Taxe sur les superprofits de Total, présidentielle 2027... Le "8h30 franceinfo" de Boris Vallaud
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Bonjour Boris Vallaud. Bonjour. Merci d'être avec nous sur France Info. Bonjour Majid. Bonjour Agathe. Boris Vallaud, vous publiez un livre dans lequel vous développez votre concept de démarchandisation. Nos vies ne sont pas des marchandises aux éditions du Seuil. On va en parler dans un instant. Mais d'abord, Total a annoncé hier un bénéfice net trimestriel de 5,8 milliards de dollars en hausse de 50% sur un an. Total qui est porté par le contexte de guerre, la flambée des prix du carburant. Dans la foulée, OPS, vous avez déposé une loi pour taxer les bénéfices exceptionnels liés aux crises.
Est-ce que vous voulez taxer un profiteur de guerre ou une entreprise française qui gagne de l'argent ?
D'abord, mettre en face de ces 51% d'augmentation du résultat de Total, l'augmentation de 41% du prix de l'essence. C'est quand même ça qu'il faut mettre face à face pour prendre la mesure, en réalité, de l'enrichissement de Total sur, au fond, le dos des consommateurs d'essence qui, pour une bonne part d'entre eux, n'ont pas d'autre choix que de prendre leur véhicule. Et moi, je suis d'un territoire rural, l'Élande, dans lequel, si vous n'avez pas votre voiture, vous n'allez pas chez le médecin, vous n'allez pas travailler, vous n'allez pas vos enfants dans leurs activités culturelles ou sportives.
Et dans ces conditions, oui, nous nous disons que la priorité, c'est de faire baisser le prix à la pompe par tous les moyens. Et que cela coûte d'abord à ceux qui s'enrichissent de cette crise. D'où, pardon, la proposition qui est formulée par les socialistes, qui consiste à taxer les surprofits de ces...
Donc uniquement les bénéfices exceptionnels ?
Oui, que nous calculons comme un excédent de 20% sur la moyenne des résultats des trois dernières années. Et donc ensuite, nous avons des paliers, une progressivité entre 20 et 40% de ce surprofit qui est taxé. Et l'ensemble de ces grandes compagnies énergétiques, taxées de cette manière-là, compte tenu de ce que sont ces résultats, devraient rapporter à peu près 2 milliards.
Vous dites que ça rapporterait 2 milliards ?
Oui, qui doit être immédiatement réinjecté dans le soutien à celles et ceux pour lesquels la vie est déjà difficile quand il n'y a pas ces prix à la pompe, mais qui aujourd'hui, non seulement ne remplissent pas leur réserve d'essence, mais ne remplissent pas non plus leur réfrigérateur.
Mais Boris Vallaud, Total fait l'essentiel de ses bénéfices hors de France. On écoute Jean-Louis Chilansky, ancien président de l'Union française des industries pétrolières. Ce n'est pas en France que Total fait ce bénéfice, c'est dans les pays producteurs de pétrole. Et donc, c'est une activité qui a peu de choses à voir avec la distribution de carburant en France. Et en plus, Total paye des taxes très importantes aux pays producteurs. Donc, le chiffre de 5 milliards, c'est déjà le résultat d'un profit taxé. Donc, la question, c'est est-ce qu'on veut taxer Total deux fois ?
Vous voulez taxer les bénéfices mondiaux ou français ? Je taxe les bénéfices mondiaux d'une entreprise qui, par ailleurs, c'est assez bien documenté, a un taux effectif d'imposition sur les sociétés, par exemple, au plan national comme au plan mondial, qui est inférieur à ce qui est pratiqué, par exemple, pour nos artisans, nos commerçants et nos PME en France. Donc, c'est une mesure de justice, d'urgence, qui ne taxe pas les résultats, mais les surprofits. C'est-à-dire, au fond, ce qui n'a pas lieu d'être et qui relève, effectivement, d'un moment qui est un moment spéculatif.
Parce qu'ils ont beau faire leurs bénéfices auprès des producteurs de pétrole, eh bien, c'est quand même du surprofit qui coûte aux consommateurs.
Mais est-ce que c'est réaliste, Brivalo ? Parce que, justement, vous le soulignez, Total paye peu d'impôts en France, parce qu'elle explique qu'elle fait ses bénéfices ailleurs.
Mais elle paye peu d'impôts partout, en réalité.
Elle paye plus d'impôts dans d'autres pays de l'Union Européenne qu'en France, en tout cas.
