Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 13 juin 2026 19 min

Affaire Patrick Bruel : "Nous sommes entendues", disent les premières plaignantes après la mise en examen du chanteur

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Il y a un grand entretien ce matin consacré à l'affaire Patrick Bruel, vous savez que le chanteur est accusé de violence sexuelle et sexiste par près de 30 femmes mises en examen cette semaine, il fait désormais l'objet d'un contrôle judiciaire. On va y revenir longuement et pour en parler ce matin sur le studio Audinter, nous recevons une journaliste qui mène l'enquête depuis 10 ans à Mediapart, Mediapart qui a fait les premières révélations concernant les accusations visant le chanteur en mars 2026, question réaction amis auditeurs au 01 45 24 7000 ou l'application Radio France.

Bonjour Marine Turquie, merci d'être avec nous, avec nous également deux femmes qui ont pris la parole, osé prendre la parole pour dénoncer des faits de violence, qui ont porté plainte pour viol pour l'une d'entre elles contre Patrick Bruel, dont je rappelle qu'il est toujours présumé innocent. Bonjour Karine Wieser, vous êtes attachée de presse, vous vivez en Belgique et vous avez déposé plainte en mars dernier pour agression contre Patrick Bruel, agression requalifiée en tentative de viol par le parquet de Nanterre cette semaine. Merci infiniment d'être avec nous ce matin depuis la Belgique.

Bonjour Maïdi Roth, vous êtes la première femme à avoir parlé à Mediapart et à Marine Turquie pour dénoncer une agression de Patrick Bruel dont vous avez été victime. C'était en 2018, vous aviez 27 ans. Vous allez nous raconter comment vous avez entamé cette démarche et vous Marine, comment vous avez recueilli ces paroles. Mais même question pour commencer à toutes les deux, Maïdi Roth et Karine Wieser, quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris la mise en examen de Patrick Bruel et son placement sous contrôle judiciaire ? Karine Wieser.

1:51
Invité

Oui, moi j'ai évidemment suivi attentivement tous les faits qui se sont passés en attente d'un verdict par rapport à ces longues heures d'attente, évidemment. J'étais soulagée déjà parce que ça voulait dire que nous étions entendus, qu'on avait été pris en considération et donc c'est déjà un grand acte qui a été donné.

2:17
Présentateur

Merci Maïdi Roth, même question ?

2:20
Invité

La même chose, le soulagement, c'est-à-dire que ça libère la parole des femmes, on est entendus, voilà, il y a une écoute qui se met en place.

2:30
Présentateur

Une écoute qui se met en place puisqu'il y a un contrôle assorti de plusieurs obligations concernant Patrick Bruel. Marine Turquie, vous disiez cette semaine que l'affaire Bruel était une affaire qui ne faisait que débuter. Et expliquez-nous pourquoi et comment tout a commencé pour vous il y a dix ans ?

2:47
Invité

Alors comment tout a commencé, c'est justement avec Maïdi Roth qui est ici parce que je rencontre Maïdi Roth en marge d'une autre enquête sur Luc Besson. Et au détour de cette conversation, elle me dit, vous me dites que celui sur qui il faudra enquêter, c'est Patrick Bruel. Maïdi me raconte qu'elle aurait subi une agression dans un taxi au festival d'Acapulco au Mexique en 97 et que d'autres personnes auraient été agressées également en marge de ce festival. Et donc c'est ça mon premier point de départ de cette affaire et de cette enquête qui va durer plus de sept années quand même. Pourquoi ? Parce que en fait, ce n'est pas le moment pour beaucoup de femmes à l'époque de parler.

Patrick Bruel est extrêmement puissant, c'est le chanteur de variétés le plus connu en France. C'est le plus populaire ? Bien sûr, c'est l'artiste le plus invité aux enfoirés, il est invité aux hommages nationaux d'Emmanuel Macron, aux Invalides, au Panthéon. Il faut se rendre compte quand même, parce qu'aujourd'hui on le voit effectivement mis en examen.

