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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 1 septembre 2026 22 minComplaisantActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesAgriculture & alimentationTravail & emploiSolidarités & famille

"Nous entrons dans un monde de la rareté", estime Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U

Source d'origine 4 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 75 %Attaque 5 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 93 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:49OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que vous sentez de la situation économique via le comportement des consommateurs ?

  • 1:49OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous avez constaté une retenue particulière sur les fournitures scolaires ?

  • 2:57RelanceRéponse partielle

    On a vu une inflation qui s'élève à 2,4%. Est-ce qu'on est reparti dans un cycle qui va grever le pouvoir d'achat des Français ?

  • 4:09OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'il faut s'habituer à ce que le prix des carburants ne redescende plus ?

  • 4:50OuverteRéponse directe

    Est-ce que ce serait une bonne idée de faire un geste sur le carburant pour que la facture des Français soit moins sévère ?

  • 6:19OuverteRéponse directe

    Est-ce que la baisse de production agricole se voit déjà dans les rayons des supermarchés ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:54Locuteur 4Fait
    « Je sens une extrême prudence. Si vous voulez, on va de crise en crise, en fait, depuis maintenant presque des années. »
  • 2:27Locuteur 4Fait
    « Il n'y a pas actuellement de poche de pouvoir d'achat pour beaucoup de Français. »
  • 3:15Locuteur 4Chiffre
    « Le chiffre que vous donnez est 100% tiré par les prix de l'énergie. »
  • 4:12Locuteur 4Fait
    « Aucun ingrédient qu'on a en face des yeux ne permet de dire que ça va s'améliorer. »
  • 6:24InvitéChiffre
    « Moins 50% sur les poireaux, l'ail, les oignons. Moins 23% sur les pommes de terre. »
  • 7:57Locuteur 4Fait
    « Moi, je pense qu'on rentre dans un monde de la rareté. »
  • 9:17Locuteur 4Chiffre
    « On parle de 500 000 bêtes où il a fallu faire des choix et qui sont rentrés plutôt dans la consommation plutôt que de les garder. »
  • 11:36Locuteur 4Fait
    « Coopérative U a une centrale d'achat internationale, mais elle ne concerne que 50 multinationales. »
  • 13:09Locuteur 4Promesse
    « Nous avons décidé depuis quelques jours de payer à 15 jours les agriculteurs des fruits et légumes pour améliorer leur trésorerie. »
  • 13:47Locuteur 4Fait
    « Bien évidemment, je pense que sans budget, ça va être extrêmement compliqué dans plein de domaines. »
  • 16:57Locuteur 4Chiffre
    « Il y a 50 ans, un Français touchait 70% de son super brut, toute charge comprise, 70%. Il en touche encore 52% aujourd'hui. »
  • 17:06Locuteur 4Chiffre
    « Si aujourd'hui, le chef d'entreprise que je suis veut augmenter de 100 euros quelqu'un qui est aux alentours du SMIC, ça me coûte 483 euros. »
  • 20:20Locuteur 4Fait
    « Les années électorales ne sont jamais bonnes pour le commerce, pour les entreprises parce qu'il y a de l'attentisme. »

Temps de parole

  • Locuteur 460 %
  • Locuteur 323 %
  • Invité14 %
  • Présentateur2 %

≈ 0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale.

0:06
Invité

Nous sommes donc dans le grand entretien ce matin avec le PDG de Coopérative U à la tête de près de 2000 magasins. Il voit la situation économique de la France sous l'angle concret, les prix, le pouvoir d'achat, ce qu'on met dans son panier, ce à quoi on renonce. Il voit la production agricole s'effondrer aussi à cause de la sécheresse. Il garde un oeil sur la politique et les programmes des candidats à la présidentielle. Bonjour Dominique Schellcher, merci d'être avec nous ce matin sur France Inter où les auditeurs sont les bienvenus pour dialoguer avec vous au 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France.

