes et qui s'expriment d'ores et déjà. Mais je pense qu'il faudra compter avec lui.

9:31
Guillaume Garot

Alors, beaucoup d'autres candidatures. Je rappelle que vous avez été très longtemps proche de Mme Ségolène Royal, qui n'est pas du genre à abandonner. Est-ce qu'elle pourrait y penser à nouveau, 20 ans après sa campagne présidentielle perdue contre Nicolas Sarkozy ?

9:44
Locuteur non identifié

Ségolène Royal, elle apporte toujours, je trouve, une contribution utile au débat. Et elle met justement dans le débat public des sujets qui sont peu traités. Et je le vois dans le dernier ouvrage qu'elle a publié sur la question de la dette vis-à-vis des nouvelles générations, l'éducation des enfants, la place des adolescents. Et donc, ça, c'est important d'avoir toujours à l'esprit que Ségolène Royal, elle apporte ces idées-là dans le débat. Et on aurait tort, là aussi, de négliger cet apport.

10:22
Guillaume Garot

Qu'est-ce que vous pensez de la perspective d'une nouvelle alliance type NFP, nouveau Front populaire, avec la France insoumise, si d'aventure, il y avait des législatives anticipées, ou même pour les prochaines législatives prévues après la présidentielle ? C'est encore possible aujourd'hui, depuis le 7 octobre, de s'allier avec les insoumis ?

10:37
Locuteur non identifié

Ça ne me paraît plus à l'ordre du jour. Voilà, ça a été des alliances il y a quelques années maintenant, et jusqu'en 2024. Mais on voit bien aujourd'hui qu'il y a une divergence stratégique avec les insoumis, et qui se note dans beaucoup de sujets, même si on peut être d'accord sur certains textes. Et heureusement, bien sûr, parce qu'il y a ce commun de la gauche. Mais aujourd'hui, je crois que les socialistes doivent d'abord compter sur eux, et sur tous ceux qui représentent une gauche réformiste dans notre pays. Je crois que c'est cette gauche-là, cette gauche réformiste, qui a de l'avenir.

Parce que face au Rassemblement national, on sait très bien que ce ne sont plus les idées d'Emmanuel Macron et de ses troupes qui pourront être l'alternative. Mais je crois profondément que c'est à la gauche de relever le drapeau et d'assumer la responsabilité de proposer un autre projet que le projet funeste de l'extrême droite.

11:43
Guillaume Garot

Justement, en vue des municipales de mars prochain, pardon, je vais y arriver, on parle beaucoup de possibles conquêtes du RN dans tout l'arc méditerranéen, mais également dans tous les territoires de France. Est-ce que vous êtes inquiet ? Est-ce que vous sentez sur le terrain, chez vous, en Mayenne, à Laval, cette poussée du RN ?

12:01
Locuteur non identifié

Peut-être moins dans les villes qu'en milieu rural, où le RN pourrait avancer masqué, parce qu'on ne se présente pas avec une étiquette politique. Mais oui, en effet, moi je vois ces idées du Rassemblement national progresser dans nos campagnes en particulier. Et oui, il faut mener le combat sur les valeurs, mais surtout avec l'idée qu'on doit toujours améliorer la vie des gens. Et les élections municipales, c'est aussi des élections pour ça. Comment on fait pour améliorer le pouvoir d'achat ? Comment on fait pour améliorer l'accès au logement ? Comment on fait pour améliorer l'accès aux soins et à la santé ?

C'est ces sujets-là qu'il faut traiter, et que la gauche doit traiter au municipal, mais aussi évidemment au plan national.

12:44
Guillaume Garot

Laval, votre ville, celle dont vous avez été maire pendant 4 ans, elle a fait parler d'elle. Récemment, on y a arrêté avant-hier l'un des suspects du spectaculaire casse du Louvre. Je rappelle que c'est 88 millions d'euros de bijoux qui ont été dérobés. Ça n'a pas vraiment de rapport, mais la délinquance et notamment le narcotrafic. Est-ce que ça touche votre ville, puisque visiblement ce phénomène n'épargne aucun territoire, aucune région ?

13:08
Locuteur non identifié

Oui, alors d'abord sur l'affaire du Louvre, on a été stupéfaits. Mais on attend surtout l'enquête. Sur le narcotrafic...

13:15
Guillaume Garot

Et je rappelle que le suspect s'est fait arrêter sur un chantier.

13:17
Locuteur non identifié

Absolument, absolument. Sur le narcotrafic, je crois que c'est l'ensemble du pays qui est aujourd'hui touché, j'allais dire gangréné. Donc, il y a une loi qui a été votée, que j'avais d'ailleurs votée, il y a moins d'un an maintenant, et il faut agir à tout niveau. C'est évident.

13:33
Guillaume Garot

Merci Guillaume Garraud et à très bientôt sur Mathieu Chine.

13:36
Présentateur

Merci à tous les deux. Demain à 7h45, nous retrouverons Paul Amard pour sa semaine politique.