Michel Barnier : "Je me sens pleinement dans le débat politique d'aujourd'hui, déterminé"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Et l'invité du grand entretien ce matin est un ancien Premier ministre poste qu'il occupa après une longue carrière politique en France et en Europe où il eut notamment à négocier les conditions du Brexit. Il publie ce que j'ai appris de vous, chronique pour demain chez Calman Levy et vous pouvez dialoguer avec lui dès maintenant au 01 45 24 7000. Et sur l'application Radio France. Michel Barnier, bonjour. Bonjour Monsieur Demorand. Et bienvenue sur France Inter. Alors ce livre, vous en aviez commencé l'écriture avant d'être appelé à Matignon en septembre dernier et vous l'avez achevé après la censure en décembre dernier.
Au fil des pages, on revit des moments de votre longue vie politique mais vous écrivez qu'il serait prétentieux de parler de mémoire. Vous refusez aussi le terme de confession. Alors quoi Michel Barnier ? Qu'est-ce qui vous dérange dans le terme de confession, de mémoire qui sont des genres nobles marqués par la sagesse, sagesse dont on pourrait avoir besoin aujourd'hui ?
Oui, on peut être sage et en même temps humble Monsieur Demorand. Moi, je trouvais que le mot de mémoire... C'était immodeste. ...était un peu trop orgueilleux. C'est le récit d'une longue route un peu singulière que j'ai tracée depuis longtemps. Mon premier engagement en Savoie. Moi, j'étais au lycée Jean Moulin, j'avais 15 ans, date de l'admiration que j'ai eue d'être très tôt pour le général de Gaulle et je ne l'ai jamais regretté. Ça reste ma grande fierté. Et puis de cet engagement d'élu local très tôt et jusqu'à Matignon en passant par Bruxelles et plusieurs postes gouvernantaux, le Parlement.
Et donc, j'ai voulu faire deux choses dans ce livre, dire que la France était formidable, malgré les cassures, les fractures, les injustices très nombreuses, trop nombreuses, les actes antisémites ou racistes qui se multiplient, les violences. La société est très fracturée actuellement. Je trouve ça très grave. Malgré tout ça, il y a sur le terrain, partout, j'étais hier en Bretagne, des initiatives du bénévolat, des entreprises petites et grandes qui créent. Il y a plein d'énergie positive qu'il faut remettre en mouvement, auquel il faut donner une chance. Ça, c'est la première leçon que je voulais dire. J'ai toujours constaté ça.
Et puis, pour les élus, chaque fois que j'ai été élu, et je l'ai été souvent, à différents mandats, je me suis dit, est-ce que je peux laisser la situation meilleure à la fin qu'au début ? Je me suis toujours dit ça, depuis mon premier mandat de conseiller général, conseiller départemental en Savoie. J'ai toujours essayé de créer du progrès. C'est pas un mot désuet, c'est pas un mot archaïque, le mot progrès. Donc, ce que je veux dire, mon deuxième message, il est pour les jeunes. Engagez-vous, occupez-vous de politique, parce que si vous ne vous occupez pas de politique, c'est la politique qui s'occupe de vous.
Vous le dites et le redites, ce ne sont pas des mémoires. Vous revenez tout de même sur votre longue expérience politique. Vous avez connu tous les mandats, conseiller général, président de département, député, sénateur, député européen, plusieurs fois ministre, commissaire européen, négociateur en chef du Brexit pour l'Union européenne, premier ministre. Donc, on sent tout de même dans ces lignes, à travers tout ce livre, une forme de nostalgie pour le monde politique d'avant. Vous écrivez, force est de constater que la qualité, le niveau, le sens des responsabilités des hommes politiques se sont effrités. Le niveau baisse, tout simplement.
Si je l'ai écrit, c'est que je le pense. Je doute, M. Demorand, que ce livre, je l'ai fait aussi, non pas comme des mémoires ou des confessions, mais pour raconter des moments que j'ai vécu, des rencontres avec des citoyens célèbres ou passionnés.
Oui, citoyens ou grands hommes.
Voilà, parfois les gens les plus modestes et les plus humbles sont les plus intéressants. Ou chaque fois, même si ces événements sont passés, au long de ma route, les leçons que j'ai reçues sont toujours d'actualité. Ce sont des chroniques pour demain, parce que les leçons sont toujours valables, quelles que soient ces leçons, j'en ai 130 chroniques courtes, ces leçons sont toujours valables pour... Mais le niveau baisse en politique ? D'abord, je pense qu'une des raisons, c'est l'interdiction du cumul des mandats, où beaucoup d'élus, qui sont des gens valables, solides, préfèrent l'action concrète des résultats plus rapides en étant maire ou élu local plutôt que parlementaire.
