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interviewfranceinfo· 6 octobre 2025 24 min

Jérôme Guedj est l'invité de "Tout est politique"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Jérôme Guedj

Jérôme Guedj est donc notre invité ce soir, député PS de l'Essonne. Merci beaucoup d'être là. J'imagine que la journée a dû être dense. Est-ce que vous êtes prêt pour Matignon, Jérôme Guedj ?

0:11
Locuteur non identifié

En tous les cas, les socialistes estiment, et je pense comme beaucoup de Français, que dans le marasme, pour ne pas dire la mascarade qu'on vit, il faut remettre un petit peu de raison dans la période. Désoumer, sortir de ces situations. Moi, je n'ai rien compris à la démission de Sébastien Lecornu, parce que Bruno Rotaillot n'avait pas assez de ministres, ou je ne sais quoi. Il y a des préoccupations portées par nos concitoyens. Il y a une absence de majorité à l'Assemblée nationale. Il faut donc construire un compromis. On a toujours été disponible pour construire ce compromis.

Il y a une préférence, non pas une majorité, qui a été donnée à la gauche aux élections législatives de l'année dernière. Et des propositions de la gauche qui sont claires. Nous, nous construirons des compromis. C'est nous les premiers qui avons dit que nous renoncerions au 49-3. Ça veut donc dire que chaque texte, texte par texte, devra dégager une majorité à l'Assemblée nationale, à commencer par le budget. Et donc, par pragmatisme, par volonté de désescalader dans le pays, la proposition d'un Premier ministre issu de la gauche et des écologistes, elle est raisonnable.

Parce que derrière ça, on pourra répondre aux enjeux de justice sociale, aux enjeux de pouvoir d'achat, aux enjeux d'inquiétude sur la réforme des retraites, mais pas avec notre programme à 100%, puisqu'on n'a pas de majorité. On le fera dans le compromis. Donc, peut-être qu'après avoir usé toutes les options, peut-être qu'Emmanuel Macron peut avoir ce moment de lucidité et se dire, écoutez, essayons avec des socialistes qui proposent une méthode efficace pour construire ces compromis.

1:43
Présentateur

On a eu l'impression quand même dans les derniers jours qu'il y a eu une forme de radicalisation du Parti Socialiste en se mettant finalement dans un corner dont il ne pouvait plus sortir, notamment en demandant la suspension des retraites ou rien, et en demandant en gros à Sébastien Lecornu de faire des choses qu'il n'avait pas l'intention de faire. Qu'est-ce qui fait qu'en trois jours, on réussirait là où on a échoué ? Est-ce que c'est le fait qu'Emmanuel Macron vous menace clairement d'une dissolution ou est-ce que vous avez été saisi par la grâce ?

2:11
Locuteur non identifié

Non, c'est tout simplement qu'il n'y a qu'un interlocuteur en face qui, après l'échec de son coup de bonteau, auquel encore je le redis, je n'ai rien compris, se rend compte qu'il faut, si on veut faire un compromis, il faut avoir une vraie négociation. Il n'y a pas eu de négociation, vous savez, on a été reçu deux fois par Sébastien Lecornu.

2:27
Présentateur

Il y a eu une taxe sur les patrimoines, il y a eu le 49-30-20-20 sur le chômage,

2:31
Locuteur non identifié

il y a eu quand même des gestes qui ont été faits. Moi, sincèrement, à un moment donné, quand on est sérieux, vous savez quoi, on l'a vécu, on a eu cette expérience avec François Bayrou. Moi, j'ai passé des heures et des heures... Vous avez été échaudé avec François Bayrou. Oui, mais dans le temps, on a été échaudé sur la mise en œuvre, c'est vrai. Voilà, là, il y a eu une sorte de trahison, je n'ai pas d'autres mots.

Mais sur le temps de cette négociation et de ce compromis qui a abouti à le non-censure, on a pris nos responsabilités, mais on a fait un travail stylo à la main, où on partait du texte du budget et où on disait, écoutez, nous, on voudrait un milliard de plus pour l'hôpital, que le conclave sur les retraites, en tous les cas, qu'on remette le sujet des retraites sur le métier. Là, rien de tel s'est passé.