3:38
Présentateur

Mais il a porté la flamme olympique.

3:40
Invité

Bien sûr, évidemment. Donc à l'époque, ces femmes, beaucoup ont l'impression que c'est comme se jeter d'une falaise que de parler pour dénoncer des violences sexuelles.

3:49
Présentateur

Maïdi, vous avez eu le sentiment de vous jeter d'une falaise en contactant Marine Turquie ?

3:54
Invité

Non, alors c'est elle qui m'a contactée. Mais qu'est-ce qui vous a décidé à parler ? C'était une évidence en fait. Je me suis retrouvée dans ce festival. Patrick Bruel m'a agressée dans ce taxi. Et c'est surtout que le lendemain ou le jour d'après, je suis témoin. Enfin témoin. Je vois une femme sortir d'un bungalow en larmes, les habits un peu déchirés, etc. Je lui amène de l'eau, on lui porte secours. Il y avait une autre actrice qui vient m'aider à la soutenir. Et elle nous raconte que Patrick Bruel l'a agressée. Et là, je me dis, mais ce n'est pas possible. Quelque chose ne fonctionne pas du tout. Vous avez même fait une liste après, du nombre de personnes concernées.

Et le soir, avec quelques comédiennes qui étaient présentes, on se dit, et si on faisait une liste ? Et si on mettait sur un bout de papier les agressions qu'on a déjà subies ? Les choses, voilà. Et qu'on transmet cette liste entre nous pour protéger les nouvelles comédiennes qui arrivent, les jeunes actrices, etc. Et voilà, ça a été le point de départ. C'est un peu MeToo avant MeToo, finalement. MeToo avant MeToo, parce que c'est 97, comme vous l'a rappelé. Voilà, les femmes se protègent entre elles. On est en 97 et en fait, ces sujets ne sont pas un sujet. Les violences sexuelles, on n'en parle pas.

Et donc, comme dans d'autres affaires, PPDA notamment, les femmes se protègent et s'alertent entre elles, ce qui ne devrait pas exister. Et c'est, je crois, ce qui a rendu aussi cette enquête difficile. C'est qu'en fait, il y avait des consignes qui étaient données. On l'a montré à Mediapart dans des enquêtes aux enfoirés, dans différentes rédactions. On a envoyé des journalistes hommes pour interviewer Patrick Bruel. Au lieu de ne pas inviter Patrick Bruel, en fait, on prévenait les femmes qu'il fallait faire attention de ne pas se retrouver seule avec lui. Ça pose une question.

S'il n'a pas de comportement problématique, comme il le dit, Patrick Bruel, pourquoi des consignes étaient données ? Pourquoi les femmes se prévenaient entre elles ? A Capulco, ce que raconte Maïdi Roth, est intéressant. Plusieurs femmes dénoncent, lors de ce même festival, en l'espace de quatre jours, plusieurs agressions sexuelles ou tentatives de viol, dont Daniel Alsner, qui est aujourd'hui la patronne d'UniFrance, institution phare du cinéma français, qui, justement, a porté plainte pour tentative de viol, qui est l'une des personnes qui va me parler et pouvoir permettre ma première enquête publiée au mois de mars dernier, qui déclenche, en fait, toute l'affaire.

Mais vous dites que vous n'avez jamais reçu autant de plaintes, une trentaine de témoignages, parce que certaines victimes veulent parler. Est-ce que, finalement, ça crée aussi un effet masse ? Il y a d'autres plaintes qui arrivent, qui arrivent encore, d'ailleurs. – Bien sûr, à partir du moment où vous avez publié une première enquête étayée, recoupée, qui, justement, a un petit peu d'écho, eh bien, d'autres gens vous contactent. – Même aujourd'hui ? – Même aujourd'hui, mais surtout depuis la parole de Flavie Flamand, qui a pris la parole dans Mediapart au mois de mai, qui a porté plainte pour viol, en dénonçant un viol alors qu'elle était mineure en 1991.