Les multinationales et Total n'y échappent pas, consolident en moyenne 40% de leurs résultats dans des paradis fiscaux ou des pays à fiscalité faibles. Et il manque à toute l'Union Européenne, du fait de cette optimisation fiscale, à peu près 20% des recettes de l'impôt sur les sociétés. Donc, il est normal, à un moment donné, surtout dans des moments de crise, qu'on ne demande pas à ceux qui ont besoin de leur voiture, à ceux qui ont besoin de se chauffer, de payer, au fond, une facture qui est bonne à l'heure.
Mais c'est beau sur le papier de proposer ça, c'est populaire, mais ça peut être décevant aussi. Vous vous rappelez, la France avait instauré une taxe exceptionnelle sur les bénéfices en 2022 des raffineurs, et notamment Total, les raffineurs qui avaient bénéficié du contexte de guerre en Ukraine. Et cette taxe, elle avait réuni 69 millions d'euros, alors que le gouvernement tablait sur 200 millions, et que certains économistes avaient tablé sur 3 milliards d'euros. 69 millions d'euros, vous nous dites, votre taxe aujourd'hui, elle va rapporter 2 milliards.
Nous avions contesté la façon dont avait été conçue cette taxe. Celle-là, elle est simple, claire, immédiatement applicable, et je crois qu'elle n'est pas contestable, ni sur le plan politique, ni sur le plan économique.
2 milliards, vraiment ? Vous avez vérifié vos chiffres ? Vous avez fait une étude ?
C'est une estimation, et oui, nous maintenons cette estimation-là.
Dans les faits, Total avait anticipé acheter des stocks de pétrole avant la guerre. Il a fait une bonne opération commerciale, le groupe Total, et en plus, ils plafonnent les prix à la pompe. Ils ont expliqué que c'était leur volonté de continuer.
Vous pourriez aussi dire bravo à Total ? Écoutez, si j'étais assuré que ce soit vrai, peut-être que je serais amené à le faire. Mais par ailleurs, vous savez qu'il y a des documents qui ont été révélés de Bercy qui montrent qu'en réalité, les distributeurs ont augmenté leur marge. C'est la raison pour laquelle nous avons demandé au gouvernement, qu'il avait lui-même évoqué, mais on n'en finit pas d'attendre en réalité, que les marges des distributeurs soient encadrées. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Il y a urgence, et ce n'est pas un hasard s'il y a des surprofits.
Vous appelez le gouvernement à soutenir votre texte, tous les partis à soutenir votre texte ?
Oui, en général, quand on fait une proposition de texte, c'est dans l'espoir que ce texte soit soutenu, que l'interpellation, à travers cette proposition de loi qui est celle des Françaises et des Français qui n'en peuvent plus, je vous assure que c'est le sujet numéro un. Quand vous vous déplacez...
On a compris le Rassemblement national, parce que le Rassemblement national n'écarte pas de taxer ses super-profits.
Mais chacun, ensuite, est responsable de son vote dans l'hémicycle. Là, je demande au gouvernement de ne pas continuer de différer un certain nombre de décisions qui sont importantes et urgentes, d'autant que, vous l'avez vu ce matin, la guerre est quand même le fruit de l'inconstance, de l'incohérence du président américain. Dès qu'il ouvre la bouche, on se retrouve avec une situation géopolitique et économique inextricable. Il ouvre la bouche pour dire que peut-être il va faire durer le blocus du Détroit d'Hormuz, et on se retrouve avec un baril à 125 dollars.
Justement, c'est effectivement le sujet sur lequel on voulait vous interroger. Donald Trump qui évoque un blocus qui pourrait durer plusieurs mois, hier, dans une réunion avec des patrons du secteur pétrolier, et dans la foulée, le prix du baril qui bondit, qui dépasse désormais, effectivement, les 125 dollars. Les marchés sont inquiets, les Français sont inquiets. Est-ce que vous êtes inquiet, vous aussi, Boris Vallaud ?
Bien sûr que je suis inquiet. Ça fait quand même des mois et des mois que nous avons tous les motifs d'être inquiets, avec les désordres mondiaux dont Donald Trump est la cause. Il est vindicatif avec tout le monde, il est brutal, il est inconstant. S'agissant de l'Iran, on n'a pas bien compris quels étaient les buts de guerre, ceux qui pourraient y mettre un terme, et je crois que lui-même ne le sait pas. Et c'est bien ce qui est inquiétant. Donc il est susceptible de changer de but du matin au soir, en s'en prenant au passage à ceux qui devraient être ses alliés.