Pour commencer, Dominique Schellcher, c'est la rentrée avec le baromètre que sont vos magasins implantés un peu partout en France. Qu'est-ce que vous sentez de la situation économique via le comportement des consommateurs ?

0:53
Locuteur 4

La situation économique n'est pas resplendissante. Je dirais que c'est un peu la fin de l'insouciance cet été. Vous savez, on se souvient tous de ces étés où on ne se posait pas de questions. Cet été, les gens ont été confrontés aux incendies, à des canicules à répétition qui les ont fatigués. Moi, je trouve beaucoup de gens avec qui on peut parler qui sont fatigués, qui ne sont pas remis de ces épisodes. Et ils ont été touchés personnellement par l'idée que ma santé peut être affectée par ces incendies, je peux perdre ma maison. Et d'ailleurs, j'ai une pensée pour beaucoup de nos clients qui ont perdu leur maison.

Et on a des collaborateurs et même des patrons de magasins qui ont perdu leur maison en Gironde, qui sont actuellement dans des logements provisoires. Donc, c'est à tous ces gens qu'il faut penser et pour qui les mois qui viennent vont être très longs et difficiles.

1:39
Invité

Et ça, ça joue sur ce qu'on met dans son caddie. Par exemple, c'est la rentrée scolaire aujourd'hui. Les gens ont fait les fournitures scolaires comme chaque année. C'est un passage obligé. Est-ce que vous avez constaté une retenue particulière ?

1:52
Locuteur 4

Je sens une extrême prudence. Si vous voulez, on va de crise en crise, en fait, depuis maintenant presque des années. Et face à ces crises, les gens, nos clients s'adaptent et donc font maintenant preuve de prudence. Et ils font des choix. Et donc, ils se concentrent beaucoup sur l'alimentation. Bien sûr, là, la rentrée scolaire quand vous avez des enfants. Mais d'autres sujets sont mis de côté. Tout ce qui est le non alimentaire, on en achète moins. On est prudent. On est de plus en plus.

2:17
Locuteur 3

C'est-à-dire les petits achats dits de plaisir que l'on peut constater quand ça va bien et sur lesquels les consommateurs se privent quand ils sont plus inquiets.

2:25
Locuteur 4

Exactement. Exactement. Et vous savez, il n'y a pas actuellement de poche de pouvoir d'achat pour beaucoup de Français. Particulièrement, on en parlera peut-être, quand le carburant réaugmente. Beaucoup de gens sont à l'euro près. Et donc, ils arbitrent. Et il y a moins de petits plaisirs.

2:41
Locuteur 3

On va bien sûr détailler, Dominique Schellcher, tous ces éléments-là sur la question du carburant, la question aussi des conséquences de cet été sur les agriculteurs et sur les produits frais que vous vendez. Simplement, sur un élément plus général, on prend parfois les patrons de la grande distribution comme des sortes de Madame Irma de l'inflation. Parce que c'est vrai que vous sentez aussi des choses avant que les consommateurs le voient dans les rayons. On a vu une inflation qui, fin août, s'élève à 2,4%. C'est-à-dire qu'elle progresse sur un an. Elle progresse aussi par rapport au mois de juin et au mois de juillet.

Est-ce qu'on est reparti dans un cycle qui va grever le pouvoir d'achat des Français ?

3:15
Locuteur 4

Le chiffre que vous donnez est 100% tiré par les prix de l'énergie. Particulièrement le gaz, qui a beaucoup augmenté, et le carburant. C'est ça. Sur l'alimentaire, le mois de juillet et le mois d'août ont été stables. Et là, on peut dire que la rentrée sur l'alimentaire, hors fruits et légumes, est stable. Il y a même dans nos magasins, toute une série de produits qui baissent d'ailleurs depuis les dernières négociations commerciales. C'est tout ce qui est produits de beauté, d'hygiène, de parfumerie. Ça, ça baisse même. Et dans l'alimentaire, il y a des choses qui baissent ? Et dans l'alimentaire, il y a des choses qui ont baissé. À un moment, les produits à base de blé avaient baissé.