C'est important de dire que cette parole a permis un coup de projecteur médiatique, enfin, sur cette affaire qui est tentaculaire. « Je reçois des dizaines et des dizaines de témoignages, je travaille dessus, donc je ne peux pas vous en parler à ce stade. » – Non, mais vous en pouvez m'y donner aujourd'hui.

6:43
Présentateur

– Mais d'abord, de nouvelles plaintes ?

6:45
Invité

– Oui, on a révélé, justement, hier soir, deux nouvelles plaintes qui viennent, tout juste d'être déposées, là, au Parquet de Nanterre. Une femme qui dénonce un viol en 2012, une femme qui dénonce une tentative de viol en 2012. – Ça veut dire qu'on se plaint rien qu'à Nanterre ? – Alors, c'est difficile de compter les plaintes, parce qu'il y a des femmes qui ont fait des signalements, d'autres femmes qui veulent simplement être auditionnées. Et ce qui est intéressant, c'est qu'en fait, les femmes parlent beaucoup plus pour appuyer la parole des autres que pour elles-mêmes.

C'est à rebours du stéréotype d'une femme qui voudrait actionner le levier MeToo pour se venger, qui arriverait à Mediapart avec une clé USB, des SMS, etc., pour démonter la statue Patry Gouel. C'est pas ça, la réalité des choses. C'est que c'est difficile de parler, c'est long, et elles le font pour appuyer la parole des autres, parce que quand elles entendent les dénégations de Patry Gouel qui disent « c'est faux, tout ça est une chasse », ou ce sont des rumeurs,

7:28
Présentateur

à travers son avocate, lui, conteste les faits, et il entend démontrer son innocence, je cite l'avocate de Patry Gouel. Karine Wieser, vous avez porté plainte en mars contre Patry Gouel, une plainte pour agression survenue en 2010. Elle a été requalifiée cette semaine par le parquet de Nanterre en tentative de viol. Qu'est-ce que vous ressentez lorsque vous voyez de plus en plus de femmes prendre la parole ?

7:54
Invité

Je suis plus que satisfaite, évidemment. Quant à ma plainte qui a été requalifiée, je suis évidemment agréablement surprise parce que les juges ont mis les mots sur la réalité de la plainte et elle a été considérée comme telle. Donc je suis vraiment très satisfaite. Maintenant, de plus en plus de femmes parlent et c'est le but de la médiatisation, c'est de leur faire prendre la parole, leur dire que c'est possible, qu'elles doivent avoir confiance en elles, qu'on est soutenus dans ce combat et que maintenant, on se fait entendre. Donc oui, une médiatisation est nécessaire. Mais Maïdi Roth, vous ne vous dites pas que vous aussi, vous pourriez porter plainte, vous seriez qualifiée à le faire ?

Alors moi, mon intention, ça a vraiment été de soutenir Daniela et de témoigner non anonymement pour que ce papier puisse exister le 18 mars. Voilà, ça a été vraiment ça. Et maintenant, je suis là parce que je pense qu'il faut protéger nos jeunes. Vous êtes lanceuse d'alerte ? Je ne sais pas. Je ne sais pas ce que je suis, mais je ne me pose même pas la question. Il faut protéger nos jeunes. Il faut créer des structures qui existent déjà, mais les renforcer de formation contre les violences sexistes et sexuelles. il faut protéger les femmes. Il faut surtout qu'il n'y ait plus le moins possible de possibilités de complicité sur les structures spectacles, cinéma, etc.

9:27
Présentateur

Alors, il faut rappeler, parce que nous sommes dans un état de droit et que ce studio n'est pas un tribunal, que Patrick Bruel est présumé innocent, mais c'est important de recueillir votre parole, Marine Turquie. Vous, vous avez constaté que c'est la première fois que le parquet se saisit aussi rapidement d'une affaire de viol et d'agression après des révélations dans la presse qui datent maintenant. Il se passe quelque chose au niveau de la justice ? Vous avez le sentiment que ça bouge ?

