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interviewLe Média (sur Podcast)· 10 juin 2026 21 min

L’échec que Macron veut cacher derrière des chiffres à Choose France

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Invité

Tesla, c'est directement un concurrent à deux grands groupes automobiles français dont l'État est actionnaire via la BPI. Donc vous avez un État qui ouvre à la concurrence à quelqu'un qui a une avance technologique. Comment voulez-vous que cette personne ne lui vole pas des parts de marché ? Vous n'allez pas me dire que c'est positif. La Chine subventionne ses entreprises, pas les entreprises étrangères, ils ne sont pas complètement fous. Or nous, nous subventionnons les entreprises aussi étrangères, lui-même le dit. Un pays pauvre, quand il n'a rien, la première chose qu'il se dit, c'est comment je peux être attractif ?

Donc on va continuer à aller plus loin, c'est qu'on est tous à la fiscalité de l'Irlande, paradis fiscal, et puis qu'on est tous le modèle social de la Lettonie avec 44% de retraités pauvres. Bonjour tout le monde, je suis ravie de vous retrouver pour un nouvel épisode de l'Instant Porcher. Au Média, on a un message très important à vous dire. Nous avons besoin de 10 000 donateurs mensuels avant le 30 juillet. Notre survie en dépend et on a déjà dépassé le palier des 2000. Merci beaucoup. A partir de quelques euros par mois et défiscalisables, permettez au premier Média TV Indé de France d'exister. Rendez-vous sur capsurdica.lemédiatv.fr. Notre survie ne dépend que de vous. Bonjour Thomas.

Salut Lisa. Avec toi aujourd'hui au programme, Emmanuel Macron, tout content au château de Versailles pour réindustrialiser la France et attirer les investisseurs étrangers. La France est-elle sauvée ? On va voir tout ça, c'est parti. Emmanuel Macron a mené son 9e salon Choose France la semaine dernière et annonce un grand succès pour l'activité et l'emploi français. On est même allé échanger avec le ministre de l'économie, Roland Lescure. On vous raconte tout ça. Le salon Choose France, c'est un sommet tenu par Emmanuel Macron qui vante la France au château de Versailles auprès de 200 PDG venus du monde entier pour attirer les investissements étrangers.

Roland Lescure, ministre de l'économie, applaudit leur bilan. 71 projets, 93 milliards d'euros d'investissement, 15 000 emplois directs notamment dans les secteurs des data centers, énergie, finances. Thomas, avant de rentrer dans le détail là, est-ce que tu partages la joie d'Emmanuel Macron et de son gouvernement ? Écoutez, il faut regarder ces chiffres et il faut les manier avec précaution. La première des choses, c'est des montants globaux. Il faudra s'assurer année après année que les montants avancés sont respectés. Et puis après, il faut se poser la question de qu'est-ce qu'un investissement étranger ?

Un investissement étranger, si vous ouvrez une usine, effectivement, ça peut créer des emplois et ça peut avoir quelque chose de positif. Un investissement étranger, si vous rachetez une capacité française, donc vous rachetez un fleuron français, que vous prenez ces savoir-faire, que vous restructurez la boîte et que vous détruisez des emplois, c'est plus positif. Et puis après, il y a la notion de politique industrielle, c'est-à-dire qui est-ce que vous faites rentrer dans votre pays ? Quel loup vous faites rentrer dans la bergerie et quel impact ça va avoir sur les producteurs français ?

Donc quand on regarde tout ça, on se rend compte qu'un pays riche ne peut pas être qu'un pays qui est attractif et attire des investissements étrangers. Normalement, c'est le rôle plutôt des pays qui sont en train d'émerger, pas des pays riches. De toute façon, on va voir ça dans le détail dans cette émission. Mais là, quand on les entend, on se dit tout va bien, etc. Est-ce que tu partages ce constat de la France va bien ? Non, non, non. Mais on le sait très bien.