Certaines huiles avaient baissé. Mais actuellement, c'est plutôt stable. Et on va renvoyer la suite peut-être aux prochaines négociations. Or, certains produits frais, effectivement, où il y a de la tension et où il y a des discussions fortes actuellement.

4:02
Invité

Alors, on va y venir. Juste avant, le prix des carburants, au-dessus de 2 euros le litre, ça fait des mois que ça dure. Est-ce qu'il faut s'habituer à ce que ça ne redescende plus ?

4:12
Locuteur 4

Aucun ingrédient qu'on a en face des yeux ne permet de dire que ça va s'améliorer. Pourquoi ? Parce qu'il y a toujours cette tension au Moyen-Orient. Le conflit n'est pas réglé. Il y a des goulets d'étranglement dans les transports qui sont extrêmement compliqués, qui font que ce sont des plus petits bateaux qui transportent la marchandise et notamment le diesel. On manque de gasoil en France. Il n'y a pas assez de production. Donc, on en importe. On est très dépendant de ça. Et dans cette situation actuelle, pour l'instant, moi, je ne vois pas, malheureusement, sur ce plan-là, une amélioration.

4:44
Locuteur 3

Il est question, et on parlera tout à l'heure des questions politiques et du budget, dans ce budget, de prolonger un certain nombre d'aides. Est-ce que, vous, à la place qu'il avoue, vous considérez que ce serait une bonne idée de faire un geste sur le carburant pour que la facture des Français soit moins sévère quant à l'augmentation des prix de l'énergie ?

5:01
Locuteur 4

À tout le moins, il faut sans doute poursuivre les aides qui étaient déjà en place pour les gros rouleurs, pour les gens particulièrement confrontés. Parce que je vous assure qu'à ce niveau de prix-là, c'est compliqué pour beaucoup de gens. Mais là encore, quand je vous dis prudence, adaptation, les gens s'adaptent. Jamais les parkings de co-voiturage n'ont été aussi pleins. Les gens trouvent des solutions sans attendre les aides parce qu'ils n'ont pas le choix. Est-ce que ça veut dire que vous vendez moins de quantité de carburant ? Au global, cette année, on en vend un peu moins que l'année dernière pour plusieurs raisons.

Un, on a une concurrence que certains qualifient de déloyale, de Total Energy, qui plafonne Lui, il est fabricant. Enfin, il maîtrise toute la chaîne de l'extraction à l'avant. Donc, il peut se permettre ça. Mais il n'y a pas que ça. Il y a aussi le développement de la voiture électrique. Il y a un boom incontestable depuis le début de l'année. Par exemple, on voit sur nos parkings que les gens vont plus aux bornes de recharge électrique.

5:55
Locuteur 3

Et en termes de volume, simplement, sur l'année, en termes de baisse de ce que vous vendez en termes de carburant ?

6:00
Locuteur 4

C'est qu'au global, il y a eu des mois très forts de baisse en avril-mai. Ça s'est ensuite un peu calmé parce que les prix redevenaient plus raisonnables. Là, c'est un peu reparti. Ça va être quelques pourcents moins de l'année dernière.

6:12
Invité

Alors, le grand sujet de cette rentrée, c'est l'agriculture avec la sécheresse inédite, les canicules à répétition de cet été. Le monde agricole est en grande souffrance. Les chiffres de la production s'effondrent. Moins 50% sur les poireaux, l'ail, les oignons. Moins 23% sur les pommes de terre. C'est le rendement le plus faible depuis 30 ans. Est-ce que ça, ça se voit déjà dans les rayons des supermarchés ?

6:34
Locuteur 4

Complètement. C'est visible au quotidien dans nos rayons. Vous en parlez les médias régulièrement. Et malgré ça, un certain nombre de consommateurs ne le comprennent toujours pas. Moi, tous les jours, j'ai des expressions des gens. Mais qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi ma tomate est si chère ? Pourquoi ?

6:51
Invité

50% le prix de la tomate.