Et j'observe à l'Assemblée nationale une situation impossible avec des partis qui ne sont pas à la hauteur. Le comportement que j'ai vécu, et je n'ai pas de nostalgie ni de rancune, le comportement que j'ai vécu de certains partis politiques, y compris d'un parti soi-disant responsable comme le Parti Socialiste, n'était pas à la hauteur de la situation du pays, de la gravité de la situation, qui exigeait non pas des compromissions, mais des compromis dynamiques. C'est la capacité de travailler ensemble, comme on le fait si souvent au niveau européen. Vous savez, M.
Demand, au niveau européen, j'ai bien connu Bruxelles, avec tous les défauts et les avantages aussi, les qualités et les opportunités de travailler ensemble. Au Parlement européen, il n'y a jamais de majorité absolue. Mais il y a un compromis nécessaire entre les partis politiques. La culture de la coalition. La culture du dialogue et la culture du compromis. Il y a d'autres cultures dont on manque aussi chez nous, c'est la culture d'évaluation aussi.
Il y a de la politique politicienne, des responsables qui font parfois passer leur agenda personnel par-dessus l'intérêt général. Je l'ai observé tout au long de ma carrière, récemment à Matignon, où le microcosme parisien cherchait davantage à se positionner pour les échéances électorales futures qu'à faire progresser le pays. Mais c'est nouveau, ça, vraiment ?
C'est nouveau et c'est plus grave quand il n'y a pas de majorité du tout. Quand vous avez trois blocs qui ne se parlent pas, qui se combattent et qui sont dans le court terme. Non, c'est Pierre Madès France qui disait, il ne faut jamais sacrifier l'avenir au présent. Moi, j'ai vu beaucoup d'hommes politiques dans les mois passés et de femmes politiques aussi qui ont sacrifié l'avenir du pays à leur présent, à leur petit présent.
Michel Barnier, à votre arrivée à Matignon, vous avez donné cette consigne à vos équipes. Soyez pro et sympa. Pro et sympa, voilà selon moi la formule qui résume le mieux ce qu'on est en droit d'attendre d'un décideur public. Il faut de l'affect, voire de l'affection pour bien gouverner.
C'est d'abord une aventure humaine, la politique faite de chemins croisés entre des gens qui n'ont pas les mêmes idées, qui ne viennent pas du même endroit, qui ne vont pas forcément au même endroit, mais qui sont le temps d'un moment, de l'action, ensemble. Donc il faut se respecter. Et moi, j'ai toujours considéré que ça donnait dans une équipe, et j'en ai animé beaucoup d'équipes plurielles, ça donnait une efficacité qu'on ne peut pas écrire, qu'on ne peut pas chiffrer. Celle d'être bien ensemble, d'être fier d'être ensemble. Le premier sentiment que j'ai eu, c'est quand j'ai organisé avec Jean-Claude Killy les Jeux Olympiques d'Alberville, il y a plus de 30 ans.
J'ai observé une chose très simple, que j'ai souvent observé après. On l'a observé aussi avec les Jeux de Paris, qui ont été une formidable réussite avec Tony Estanguet. C'est que tous ceux qui participent à n'importe quelle tâche, les plus modestes, ils sont fiers. Ils ont le sentiment de progresser individuellement, en participant, peut-être modestement, à la réussite d'un projet collectif. Ça, c'est ce qu'il faudrait pour notre pays.
Quand vous voyez la défiance des Français envers les politiques, qui atteint des niveaux stratosphériques, 26% des Français déclarent avoir confiance dans la politique. C'est une enquête Sevipof parue en février. Ça vous étonne ou vous les comprenez ?
Oui, je comprends, mais ce n'est pas juste et ce n'est pas bien. Il faut absolument lutter contre cette indifférence ou cette hostilité qui, d'ailleurs, explique les extrêmes, la poussée populiste. Donc, il faut que les politiques retrouvent la confiance. Pour ça, vous savez, en politique, il vaut mieux être aimé. C'est assez rare. Il faut être soutenu. C'est mieux. Il faut au moins être respecté. Et ça, c'est de plus en plus rail. Les gens se disent, tiens, on n'est pas d'accord avec ce qu'ils proposent, mais au moins, je le respecte parce que ça paraît juste. Enfin, il fait des choses justes.