3:08
Présentateur

Enfin, qu'on remette le sujet des retraites sur le métier, moi, je ne comprends plus ce que ça veut dire. Est-ce que ça veut dire suspension ou est-ce qu'on a oublié le mot ? D'ailleurs, j'ai cru, on peut l'entendre, notamment chez M. Jouvet tout à l'heure. Est-ce que ça veut dire qu'il faut juste faire un débat ? Ça vous irait, ça ?

3:25
Locuteur non identifié

Là, en l'état actuel, quand Sébastien Lecornu a fait un bouger sur la méthode, que moi, j'ai salué, comme d'autres, qui étaient de dire, il n'y aura pas de 49-3 pour faire passer ce budget. On a dit, très bien, ça veut donc dire que sur le budget, on pourra débattre de tout. Mais tout ça est affreusement compliqué dans la technique parlementaire. Pour débattre de tout, il faut que ce soit inscrit à l'ordre du jour. Et si la suspension ou même un débat sur les retraites n'a pas une accroche juridique dans le texte proposé par le gouvernement, alors c'est impossible pour un parlementaire de l'opposition de déposer un amendement.

Ça s'appelle l'article 40 de la Constitution, qui interdit pour un parlementaire de déposer un amendement qui aboutirait à augmenter les dépenses. Donc le seul qui peut le faire, c'est le gouvernement. Et donc si Sébastien Lecornu avait, ou si demain il le fait, ou si un Premier ministre socialiste est aux responsabilités, pour que ce débat puisse avoir lieu, c'est juste de dire que dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, il y a un article qui parle de la réforme des retraites et qui nous permet d'avoir ce débat-là. Ni plus ni moins. Et c'est pas... La suspension, vous disiez, c'est une radicalisation.

Vous savez, la radicalisation, ça consisterait à dire qu'il y a deux positions sur la réforme des retraites. Il y a ceux qui disent qu'elle a été adoptée, donc elle continue à s'appliquer. C'est ceux qui disent que ça va aller à 64 ans dans le calendrier prévu. Il y a ceux qui disent qu'il faut abroger la réforme des retraites. Moi, j'ai fait campagne en 2024 sur ce sujet-là. Je suis et j'étais pour l'abrogation de la réforme des retraites. S'il y avait eu une majorité de gauche, elle aurait abrogé la réforme des retraites. Ce n'est pas le cas. Et donc déjà, le compromis, c'est de dire entre statu quo et abrogation, il y a la suspension. C'est quoi la suspension ?

C'est le fait de dire que le grand rendez-vous aura lieu au moment de la présidentielle de 2027 et que donc on décale le calendrier d'application de la réforme des retraites et qu'en 2026, les gens qui devaient être concernés par un trimestre ou puis un semestre supplémentaire, en fait, n'allaient pas être concernés. C'est une manière de montrer qu'il y a une rupture. Et dans un moment pareil, ce n'est pas que du symbolique, c'est des centaines de milliers de gens qui ne seraient pas concernés par la montée en puissance de la réforme des retraites. Et c'est aussi le fait de dire qu'on ne continue pas exactement comme avant.

5:26
Jérôme Guedj

Est-ce que c'est ça la condition que vous posez ce soir ? Parce que c'est ça qu'on a cru entendre dans la bouche d'Olivier Faure ce matin. Vous dites, pourquoi pas un accord de non-censure avec un nouveau gouvernement Le Cornu à condition qu'il y ait la suspension de la réforme des retraites ?

5:39
Locuteur non identifié

Alors, au moment où Olivier Faure s'exprimait ce matin, il y avait encore un gouvernement Le Cornu. Donc c'était dans l'attente de sa déclaration de politique générale demain, parce que jusque-là, jusqu'à ce qu'on l'ait vu les jours précédents, il n'avait pas bougé. Donc on laissait l'espace de l'évolution de la négociation jusqu'à demain, 15h. Là, on est dans une nouvelle donne. Donc moi, puisque Le Cornu a démissionné, puisque j'ai lu qu'il ne souhaitait pas lui-même être renommé comme Premier ministre. Franchement, on vit des moments très baroques avec des ministres démissionnaires qui démissionnent eux-mêmes. Tout ça est dingue. Donc pareil, soyons raisonnables.