6:53
Locuteur 4

Oui, mais tout à fait. Mais donc, qu'est-ce qui se passe ? Ces canicules ont complètement bouleversé les rendements. Donc, sur la salade, par exemple, c'est 30% en moins. Donc, on cherche même aujourd'hui au quotidien de la marchandise. La marchandise qu'on trouve pour cette raison de pénurie est plus chère. C'est factuel. C'est comme ça. Et en même temps, les calibres sont un peu plus petits. Parfois, c'est un peu moins joli. Mais c'est toujours aussi bon. Et je dis aux Français, acheter ces produits, c'est un peu différent. Vous n'aurez peut-être pas tous les jours tout ce que vous voulez. Mais en les achetant, vous soutenez les agriculteurs français qui en ont bien besoin.

7:30
Locuteur 3

Mais donc, ça veut dire, Dominique Checha, pour être très clair, ça veut dire, un, moins de fruits et légumes en termes de quantité compte tenu de la baisse des rendements. Ça veut dire aussi que, là encore, si on se projette dans les semaines et dans les mois qui viennent, Florence parlait de la tomate, sur la pomme de terre, sur d'autres légumes. Ça veut dire que, si on résume la soupe hivernale ou automnale, quand il se remettra à faire froid, elle coûtera beaucoup plus cher à faire pour le consommateur.

7:52
Locuteur 4

Pas beaucoup plus cher, un peu plus cher, un peu plus cher. Mais vous savez, je vais vous dire quelque chose. Moi, je pense qu'on rentre dans un monde de la rareté. Pendant 50 ans, on a connu cet univers de la grande conso où tout était facilement disponible en grande quantité. Pour plein de raisons, dérèglement climatique, bouleversement dans le monde du travail. C'est parfois plus difficile pour certaines entreprises à recruter, y compris chez les agriculteurs pour les grandes récoltes. Eh bien, on en vient à avoir des quantités moindres. Et de temps en temps, il y aura des manques de produits.

Même l'eau cet été, l'eau qui a tellement été consommée, les sourciers n'arrivaient pas à suivre. Il n'y avait pas assez d'eau. Donc, ça ne va plus être exactement...

8:30
Locuteur 3

Mais monde de la rareté, Dominique Schellcher, ça veut dire aussi qu'il faut que les consommateurs ne regardent pas les choses de la même manière, y compris sur ce à quoi ressemblent les fruits et légumes.

8:39
Locuteur 4

Mais tout à fait, c'est ce que je vous disais à l'instant. C'est moins exigeant. Être un peu moins exigeant, c'est tout autant qualitatif au goût, mais peut-être que visuellement, c'est un peu moins bien. Donc, on rentre dans un monde vraiment différent.

8:51
Invité

Alors, il y a les légumes, mais il y a aussi le lait, les oeufs, la viande. On sait que les agriculteurs sont en manque de fourrage. On sait aussi qu'il y a des animaux qui sont morts, en fait, tout simplement pendant les canicules. Est-ce que la viande va devenir encore plus qu'aujourd'hui un produit de luxe ?

9:07
Locuteur 4

C'est exactement la suite de ce qu'on vient de dire dans ce monde de la rareté. Beaucoup d'éleveurs ont de grandes difficultés à nourrir leurs bêtes. Certains ont fait le choix d'abattre des bêtes. On parle de 500 000 bêtes où il a fallu faire des choix et qui sont rentrés plutôt dans la consommation plutôt que de les garder. Donc, la viande de bonne qualité va être plus difficile à trouver et donc sans doute un peu plus chère. Mais ça, c'est le cas avec la viande depuis un certain temps.

9:37
Invité

Mais est-ce que ça veut dire qu'avec tout ça, vous allez être obligé d'importer des produits de l'étranger, des légumes, de la viande ?