Pareil, quand on regarde encore une fois des pays en développement, il y a des pays en développement qui sont extrêmement attractifs, même des pays pauvres qui sont extrêmement attractifs parce qu'ils ont des zones franches, parce qu'ils ont des contrats de partage de production pas trop agressifs avec les compagnies pétrolières. Donc ils font le bonheur des compagnies sans faire le bonheur de la population. La réalité qu'il faut poser derrière ces montants, c'est déjà, est-ce qu'ils vont être effectués et exécutés ? Et la deuxième chose, c'est quel impact ça va avoir sur la population ? Quel emploi ça va créer ?

Est-ce qu'il va y avoir un impact positif sur ce que nous, nous voulons collectivement, si nous savons ce que nous voulons collectivement ? Là, on nous parle de 15 000 emplois directs. Alors souvent, c'est fois deux, fois trois indirects. Mais à voir si ça tient dans la durée, comment, enfin, ce que tu viens de dire. Parce que le ministre de l'Économie a notamment vanté des projets de partenariat entre des investisseurs étrangers et des groupes français. Il sentait quand même la petite musique venir.

À titre d'exemple, par exemple, le japonais Softbank, l'un des plus grands investisseurs dans la tech du monde, va investir 75 milliards d'euros en France dans les infrastructures liées à l'intelligence artificielle. Mais on sait, entre ces annonces, il y a une réalité. Les investisseurs étrangers peuvent bénéficier de beaucoup de subventions publiques, d'aides publiques, etc. Puis repartir, c'est le fameux débat des aides aux entreprises. Est-ce qu'elles sont conditionnées ou non ? Et on a posé la question à Roland Lescure. Il y a eu un gros débat l'année dernière, notamment sur les aides publiques aux entreprises. Est-ce qu'il va y avoir un travail de transparence par rapport à ce sujet ?

Et surtout, est-ce que ces investissements étrangers, s'il y a des aides ou du soutien de l'État français, comme vous parliez avec des partenariats, par exemple, est-ce que ce sera conditionné au fait de rester, de garantir des emplois et de ne pas repartir avec le savoir-faire ou de redécoler dès le temps des aides derrière ?

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Présentateur

Le crédit d'impôt recherche, si vous ne faites pas de recherche, vous n'avez pas de crédit d'impôt. Les subventions à la décarbonation, si vous ne faites pas de la décarbonation, vous n'avez pas de crédit d'impôt. Il y a un certain nombre d'aides directes, notamment les allègements de charges, qui font l'objet de débat. Mais j'allais dire, si vous ne recrutez pas, vous n'avez pas d'allègements de charges non plus. Concernant les investissements étrangers, évidemment, il y a un certain nombre de conditionnalités très claires. D'abord, est-ce que l'investissement ait lieu ? C'est la moindre des choses.

Donc les déboursements se font toujours au fur et à mesure que les investissements sont faits et effectués. Gardons quand même en tête tous que la France est sans doute le pays qui aide le plus les entreprises au monde. La France est clairement le pays qui taxe le plus les entreprises au monde aussi. Pour finir, je voudrais quand même vous engager à lire une étude de l'OCDE qui est sortie, je pense, hier ou avant-hier, qui montre l'étendue absolument exceptionnelle des subventions de l'État chinois à l'industrie chinoise ces dernières années.

Donc n'oublions pas quand même que dans la concurrence internationale aujourd'hui, on doit à la fois mieux protéger notre marché, notamment en intégrant ce genre de subventions, mais aussi bien protéger nos entreprises et continuer à les appuyer dans leur développement. C'est essentiel.

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Invité

Thomas, est-ce que la réponse du ministre te satisfait ? Il y avait des choses intéressantes dans sa réponse, mais après, il passe à côté du vrai sujet. Le vrai sujet, c'est pourquoi cette entreprise investit autant et s'installe chez nous ? C'est parce qu'il n'y a pas de concurrents européens. Donc là-dessus, encore une fois, nous avons constaté que nous avions finalement un certain retard sur l'IA.