C'est dans ce cadre-là, la première suggestion, l'offre de services et la disponibilité des socialistes pour pouvoir exercer, non pas pour eux-mêmes, la responsabilité à Matignon, mais pour essayer de trouver une issue acceptable pour tous dans le pays.

Et dans ce cadre-là, il y aura les éléments que nous avons mis sur la table, qui correspondent encore une fois aux attentes des Français, pour la justice fiscale, d'une manière ou d'une autre, de la taxation des ultra-riches, du soutien au pouvoir d'achat, mais aussi ceux des autres sujets qui seront proposés par nos interlocuteurs, parce que, évidemment, je le redis, un compromis, ça doit être, c'est par essence, pour les uns et pour les autres.

6:50
Jérôme Guedj

Est-ce que vous avez des éléments qui peuvent vous laisser penser ce soir, Jérôme Gage, qu'Emmanuel Macron est prêt à nommer un Premier ministre socialiste ou issu de la gauche ?

6:57
Locuteur non identifié

Il y a une forme de, je disais tout à l'heure, de logique, après avoir commencé par...

7:01
Jérôme Guedj

Mais ça, la logique, on l'entend depuis l'été 2024. Est-ce que vous avez des éléments, là, ce soir ?

7:06
Locuteur non identifié

Oui, mais moi, je m'en tiens à l'intelligence individuelle et collective. Et je ne peux pas céder à cette fuite en avant qui frise parfois la folie. Ça a commencé par Michel Barnier, qui venait des LR. Ça n'a pas marché. Ça a été, après François Bayrou, ça aurait pu marcher et il n'a pas honoré la négociation qui avait été conclue. Puis, il revient avec Sébastien Lecornu, qui n'arrive pas, d'une certaine manière, à s'émanciper des LR et peut-être aussi d'Emmanuel Macron. Donc, vous n'avez pas d'éléments ? À votre question, ça bruise les échanges ou les discussions qu'on peut avoir avec les uns et les autres. Mais c'est aujourd'hui, sinon, la condition qui déverrouille.

En tous les cas, c'est un élément qui sera crucial. Et franchement, dans le pays, franchement, entre l'instabilité avec les conséquences économiques et sociales et le besoin, encore, je le redis, de désescalade dans le pays, j'espère que le président de la République ou Sébastien Lecornu, mais en tous les cas, le président de la République, auront la sagesse de se dire qu'il y a un autre chemin praticable.

8:06
Présentateur

Sur les profils de personnes, je sais qu'on ne parle pas de qui, mais on parle du quoi, on répond à un problème d'incarnation, donc je vous évite d'avoir à le dire. Est-ce que le profil, ça pourrait être Lecornu 2, même s'il a dit qu'il ne voulait pas, est-ce que ça doit être quelqu'un de gauche compatible avec le centre-gauche ? En clair, vous abandonnez clairement toute possibilité d'alliance avec LFI, vous avez été un des premiers à porter cet étendard. Est-ce que ça veut dire que vous n'aurez pas la majorité socialiste plus écolo ? Il faut bien que vous fassiez alliance avec quelqu'un. Votre vocation première, c'est de travailler avec qui ?

Et ça donne quoi sur le profil du Premier ministre ? En clair, est-ce que c'est quelqu'un comme vous, Olivier Faure, pour faire rapide, ou Boris Vallaud, enfin j'en sais rien ?

8:46
Locuteur non identifié

C'est celui qui pourra endosser cette responsabilité. Je corrige juste un point, ce n'est pas une correction, il ne s'agit pas de construire une majorité. Le gouvernement, quel qu'il soit, il sera forcément minoritaire. Quelle l'absence ? Le gouvernement sera forcément minoritaire. Il ne pourra tenir que s'il y a suffisamment de groupes ou de parlementaires qui décident de ne pas le censurer.

9:08
Présentateur

Donc ça peut être un soutien sans participation ?