Il est inconstant, il est brutal, vous dites. On devrait être ses alliés. Est-ce que c'est devenu un adversaire, Donald Trump ?
C'est devenu depuis maintenant bien longtemps, et sur bien des points, un adversaire. Boris Vallaud ? En tout cas, c'est un allié sur la fiabilité. On peut douter de sa fiabilité.
Et c'est quoi la conclusion ? Que vous en tirez ?
La conclusion, elle s'adresse d'abord aux Américains eux-mêmes. Il y a des élections de mine terme. Il est temps de changer l'équilibre des pouvoirs et l'équilibre politique aux Etats-Unis. Et je crois que beaucoup d'entre eux sont prêts à le faire.
Boris Vallaud, on écoute Thierry Bross. Il est professeur à Sciences Po, spécialiste des questions relatives aux énergies et au climat. Chaque mois qui passe, le prix du baril devrait augmenter de l'ordre de 30 dollars. Les prix vont rester élevés pendant longtemps. Vous rentrez dans un monde où le pétrole est plus cher, et donc il va falloir que vous adaptiez votre comportement. Est-ce qu'il faut adapter nos comportements dès maintenant ?
Depuis longtemps, vous savez, on parle de ce peak oil, c'est-à-dire ce moment où il y aura, ce sera la dernière goutte de pétrole. Et il faut l'anticiper parce qu'évidemment, elle est de plus en plus chère. Et qu'en plus de ça, ce sont des énergies carbonées dont on sait à quel point elles émettent des CO2. Et elles continuent d'accélérer le réchauffement climatique avec les conséquences que vous avez. Et donc, nous avons besoin de sortir de notre dépendance aux énergies carbonées, au pétrole en particulier. Et parce que vous avez bien vu que quand on est dans la main des producteurs de pétrole, les conséquences politiques, sociales et économiques sont considérables. Ça veut dire quoi ?
Ça veut dire qu'il faut accélérer le déploiement des énergies renouvelables. Et pour ce qui nous concerne, nous considérons qu'à tout le moins, le nucléaire est une énergie de transition et qu'il faut mettre la décarbonation comme priorité et l'électrification de nos usages. L'électrification de l'industrie, l'électrification aussi des transports.
Mais là, vous parlez de solutions à moyen long terme. À court terme, qu'est-ce qu'on fait ? On voit que le kérosène est particulièrement affecté par cette crise et qu'en conséquence, des compagnies annulent ou reportent des vols. Transavia a annulé 400 vols en mai et en juin. Est-ce que vous dites aux Français arrêtez de prendre l'avion ? Faites des vacances d'été sans avion, revoyez vos habitudes dès maintenant ?
D'abord, je dis qu'il appartient au gouvernement français, au gouvernement européen, unis dans une même orientation diplomatique, de faire pression sur les Etats-Unis, sur l'Iran, pour qu'une solution diplomatique soit trouvée rapidement et que les Trois d'Ormousse puissent être réouverts. Il faut que les pays de l'OPEP qui le peuvent, sans doute, soit libèrent des réserves, soit produisent plus. Je crois que c'est une partie de la réponse. Par ailleurs, ça c'est pour les volumes. Et certains stocks stratégiques ont déjà été progressivement libérés. Est-ce que c'est suffisant ou pas ? Je vous parle de réponses de court terme, dont on a bien compris qu'elles obéraient justement.
Et par ailleurs, moi je vois que le prix à la pompe, il reste très élevé pour beaucoup de Françaises et de Français. Que les gros rouleurs soient aidés, qu'un certain nombre de métiers qui ont la nécessité d'utiliser leur véhicule le soient, tant mieux. Mais je crois que ça oublie une très grande majorité de Françaises.
Donc vous avez appelé le gouvernement à appeler plus loin. La semaine dernière, une aide a été annoncée qui concerne 3 millions de personnes. Il faut élargir cette aide ?
Oui, je le crois. Nous avons fait des propositions, qui sont des propositions d'aide ciblées en fonction des revenus et de l'usage du véhicule. Donc de la géographie.
Vous proposiez un chèque ciblé au Parti Socialiste, c'est ça ?