9:51
Invité

La meilleure des preuves, c'est qu'en fait, le parquet a demandé la mise en examen pour 9 cas. Il avait déjà entre les mains 7 des cas, la justice belge et la justice française. Donc aujourd'hui, il demande la mise en examen pour des faits qu'il a lui-même classés il y a quelques années. Qu'est-ce que ça raconte ? Ça raconte que la justice, comme la société, elle évolue dans son regard posé sur ces affaires de violences sexuelles. Elle les comprend mieux. Et je crois aussi que le fait qu'il y ait une enquête sérieuse étayée qui soit publiée et même deux sur Mediapart a fait avancer les choses.

Est-ce que sans enquête de la presse, sans travail de la presse, il y aurait eu cette grande enquête judiciaire ? C'est la question qu'on peut poser aujourd'hui.

10:22
Présentateur

On peut poser la question. Vous dites d'ailleurs dans les colonnes de Mediapart que tous les témoignages que vous avez recueillis racontent un récit, je vous cite, quasiment similaire, sans se connaître. Oui, ce sont des femmes

10:33
Invité

sur une période de 40 ans aux quatre coins de la France qui racontent des choses extrêmement similaires sans se connaître. Elles sont figurantes, chanteuses en début de carrière, masseuses ou esthéticiennes, techniciennes dans la musique ou le cinéma. Et ce qu'elles racontent, c'est un chanteur qui se jetterait sur elles sans signe avant-coureur et sans se soucier de leur consentement. Ce sont leurs témoignages. Elles dénoncent des faits, vous l'avez dit, qui sont de gravité pénale différentes, qui vont du harcèlement sexuel au viol, en gros, pour résumer, mais qui racontent un même homme qui ne se soucierait pas de leur consentement.

Et c'est important de le dire parce que Patrick Brouel, vous l'avez dit, il dit, moi, je n'ai jamais outrepassé un refus. Les 30 témoignages qui sont sortis dans la presse et ceux qui sont aussi aujourd'hui entre les mains de la justice, racontent l'inverse. Un homme qui n'entend pas le nom. Certaines disent, moi, j'ai dû le repousser physiquement. Certaines disent, moi, je lui ai dit non 100 fois. Mais justement, est-ce qu'il y a un effet, on parlait de l'accélération, du fait que c'est allé vite. Il y a quatre juges d'instruction qui ont été nommés, c'est énorme pour ce type d'affaires.

Est-ce qu'il y a un effet liana aussi, qui fait que cette petite collégienne qui a été tuée peut-être par ce suspect qui est actuellement mis en examen lui aussi, est-ce que cette médiatisation aussi de cette affaire fait que, enfin, les choses vont peut-être plus vite. La justice accélère, en tout cas, dans ce type d'affaires.

11:47
Locuteur non identifié

Ces deux actualités,

11:48
Invité

elles se percutent et elles n'ont rien à voir. Elles n'ont rien à voir. C'est tout à fait évident qu'elles n'ont rien à voir. Mais le point commun, c'est qu'en fait, la justice avait déjà en main, dans les deux cas, beaucoup d'éléments et que peut-être il y a des gens qui n'ont pas été protégés. C'est évident. Donc aujourd'hui, il y a un miroir qui est tendu à la justice qu'il faut qu'elle saisisse, mais je crois que plus largement ce sont les pouvoirs publics. Gérald Darmanin avait en main un rapport qu'on a révélé à Mediapart, un rapport de 2023 qui montre une chaîne pénale asphyxiée de plaintes, qui montre que des plaintes pour viol n'ont pas été investiguées pendant des années.

C'est précisément ce qui se passe aussi dans le cas de l'affaire Liana. Et ça, je pense qu'aujourd'hui, il y a peut-être quelque chose qui se passe, il y a peut-être une parole

12:30
Présentateur

pour vous soutenir mutuellement ?

12:32
Invité

Alors, pas du tout. Pas du tout ? Mais pas du tout. Même Daniela, quand j'ai apporté mon témoignage à Mediapart, je ne lui ai jamais parlé, en fait. Je l'ai croisé au festival de Cannes. Là, ce festival de Cannes, on est tombé dans les bras l'une de l'autre.