9:10
Locuteur non identifié

C'est un soutien sans participation, exactement ce que nous avons fait avec François Bayrou. On n'a pas censuré François Bayrou. Le fait que les 66 députés socialistes à l'époque ne censurent pas François Bayrou, lui a permis de tenir. Eh bien là, nous demandons d'une certaine manière, le pendant, que les députés du bloc central, d'Ensemble pour la République, les macronistes d'Horizon, du Modem...

9:31
Présentateur

Donc les macronistes de gauche, en gros, pour parler de la tendance un peu Attal, un peu Borne, un peu Clément Beaune, un peu tout ça.

9:37
Locuteur non identifié

Encore une fois, cette logique-là, c'est qu'il ne censure pas un gouvernement venant de la gauche. Celui-ci s'engage à négocier sur chaque texte, puisqu'il n'y a pas de possibilité de recours au 49.3. Et donc ça veut dire que sur certains textes, comme l'a dit Olivier Faure ce matin sur France Inter, sur certains textes, le texte initial présenté par le gouvernement, il sera accepté, amendé ou rejeté. Et ce ne sera pas dramatique. Et ça introduira cette culture du compromis qui nous fait singulièrement défaut et qui nous met dans la panade dans laquelle on est à l'heure où on parle.

10:10
Jérôme Guedj

Vous parlez à qui, ce soir ?

10:12
Locuteur non identifié

À plein de gens. Et à Jean-Luc Mélenchon ? Ah non, c'est à ce moment-là qu'on ne se parle plus, non ?

10:17
Présentateur

Et vous ne craignez pas les répercussions ou les représailles de Jean-Luc Mélenchon et de LFI en termes de délection municipale ? D'abord, dans un moment essentiel comme celui-là.

10:26
Jérôme Guedj

Je rappelle qu'il vous a proposé une rencontre et que vous l'avez snobé, quand même.

10:29
Locuteur non identifié

Oui, mais pour une raison simple. Il l'a proposé à l'ensemble des forces de gauche. Mais on était en bureau national du Parti socialiste. Le communiqué qu'on a adopté est assez limpide. Nous n'avons pas le même agenda et les mêmes objectifs que Jean-Luc Mélenchon. Les siens sont d'être respectables. Ni le même programme, d'ailleurs. Et accessoirement le même programme et le même style d'incarnation de la politique. Mais rien que sur ses préoccupations premières dans sa conférence de presse ce midi, il a dit « je vais inviter mes collègues, pourquoi ? » Et puis on va parler de la destitution ou de la dissolution, etc. Moi, je ne souhaite pas la démission du président de la République.

En disant ça, je sais que je vais me faire encore incendier par plein de gens. Mais je considère que ce n'est pas la solution à la crise que nous vivons actuellement. Pas plus que la dissolution. Et y compris, je le dis, parce que la dissolution, moi je n'oublie pas que l'année dernière, c'est le Front Républicain au deuxième tour qui a permis d'éviter l'accession à Matignon de Jordan Bardella. Moi, je n'ai jamais peur de retourner devant les électeurs. Mais je suis lucide sur le fait que dans ce moment, après cette séquence folle que nous venons de vivre, alors oui, le mouvement dégagiste, le « tous pourris », on n'y comprend rien, etc.

Et j'en veux beaucoup à ceux qui ont créé les conditions. Vous savez, la dissolution, ce n'est pas nous qui l'avons décidé l'année dernière. L'auto-dissolution, si j'ose dire, de François Bayrou, quand il fait tapis alors qu'il a un 2 et un 5 dans son jeu. Au poker, ce n'est jamais une bonne chose de faire tapis quand on a un 2 de pique et un 5 de trèfle. Ça, c'est lui qui en a pris la responsabilité. Et là, ce qui s'est passé entre Sébastien Lecornu et Bruno Retailleau, Retailleau, ce n'est pas de notre fait. Donc nous, on n'est pas responsable de l'instabilité institutionnelle.