L'ancien Premier ministre Edouard Philippe était à ce micro la semaine dernière pour parler de son nouveau livre. On parlait d'affect à l'instant. Soyez pro et sympa. Lui assume pleinement d'être guidé en ce moment par un affect qui est la colère. « Je suis en colère », écrit-il en ouverture de son livre. « Colère face à l'état du pays », « Colère face à l'état du débat public », « Face à l'état de la justice », « De l'école ». Vous aussi, êtes-vous en colère quand vous voyez l'état de la France ? »
Non, je pense que ce sont les Français qui sont en colère. Un homme politique peut avoir des sentiments, mais je ne crois pas qu'on doit passer trop de temps à exprimer sa colère. Je connais bien Edouard Philippe, et ce n'est pas une critique, mais ce n'est pas mon état d'esprit. Moi, je suis déterminé. Je pense qu'il faut être déterminé. Vous disiez que j'appartenais à un long parcours passé, mais je me sens pleinement, dans le débat politique d'aujourd'hui, déterminé, ni optimiste, on n'a pas beaucoup de raisons, ni pessimiste. Il ne faut jamais céder au fatalisme ni à la nostalgie. Mais la colère, je comprends, mais ce sont les Français qui sont en colère.
Plus qu'on le croit, contre les injustices, contre le sentiment d'exclusion, l'absence de services publics, contre l'impunité d'un certain nombre de voyous qui se permettent de tout détruire, et même de porter atteinte à la vie des autres. Les Français ont des raisons d'être en colère, mais nous, on doit apporter des réponses. Et je recommande qu'on cherche à tous les niveaux les bonnes réponses. Au niveau local, il y en a. Au niveau des services de santé, par exemple, des transports, au niveau régional, au niveau national, et au niveau européen. Gardons-nous de laisser filer les choses comme elles ont filé au Royaume-Uni. Vous parliez du Brexit, dont je me suis occupé pendant 4 ans.
Si les Britanniques ont voté à 52% contre l'Europe, ce qui était insensé contre l'intérêt national britannique, c'est qu'il y a des raisons. Ne pas confondre le sentiment populaire que je viens d'exprimer avec le populisme qui exploite.
Mais la colère est stérile.
La colère, pour un homme politique, elle ne dit rien. Ce n'est pas un programme, la colère. Le programme, c'est d'apporter des solutions au niveau national, quand on veut être président de la République, ou ministre, ou député.
Au niveau local aussi, au niveau européen. Tout au long du livre, Michel Barnier, vous tirez des leçons de votre passage à Matignon. On va y venir. Mais d'abord, avez-vous des regrets ? Est-ce que vous êtes blessé de rester comme le plus éphémère des premiers ministres de la Ve République ? Quand vous refaites le film, vous vous dites que vous auriez pu ou dû faire autrement ?
Toujours. Je parlais de la culture d'évaluation. Je m'évalue, évidemment. Je regrette beaucoup. Et j'ai été très frustré de devoir partir. C'est vite au moment même où mon cabinet, qui était formidable, le gouvernement, qui était très homogène et soudé par une vraie morale de l'action, était opérationnel. Où l'État s'était arrêté pendant plusieurs mois et on l'avait remis en route pour trouver des solutions. Et j'ai cherché des solutions après le budget, qui ne soient pas forcément des projets de loi. Mais par exemple, nous pourrions parler de la santé mentale, qui est une grande cause pour moi.
Mais le livret d'épargne industrielle, aussi un texte, enfin, sur une assurance sociale unique pour éviter la fraude aussi et qu'on encourage davantage le travail. Il y avait plein de sujets sur lesquels nous étions en train de travailler. On a été empêchés. Tout le monde sait pourquoi je suis tombé. Je suis tombé parce que le Parti Socialiste a été irresponsable et parce que le Front National, pour des raisons qui n'ont rien à voir, que le budget a baissé le pouce. Et ce jour-là, il n'y a plus de majorité. Donc, je n'ai pas d'état d'âme là-dessus.
Vous racontez le 6 septembre, François Hollande, Olivier Faure, Boris Vallaud vous disent « Nous considérons que tu n'es pas légitime et pour cette raison, nous voterons la censure ». La question de votre légitimité à être Premier ministre, elle ne se posait pas à vos yeux. Un Premier ministre, elle est quand votre parti a seulement 49 députés à l'Assemblée nationale. Est-ce qu'il n'y a pas tout de même un petit problème ?