Oui, absolument. C'est une partie des choses qui ont été proposées. Alors, je ne vais pas vous donner le détail, mais c'est à ceux qui ont des revenus modestes, les classes populaires, les classes moyennes, et qui ont la nécessité d'utiliser leurs véhicules. Écoutez, moi, vous savez, quand on habite dans ma circonscription à Saint-Sauvet, c'est quand même très compliqué de ne pas utiliser son véhicule pour aller travailler, pour aller se soigner, pour tout un tas d'activités. Et nous ne pouvons pas proposer aux Françaises et aux Français des semaines et des mois de privation, parce que c'est les vacances, mais c'est la consommation.
Quand on a un arbitrage à faire entre son réserve d'essence et son réfrigérateur, évidemment, c'est la vie qui est atteinte.
Une dernière question sur ce sujet. Le PDG de Total, Patrick Pouillanet, a alerté il y a quelques jours sur un risque de pénurie, si la situation durait un peu, comme semble envisager Donald Trump. Aucune pénurie n'est envisagée, lui a répondu Emmanuel Macron. Qui croyez-vous ?
Écoutez, vous me faites presque, vous voyez, je préfère avoir une jambe en bois ou un bras en mousse, mais la réalité, c'est que je préfère croire les autorités publiques en la matière et appeler cette entreprise privée à prendre les dispositions pour qu'il n'y ait pas de pénurie. Je crois qu'il y a une raffinerie importante qui est à l'arrêt. Évidemment, ça pose la question de savoir si les autres peuvent prendre le relais.
Avec Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, vous publiez « Nos vies ne sont pas des marchandises » manifeste pour la démarchandisation aux éditions du Seuil. On va en parler, mais d'abord, Majid, demain, c'est le 1er mai, un jour férié et chômé.
Oui, et certains commerces aimeraient quand même pouvoir travailler. Ils attendaient une loi qui a été écartée par le Premier ministre. Ce même Premier ministre, il appelle au pragmatisme pour ce 1er mai, c'est-à-dire pas d'amende pour les boulangeries et les fleuristes qui voudraient travailler. Est-ce que c'est une décision de bon sens, Boris Vallaud, ou ça va à l'encontre de l'esprit du 1er mai ?
Ça va évidemment à l'encontre de l'esprit du 1er mai, qui est le seul jour férié chômé et payé. Et puis, par ailleurs, je crois que ça continue d'entretenir quand même un flou considérable qui n'est pas de nature insécurisée ni les artisans boulangers ou fleuristes, ni les salariés. Vous savez, dans le moment dans lequel nous sommes en train de vivre, enfin, dans lequel nous sommes, moi, je ne connais qu'une règle, c'est la loi. Et la loi a vocation à s'appliquer. Mais justement, s'il y a un flou,
c'est parce que vous avez tout fait pour que la loi qui était prévue, qui visait notamment à encadrer le travail le 1er mai, pour sortir de ce flou, vous avez tout fait pour que cette loi soit abandonnée ?
J'ai tout fait pour que le dialogue social soit respecté. Que l'on parle des insécurités juridiques éventuelles des artisans boulangers et des artisans fleuristes, mais certainement pas de la grande distribution, de la FNAC, des chaînes industrielles de la boulangerie, qui était en réalité le véritable objectif. Et quand on a l'ensemble des organisations syndicales de salariés qui y sont opposés, et que l'on croit dans le dialogue social, dans sa nécessité, il faut le respecter. J'ai le sentiment que... Il faut donc verbaliser que demain, les boulangers, les fleuristes, qui vont ouvrir demain ? Demain, je crois qu'il appartient à chacune et à chacun de respecter la loi.
Il y a des artisans boulangers qui peuvent ouvrir s'ils ne font pas travailler leurs salariés, ce qui se faisait beaucoup. Par ailleurs, je crois savoir que l'année dernière, il y a eu 5 amendes ou 6 amendes, ce qui n'est pas considérable. Mais vous savez, on simplifie la vie à toutes et à tous. Si on dit qu'il y a une loi, on la respecte, on l'applique, on la fait appliquer. Et puis ensuite, retour au dialogue social, puisque c'est la promesse faite par le Premier ministre et le ministre du Travail, M. Farandou, aux organisations syndicales et aux organisations professionnelles. Retour au dialogue social. S'il y a des accords de branche, il y aura une loi.
Et donc, j'en conclue que s'il n'y a pas d'accord de branche, il n'y aura pas de loi. Et le 1er mai, tel qu'il a toujours été... tel qu'il a toujours fonctionné, eh bien, demeurera... Mais moi, je fais confiance au dialogue social. Et je crois qu'à chaque fois qu'on l'esquive, on est en faute.
