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interviewLCP (sur YouTube)· 7 mars 2026 14 min

Douai,  les commerces de centre-ville en souffrance | Dans ma ville

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Générique --- --- Bonjour et bienvenue "Dans ma ville". A l'approche des élections municipales, nous nous sommes intéressés aux centres-villes où dans de nombreuses communes de France, les commerces sont en souffrance. Des boutiques sont obligées de baisser le rideau, victimes de la concurrence des grandes surfaces et d'Internet.

Pourtant, depuis quelques années, les pouvoirs publics tentent d'inverser la tendance. Nous sommes allés à Douai pour voir comment dans cette ville du Nord, la lutte s'organise pour sauver les commerces de centre-ville. C'est un reportage de Thibault Henocque.

Musique -A Douai, dans le Nord, il y a d'abord un objet de fierté. Le beffroi du XIVe siècle, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Mais depuis quelques années, pour les 40 000 habitants, il y a aussi un sujet d'inquiétude, juste à côté. -Ici, on est rue de Bélin, donc une des artères principales du centre-ville, piéton.

Puisqu'on a un centre-ville qui est quand même très étendu, qui fait à peu près deux kilomètres. Là, on est vraiment dans l'hypercentre. Et on a des enseignes de vêtements comme Devianne qui ont fermé dans tous les Hauts-de-France.

Là-bas, Camaïeu, fermé aussi. Tous les Camaïeu sont fermés. Ensuite, on avait ici Jules...

Fermé. On avait au-dessus Okaïdi aussi qui a fermé. Le monde du vêtement est en grande mutation et en grande difficulté.

Donc voilà, forcément, nous, dans l'hypercentre, on a des linéaires qui s'enfilent comme ça et qui sont fermés. -Un constat alarmant, confirmé par les chiffres. A Douai, près de 24 % des locaux commerciaux sont vacants. 120 boutiques sur 500.

Des points sur une carte et une impression étrange dans les rues. -Là, on a encore un bâtiment qui est vide. Ici, la Bouchara.

Et là aussi, tous les Bouchara ont fermé. Ca fait un an. Les gens achètent beaucoup sur Internet.

Et ça, c'est vraiment dramatique. Nous, on est là pour essayer de sauver, j'ai envie de dire, les miettes. -"Sauver les miettes", résister aux grandes surfaces et à Internet.

Un parcours du combattant pour certains commerçants. -Bonjour Isabelle, comment ça va ? -Si tous refusent de baisser les bras, le moral de certains est un peu touché. -Ouais, toi, t'es pas toujours positive, moi je le suis. -Je le suis, je le suis, mais je commence à l'être un peu moins. -Bon, alors quel est ton facteur qui fait que ton moral est atteint ? -Mon moral est atteint parce qu'il y a un manque de flux.

J'ai vu une descente petit à petit. -Une descente dont le coupable est tout trouvé pour cette commerçante. -Sur la fast fashion, vous avez des chapeaux à 15 balles.

Donc moi, quand je leur annonce le premier prix du chapeau à 70, ils font des bonds de 15 mètres. -Résultat, même l'étale de soldes est restée invendue dans cette boutique. Isabelle s'apprête à le ranger, désabusée. -En fait, faire des soldes pour moi aujourd'hui, c'est inutile.

Je n'arrive même pas à écouler ma marchandise. Sinon, il faut que je casse ma marchandise à un prix en dessous de mon prix de revient. Je vis comment ?

Et là, j'avoue que je ne suis pas tranquille. -Pas sereine du tout. -Je suis quelqu'un de très positif.

Mais là, je le suis plus. -Des commerces fermés, d'autres en difficulté. Face à cette situation alarmante, les pouvoirs publics tentent de réagir.

Depuis 2018, Douai, comme 240 villes de France, participe à un programme de revitalisation, "Action Coeur de Ville". Ici, la mairie a ainsi racheté des locaux pour les réhabiliter. -Ca a été vide pendant au moins cinq ans, sûr.

Et la mairie a vraiment tout refait pour que le local soit complètement aux normes, accueillant, tout en gardant l'esprit du bâtiment. -Un bâtiment rénové et des loyers plus bas que ceux du marché. Une façon de soutenir certains commerces, mais aussi de faire pression sur les bailleurs privés. -Le fait que la ville mette des loyers qui soient vraiment dans la fourchette normale, voire un peu en dessous, pour que des propriétaires privés commencent à se dire : "Ah oui, là il va falloir que je revoie ma copie parce que le loyer n'est pas du tout en adéquation et que justement je suis avec mon local qui est vide depuis un an, deux ans ou trois ans et que je revoie ma copie." -Depuis cinq ans, 10 milliards d'euros ont été investis par les pouvoirs publics pour revitaliser les centres-villes.