Et plutôt que de se protéger et mettre en place cette filière, parce que nous avons quand même, il y a Mistral, je suis persuadé qu'il y a des entreprises qui pourraient faire des rendements d'échelle sur ce secteur-là, nous disons, comme nous n'avons pas ça, ouvrons ça aux concurrents étrangers. Et la seule chose que nous donnons comme garantie aux concurrents étrangers, c'est de leur dire, venez chez nous, il y a une électricité abondante grâce au nucléaire. C'est notre avantage comparatif. C'est un peu particulier. Alors que normalement, on devrait structurer la filière, surtout là, on est au début de cette histoire-là.

Donc on devrait structurer la filière, faire en sorte d'avoir aussi notre propre champion, d'avoir un concurrent aux Américains, etc. Je veux dire, si nous avions un choix industriel à faire, normalement, c'est le choix d'Emmanuel Macron, parce qu'en plus, c'est un fan de la start-up nation. Donc ça devrait être un choix prioritaire, l'IA pour lui. Et il n'arrive même pas à faire ça. Donc il est légué à la place de finalement dire aux gens, écoutez, venez chez nous, il y a des subventions, c'est ce que dit Renaud Lescure. Les impôts ont baissé quand même, même s'ils sont encore élevés selon lui, mais ils ont quand même fortement baissé. C'est la politique de l'offre mise en place.

Et en fait, on est réduit à faire ça. Et la comparaison avec la Chine, elle est intéressante, mais elle est fausse, parce que la Chine subventionne ses entreprises, pas les entreprises étrangères. Ils ne sont pas complètement fous. Or, nous, nous subventionnons les entreprises aussi étrangères, lui-même le dit. Donc ça, c'est très problématique. Ce n'est pas pareil de subventionner son champion à soi ou son entreprise publique, ce qui est normal, que de financer un étranger qui s'installe pour qu'il ait ensuite une position dominante et que nous soyons dépendants technologiquement de lui.

Et puis, c'est arrivé dans d'autres secteurs qui sont autres que la technologie, où on a vu des gens partir, des suppressions d'emplois et des liens de dépendance où les grands groupes ont vraiment mis la main et puis toutes les PME se sont fait fermer une à une. Bien sûr. Et encore une fois, sur un sujet comme le digital qui devrait intéresser notre président, puisque c'était le président de la Startup Nation sur le digital, il a constaté plein de choses. Et je veux dire, Emmanuel Macron, il est très bon dans les constats. Mais après, il faut agir. Il a constaté qu'on était une colonie numérique. Il a raison. On a été une colonie numérique. On n'a pas réussi à créer des géants du digital.

Il a raison aussi. Et là, on est en train de faire la même erreur. Je veux dire, aujourd'hui, si Elon Musk peut manipuler quasiment tout le monde avec son algorithme ou TikTok également avec son algorithme, c'est parce que nous n'avons pas, encore une fois, de substituts, donc de concurrents européens qui soient capables de les remplacer. Et c'est ce qu'il faudrait faire aujourd'hui pour l'IA. Et ce n'est pas en ouvrant la porte à tout le monde qu'on va permettre ça. À la fin, il ne restera que des Américains ou des Chinois. Donc là, ce sommet de Chouze-France, il parle de plusieurs secteurs, pas du tout que l'IA.

Et quand on regarde le taux d'ouverture-fermeture des usines, notamment en 2025, ça ne reflète pas trop l'euphorie qu'on voit après ce sommet. Par exemple, pour l'année 2025, l'État met en avant un solde net d'ouverture et d'extension de plus 19. En fait, il y a eu 158 extensions, 103 ouvertures, 180 fermetures et 82 réductions. Donc en fait, il y a plus de fermetures que d'ouvertures. Mais vu qu'il y a des extensions d'usines, eh bien en fait, ça ne reflète pas toute l'euphorie qu'on voit là. Oui, tout à fait. Et puis il y a d'autres chiffres qu'on peut croiser. Il y a les chiffres très bons de Trendéo qui montrent effectivement qu'il y a eu une reprise.