On est peut-être même plutôt la solution, parce qu'on voudrait temporiser, sans renier nos convictions qui consistent à répondre aux attentes de nos concitoyens. Et donc, vous parliez de représailles. Encore d'abord, première chose, Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise, ce n'est pas l'alpha et l'oméga de la vie politique française au moment où on est dans cette situation. Nous n'avons pas les mêmes préoccupations. Et vous savez quoi ? Les représailles, ils ont déjà décidé de les faire. Ils n'ont pas attendu le moment qu'on vit pour dire qu'ils allaient présenter des candidats contre Michael Delafosse, ou contre des maires socialistes sortants.

Donc ils sont déjà dans la chasse aux socialistes. Et ça fait un moment qu'on a acté le fait que, Pierre Jouvet que vous citiez tout à l'heure, il l'a reprécisé ces derniers jours, il n'y aura pas d'accord programmatique et d'accord électoral avec la France Insoumise.

12:50
Présentateur

Il y a toujours le mot national qu'on rajoute dans cette situation.

12:52
Locuteur non identifié

Oui, mais c'est déjà un bon début que de le dire ainsi. Parce que je suis convaincu, vous savez, il y a des moments où il faut être clair sur les valeurs et sur les principes. Dans un moment comme celui-ci, voilà, mes convictions, elles n'ont pas changé. Je suis très à gauche et très républicain. Mais je suis lucide sur le moment que nous vivons. Il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale. Donc est-ce qu'on continue le tir au pigeon des premiers ministres ? Et à la fin, c'est le Rassemblement national qui gagne les élections dans notre pays.

13:14
Présentateur

C'était un renaissance de gauche, enfin de gauche, estampillé de gauche. Vous l'avez dit... Vous savez, vous pourriez participer, vous, les autres, ou le soutenir ? Ou est-ce que c'est le droit socialiste ?

13:25
Locuteur non identifié

Déjà, il y a un principe. Nous nous avons dit qu'il n'y aura pas de grande confusion. Il ne s'agit pas de faire une coalition avec... Parce que ça, c'est un entretien. On l'a dit depuis le début. On l'avait fait, je le redis, avec François Bayrou. C'est un soutien. D'ailleurs, en tout cas, ce n'est pas un soutien. Je reste dans l'opposition. Mais simplement, je permets à ce gouvernement de mettre en œuvre les éléments que nous avons pu négocier avec lui. Et ce qu'avait proposé Sébastien Lecornu, aller dans le bon sens, à savoir de ne pas recourir au 49-3. Mais il fallait que ça puisse être crédibilisé pour qu'on puisse traiter de l'ensemble des sujets...

13:55
Présentateur

Il fallait un petit peu en plus, quoi, dans le panier.

13:56
Locuteur non identifié

Vous savez, il l'a dit dans son intervention, très digne de ce matin, Sébastien Lecornu, il dit qu'il en manquait peu. Je pense que le peu auquel il faisait référence, c'est la capacité des uns et des autres à se sublimer, à se transcender, à penser par moments contre soi-même. Ce qui n'est pas facile quand on est dans le campisme habituel de la vie politique. Mais il y a un moment où l'intérêt du pays n'est pas la somme des intérêts particuliers de chacun des partis politiques qui le composent.

14:21
Jérôme Guedj

Et c'est trop tard, vous pouvez encore trouver un accord avec Sébastien Lecornu ?

14:24
Locuteur non identifié

On peut peut-être trouver un accord avec le président de la République. Mais encore une fois, je le redis, Sébastien Lecornu, si j'ai bien compris, même si encore une fois j'ai des difficultés, il est mandaté pour essayer de trouver un point d'atterrissage, mais lui-même dit qu'il ne souhaite pas être renommé. Donc c'est un petit peu vertigineux. C'est pour ça que je pense, faisons simple, l'accord qui pourrait être trouvé avec Sébastien Lecornu débouchant sur son maintien aux responsabilités, en réalité c'est le même que celui qui permettrait à un socialiste d'être nommé à Matignon.