A Douai, le bilan est mitigé, mais Sylvie et les autres commerçants veulent rester combatifs. -Comment ça va ? Oui, ça va, et toi ? -Oui, très bien.

Impeccable. -Impeccable. -Frédéric fait partie de ceux qui croient aussi possible d'inverser la tendance.

Il a ouvert son magasin il y a un an. -Et voilà, c'est parti pour une nouvelle journée. -Dans sa boutique, il nous montre l'une des nombreuses initiatives prises par les commerçants de la ville. -On a mis en place des machines dans lesquelles on pourra mettre des jetons.

Donc les clients qui viennent, qui achètent sur les tranches de 15 euros, on leur offre un jeton et ont la possibilité de gagner soit des bons d'achat, soit des petits cadeaux offerts. -Objectif, inciter les clients à revenir des grandes zones commerciales vers le centre-ville. -Nous, on est vraiment entourés de zones commerciales et on se bat pour qu'elles ne s'agrandissent plus, qu'elles ne "siphonnent plus", nos clients.

C'est important. Les gens ont le pouvoir, avec leur carte bleue, de faire revivre les centres-villes, de prendre conscience, "J'y peux quelque chose." Et c'est ça où on a ce côté militant à un petit peu dire aux gens : "Réfléchis à comment tu consommes." -Des habitudes de consommation qui façonnent la physionomie des villes et de leurs périphéries.

Douai est entourée de pas moins de six zones commerciales, l'une des plus fortes densités en France. Parmi celles-ci, un mastodonte. Ce centre commercial regroupe 140 boutiques et l'un des plus vastes hypermarchés du pays.

Plusieurs fois agrandi, il accueille aujourd'hui 10 millions de visiteurs à l'année. Un géant que son directeur est fier de nous présenter. -On a la chance d'être en dehors des villes, avec un accès autoroute direct, des parkings gratuits et en conséquence, ce que n'ont pas les centres-villes.

Et de plus en plus de gens souhaitent globaliser leur achat au même endroit. On est sur de la beauté, de la santé, du voyage, du service, du loisir, de la restauration. Donc on est vraiment sur une offre très complète et ce qui permet de garder les gens au maximum avec un taux moyen entre une heure et demie et deux heures de présence par client. -Du temps passé à acheter, mais aussi à se détendre.

Ici, tout est pensé pour les familles, en particulier toboggans, robot-poubelle qui ravit petits et grands, et même accrobranches revisitées. Résultat, il ne faut pas chercher très loin les enseignes disparues des centres-villes. -Jules vient de réaliser son agrandissement.

Ils ont fait fois trois en termes de surface. Là, on est sur le nouveau concept et le nouveau magasin. Des grosses enseignes d'habillement ou des Tape à l'oeil ou des Okaïdi cherchent à s'agrandir. -Quant à la vacance commerciale, ici, il n'en est pas question.

Dans ce centre, la dizaine de commerces qui ferment chaque année sont remplacés en six mois et la demande ne faiblit pas. -On a cette chance d'avoir une liste d'attente avec un certain nombre d'enseignes qui veulent être implantées ici par rapport au flux, par rapport à l'aura qu'on peut avoir depuis des années. Donc on a cette chance de ne pas avoir de vacances commerciales, ce n'est pas le cas partout. -Un modèle des zones commerciales qui continue de séduire. 70 % des achats des Français y sont réalisés contre 11 % pour les centres-villes. -Les gens se ruent plus facilement ici, où on trouve tout, de la bouteille d'eau jusqu'à la paire de chaussettes.

Ce sont des géants comme ici qui ont fait mourir le commerce de centre-ville. -Ils vont avoir du mal à survivre. Ca, c'est compliqué pour eux. -Pourquoi ? -Ils se font manger par les grandes surfaces, ce n'est pas le même prix. -La vie est trop chère.

Les salaires ne suivent pas. -Des centres-villes soumis à la concurrence des centres commerciaux, mais pas seulement. Un autre compétiteur de taille gagne du terrain : Internet.

En France, la part du e-commerce a doublé en 10 ans. Amazon, installée près de Douai depuis 2013, n'échappe pas à la règle. Avec 10 % de croissance en moyenne chaque année, le géant américain poursuit son expansion. -Bienvenue sur le site Amazon de LIL I.

Un site qui a maintenant 12 ans. 90 000 mètres carrés au sol. Et avec les étages, si on développait le site, 160 000 mètres carrés de stockage. -Un site qui emploie 2 600 personnes en CDI et plus de 4 000 en période de fête en recourant à l'intérim.