Même si on parle de commerce et de salariés volontaires, par exemple, les bouchers-sarcutiers, ils dénoncent une différence de traitement parce qu'il n'y a pas de tolérance pour eux demain. Certains ouvriront malgré tout. C'est le cas d'Anthony Manceau qui gère une boucherie dans le Loiret. Il ne veut pas changer ses habitudes. Écoutez.
Vous ne vous mettez pas à la place
de ce boucher-sarcutier qui a envie d'ouvrir, Boris Vellet ?
Moi, je me mets juste à la place du législateur qui vote une loi et qui n'a pas le droit de dire autre chose, c'est même pénalement répréhensible, que la loi doit être appliquée. Voilà. Et d'ailleurs, tout le monde devrait le dire jusqu'au gouvernement. Donc, sans état d'âme,
même si vous avez un boucher-sarcutier qui vous dit moi, je vais perdre de l'argent, je ne peux pas me le permettre.
Ensuite, je dis, la difficulté qu'il soulève, que des boulangers soulèvent, elle va faire l'objet de négociations dans les branches concernées. Et chacun pourra produire ses arguments pour aboutir ou non à un accord de branche et pour aboutir ou non à une proposition de loi. Faisons confiance dans ce dialogue social.
Boris Vallot, vous défendez dans votre livre un concept, la démarchandisation qui vise à sortir des pans entiers de l'économie, du marché, l'éducation, par exemple, l'enfance, le grand âge, l'eau, la santé ou encore le logement. Est-ce que ce n'est pas une étatisation déguisée ?
Eh bien, pas du tout. D'ailleurs, si vous m'avez bien lu, vous verrez que je vous ai dit mot à mot, ça n'est pas l'étatisation de tout. Ça n'est pas une série de nationalisation technique. C'est une réflexion critique sur ce qui nous est retiré d'essentiel à nos vies. On vit aujourd'hui, je le décris comme ça, dans un grand magasin et tout à un prix, tout à une étiquette. Tout est à acheter, tout est à vendre.
C'est vrai de la petite enfance avec les crèches qui ont été marchandisées jusqu'à la mort avec les pompes funèbres qui n'y échappent pas, en passant par l'école, en passant par les EHPAD, en passant par l'accès aux soins où on voit des médecines à deux vitesses s'inscrire dans notre paysage. C'est vrai de ressources rares qui sont des biens communs comme l'eau et les propositions que je fais.
Ce sont des domaines où l'État intervient déjà en général, Boris Vallaud ?
C'est des domaines où nous avons laissé les lois du marché se substituer à la délibération collective bien souvent. Or, la loi du marché est bien souvent la loi du plus fort parce que la marchandisation de tout, c'est des atteintes à la vie digne, c'est l'augmentation des inégalités qui ont leur géographie et leur sociologie, c'est le délitement du lien social, c'est des épidémies de solitude, c'est un sentiment de dépossession de soi et jusqu'à soi-même puisque nous sommes nous-mêmes devenus des marchandises.
Combien ça coûte votre projet ? Parce qu'on reste quand même dans un monde régi par la loi du marché. Alors moi, je vais vous dire
combien ça coûte la marchandisation ? Vous ne savez pas combien coûte
la démarchandisation ?
Combien coûte la marchandisation ? Regardez aux Etats-Unis, les dépenses de santé c'est 18% du PIB. En France, où c'est socialisé, c'est 12%. Il se trouve que l'espérance de vie est meilleure en France qu'aux Etats-Unis. Il se trouve que les inégalités en santé sont plus faibles en France qu'aux Etats-Unis. Voilà ce que coûte la marchandisation. Vous me parlez par exemple de la marchandisation ou de la démarchandisation des autoroutes. La démarchandisation des autoroutes, ça veut dire que plutôt que de rémunérer des actionnaires, on va pouvoir, avec ce qui était versé comme dividende, investir dans le train, investir dans les mobilités douces, investir dans les transports en commun.
Mais vous trouvez
que l'Etat est un meilleur gestionnaire ? Vraiment, Boris Vallot, quand on voit l'Etat de certains services publics, l'Etat de certaines écoles. D'ailleurs, les parents souvent préfèrent aller dans le privé.
