Futur gouvernement : "Tout ne pourra pas être prioritaire", alerte Pierre Moscovici, président de la Cour des comptes
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:37OuverteRéponse directe
Est-ce que le pays a les moyens de faire face à ces nouvelles dépenses ?
- 2:55OuverteRéponse directe
Donnez-nous un exemple.
- 3:50OuverteRéponse directe
Est-ce que vous êtes aussi inquiet sur le niveau de la dette publique que l'est, par exemple, le gouverneur de la Banque de France ?
- 5:11OuverteRéponse directe
Vous avez une inquiétude, Pierre Moscovici ? Est-ce que vous voyez la France comme un futur mouton noir au sein de l'Europe ?
- 6:00OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous proposez, vous ? Qu'est-ce qu'il faut mettre à la place ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:12Invité politiqueChiffre
« L'inflation monte, elle est à 7,5% dans la zone euro, quelques 5% en France, un peu plus faible, mais tout de même maintenant substantielle. »
- 1:19Invité politiqueChiffre
« La croissance ralentit. Le gouvernement de la Banque de France a annoncé ce matin 0,2% au deuxième trimestre, après 0% au premier trimestre. »
- 1:26Invité politiqueChiffre
« Et nous avons, pendant la crise Covid, ne l'oublions pas, accumulé 20 points de dettes de plus. »
- 4:00Invité politiqueChiffre
« Nous avons une dette publique qui est à 113-115%. »
- 4:08Invité politiqueFait
« Les spreads français sont bons. »
- 6:38Invité politiquePromesse
« Non seulement c'est réaliste, mais je crois que c'est nécessaire. »
- 6:53Invité politiqueFait
« La dette, c'est autre chose. On ne va pas réduire la dette à 60%. »
Temps de parole
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Bonsoir à tous et à toutes. Il fait beau ce soir, mais dans le paysage économique, les nuages s'accumulent, la croissance ralentit, l'inflation est de plus en plus forte et les taux d'intérêt remontent. Bonsoir Pierre Moscovici, premier président de la Cour des Comptes, président aussi du Haut Conseil des Finances Publiques. Les nuages s'accumulent donc et le prochain gouvernement, quel qu'il soit, a prévu beaucoup de dépenses, notamment pour protéger le pouvoir d'achat dont on parle beaucoup, pour financer l'immense transition écologique, défi européen également. La France, je le rappelle, a déjà 2 800 milliards d'euros de dettes.
Est-ce que le pays a les moyens de faire face à ces nouvelles dépenses ?
Le moment des messages de finances publiques n'est pas venu pour moi, d'abord parce qu'il n'y a pas encore de nouveau gouvernement en place, et puis parce que nous attendrons davantage d'informations sur les perspectives de finances publiques, sur les décisions à prendre. Mais le Haut Conseil réunissait hier des experts européens, et je retiens de nos travaux plusieurs messages. Un, nous sommes tout de même dans une situation qui se dégrade à l'échelle européenne et internationale. La guerre en une graine a des conséquences. L'inflation monte, elle est à 7,5% dans la zone euro, quelques 5% en France, un peu plus faible, mais tout de même maintenant substantielle. La croissance ralentit.
Le gouvernement de la Banque de France a annoncé ce matin 0,2% au deuxième trimestre, après 0% au premier trimestre. Et nous avons, pendant la crise Covid, ne l'oublions pas, accumulé 20 points de dettes de plus. Donc quand vous avez une telle conjoncture, vous devez être conscient qu'il y a d'un côté une montagne d'investissements à financer, et il ne s'agit pas du tout de les nier. Il y a des nécessités pour l'écologie, il y a des nécessités pour la défense, il y a des nécessités pour l'investissement dans l'innovation et dans la recherche, pour l'industrie. Tout ça c'est vrai, mais de l'autre côté, il y a des finances publiques qui doivent rester soutenables.
Ce qui veut dire de manière très claire, c'est pour ça que je ne connais pas encore bien l'épure, et personne ne la connaît, qu'il y a des choix à faire, qu'il y a des arbitrages à opérer, que tout ne pourra pas être prioritaire. Pierre Moscovici, des choix à faire ou des réductions à opérer ? Des priorités, ça veut dire qu'il y aura d'une part des défenses nouvelles qui devront être financées, la Cour elle-même d'ailleurs en a présenté, par exemple nous avons fait un rapport sur le RSA, il y a des besoins supplémentaires, si on veut mettre à niveau le RSA, et aussi les dépenses dans les EHPAD.
Nous ne sommes pas contre des dépenses nouvelles, et j'ai cité aussi toute une série d'investissements. Oui, mais, mais, mais, il y a aussi, du coup, si on veut maîtriser la dépense, si on veut maîtriser la dette, des économies à faire ailleurs, et c'est pour ça que moi j'insiste beaucoup et de plus en plus sur la qualité de la dépense publique, pas uniquement sur sa quantité. Ce qui est tout à fait fondamental, c'est que nous soyons capables de procéder à des réformes qui permettent d'améliorer des politiques publiques, de faire en sorte qu'elles soient plus efficaces.