Près de 20 millions de produits sont ici stockés. Un inventaire à la Prévert version XXL. -Des objets pour enfants, des éponges magiques et des herbes bio. -Des jouets, du chocolat, de l'engrais.

C'est un bazar organisé parce qu'on sait exactement où se trouve chaque article pour aller le chercher. -Une logistique qui tourne 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Tout doit être disponible, tout le temps. -Ca reste quelque chose d'assez manuel, mais avec des outils.

Ce que vous voyez sur leur main, c'est un scanner. Juste en faisant ça avec le doigt, ils scannent les codes-barres qui sont dessus et c'est rentré dans l'inventaire. Dès que c'est scanné, l'article est disponible sur Amazon. -Ici, les commandes sont traitées en deux heures en moyenne.

La rapidité est l'enjeu principal. Une promesse qui rencontre une demande croissante. -Certains articles, vous avez besoin de shampoing, de papier toilette, ça peut être un besoin dans la journée.

Pour d'autres articles, vous avez plus de temps et vous préférez ne pas être dérangé par la livraison, donc vous allez pouvoir planifier un jour de livraison. L'enjeu d'Amazon, c'est de s'adapter à ces différentes demandes. Mais la rapidité de livraison est ce qui est derrière la plupart de nos innovations et améliorations. -Prochain objectif, proposer une livraison en moins de 24 heures sur toujours plus de produits Quant à l'impact sur les commerces physiques, la question, selon le directeur du centre, relève des consommateurs. -Le e-commerce reste minoritaire dans le commerce, même si la proportion grandit.

Je pense qu'encore une fois, c'est le client qui fera l'évolution entre, est-ce qu'il préfère se déplacer, aller dans une grande surface avec sa voiture pour le ramener ? Aller dans un commerce de proximité parce qu'il a un lien avec le commerçant ou le commander sur du e-commerce parce qu'il en a un besoin rapide et il ne peut pas se déplacer, il est loin. C'est le client qui décidera à la fin. -Un client roi qui, pour l'heure, comme les pouvoirs publics, cherche le bon équilibre.

Peut-il encore revenir vers un commerce de proximité ? A Douai, un homme y croit toujours. Dur comme fer. -Vous êtes dans une quincaillerie, magasin d'articles de ménage, fondée en 1929, cinq générations.

Ca survit à toutes les époques. -Une boutique à l'ancienne, en forme de caverne des merveilles. Un lieu sans équivalent par son offre et par son service.

C'est la recette du succès de L'homme de fer qui, à Douai, fait figure d'institution. -La cocotte en fonte, pour faire de la bonne cuisine. Comme la cloche à pommes de terre, un produit culturel du Nord.

Quand on présente un produit comme ça, nous on l'a essayé, de toute façon, on le connaît. On peut dire qu'une transmission rapide de la chaleur, un fond...

ça permet de travailler les sauces, tout ça. On a vraiment plaisir et fierté à vendre ça. -Une qualité de conseil qui, selon ce commerçant, fait toute la différence face à Internet et aux grandes surfaces.

Sans compter sur quelques perles rares, introuvables ailleurs. -Des choses comme ça. Ca vous permet de casser le sucre et de le prendre.

C'est des choses qui existaient il y a 50 ans, 100 ans. Les clés à farcir, des choses comme ça. Pour rentrer dans la pomme de terre, c'est des choses que les gens ont connues chez la grand-mère qui traînaient dans le tiroir et qu'ils sont contents de retrouver. -Mais ce n'est pas parce que les produits sont intemporels que L'homme de fer refuse l'ère du temps. -Il y a une petite partie de vente en ligne, voilà, une petite partie, qui permet de se montrer.

Parce qu'il y a des gens qui, leur première recherche, c'est sur Internet. Donc, ils vont voir : "Ah, L'homme de fer, ah, peut-être qu'on pourrait y aller", ou en vacances, en redescendant, on fait un stop à Douai, voilà. -Est-ce que vous auriez un thermomètre pour mettre dans la viande ? -Pour piquer dans la viande, et c'est dans le four, oui, on a trois solutions. -Je savais que je trouverais ça chez vous.

Elle rit. -Un modèle classique, c'est celui-là. La seule précaution, c'est de ne pas laisser tremper dans l'eau. -Ici, au moins, on est sûr de ce qu'on achète.

Parce que sur Internet, quand on achète, on n'est jamais sûr de la taille du produit déjà et de la qualité du produit. -J'aime bien voir. J'aime bien le contact humain aussi.

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