9:43
Locuteur 4

Alors, ça, c'est la grande question. Chez U, on a un engagement extrêmement fort, chez Coopérative U, de continuer à soutenir l'origine France et à faire le maximum dès que la marchandise est disponible pour continuer à l'acheter en France auprès de nos agriculteurs, à les soutenir au bon prix parce que c'est ça le sujet aussi. Il faut que ce soit rémunérateur. Et ça, c'est un vrai combat du quotidien. Mais, je rappelle que sur la volaille, vous posiez la question, 50% de la volaille est d'ores et déjà importée en général, notamment dans la restauration.

10:14
Locuteur 3

Donc, voilà. Mais nous, on continue notre temps. Parce que, Dominique Schellcher, et je crois qu'il y a un auditeur qui vous interrogera dans un instant sur la situation des agriculteurs, on parle beaucoup des prix du consommateur. Vous savez, les reproches qui sont parfois faits à la grande distribution, de ne pas suffisamment respecter le partage de la valeur quant aux agriculteurs et aux producteurs. Là, vous prenez l'engagement d'une vigilance particulière pour aider ceux qui ont souffert cet été ?

10:36
Locuteur 4

Mais tout à fait. Et je vais vous dire, comment ça se traduit concrètement ? Depuis le début de l'année, depuis un certain temps, par exemple, on rencontre régulièrement les interprofessions. Par exemple, cette semaine, à la fin de la semaine, nos équipes vont rencontrer les gens des pommes et des poires, des carottes. Et c'est dans ces discussions-là. Vous voyez, c'est du concret, du détail. On fait le point avec eux. Quelles sont nos difficultés ? Quels sont nos prix ? Qu'est-ce qu'on doit acheter ? Et quel comportement doit changer ? On en est là. On est dans le détail.

11:04
Invité

Alors, je crois qu'on a Louis précisément au standard de France Inter qui s'interroge sur le sort des agriculteurs. Bonjour, bienvenue Louis.

11:11
Présentateur

Oui, bonjour, aujourd'hui de France Inter. Bonjour, je suis le cher. J'ai une question à poser. Donc, je comprends tout à fait qu'il faille payer plus cher les produits agricoles. Je comprends tout à fait. Je voudrais savoir quelles sont les centrales d'achat qui respectent les petits producteurs, les agriculteurs, les petits industriels. Donc, tout simplement, quelles sont les centrales d'achat des grandes surfaces ? Et s'ils supérent à une centrale d'achat à l'étranger, s'il vous plaît ?

11:34
Locuteur 4

C'est une excellente question. Oui, Coopérative U a une centrale d'achat internationale, mais elle ne concerne que 50 multinationales. Aucun maraîcher, aucun vendeur de fruits et légumes, aucun petit producteur ne sera traité dans cette organisation-là. Et nous avons le plus grand respect pour ces producteurs.

11:51
Locuteur 3

Et on précise, suite à la très bonne question de Louis, pour ceux qui n'ont pas forcément en tête les problématiques autour des centrales d'achat, que le reproche qui, là encore, vous a parfois été fait, y compris aux magasins, notamment à d'autres groupes, par exemple, je pense au groupe Leclerc, c'est d'avoir des centrales d'achat dans d'autres pays européens qui permettent de contourner un certain nombre de lois, notamment les lois qui visent à respecter le partage de la valeur, loi EGalim. Donc, vous vous dites, c'est seulement quand on parle à Mars, Procter & Gamble, c'est pas quand on négocie avec les petits producteurs.

12:17
Locuteur 4

Mais la question excellente pour faire de la pédagogie, c'est entre 40 et 50 très grandes entreprises, les petits producteurs, et vous savez, le maraîchage, le maraîchage, il n'y a aucun maraîchage qui couvre la livraison de toute la France.

12:28
Invité

Donc, on discute aux quatre coins du pays. Les petits producteurs, ils fournissent aussi leur lait à Lactalis, qui est une grande multinationale, ou à Danone.

12:37
Locuteur 4

Alors, on s'engage, même si on a cette organisation-là, à respecter, évidemment, le cadre d'EGalim, et on l'a toujours fait chez Coopérative U, et on ne changera pas, on est soutien de la première heure des lois EGalim.