Mais d'abord, je vais vous dire, il faut revenir d'un certain nombre d'évidences. Non, le privé ne gère pas mieux que le public. Par ailleurs, le public a lui aussi un effort de gestion à accomplir. Ensuite, ça n'est pas précipiter l'économie hors de son orbite puisque je propose un nouvel esprit d'entreprise, que le modèle entrepreneurial non lucratif ou le modèle entrepreneurial qui se préoccupe de questions sociales et environnementales, qui instaurent la démocratie dont l'entreprise est capable de répondre à cette exigence. Et il y a des utopies concrètes. À Vienne, le marché du logement a été démarchandisé précisément depuis 1920. Il y a 80% des Viennois qui sont locataires.
60% c'est du logement public. Le plus grand bailleur social européen est Viennois. Et quand vous êtes une classe moyenne, vous pouvez habiter au centre de la capitale. Il y a peu de capitale européenne qui peuvent s'en revendiquer. La politique publique de l'eau dans les Landes. Aujourd'hui, 90% de l'eau est distribuée par une régie départementale. Le SIDEC. Eh bien, c'est aujourd'hui le prix le plus bas de Nouvelle-Aquitaine et un des taux de renouvellement
On va parler aussi de la candidature à gauche parce que c'est un sujet cette élection présidentielle. Ils sont nombreux sur la ligne de départ. Notamment Bernard Cazeneuve qui déclare dans le Figaro, je le cite, être prêt à être candidat en 2027. Il entend créer un rassemblement le plus large possible autour d'un projet responsable et crédible. Est-ce que c'est une candidature sérieuse ?
Vous savez, moi je ne suis pas en train de distribuer des bons et des mauvais points aux candidatures qui se dessinent ou qui se déclarent. Je ne considère pas qu'il y ait d'un côté des candidatures paraît de vertu et d'évidence et d'autres qui seraient frappées d'infamie et d'égotisme. En fait, moi la seule préoccupation qui est la mienne c'est qu'à la fin il y a un seul candidat de la gauche non-mélenchoniste. C'est ma seule préoccupation pour battre l'extrême droite. Sur la base de quoi ? Sur la base d'un programme qui puisse être un programme majoritaire dans le pays et qui s'ancre dans la vie quotidienne comment on fait
pour qu'il y ait un seul candidat à gauche parce qu'on a regardé avec Agathe Bernard Cazeneuve Raphaël Glucksmann François Hollande Olivier Fort ça commence à faire beaucoup.
Mais écoutez vous savez quel que soit le mode de sélection à la fin il ne devra en rester qu'un si nous voulons nous donner une chance d'être au second tour et de battre l'extrême droite. C'est la seule chose qui doit nous obséder. C'est la seule chose qui doit nous obséder. J'ajoute par ailleurs qu'il nous faut d'abord discuter entre nous de ce que nous voulons proposer aux Françaises et aux Français s'ils ne nous sommes pas capables nous-mêmes de le dire pourquoi les électeurs le feraient à notre place.
Nous devons répondre à la question de savoir comment se fait-il qu'on ne vit plus de son travail on ne vit plus dignement de son travail comment on fait pour que le travail paye comment on fait pour que par l'école par les études nos enfants puissent espérer avoir des meilleures vies que la nôtre comment on fait cette transition énergétique et écologique sans que ça serre la ceinture Il y a autant
de programmes ou de nuances que de candidats à gauche et d'ailleurs vous vous n'êtes pas un social-démocrate Boris Vallaud
Moi je suis socialiste au parti socialiste Et vous discutez
avec Raphaël Luxman qui incarne
la social-démocratie Et je discute avec le parti communiste français C'est juste pour embêter Olivier Faure ? Non parce que je crois qu'en réalité il y a au moins un point sur lequel on est d'accord c'est qu'il faut un seul candidat à la fin
Mais Olivier Faure ne veut pas de votre méthode vous ne voulez pas de la sienne vous parlez ou c'est la guerre C'est là où vous vous trompez
dans ce que vous pensez être la crise La crise c'est quand on ne dit pas ses désaccords C'est quand on se tait C'est quand il ne se passe rien C'est quand il n'y a pas de proposition contradictoire Donc vous allez finir par vous mettre d'accord ? De toute façon toute la gauche va finir par devoir se mettre d'accord
Et une dernière question Boris Vallaud On parlait de votre concept de démarchandisation Vous allez en débattre avec Jean-Luc Mélenchon finalement ou pas ? Écoutez je crois que pour l'instant rien n'est prévu Il vous a demandé des excuses Pour l'instant rien n'est prévu Merci Boris Vallaud d'avoir répondu aux questions Je rappelle votre livre Nos vies ne sont pas des marchandises Manifeste pour la démarchandisation aux éditions du Seuil Merci Majid A bientôt
Boris Vallaud