Et je pense que c'est une évolution qui enverra un signal, qui est un signal pour le pays, qui consiste à dire que le message a été entendu. Le message du fait qu'on ne peut pas continuer avec ceux. C'est ça qui a déclenché la nomination de Bruno Le Maire. C'était une sorte de provocation de dire qu'on refait venir au gouvernement ceux-là même qui ont incarné, un peu comme Sébastien Lecornu, le macronisme original, puisqu'ils étaient tous les deux aux responsabilités dès 2017.

15:19
Jérôme Guedj

On ne vous a jamais senti aussi proche. Vous avez salué la dignité de Sébastien Lecornu. Vous avez sans doute vu le tweet aussi d'Olivier Faure ce matin. Je me demandais s'il restait un gaulliste dans ce pays. Il en restait un et il vient de démissionner avec dignité et honneur. On vous a rarement entendu, vous les socialistes, aussi élogieux à l'égard d'un premier ministre Emmanuel Macron.

15:41
Locuteur non identifié

Être élogieux, c'est un moment qui est concubé pour le pays. Et Olivier Faure, il a eu raison, comme je l'ai fait, de dire que dans son épitaphe, si j'ose dire, je n'aime pas l'expression, mais Sébastien Lecornu a parlé avec l'intérêt du pays qui transpirait de chacun de ses paroles. Et on peut le saluer. On peut être compétiteur, parfois adversaire, mais moi, je ne suis pas pour la conflictualisation.

16:09
Jérôme Guedj

Vous regrettez, il y a une forme de gâchis dans ce qui vient de se passer depuis 24 heures ?

16:12
Locuteur non identifié

Il y a du gâchis depuis des mois et des mois. François Bayrou, ça a été un gâchis parce qu'à un moment donné, on avait pris notre risque. On nous l'a beaucoup reproché. On s'est fait vilipender par, notamment, la France insoumise avec les insultes habituelles de sociotraite. C'est vieux comme le monde. Ce débat à gauche. Donc ça, ça a été un gâchis. Le fait, après, de persévérer, ou en tous les cas, de renouer avec quelqu'un qui incarnait le macronisme des origines, et celui-ci, de ne pas avoir...

Moi, le regret que j'ai pour Sébastien Lecornu, on se connaît depuis très longtemps, on a été président de département en même temps, c'est qu'il n'ait pas renversé la table, d'une certaine manière.

16:48
Présentateur

Vous pensez qu'il n'a pas voulu le faire ou qu'il n'a pas pu le faire ?

16:51
Locuteur non identifié

Je pense qu'il aurait pu le faire. Voilà. C'était une prise de risque qui aurait été soutenue, j'en suis convaincu, par une partie du socle commun,

17:00
Jérôme Guedj

enfin même du bloc central.

17:02
Locuteur non identifié

C'était à un moment donné de dire « je ne suis pas le gardien du temple » des huit années précédentes de la politique économique d'Emmanuel Macron. C'est être capable de reconnaître ce que les Français ont signifié par plusieurs votes. Quand ils ne donnent pas une majorité absolue dès 2022 à Emmanuel Macron, c'est pour dire « attendez, on voudrait quand même qu'il y ait quelques inflexions ». Quand après la dissolution de 2024, il se passe la même chose, le fait, vous savez, il faut revenir aux fondamentaux, ce que je vous disais, il y a un suffrage qui s'est exprimé, il faut entendre la signification de ce qu'il voulait dire.

Encore une fois, je ne dis pas que la gauche a gagné les élections en juillet 2024. Il y a une préférence qui lui a été donnée au regard des thématiques qui préoccupent nos concitoyens. Parlons logement, parlons vulnérabilité, parlons accès aux soins, parlons service public, de l'hôpital, de l'école, parlons justice fiscale pour les financer. C'est de ça dont nous parlent nos concitoyens. Et donc, il ne peut pas y avoir cette déconnexion de gens qui disent « non, non, on va toucher à rien et on va continuer dans ce qui amène le pays dans le mur ».

17:59
Présentateur

Vous diriez que le sujet sur lequel ça peut bouger ou sur lequel ça serait un déclencheur dans le bon sens, c'est sur tous les retraites. Est-ce que ce n'est pas le… En tous les cas, c'est… Le point le plus crucial, le plus symbolique, le plus bloquant ?