12:49
Présentateur

C'est donc la directrice générale

12:50
Invité

d'Unifrance qui était à Capulco. Mais elle a mis un visage sur mon nom, en fait. Elle me dit, c'est toi. Voilà. Mais pendant tous ces mois, on ne s'est pas parlé.

13:02
Présentateur

Donc, c'est vous, Marine, qui faites le lien entre ces femmes, pour le moment ?

13:07
Invité

Ce que raconte Mediapart est intéressant. Ça veut dire qu'en fait, il n'y a pas de complot. Il n'y a pas de gens qui se coordonnent. Il n'y a pas de gens qui se parlent plus que ça. Ce sont des femmes qui dénoncent la même chose sans s'être parlé. Elles étaient présentes ensemble au festival de 97 sans forcément savoir à l'époque ce qui était arrivé l'une à l'autre. Donc, en fait, c'est moi qui révèle leur témoignage, mais ces femmes ne se sont pas parlé entre elles et c'est important de le dire.

13:28
Présentateur

Karine Wieser, vous avez reçu des insultes, vous avez reçu des courriers jusqu'à la... Enfin, dans la boîte à l'aide de votre domicile ?

13:36
Invité

Oui, tout à fait. Oui, tout à fait. La salve de haine, d'injures et de menaces des fans... La haine ? Ah oui, oui, vraiment. Oui, tout à fait. Les injures, c'est vraiment quelque chose qui rythme mon quotidien depuis deux mois et demi.

13:52
Présentateur

Mais de la part de fans de Patrick Bruel, de personnes qui vous en veulent d'atteindre leur icône sur son piédestal ?

14:00
Invité

Exactement. J'entache la personnalité qu'est Patrick Bruel. Ces fans ont vécu toute leur vie. Leur vie a été rythmée par Patrick Bruel de l'adolescence à maintenant. Et là, toucher à Patrick Bruel, c'est toucher à leur éducation, à leur façon de vivre. Et donc, elles se sentent elles-mêmes agressées. Donc, c'est le dommage collatéral que je subis, en effet, depuis plus de deux mois. Mais Maïderoth, c'est vrai qu'on a dit pendant des années que DSK, que Patrick Poivre d'Arvor, que Patrick Bruel, c'était des séducteurs, qu'ils avaient une drague lourde. Elle est où la limite entre la drague lourde, entre la séduction un peu pataude et le harcèlement et le viol ?

Et surtout, à quel moment on ose se dire que la limite elle est franchie en fait ? Merci, merci pour cette question. Je voulais parler de ça justement. J'ai fait la formation au VSS du CNC et c'était formidable. Du Centre National de la Cinématographie. Pardon, du Centre National de la Cinématographie et j'ai vraiment pu mettre des mots sur des actes. C'est-à-dire qu'il y a eu un cadre d'un coup et ça fait tellement du bien de savoir qu'il y a le pénal, il y a le droit du travail, qu'une main sur un genou, qu'est-ce que c'est ? Un homme qui vous embrasse... Alors une main sur un genou, qu'est-ce que c'est ?

Alors, à partir du moment où un homme vous touche sans votre consentement, il y a une forme d'agression sexuelle en fait. Voilà. Et après, il y a toute une série de repères pour qualifier tout ça et c'est tellement bien d'avoir un cadre juridique et je pense que plus on a un cadre juridique autour de tout ça, un cadre juridique sur quelque chose qui avant était confus et qui, voilà, et qui du coup nous atteint parce qu'on n'a pas les mots. C'est important de dire que la séduction, ce n'est pas les violences sexuelles. Voilà, c'est ça. Certains font mine quand même de confondre les deux.