Je ne crois pas parce qu'on parlait de l'esprit de compromis qui fait tant défaut à notre pays. Précisément, mon parti, les Républicains qui sont en train de se reconstruire après une longue convalescence et on revient de loin avec Bruno Rotaillot, ce parti décide de rejoindre l'action du gouvernant de prendre ses responsabilités. Plutôt que d'être spectateur du déclin, nous avons choisi d'être acteur de notre destin, donc de prendre nos responsabilités. Je crois qu'on a bien fait ce parti rejoint l'action commune, le Sénat, pour la première fois sous l'impulsion de Gérard Larcher, soutient le gouvernement depuis 12 ans, ça ne s'était pas produit, et nous avons une légitimité, sans doute, M.
Demorand, une majorité relative, mais moins relative que le bloc de gauche et moins relative que le bloc d'extrême droite. Donc on avait une majorité, il n'y avait que des majorités relatives possibles, la mienne était la moins relative de toutes. Voilà ma légitimité, elle était relative.
Hier, 9 juin, marqué le premier anniversaire de la dissolution décidée par Emmanuel Macron, vous la qualifiez d'insensée, cette dissolution, dans votre livre. Le pays, depuis, il est dans quel état ? Il est bloqué ? Beaucoup de gens le disent, je vais reciter Édouard Philippe, un pays où il ne se passe pas grand-chose, pas de grand projet, pas de grand souffle. Vous partagez ce constat ? Oui, parce que
la dissolution était insensée au sens où personne ne l'a comprise. Et si vous prenez une décision si grave sans que les gens la comprennent, c'est une mauvaise décision. Jacques Chirac avait déjà fait ça en 1997. Je lui avais dit, j'étais son ministre à l'époque, il faut expliquer l'agenda. Il n'y avait pas de raison nationale puisqu'on avait une majorité absolue. Mais il y avait peut-être des raisons de l'agenda européen qui exigeaient d'avoir du temps, d'avoir 5 ans devant soi. Il n'a pas voulu expliquer ça parce que c'était des questions européennes contre-productives. Et de la même manière, cette dissolution de juillet dernier était insensée, incompréhensible.
Donc, depuis, le pays n'a pas de majorité et c'est la pire des choses parce que c'est l'instabilité. Ça veut dire que les gens qui veulent investir n'ont pas de vision, n'ont pas d'horizon, n'ont pas de prédictabilité. Il n'y a pas de confiance. La confiance, c'est la clé de la croissance. Et puis, il n'y a pas d'action possible. Donc, on doit faire pour le mieux. On doit tenter de faire ses compromis quand tout le monde veut s'y prêter, mais ce n'est pas le cas. Donc, oui, la situation est grave. Parce que je pense que l'instabilité est extrêmement grave et que, c'est pour ça aussi, M.
de Morand, que je suis opposé, je le dis tranquillement, mais fortement à toute idée de proportionnel parce que, là, on n'a pas de proportionnel, mais on a l'instabilité conjoncturelle. Si on mettait la proportionnelle, on aurait une instabilité permanente, institutionnalisée. Ce n'est pas possible.
Emmanuel Macron a dit, Michel Barnier, qu'il n'envisageait pas de dissoudre à nouveau. Mais peut-on tenir jusqu'en 2027 avec la même composition de l'Assemblée nationale dans ce statut-là ? Vous n'êtes pas oracle, mais qu'en pensez-vous ?
Moi, je pense que, ou bien le gouvernement réussit à passer ce budget et à tenir, il y a des municipales l'année prochaine et on s'approchera très vite du moment important qui est l'élection d'un nouveau président de la République, je l'espère, accompagné d'une nouvelle majorité absolue. Ce qui n'empêche pas le dialogue avec les autres, d'ailleurs. C'est ça le moment important. Mais si le gouvernement devait tomber à nouveau à cause du budget ou de cette irresponsabilité à l'Assemblée nationale des groupes d'extrême droite, d'extrême gauche ou de la gauche, alors je pense qu'il faudra en revenir au peuple, il faudra demander son avis au peuple.
Le peuple, de Gaulle disait, c'est le juste souverain, vous savez donc, il y a plusieurs manières de demander l'avis du peuple. C'est ou un référendum ou une élection législative anticipée ou une élection présidentielle.