18:14
Locuteur non identifié

C'est à la fois symbolique, vous avez raison, mais il ne s'agit pas de faire que du symbole. C'est celui qui correspond à la fois à une réparation démocratique. Est-ce que ça commence par là ? Vous savez, cette réforme, elle a été adoptée par 49-3. Et donc, ce qu'on a dit à Sébastien Lecornu quand il dit « je ne recourirai pas au 49-3 », on lui a demandé une seule chose, c'était de renoncer de manière rétroactive à un 49-3 et de dire « permettez qu'on puisse réavoir le débat ».

On a même été, là aussi, je vais me faire incendier en disant ça, on a même été jusqu'à dire « on ne demande pas du coup l'abrogation », on dit « le point de compromis, c'est une suspension de la réforme des retraites parce qu'on aura besoin de toute façon d'une prochaine réforme et c'est le grand rendez-vous qui doit avoir lieu en 2023. Donc ils ne montrent plus que ça quoi,

18:50
Présentateur

taxent sur le patrimoine, ils vont en faire une à leur sauce peut-être ?

18:54
Locuteur non identifié

Nous, vous savez, on a mis plusieurs propositions, le soutien au pouvoir d'achat parce que les gens, ils doivent pouvoir avoir un peu plus sur leur compte en branle à la fin du mois. L'irritant, comme on dit dans le marketing principal, c'est la retraite. C'est devenu l'irritant et il aurait pu aussi, il aurait pu avoir un autre choix de dire « ok, votre idée de taxe Zuckman, c'est intéressant » et s'il avait pris 100% de la taxe Zuckman, on aurait dit « écoutez, ça a du sens. Dès l'instant où il décide de le prendre de manière dégradée… » Il en fait des VLR

19:18
Présentateur

comme les autres. La taxe Zuckman, si vous voulez, ça ne se passait pas non plus au sein du bloc central.

19:25
Locuteur non identifié

C'est ce qu'on gagnait avec vous, on le perdait avec les autres. Oui, mais vous savez quoi ? Les LR, ils n'auraient jamais censuré le gouvernement de Sébastien Lecornu. Oui, mais ce qu'ils lui ont fait, c'est quand même une très mauvaise manière. Je vous confirme. Je vous confirme. J'attends qu'on comprenne exactement ce qui s'est passé.

19:41
Jérôme Guedj

Comment vous la comprenez, cette volte-faste de Bruno Rotaillot ? Est-ce que c'est juste une question de poste ? Est-ce que c'est juste parce qu'il y avait trop de ministres Renaissance, pas assez de LR, la présence de Bruno Le Maire qui aurait été trop irritante ? Comment vous comprenez au fond

19:55
Locuteur non identifié

ce qui vient de se passer ? Là, vous savez, on va tomber dans le commentaire de Politicaïry. Je ne sais pas. L'explication la plus plausible, c'est que Bruno Rotaillot avait envisagé à un moment ou à un autre de quitter le gouvernement. Peut-être qu'il avait l'idée de le faire plus tard en mettant en scène un désaccord, en disant je veux présenter un texte sur l'immigration ou sur un autre sujet. Le Président, le Président, ne le souhaite pas. Donc, je pars draper de mon authenticité et de ma détermination. Bon, là, il a peut-être voulu mettre en scène sa sortie dans ces conditions.

20:33
Jérôme Guedj

La question, c'est de ne pas apparaître trop proche ou trop attaché à Emmanuel Macron pour ne pas sombrer avec le macronisme. Vous, ça ne vous fait pas peur d'être lié comme ça au macronisme si jamais vous trouvez un accord de non-censure avec eux ?

20:48
Locuteur non identifié

Mais attendez, encore une fois, nous, nous ne sommes pas au gouvernement, nous, nous ne sommes pas solidaires de l'ensemble des décisions. Encore une fois, on avait pris cette responsabilité en janvier dernier avec François Bayrou. Moi, je suis, vous savez, dans le fond, pour la réhabilitation de ce qui manque singulièrement à ce pays qui se porterait mieux avec une gauche républicaine qui s'assume, qui est claire dans ses valeurs et dans les priorités politiques, économiques, sociales et de transition écologique et une droite républicaine. Et c'est la grande confusion qui met le pays dans la difficulté.