En fait, Macron a quand même bénéficié d'un effet d'aubaine. C'est-à-dire qu'il a bénéficié d'une reprise d'activité. C'est-à-dire qu'il y avait la crise 2008 avec une très forte chute de l'activité, avec 1,5 million de chômeurs entre 2008 et 2015 en plus en France, pratiquement 3 millions en Espagne. Et puis ça revenait, on revenait à notre niveau de richesse, ça recommençait, l'économie repartait. Et Macron a bénéficié de cet effet conjoncturel qui n'a pas concerné que la France, qui concernait toute la zone euro. Et donc nous avons effectivement eu un moment où il y a eu un solde net, mais pas un truc de dingue, un solde net de création d'entreprises par rapport aux destructions.

Mais en 2024, à partir de 2024, on retourne dans un solde négatif, c'est-à-dire qu'il y a plus de destruction d'usines que d'ouverture d'usines dans notre pays. Jean-Noël Barraud, lui, il vante un succès qui bénéficiera à tous les Français, que les investissements bénéficieront aux Français, notamment aux territoires éloignés qui ont subi la désindustrialisation. Je le cite. Il met en avant, par exemple, le fait que 2 tiers des investissements étrangers bénéficient aux petits territoires. Et il a lancé un petit pique en disant que nous déplaisons aux politiques qui sont contre les investissements étrangers, un emploi sur dix, et le fait d'une entreprise étrangère.

Qu'est-ce que tu penses de sa vision ? Je pense qu'elle est un peu trop simpliste à mon goût. Il ne s'agit pas de dire que nous n'avons pas besoin d'investissements étrangers. Il s'agit d'organiser des investissements étrangers en fonction de nos besoins, tout en préservant notre tissu industriel. Et ce n'est pas ce qui est fait, là. On l'a souvent dit ici, mais cet exemple très parlant, on ne va le reprendre encore une fois, parce que quand vous avez M. Sapin qui entre dans une Tesla et qui dit qu'on va faire venir les Tesla en France il y a quelques années de ça, Tesla, c'est directement un concurrent à deux grands groupes automobiles français dont l'État est actionnaire via la BPI.

Donc vous avez un État qui est actionnaire via la BPI qui ouvre à la concurrence à quelqu'un qui a une avance technologique. Comment voulez-vous que cette personne ne lui vole pas des parts de marché ? Vous n'allez pas me dire que c'est positif. Donc on va dire, grâce à Tesla, ça crée quelques emplois, mais ça en détruit combien ? Il ne faut pas regarder que les créations, il faut regarder aussi les destructions, l'impact que ces investissements vont avoir sur d'autres secteurs. Donc en fait, tout ça est très sympathique, mais ça manque en fait d'un pilotage. Un pilotage, c'est où est-ce qu'on veut aller ? Où est-ce qu'on veut être le leader ?

Alors si c'est sur l'IA, ce n'est pas la bonne solution. Si c'est le renouvelable, il faut un moment de choisir où est-ce qu'on veut le leader. Là, on saupoudre un peu partout dans le plan de relance, mais on ne choisit pas. Et puis après, de quel investissement nous avons besoin et dans quelle industrie nous voulons être souverains. Et ça, aujourd'hui, personne ne peut donner une réponse. C'est quand même hallucinant. Personne ne peut donner une réponse. Vous regardez ce que font les Chinois, ils peuvent vous donner une réponse. Même vous regardez les Américains, sur certains points, on peut être d'accord ou pas, ils peuvent vous donner une réponse.

Ils voulaient être plus ou moins indépendants sur l'énergie, ils ont donné une réponse. Nous, peut-être à part le nucléaire et encore, après des réflexions, on n'a aucune réponse à donner. Il y a un autre élément intéressant, Thomas, dans ce qui a été dit au compte-rendu des conseils des ministres là il y a quelques jours où on était. Le ministre de l'Économie a salué un succès qui n'est pas un hasard, mais le fruit d'un travail depuis 8 ans. Le gouvernement met en avant nos avantages compétitifs. Alors, comment on serait compétitif ? Il y a eu un travail depuis des années pour améliorer le marché du travail et la fiscalité. Aujourd'hui, on n'en parle plus.