12:49
Locuteur 3

Donc, vous ne vous servez pas des centrales d'achat pour, par rapport à ces entreprises, payer moins cher avec des producteurs qui se retrouveraient étranglés ?

12:56
Locuteur 4

Tout à fait. On s'en sert par rapport à une compétition internationale, où il y a des acteurs, aujourd'hui, internationaux, qui viennent sur le marché français, avec qui on doit faire la bagarre. Je précise une chose, nous avons décidé depuis quelques jours de payer à 15 jours les agriculteurs des fruits et légumes pour améliorer leur trésorerie. C'est aussi une mesure concrète qu'à 30 jours. C'est quasiment, entre le moment la facture arrive et tout, c'est quasiment un comptant.

13:22
Locuteur 3

Dominique Schellcher, parlons de la situation économique qu'on abordait au début de cet entretien, qui sera bien sûr aussi liée aux aléas de la discussion budgétaire qui s'engage. Le Premier ministre Sébastien Lecornu, dans les colonnes du Parisien, a appelé à ce que la France soit dotée d'un budget et les oppositions à la responsabilité pour qu'elle, à minima, qu'elle le vote, du moins qu'elle ne bloque pas le vote d'un budget. Est-ce que le grand patron que vous êtes partage le sens de cet appel à la responsabilité ?

13:47
Locuteur 4

Bien évidemment, je pense que sans budget, ça va être extrêmement compliqué dans plein de domaines. Donc oui, cet appel à la responsabilité, je pense, est très très important pour les temps qui viennent. Et pour faciliter, j'imagine, l'équipe suivante, qui arrivera après, il soit absolument un budget.

14:04
Locuteur 3

Donc il faut qu'il y ait un budget. S'il n'y avait pas de budget, si les discussions s'enlisaient, s'il y avait une loi spéciale, ce serait un problème aussi pour la stabilité économique et l'État et le moral des Français ?

14:16
Locuteur 4

Mais bien évidemment, mais beaucoup de Français, quand on discute très rapidement avec eux, voilà, une de leurs préoccupations suivantes maintenant dans leur esprit de prudence, c'est qu'est-ce qui va se passer avec la présidentielle ? À quelle fiscalité je vais être mangé ? Et donc je suis prudent. Mais au-delà de ça, les chefs d'entreprise le sont énormément, sont dans cette prudence parce que l'instabilité, le changement permanent d'orientation de décision ne facilitent pas les choses. Donc plus l'environnement est stable pour le monde de l'entreprise, plus elle peut se projeter, plus ça crée de la croissance. Donc voilà pourquoi on a besoin d'un budget au bout du compte.

14:52
Invité

Quand vous voyez parmi les pistes de ce budget la possible désindexation des pensions de retraite les plus élevées, la hausse des franchises médicales, qu'est-ce que vous dites ? Ce ne sera pas bon pour le pouvoir d'achat ou alors de toute façon, tout le monde doit contribuer à l'effort ?

15:05
Locuteur 4

Je pense qu'on est à l'heure de vérité au moment où arrive cette campagne électorale. Je pense qu'il ne faut pas parler de mesurettes et qu'il faut parler de mesures de fonds importantes. On a parlé à travers plusieurs de vos questions de la question du pouvoir d'achat. Pour moi, la question du pouvoir d'achat va être essentielle au cœur de la campagne l'année prochaine, mais ne se réglera pas, encore une fois, par des mesurettes. Et pour moi, le point majeur derrière tout ça, c'est par exemple le coût du travail et la revalorisation du travail.

15:31
Locuteur 3

On va en parler dans un instant, mais Dominique Schellcher, le débat sociétal qui consiste à dire est-ce qu'on a ou non trop priorisé ce que Gérald Darmanin a appelé une préférence pour les vieux ou le vieux, les débats de vieux, c'est-à-dire les retraites. Ce n'est pas des mesurettes. Savoir s'il faut ou non se dire qu'on va faire peser une partie de l'effort sur les retraités pour prioriser et privilégier ceux qui travaillent. Et c'est le débat autour de la désindexation d'une partie des pensions de retraite.