Moi, l'une des femmes qui témoigne dans mon enquête m'a dit « Moi, je sais ce que c'est que la drague, je sais ce que c'est que le harcèlement sexuel et moi, ce n'est pas de la drague que j'ai vécue. » Donc en fait, il faut quand même remettre les mots. Patrick Brouel a beaucoup justement entretenu cette image du chanteur romantique, de la séduction. C'est les réponses qu'il fait à Mediapart. Il dit « J'ai pu séduire de manière directe ou maladroite. » Il plaide la séduction maladroite. On ne parle pas de séduction. On parle d'accusation de violences sexuelles. C'est bien différent. Quand il insiste qu'une femme dit non plusieurs fois, on n'est pas dans de la séduction visiblement.

Mais ce mythe justement du séducteur, je pense que cette affaire l'écorne aujourd'hui. Je pense que contrairement aux fans de Brouel qui disent « Il n'a pas besoin de violer, Patrick Brouel, il y a des ordres de femmes. » On disait la même chose pour DSK. Exactement. Dans l'affaire DSK, la ministre Elisabeth Bigou avait dit « Il n'a pas besoin de violer. » On l'a entendu dans l'affaire Nicolas Hulot. Je crois qu'aujourd'hui, ça, grâce à la parole de toutes ces femmes et grâce au coup de projecteur médiatique sur cette affaire, on commence à faire la différence entre la séduction qui est bien claire et puis les accusations

16:50
Locuteur non identifié

de violences sexuelles.

16:50
Présentateur

Maïdi Roth ?

16:51
Invité

Oui, parce que moi, sur le moment, je me suis dit que c'est un séducteur. Et même si je me suis sentie en danger parce que je lui ai dit « Fais gaffe, il y a mon mec qui m'attend à la sortie du taxi et il m'a répondu « Je ne suis pas jaloux. » Et sur cette phrase, je me suis dit « Je suis une proie finalement. » Mais c'est vrai que j'ai minimisé. Et c'est en voyant l'autre agression deux jours plus tard que j'ai pris conscience. C'est juste pour expliquer qu'on minimise beaucoup nous les femmes et qu'on se dit « On lui plaît, il nous a embrassées. » Voilà.

17:24
Présentateur

Alors, il y a une question de Chantal sur l'appli Radio France. Elle vous a adressée au fond de Marine Turquie parce que vous avez beaucoup travaillé sur le sujet mais qu'est-ce qui peut expliquer de tels comportements ? Comment peut-on en arriver là quand on est un homme ? Vous vous êtes posé la question quasiment en termes psychologiques comme journaliste.

17:42
Invité

Il y a beaucoup de gens qui pensent que c'est une question de pulsions sexuelles, de besoins, qu'on entend souvent les hommes auraient plus de besoins sexuels. Ça, c'est quelque chose que je vois sous tous mes articles dans les commentaires. Il ne s'agit pas de pulsions sexuelles. Il s'agit de rapports de domination. Les violences sexuelles sont des affaires d'abus de pouvoir et de domination qui peuvent prendre les atours de la sexualité mais ce sont des crimes et des lits potentiels de propriété de domination. Et donc, en fait, c'est ça que raconte cette affaire.

Que vous soyez l'instituteur, le prêtre, l'animateur périscolaire, le présentateur du JT de 20 heures ou que vous soyez Patrick Bruel, le point commun, c'est vous avez de la notoriété du pouvoir. Qu'est-ce que vous en faites ? Avec quel levier vous actionnez ? Ce sont des affaires d'abus de pouvoir.

18:22
Présentateur

Merci, en tout cas, à toutes les trois d'avoir été les invités de France Inter ce matin Marine Turquie. Je renvoie donc à l'article qui vient de paraître sur le site de Mediapart où vous dites que le dossier s'alourdit concernant Patrick Bruel. Merci infiniment à toutes les deux d'avoir témoigné également avec nous ce matin et merci d'avoir été avec nous Maïdi Roth et Karine Wieser depuis la Belgique. Bonne journée.

18:50
Locuteur non identifié

Merci.

Affaire Patrick Bruel : "Nous sommes entendues", disent les premières plaignantes après la mise en examen du chanteur · Pourquijevote