Donc, en fait, Emmanuel Macron se serait fait féliciter par les PDG pour avoir baissé les impôts et, disons-le, détruit le code du travail. Mais ce n'est pas tout. Le sommet aurait permis d'identifier les attentes pour être encore plus attractif de la part des investisseurs. Une exigence de simplification et d'unification du marché intérieur pour donner aux entreprises des marges. On va décrypter.

De l'investissement public comme le font la Chine ou les US avec un accord qui a été trouvé pour avancer vers une union des marchés de capitaux ou une union dans l'épargne et l'investissement et qu'il y aura un plaidoyer français pour que le futur budget européen permette d'investir dans des secteurs d'avenir comme la tech ou le quantique. Ils ont beaucoup parlé de quantique. Mais attention, il faut quand même protéger les secteurs qui ont une concurrence déloyale ou internationale. Par exemple, l'ACIER. Voilà. Ce genre de choses. Et donc, Roland Lescure était tout content. Il a dit qu'il faut continuer dans les secteurs d'avenir.

Et lui aussi, mais l'entourage du président met en avant ce fameux marché des capitaux pour une France, une Europe forte. Thomas, qu'est-ce que tu penses d'un peu ces projets d'avenir ou c'est un peu les PDG qui donnent l'orientation au gouvernement ? Déjà, attendons de voir. On n'y est pas. Parce que là, on dit toujours oui, il faudrait ci en Europe, il faudrait ça, il manque de ci. Là, on voit qu'ils se félicitent de la baisse de la fiscalité et de la destruction du Code du Travail. Que ça a fonctionné. Est-ce que ça a marché ? Pour les entreprises, oui. Pour les grandes entreprises, surtout. C'est ça. Pour les grandes entreprises, ça a très bien fonctionné.

C'est-à-dire que les grandes entreprises ont gagné plus d'argent. Elles peuvent aujourd'hui se séparer plus facilement d'un salarié quand il y a un problème. Et je veux dire, même quand il n'y a pas de problème, elles savent combien elles vont payer au prud'homme puisque aujourd'hui, les indemnités prud'hommales, elles sont encadrées. Alors qu'avant, on ne savait pas. Donc même si j'ai envie de te virer, je peux te virer, je sais combien je vais payer au prud'homme. Donc, elles, elles sont contentes. Mais après, est-ce qu'il y a eu un impact macroéconomique ? Non, il n'y a pas eu d'impact macroéconomique. On le sait très bien. La croissance n'a pas été au rendez-vous.

Les rentrées fiscales n'ont pas été au rendez-vous. Le chômage a baissé de manière cosmétique. qu'on l'a expliqué plusieurs fois. En réalité, là, je pense que, en tenant ce discours, Emmanuel Macron, il veut s'auto-persuader qu'il a sauvé quelque chose quand même parce que le chômage repart à la hausse. Les usines, le solde devient négatif. La politique budgétaire est catastrophique selon lui parce que c'était quand même quelqu'un qui était assez dans le discours dominant. Donc, qu'est-ce qu'il peut sauver finalement ? Il n'aura pas le chômage. Il n'aura pas la croissance. Les déficits, ça va être compliqué. Donc, il faut bien qu'il sauve quelque chose.

Et là, il essaie de sauver son attractivité. Bon, très bien. Mais vous savez, là, il faut vraiment le répéter. Un pays pauvre, quand il n'a rien, la première chose qu'il se dit, c'est comment je peux être attractif ? Et il fait exactement la même chose. Il fait un code du travail adapté. Il fait une fiscalité adaptée pour faire venir les investisseurs. Et il leur garantit une stabilité. Un pays riche, c'est autre chose. Je veux dire, on n'aurait pas eu nos constructeurs automobiles si on ne s'était pas protégé à un moment. On a demandé aux pays émergents de s'ouvrir pour leur vendre nos voitures. Et s'ils s'étaient fermés, ils auraient construit probablement leurs propres voitures.