15:55
Locuteur 4

Je pense que c'est une piste à étudier sur peut-être les plus grosses retraites. Il faut pendant cette campagne aussi inverser le sujet et redonner des perspectives aux jeunes. Depuis un an, exactement depuis un an, quelque chose me frappe dans la discussion avec nos clients. Beaucoup de gens me disent vous savez, moi ma vie elle est faite mais j'ai terriblement peur pour mes enfants dans le contexte actuel. Vont-ils trouver un logement pour pouvoir se le payer, etc. Donc trouvons aussi et donnons des perspectives aux jeunes et des perspectives d'installation, de pouvoir d'achat. Ça, ça me paraît majeur dans la campagne qui vient.

16:29
Invité

Vous insistez sur la question des salaires. Il faut que le travail soit plus rémunérateur. Et vous dites qu'il faut rouvrir le débat sur la TVA sociale. Alors là, il faut nous expliquer parce que de la part d'un distributeur, vouloir augmenter les prix des produits qu'il vend, ça ne paraît pas forcément logique.

16:50
Locuteur 4

Le chapeau de ça, c'est quoi ? Il y a 50 ans, un Français touchait 70% de son super brut, toute charge comprise, 70%. Il en touche encore 52% aujourd'hui.

17:00
Locuteur 3

Juste le super brut, c'est ce que coûtent charges salaires.

17:03
Locuteur 4

Charge patronale et charges salariales. Si aujourd'hui, le chef d'entreprise que je suis veut augmenter de 100 euros, quelqu'un qui est aux alentours du SMIC, ça me coûte 483 euros. Peu d'entreprises ont les moyens de se payer ça. Il faut donc moins faire porter la protection sociale sur le travail. On a fait glisser ça depuis des années sur le travail. Il faut faire un mouvement inverse. Et il n'y a pas 36 solutions. Si on veut baisser ça, il faut faire un transfert en partie sur la consommation. Surtout pas sur la TVA des produits de première nécessité, mais sur la TVA la plus élevée, qui en France est une des plus basses d'Europe.

17:43
Locuteur 3

C'est vrai, par rapport à nos voisins européens. Absolument. Donc ça veut dire, vous laissez à 5,5 le taux intermédiaire. Exactement, on ne touche pas.

17:51
Locuteur 4

Ça, c'est payé par les touristes en France. C'est payé sur les services. Et en même temps, c'est là que je rajoute, c'est là où c'est important de rajouter. Et en même temps, on réfléchit quand même au volume de ces dépenses. Est-ce qu'on peut retravailler ce volume de dépenses quand même ?

18:08
Locuteur 3

Il y a deux interrogations liées à cette proposition, qui est formulée par plusieurs personnalités. On a vu François Hollande, d'ailleurs qu'on recevra demain et on l'interrogera sur cette proposition d'augmenter la TVA pour augmenter le salaire net. Certains vous diront, c'est aux entreprises d'augmenter les salaires. Ce n'est pas à la puissance publique de faire une bascule en termes de coûts de la protection sociale pour permettre que le salaire net augmente. Est-ce que vous ne pourriez pas faire le même effort que vous demandez à l'État pour que le salaire net augmente ?

18:35
Locuteur 4

Mais pour la raison que je viens de vous évoquer, pour augmenter de 100 euros nets un salarié, il faut mettre sur la table 483 euros. C'est devenu trop élevé. Les PME ne peuvent pas se permettre ça. Même un certain nombre de... C'est devenu trop lourd, trop cher. Il faut alléger. Et on a fait un mouvement ces dernières années dans un sens, refaisons-le un peu dans l'autre sens. Il faut desserrer cet étau. Et je vous assure que les chefs d'entreprise qui étaient tous réunis la semaine dernière n'attendent que ce signe-là pour redonner de la confiance. Et ça, je pense que c'est de nature notamment à rassurer les jeunes, par exemple.