Vous dites être convaincu que l'issue des prochaines élections présidentielles, c'est soit la victoire du Rassemblement national, soit la constitution d'une coalition de la droite et des centres. Elle émerge comment cette coalition ? Par une primaire que beaucoup refusent déjà par principe, de manière magique, d'où elle vient la coalition ? Il n'y a pas beaucoup
de magie en politique. Non,
mais c'est pour ça que je vous pose la question.
Mais il n'est pas exclu qu'il y ait de la lucidité de la part... Ce dont la France ne manque pas actuellement, c'est des candidats aux présidentielles. Exactement.
Est-ce que la France
manque pas de lucidité ? Je pense qu'il faut que ces candidats, dans la situation très grave où nous sommes, aient la lucidité de se poser trois questions que je veux bien vous dire parce que moi, je me les poserai peut-être. Est-ce que je suis à la hauteur pour être président de la République ? Est-ce que je suis à la hauteur de la fonction ? Question qu'il faut se poser. Est-ce que j'ai le bon projet pour mon pays ? Et puis, est-ce que je suis capable de rassembler bien au-delà de mon camp si un candidat de la droite républicaine est en mesure d'être candidat ?
Est-ce qu'il est capable de rassembler le centre comme j'ai essayé de le faire difficilement mais finalement de manière constructive pendant tout ce mandat de Premier ministre ? Voilà les questions qu'il faut se poser.
Bonneau Retailleau, nouveau patron des LR, correspond au portrait robot que vous venez de faire.
Lui-même dit avec beaucoup de sagesse, lucidité et sagesse, qu'il ne faut pas se poser la question maintenant. Personne n'a les éléments pour poser cette question. Laissons-le agir et puis nous verrons bien si c'est lui ou quelqu'un d'autre. En tout cas, il a un rôle très important. C'est un bon ministre. Je le trouvais extrêmement négatif et comme toujours, Mme Le Pen et ses amis cherchent à utiliser le chaos, les problèmes, les incidents, les difficultés du pays pour exploiter l'impopularité. Je trouve que ce n'est pas responsable non plus. Il fait du bon travail, M. Retailleau. il a la condition qu'on lui donne les moyens et il faut qu'il puisse continuer. Et vous ?
Et moi, je suis là, devant vous, M. Demorand, je vous parle. Je participe au débat d'idées. Trois critères ? Oui, les trois questions. C'est pas...
Ah oui, les trois questions. Les trois questions barniers.
Non, ce n'est pas les questions barniers, c'est les questions que tout candidat potentiel, et je vous ai dit qu'il y en avait beaucoup, peut-être trop, devrait se poser. si je dois me les poser, je me les poserai. Mais moi, je me suis toujours posé une question avant chacun des mandats qu'on m'a confiés, que les citoyens m'ont confiés tout au long de mon parcours, c'est est-ce que je suis capable de faire que la situation à la fin de mon mandat s'est meilleure qu'au début ? Est-ce que j'ai créé du progrès ? Voilà. Je vous répète, ce n'est pas un mot désuet ou archaïque, le progrès.
Vous racontez cette anecdote hallucinante à Notre-Dame de Paris où vous veniez d'être censuré. Donald Trump vous demande si vous allez continuer la vie politique. Pas sûr, monsieur le président, j'ai 73 ans, lui répondez-vous, il vous dit ça n'empêche rien, moi j'en ai 78, et puis vous êtes grand, vous êtes solide, vous vous tenez droit, il faut continuer. Et c'est quoi ? J'étais au dîner qui a suivi.
Comment vous avez reçu ça ? C'est au dîner qui a suivi, je l'avais été invité comme Premier ministre encore par le Président de la République à ce dîner des chefs d'État à l'Élysée après la cérémonie. Et c'est là que nous avons eu ce dialogue très bref. Vous savez, j'ai écouté monsieur Trump comme je l'écoute, mais c'est tellement erratique, c'est tellement tout et n'importe quoi et des changements tous les jours qu'il faut en prendre et en laisser. Donc ça m'a amusé de rapporter ce dialogue. Voilà,
ça reste une anecdote.
Ce qui n'est pas une anecdote, c'est le comportement de monsieur Trump, son agressivité économique et commerciale. Je ne parle pas de ce qui se passe aux États-Unis actuellement, mais je parle de son agressivité à l'égard de ses alliés. Et je ne vois pas comment les États-Unis peuvent s'en sortir avec cette agressivité.