Donc, moi, je ne crains pas d'être amalgamé avec le macronisme dans sa fin d'existence puisqu'il est tellement lié à la personnalité d'Emmanuel Macron.

21:32
Jérôme Guedj

Et pour remédier à cette confusion, finalement, retourner devant les électeurs, est-ce que ça ne peut pas être une solution si aucun compromis n'est trouvé dans les prochains jours ?

21:43
Locuteur non identifié

Je vous le redis, s'il faut aller devant les électeurs, nous sommes prêts à aller devant les électeurs. Mais les conditions dans lesquelles, déjà, elle était folle la dissolution il y a un an, dans ces conditions-là de lassitude, de fatigue démocratique, d'incompréhension et donc de défiance à l'endroit de ce qui apparaît comme une tambouille totalement incompréhensible, nous, on suit l'actualité de minute en minute. Mais imaginez les gens qui ont regardé les informations hier, peut-être lu le journal ce matin et qui ce soir sont dans une autre configuration politique.

Il y a une très grande de lassitude et pendant ce temps, ils ont l'impression qu'on ne s'occupe pas de comment ils vont faire les courses à la fin du mois, payer le loyer ou accéder aux soins parce qu'on ne trouve pas de rendez-vous chez un médecin spécialiste dans plein de territoires du pays.

22:24
Jérôme Guedj

Il y a une défiance généralisée, vous l'entendez forcément, ce bruit de fond autour de vous, on l'entend tous, cette espèce de ras-le-bol général de la classe politique, ça vous inquiète ça ?

22:33
Locuteur non identifié

Oui, ça m'inquiète. Évidemment, ça m'inquiète parce que ça nourrit ce dégagisme. Moi, je ne confonds pas. L'alternance démocratique, elle est consubstantielle à la vitalité démocratique précisément d'un pays. Mais cette espèce de discours qui derrière embraye avec des mesures simplistes, radicales, parfois populistes, parfois même complotistes, je veux dire, voilà, mettons de la nuance, de la complexité, de l'intelligence dans le débat politique qui en manque parce qu'on cède justement à ces passions tristes trop facilement.

23:03
Jérôme Guedj

Si vous deviez, Jérôme Gatch, pour terminer, vous adresser ce soir au chef de l'État, que lui diriez-vous ?

23:08
Locuteur non identifié

Essayez-nous, M. le Président. Essayez-nous. Mais bon.

23:14
Jérôme Guedj

Ah, mais bon, vous n'y croyez pas en fait. Vous pouvez le dire.

23:18
Locuteur non identifié

Non, mais je pense que dans l'intérêt du pays, il y a des moments où il faut être capable, non pas de reconnaître ses erreurs, mais de réorienter. Et le Président de la République, il ne peut pas entretenir le marasme qu'on évoquait. C'est très risqué. J'espère qu'Emmanuel Macron, il n'a pas envie de se dire qu'il est le Président de la République qui, à rebours de ce qu'il avait dit en 2017 et en 2022, n'aura pas été le rempart, la digue contre le Rassemblement national, mais au contraire, aura pu être le marche-pied, le tapis rouge pour celui-ci.

23:50
Jérôme Guedj

Essayez-nous, ça pourrait être essayez-moi ?

23:53
Locuteur non identifié

Je pense que n'importe quel socialiste qui a l'intérêt du pays chevillé au corps est capable de faire ça et on est plusieurs à être prêts à exercer cette responsabilité.

24:04
Jérôme Guedj

Donc, vous êtes prêts à exercer cette responsabilité ?

24:06
Locuteur non identifié

C'est le Président qui décide.

24:08
Jérôme Guedj

Merci beaucoup, Jérôme Gat, d'avoir été notre invité ce soir et d'avoir répondu à toutes les questions, député PS de l'Essonne. Merci d'avoir été notre invité ce soir sur France Info. Merci d'avoir regardé cette vidéo !