Donc, la Chine, aujourd'hui, joue du protectionnisme. Les États-Unis jouent du protectionnisme. Nous, on ne peut pas être une terre uniquement d'accueil comme ça et être dépendant à la fin des technologies. Ça, ce n'est pas possible. Et puis, ce n'est pas fini parce qu'on nous parle d'une exigence de simplification et d'unification du marché intérieur, ce fameux marché de capitaux. Qu'est-ce que tu en penses de ces pistes-là ? On va toujours dans la même direction. C'est-à-dire que, de toute façon, le propre, on l'avait dit la semaine dernière, le propre de ces parties-là, c'est de faire comme si les réformes précédentes n'avaient pas existé pour ne pas, justement, en tirer les conséquences.

Le choc de l'offre qu'on a eu en 2017, que tout le monde a déjà, la plupart des gens oublient, en disant Macron n'a rien fait. Macron a fait énormément de choses. Il a fait plus de choses que Sarkozy, très largement. Le choc d'offre que nous avons eu n'a pas entraîné les effets escomptés. Donc, on va continuer à aller plus loin jusqu'au moment où, je veux dire, le but du but, c'est quoi ? C'est qu'on ait tous la fiscalité de l'Irlande, donc un paradis fiscal, et puis qu'on ait tous le modèle social de la Lettonie avec 44% de retraités pauvres. Et là, on aurait été au bout du bout. Je ne suis pas sûr que ça profitera à la population.

Et cette politique-là de l'offre, à part surenrichir les grandes entreprises, il y a des vrais impacts pour les Français ? Il y a des vrais impacts sur les Français parce que quand vous baissez la fiscalité, ça va profiter à certains. Certains acteurs qui sont souvent très mobiles, donc qui peuvent et profiter de cet endroit-là et puis après, aller construire ailleurs. Et on l'a bien vu, vous baissez les rentrées fiscales et quand vous baissez les rentrées fiscales, vous devez faire des coupes sur les services publics ou sur le modèle social ou sur l'assurance maladie.

Donc, on voit très bien qu'en réalité, le pari de départ, on baisse la fiscalité, ça relance l'investissement, ça crée des emplois et finalement, ça crée des recettes fiscales, n'a pas fonctionné. Oui, ça fait 10 ans qu'on nous dit si on baisse les impôts des entreprises, ça va relancer l'activité et faire plein d'emplois. On voit que c'est l'inverse. Ça fait 10 ans qu'on nous le dit, ça a été appliqué depuis, allez, on va dire, 30 ans dans d'autres pays et on a vu le résultat.

C'est-à-dire que les entreprises ont bien sûr surperformé, elles ont surtout surperformé en bourse parce qu'elles ont aussi délocalisé, beaucoup, mais elles ont surperformé en bourse et vous avez de l'autre côté la majorité de la population qui n'a pas vu ses revenus augmenter au même niveau que ceux qui ont surperformé, donc une très petite minorité de gens dirigeants ou très hauts dirigeants. Donc non, non, c'est une politique qui est très fortement inégalitaire, il faut le dire. Et je ne comprends pas pourquoi. À chaque fois qu'on l'applique, on se dit, ah ben non, il faudrait aller plus loin. On a déjà été loin là. Il faudrait aujourd'hui plutôt faire le bilan de cette politique.

C'est ça. Qu'est-ce qu'il faudrait, si tu étais ministre de l'économie, quel plan tu mettrais en place pour réindustrialiser justement ? Non, mais déjà, il faudrait un plan. C'est-à-dire que, déjà, mettre un plan en place, c'est difficile. Alors pourquoi ? Moi, je pense que pendant des années, ces gens-là ont appris l'économie, ont grandi dans un monde où la mondialisation, c'était génial. Et ils ont le point de vue, quand même, du patronat, de leur classe. Alors que depuis le Covid, on sait qu'il faudrait entamer quand même un changement. Il faudrait une forme de souveraineté.

