Accord UE-Mercosur : "La France a toujours été très prudente", analyse l'économiste Sylvie Matelly
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« Il est 6h20, cela fait 25 ans que l'accord avec le Mercosur est en discussion. »
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« il faut repartir sur des négociations pour inclure toutes ces mesures dans l'accord directement. »
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Il est 6h20, cela fait 25 ans que l'accord avec le Mercosur est en discussion. La signature avec la Commission européenne est prévue pour samedi. Mais la France mène la fronde contre ce texte destiné à libéraliser les échanges. Et une grande manifestation d'agriculteurs est prévue aujourd'hui à Bruxelles. Bonjour Sylvie Matteli. Bonjour. Vous êtes économiste, directrice de l'Institut Jacques Delors. La France, je le disais, tente de s'opposer à la signature immédiate de cet accord. Elle veut gagner du temps pour ajouter de nouvelles garanties. et elle vient de recevoir le soutien de l'Italie de Giorgia Meloni. Ils vont y arriver, vous pensez ?
On le verra très rapidement avant cette fin de semaine puisque l'accord doit être accepté par les États dans le cadre d'une réunion d'un Conseil européen. Donc on attend de voir. C'est vrai que l'arrivée de l'Italie, en fait, pour bloquer l'accord, il faut ce qu'on appelle une minorité de blocage. C'est-à-dire que 4 pays refusent qu'il soit signé immédiatement. Donc on a la France aujourd'hui qui s'y oppose, qui a des difficultés à mobiliser autour de cette opposition. Le ralliement de l'Italie ces derniers jours est plutôt un élément qui pourrait pousser, qui pourrait permettre de retarder la signature de cet accord.
Sachant qu'il y a déjà la Pologne et la Hongrie aussi qui sont contre ce texte. On est d'accord que la position d'Emmanuel Macron, ce n'est pas de bloquer définitivement l'accord, mais de gagner du temps, je le disais, pour ajouter des garde-fous.
Oui, c'est l'idée, effectivement, et de surtout relancer les négociations. Parce qu'il y a un certain nombre de garde-fous qui ont été annoncés ces derniers mois et depuis l'an passé, depuis qu'on a annoncé que les négociations étaient terminées et que c'était le moment de signer l'accord. Mais simplement, les négociations étant terminées, ça a été des éléments additionnels qui ont été ajoutés mais qui ne sont pas inclus dans l'accord. Donc il y a cette idée que peut-être, il faut repartir sur des négociations pour inclure toutes ces mesures dans l'accord directement.
Emmanuel Macron, il a longtemps soutenu cet accord avant de changer d'avis. Pourquoi ? Comment on l'explique ? Est-ce qu'il y a des vraies raisons de fond qui expliquent son opposition aujourd'hui ? Ou c'est lié à un moment politique ? Il y a évidemment la colère des agriculteurs avec la dermatose, avec le Mercosur, là c'est un cocktail vraiment explosif. Puis il y a les municipales dans trois mois qui auront lieu juste après le salon de l'agriculture. Ça fait beaucoup tout ça en même temps ? C'est ça ce que regarde le Président en premier ?
Alors, la France a toujours été très prudente avec cet accord commercial parce qu'il y a toujours eu les craintes des agriculteurs. Effectivement, un accord commercial, c'est quoi ? Un accord commercial, c'est un accord qui facilite l'accès au marché des deux parties à l'accord. Donc ça facilite l'accès au marché des pays du Mercosur pour les industries, les entreprises, les acteurs économiques européens. Et ça facilite l'accès au marché européen qui, rappelons-le, est un marché unique. Donc une fois que vous accédez au marché français, vous accédez au marché de l'Europe, de tous les pays européens, pour les pays du Mercosur.
Donc ça, c'est un élément très important parce qu'on voit bien, les acteurs économiques qui sont exportateurs ont tout intérêt à de tels accords parce que ça leur facilite l'accès, ça leur donne un avantage sur les acteurs économiques de pays qui ne sont pas partis à l'accord. Et à l'inverse, les acteurs qui sont moins exportateurs, mais qui sont peut-être dans des situations où ils sont protégés par des normes plus élevées dans le pays, etc., sont assez réticents parce qu'ils craignent de voir arriver des produits qui sont moins dix ans en termes de normes et qui créent des distorsions de concurrence. Donc on est vraiment dans cette logique-là.