19:12
Locuteur 3

Il y a une autre question sur une éventuelle augmentation de la TVA. Je crois que dans les colonnes du Parisien, vous évoquez une hausse de deux points. C'est dans quelle mesure ce serait répercuté directement dans les prix ? Est-ce qu'on le verrait tout de suite ? Ou est-ce que vous, notamment dans la grande distribution, vous pourriez faire un effort pour absorber une partie de cette augmentation de la TVA pour que ce soit moins difficile à digérer pour les consommateurs ?

19:32
Locuteur 4

Mais de toute façon, on est toujours attentif à ce qu'on appelle les prix des produits sensibles. De toute façon, et encore une fois, on ne toucherait pas à la petite TVA à 5,5% qui resterait là et qui ferait que les produits de première nécessité resteraient très accessibles. Moi, je crois que c'est un formidable débat à mener dans les temps qui viennent. On ne peut pas en faire l'économie. En tout cas, on est au bout de ce système-là qui pèse trop lourd et qui... Les Français disent, ils ont été interrogés récemment, ils pensent à 7 sur 10 que c'est une bonne idée de retravailler ce sujet et ils sont convaincus que ça peut leur donner de l'air demain. Donc, travaillons-y.

20:07
Invité

Une question aux commerçants que vous êtes, est-ce qu'une campagne présidentielle, une année électorale avec des enjeux aussi lourds, c'est bon pour le commerce ou au contraire, c'est problématique, traditionnellement ?

20:20
Locuteur 4

Les années électorales ne sont jamais bonnes pour le commerce, pour les entreprises parce qu'il y a de l'attentisme. Et d'ailleurs, les gens le disent déjà. Comment dire ? On prend moins de grandes décisions sur des grandes infrastructures, donc pour tous les gens du bâtiment de la construction, ça va être plus calme. Et dans la conso, les gens le disent déjà, je mets un peu d'argent de côté parce que je ne connais pas la fiscalité du nouveau président de la République l'année prochaine et donc ça n'est pas bon pour la conso en général et on l'a vu à chaque fois.

20:47
Locuteur 3

D'où cette dernière question Dominique Schellcher. Patrick Pouyanné, le patron de Total, samedi dans l'émission On n'arrête pas l'écho sur France Inter de Claire Chaudière et Dominique Seux, disait qu'un face-à-face entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon au second tour de l'élection présidentielle ferait, je cite, courir un risque à la France. Est-ce que vous êtes d'accord avec Patrick Pouyanné ?

21:04
Locuteur 4

Moi, je ne... Comment dire ? Je n'ai pas de regard partisan. Moi, le but ce matin, c'est de faire des... de contribuer au débat public, d'apporter des propositions.

21:13
Locuteur 3

Ça, c'est de la même langue de bois que les politiques. Si vous faites des propositions comme dire il faut augmenter la TVA et baisser les cotisations sociales, vous êtes bien en mesure de porter un jugement sur le programme économique de la France Insoumise et du RN.

21:23
Locuteur 4

Mais pourquoi je le fais ? Parce que les gens me parlent. Vous ne pouvez pas vous imaginer le nombre de gens que je croise quand je circule dans un magasin qui me disent dites-leur ci, dites-leur ça. Je fais le relais.

21:32
Locuteur 3

Donc, l'élection de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen, ça ne vous inquiète pas ?

21:37
Locuteur 4

On en est encore loin. On n'en est pas là. Menons le débat. Mettons les idées sur la table. On en est au début. Et allons au fond des choses et ne prenons pas d'options de mesurettes mais des choix de fond.

21:47
Locuteur 3

La grande distribution ne doit pas se mettre à dos certains de ses consommateurs qui peut-être votent pour Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen.

21:54
Locuteur 4

Je ne fais pas de choix partisans, bien évidemment.

21:56
Invité

Bon, écoutez, je crois que c'est clair. Merci Dominique Schellcher d'avoir été au micro de France Inter ce matin. Merci à vous. PDG de Coopérative U avec ses 2000 magasins à travers la France.