Et d'ailleurs, c'est la souveraineté qui nous permettra d'être moins dépendants des aléas de la géopolitique au niveau mondial. Donc, identifier déjà des secteurs. Alors, ça dépend, après, de votre tendance. M. Macron, c'était Startup Nation. Il aurait dû, l'IA, etc., il aurait dû identifier, faire en sorte que Mistral, il ait des contrats avec des entreprises de protéger Mistral d'un concurrent étranger. Il aurait pu faire ça. Si d'autres, c'est les énergies renouvelables, qu'ils y aillent à fond. Ils créent une filière. Si d'autres, c'est le médicament, qu'ils y aillent à fond. On rapatrie des filières de production de médicaments que l'on juge importants.

On investit dans la recherche, et ainsi de suite. Il faut d'abord avoir un plan. Et aujourd'hui, moi, l'esquisse d'un plan, c'était le rôle du commissariat au plan, normalement, il n'y en a pas. Il n'y en a pas. Il n'y en a pas. Et c'est ça qui manque. C'est d'abord d'identifier un plan, de le présenter aux Français. Si la personne se fait élire, il applique ce plan-là. Et dans ce cas-là, il retire de la mondialisation un certain nombre de secteurs qu'il juge importants. Et donc, ça veut dire qu'on protège ce secteur-là de l'étranger. On accepte des coûts du travail plus élevé, c'est tant mieux. On accepte des normes environnementales qui sont à un autre niveau et c'est très bien.

En protégeant ça de la compétition mondiale, il n'y a pas de souci. Et on fait de la commande publique pour faire vivre ces industries-là. Et pourquoi aujourd'hui, ils n'arrivent pas à le faire ? Nos politiques n'arrivent pas à le faire ? Est-ce que c'est simplement de l'idéologie ? Parce que nous, on nous dit oui, mais ce n'est pas possible. Oui, mais déficit. Oui, mais concurrence internationale. Oui, mais on ne va pas y arriver si on a des coûts trop élevés. Qu'est-ce que tu réponds ? Pourquoi ils n'y arrivent pas à faire ?

Moi, je pense qu'il y a idéologie et connivence avec des lobbies parce qu'il faut bien avoir conscience que les gens, les grandes entreprises ont gagné énormément d'argent. Quand vous regardez, par exemple, dans l'automobile, pourquoi on n'a pas été sur l'électrique ou sur l'hybride ? Parce que c'était plus simple pour les lobbies de l'automobile, tous européens, de dire non, non, le diesel est propre. D'aller voir nos politiques et de dire ne faites rien sur le diesel, le diesel est propre. Alors qu'il trichait, il y a eu le dieselgate, il trichait de dire ça aux politiques.

Les politiques, on ne va rien faire, on va leur donner des baisses d'impôts et puis on ne va pas les objets de changer parce qu'il y a un risque pour l'emploi. Donc il y a quand même un chantage qui est fait par les lobbies des grosses boîtes pour que les situations ne changent pas, qu'elles ne s'améliorent que par des baisses d'impôts et des baisses de contraintes parce que c'est une situation qui est idéale pour eux. Et ça, ce n'est pas possible. À un moment, il faut aussi inciter les gens, les acteurs à faire des changements et c'est le rôle du politique normalement, à les guider, leur dire voilà, vous aurez telle garantie mais vous devez faire tel changement.

Et merci à vous, chez vous, d'avoir suivi cette émission. Le Média, je le rappelle, a besoin de vous. Nous devons réunir 10 000 donateurs mensuels avant le 30 juillet pour assurer la survie du Média à un an 2027. Garantir un Média au devisel indépendant qui produit un véritable contre-discours est vital pour la démocratie. Alors faites partie des 10 000, sauvez le Média à partir de quelques euros par mois et défiscalisable. Rendez-vous sur capsurdica.lemédiatv.fr Spectateurs, abonnés, donatrices et sociaux, je vous dis à la semaine prochaine.