Donnez-nous un exemple.
Ils sont nombreux, en réalité, mais je vais donner un exemple, puisque vous m'en avez un, la politique du logement. Voilà une politique qui est deux fois plus coûteuse en France qu'elle l'est dans nos pays partenaires européens, sans être pour autant plus efficace en termes de logement social. Alors, je ne dis pas qu'il faut du tout diviser par deux la politique du logement, et je dis aussi qu'il y a un certain nombre de réformes que nous pouvons faire.
Et la Cour a produit 13 notes structurelles en amont de la campagne présidentielle, où on va trouver toute une série de pistes, justement, pour faire bouger l'éducation, pour faire bouger la justice, pour faire bouger le ministère de l'Intérieur. Ce n'est pas forcément par le toujours plus budgétaire qu'on parvient à créer une meilleure administration. Il y a, encore une fois, des investissements qui devront être financés. Il y a aussi des politiques qui devront être reformatées, repensées, réformées au bon sens du terme. On peut faire mieux sans avoir plus.
Est-ce que vous êtes aussi inquiet sur le niveau de la dette publique que l'est, par exemple, le gouverneur de la Banque de France ?
Ça fait longtemps que j'alerte sur ce point, ou que j'attire l'attention, en tout cas. Nous avons une dette publique qui est à 113-115%. Elle est soutenable, elle est finançable, elle est finançable dans de bonnes conditions. Les spreads français sont bons. Mais, d'une part, les taux d'intérêt remontent déjà. Et on sait qu'ils vont remonter. Et on voit bien le débat qui agite. Les banquiers centraux, les pré-annonces sur une remontée des taux d'ici juillet, qui, maintenant, couvre à peu près tout le spectre. Il y a les faucons, il y a les colombes, il y a tout le monde. Avec Christine Lagarde, elle-même l'a évoqué. Ça, ça veut dire que la charge d'intérêt peut augmenter fortement.
Et ça, ça a un impact. Une dette plus importante, ça réduit nos marges de manœuvre, justement, pour financer des politiques nouvelles, pour financer des politiques de justice sociale, pour financer des politiques de sécurité, pour financer des politiques de préparation de l'avenir. Et donc, on a tout intérêt à contenir la dette. Et puis, la deuxième chose qu'il faut avoir en tête, c'est qu'il faut avoir une dynamique de la dette qui est comparable à celle de nos voisins. Si la dette française continue à s'accroître, alors que les dettes européennes comparables, celles de l'Italie, de l'Espagne, du Portugal, de la Belgique, diminuaient, il pourrait y avoir un regard sur la France.
Tout ça, encore une fois, ce sont des points de vigilance. Je n'en suis pas du tout.
Vous avez une inquiétude, Pierre Moscovici ? Est-ce que vous voyez la France comme un futur mouton noir au sein de l'Europe ? La France attaquée ? C'était un vrai débat il y a quelques années.
Oui, mais nous n'en sommes vraiment pas là. Encore une fois, je le redis, notre dette, elle est soutenable. Et aujourd'hui, le niveau des taux d'intérêt est bas. Il va rester durablement bas, mais un peu moins bas. Et encore une fois, c'est en comparaison toujours qu'il faut se définir. Et c'est la raison pour laquelle je crois que, dans les choix qui vont être faits maintenant, il faut intégrer ce paramètre. Le pouvoir d'achat, c'est central, c'est décisif, et il va falloir répondre. Mais la dépense publique et les finances publiques, dont on a peu parlé finalement dans la campagne électorale qui vient de s'écouler, c'est un point qui ne peut pas être négligé.
Nous avons rendez-vous avec la maîtrise de la dette et la maîtrise de la dépense.
Surtout dans le cadre budgétaire européen qui est en discussion en ce moment. C'est évidemment la fameuse règle, notamment des 3% de déficit, 3% du produit intérieur brut. Beaucoup sont prêts à faire évoluer cette règle. Qu'est-ce que vous proposez, vous ? Qu'est-ce qu'il faut mettre à la place ? Elle est encore d'actualité ou elle est complètement dépassée ? Elle a explosé avec le Covid.
Je pense qu'il n'y a pas aujourd'hui une grande volonté à l'échelle européenne pour toucher aux traités, à la lettre des traités, aux 3%, aux 60%. Je crois que les 3% ont une pertinence comme un objectif de moyen terme. D'ailleurs, notez que la France a prévu de réduire son déficit à 3% et moins d'ici à 2027. C'est réaliste ? Non seulement c'est réaliste, mais je crois que c'est nécessaire. Je pense que ça reste une valeur pertinente et que la plupart des pays de l'Union européenne, avant la crise ukrainienne, étaient sur le chemin de parvenir à cela ou en tout cas d'avancer dans cette direction. La dette, c'est autre chose. On ne va pas réduire la dette à 60%.
Mais il faut inverser la courbe de la dette et le faire le plus vite possible. La Cour avait aussi dit qu'il fallait que ce soit d'ici à 2027, de manière assez claire.
Sujet pour les prochains mois, pour les prochaines années. Merci. Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, invité Éco de France Info ce soir.
Pierre Moscovici