On voulait aussi vous entendre, vous en avez dit un mot Michel Barnier sur la santé mentale, vous disiez en octobre 2024, un Français sur cinq est touché par cet enjeu et je voudrais que la première priorité de cette cause serve à déstigmatiser les maladies mentales. Donc année 2025, année de la santé mentale, c'était votre projet qui a été maintenu. On est mi-2025. Estimez-vous que des choses ont été faites ?
On n'en fait jamais assez. C'est un sujet aussi grave qui touche une famille sur cinq qui a touché ma famille. Et donc je souhaite que la ministre en charge, Madame Vautrin, le ministre de la Santé, M. Noderre, continue à prendre ce sujet à bras-le-corps et à bras-le-cœur.
Mais l'est-il vraiment aujourd'hui ?
On n'en fait jamais assez. Et je voudrais bien que ça ne soit pas seulement une question de communication. Bien sûr, le premier enjeu, vous le savez bien, M. Demorand, puisque vous avez eu le courage de vous exprimer, c'est la déstigmatisation. Moi, j'ai vécu ça dans ma propre famille, qu'on soit seul, isolé, qu'on ne sache pas à qui parler, qu'on garde les choses pour soi. Et donc, c'est comme ça que ma propre mère, qui est là-haut, au ciel, j'espère qu'elle m'écoute, a passé 35 ans de sa vie à présider l'Association nationale des amis et familles de malades mentaux. On s'envoie qu'elle a créé, il y a d'ailleurs un foyer qui porte son nom, Denise Barnier, ex-les-bains, pour malades mentaux.
Donc, j'ai fait ça aussi en pensant à elle et à combattre tous ces bénévoles de toutes ces associations. Après, il faut des services publics, il faut des associations, il faut des élus locaux. J'ai visité, par exemple, quand j'étais Premier ministre, à Poitiers, tout ce qui se fait sur ce sujet, qui se fait bien entre le CHU, le service psychiatrique, les élus locaux, un bus qui va dans les villages où les gens peuvent parler en toute discrétion, en toute confiance. Là, j'ai trouvé que c'était un réseau qui répondait à la hauteur de l'enjeu dans cette région de Poitiers. Il faudrait que ce soit le cas partout en France.
Un dernier mot sur l'international. Emmanuel Macron a récemment estimé que la création d'un État palestinien n'était pas simplement un devoir moral, mais une exigence politique. Il pourrait procéder à la reconnaissance de l'État de Palestine en marge de la conférence organisée avec l'Arabie saoudite à New York dans quelques jours. La France doit-elle le faire ? Doit-elle reconnaître un État de Palestine ? Quelle est votre position ?
C'est une position traditionnelle de la France. J'ai été le ministre français des Affaires étrangères. Je suis allé voir à l'époque M. Charron deux fois, M. Arafat avant qu'il ne disparaisse à Ramallah. Je suis allé à Gaza aussi. Et donc, nous savons bien que si on regarde les choses à moyen ou long terme dans cette région tellement troublée et tellement tragiquement troublée, la seule solution c'est de garantir que ces deux peuples, le peuple d'Israël dont la sécurité, l'existence n'est pas négociable. C'est pour ça que nous avons été aux côtés de l'Israël.
Mais là, maintenant, le faire tout de suite dans 15 jours...
Il y a quelques conditions qu'il faut remplir et qu'Israël doit remplir et que les Palestiniens doivent remplir. Il faut libérer tous les otages d'abord. Tous les otages depuis le 7 octobre qui sont encore prisonniers. Il faut éliminer la masse qui a provoqué cette barbarie du 7 octobre. Il faut que l'autorité palestinienne soit consolidée, réformée. Il faut aussi, d'ailleurs, je pense, qu'Israël cesse cette fuite en avant et qu'on retrouve les moyens d'une négociation politique. Voilà les conditions. Mais la clé, la clé, c'est que ces deux peuples vivent côte à côte en sécurité en se reconnaissant mutuellement.
Et donc, sur le principe, vous n'y êtes pas hostile ? Non, la France
a toujours été favorable à cette solution des deux États.
Eh bien, merci infiniment, Michel Barnier, d'avoir été à notre micro ce matin. Ce que j'ai appris de vous, ni des mémoires, ni des confessions, mais des chroniques pour demain. Un livre publié chez Calman Levy. Merci encore d'avoir été à ce micro. 8h47.
Michel Barnier