Et justement, au sein des agriculteurs, quels sont ceux qui peuvent y gagner avec cet accord ? Parce qu'on entend beaucoup ceux qui sont contre, ils vont d'ailleurs manifester à Bruxelles aujourd'hui, moins ceux qui ont à y gagner, il y en a quand même ?
Oui, tout à fait. Dans cet accord commercial, vous avez bien tous les secteurs exportateurs qui, bien évidemment, experts à accéder plus facilement. Les vignerons ? Alors, il y a des secteurs très bien identifiés, les vignerons, les producteurs de certaines céréales, les producteurs de lait. Mais encore une fois, c'est extrêmement divers parce que ça dépend aussi quelles sont vos conditions de production. Quand on parle d'agriculture, vous avez plusieurs types d'agriculture. Vous avez celles qui sont exportatrices et qui ont tout intérêt à ces accords.
Et puis vous avez celles qui défendent des indications géographiques, qui ont des modes de production, qui sont plus respectueux des traditions, de l'environnement, etc. qui, bien évidemment, craignent d'être envahis par une concurrence qu'ils jugent déloyale puisque ne respectant pas les mêmes principes de production.
Dans ces discussions avec les pays du Mercosur, on voit bien que chaque pays, finalement, voit d'abord ses intérêts. Il y a les Allemands qui sont pour parce qu'ils sont Allemands, justement, et parce qu'ils veulent soutenir leur industrie automobile. En fait, toute la difficulté d'un accord à l'échelle européenne, c'est de savoir si les dirigeants agissent en tant que membres de cette union ou en tant, avant tout, que représentants nationaux. C'est ça le problème ? Oui, c'est ça le problème et c'est même encore
plus compliqué que ça parce qu'en Allemagne, les agriculteurs allemands s'opposent à l'accord et vont manifester à Bruxelles aujourd'hui. Simplement, dans le cas de l'économie allemande, l'opportunité aujourd'hui d'accéder à un nouveau marché alors que les industriels allemands sont en grande difficulté parce que les droits de douane aux Etats-Unis, parce que les surproductions chinoises et l'arrivée massive de produits chinois aujourd'hui, eh bien, les intérêts de ces industriels allemands semblent avoir plus pesé sur le gouvernement allemand que les intérêts des agriculteurs. Donc, on voit qu'au-delà de... Effectivement, il y a chaque pays qui a ses propres intérêts.
Ça, c'est le principe de base de l'intégration européenne et la difficulté d'avancer ensemble en Europe. Mais au-delà de ça, même à l'intérieur des pays, vous avez des voies divergentes et ça complique
encore plus l'équation. Sylvie Matelé, une dernière question. Est-ce que cette finalisation difficile de l'accord, c'est classique avec ce type d'accord ou au contraire, c'est le signe d'un monde dans lequel le libre-échange n'est plus l'alpha et l'oméga ? Est-ce que le libre-échange est passé de mode pour reprendre la une de la croix d'hier ?
Alors, je serais tentée de vous répondre les deux en réalité parce qu'on a vécu exactement les mêmes réticences, exactement les mêmes oppositions et les mêmes discussions au moment de la signature de l'accord avec le Canada. Le CETA, on a très souvent ce type de difficultés à finaliser et en même temps, vous avez raison. Et en même temps, vous avez raison, c'est vrai qu'on se rend compte qu'on est aujourd'hui dans un monde très différent de ce qu'il était quand on a entamé les négociations il y a 25 ans où à la fois le libre-échange est moins porteur ou en tout cas moins porté qu'il ne l'était par le passé plus globalement le commerce international.
On a parlé tout à l'heure des droits de douane avec Donald Trump et les Etats-Unis. On voit qu'on n'est plus dans la mondialisation heureuse que l'on connaissait il y a 25 ans quand on a entamé ces négociations. Donc, on a un petit peu les deux phénomènes et puis aujourd'hui surtout, ce sur quoi se fonde la signature de cet accord et les oppositions en même temps c'est quelles vont être les conséquences de cet accord et ça c'est demain ça on n'en sait rien en réalité donc c'est très compliqué.
Merci Sylvie Matteli directrice de l'Institut Jacques Delors vous étiez l'invité du 5-7.