MADAME LA MINISTRE, SORTEZ LE CARNET DE CHÈQUES !
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Durant les vacances de Noël, la mère d'une amie, âgée de 90 ans, est tombée chez elle. Les pompiers l'ont conduite à l'hôpital d'Amiens, au service gériatrie. Dès son arrivée, les soignantes l'ont prévenue : "Nous ne sommes que trois pour trente patients.
Nous n'aurons pas le temps de nous occuper de vous." Cette promesse fut tenue. Durant son séjour, son plateau-repas lui fut servi, mais, sans aide, l'assiette demeurait devant elle intacte.
Le bassin pour ses besoins fut longuement oublié sous ses fesses. Lorsqu'elle eut soif, on estima qu'elle avait assez bu comme ça. Souvent, cette vieille femme pleurait.
Mais elle n'était pas seule. Les soignantes, elles aussi, pleuraient. Au fil de la semaine, elles se confièrent à mon amie : « Cet après-midi, nous avons eu une réunion de service.
On a dit qu’on n’en pouvait plus, qu’on faisait mal notre travail, que les patients étaient mal soignés. Ils nous répondent « plan de retour à l’équilibre » ! On pleure, ils nous parlent budget ! » C'est une scène ordinaire, Madame la ministre, dans les hôpitaux et les EHPAD français.
Partout, à Paris, à Bordeaux, à Marseille, à Strasbourg, les hôpitaux craquent. Les médecins s'alarment. Qu'avez-vous à leur offrir?
De la compassion, ça oui, vous en avez, et je l'admets: ça vaut mieux que le mépris. Mais que prévoit, concrètement, votre budget de la Sécurité sociale? 0 création de poste. 1,6 milliard d'économies.
Quand, rappelons-le, il faut toujours le rappeler, et nous comptons bien vous le rappeler durant cinq années, cet automne, vous avez trouvé cinq milliards en toute urgence. Mais c'était pour les riches, pour supprimer leur Impôt sur la Fortune. Pour les pauvres c'est toujours en millions.
Pour les riches, c'est en milliards. Alors, Madame Buzyn, nous vous le demandons : délaissez un instant les belles paroles. Ne me répondez même pas, pas un mot, pas une phrase, je n'en serai pas outré.
Faites simplement un geste. Sortez le carnet de chèques Aux soignants, aux patients de ce pays. La parole est à Agnès Buzyn ministre de la Santé.
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les députés, Monsieur le député Ruffin. Vous pointez une réalité, une réalité ancienne dans nos établissements de santé. Une réalité que nous avons tous eu à côtoyer dans nos vies personnelles, familiales.
Comme vous le dites, je n’ai non seulement de la compassion pour les personnes hospitalisées pour les personnes qui travaillent dans ces établissements, mais j’ai aussi un profond respect pour ces fonctionnaires qui sont vraiment dédiés et totalement investis auprès des personnes malades, auprès des personnes âgées. Alors que leur apporter ? Et je souhaiterais apporter une réponse de long terme.
Je souhaite réfléchir à une transformation de notre système de santé. Pour qu’il soit pérenne. Pour qu’il soit efficient.
C’est le plan que je proposerai cette année. Pour une transformation notamment de la Tarification de l’activité de nos hôpitaux car nous savons qu’elle mène à une recherche d’activité sans fin alors que nous devrions travailler sur la valeur ajoutée de ces établissements et des personnels auprès de nos personnes malades. Aujourd’hui la réflexion est globale.
Elle est cohérente. Elle vise à soutenir un système de santé qui est notre bien commun, auquel nous sommes tous attachés, auquel vous faites référence Monsieur Ruffin. Mais je crois qu’ici dans cette Assemblée 100% des députés présents sont capables de reconnaître le travail exceptionnel fait par ces salariés et de la nécessité de préserver un système de santé pérenne et solidaire.
Je vous remercie. Le miracle ne s’est pas produit. Agnès Buzyn n’a pas rempli le chèque avec neuf zéros.
Comme ça a été fait à l’automne dernier pour les actionnaires, avec la Flat Tax et ainsi de suite. Que dire de sa réponse ? Elle offre de la compassion comme prévue.
Elle appelle ça du respect mais c’est quand même de la compassion. Elle a tout un barratin avec des grands mots : il faut un projet pérenne et solidaire pour l’avenir. Toujours est-il que concrètement je crains que pour les infirmières du service gériatrie de l’hôpital d’Amiens et de tous les hôpitaux et de tous les services gériatriques en France, ça ne fasse pas des postes sonnant et trébuchant tous ces grands mots.
Il n’y a rien dans sa réponse, sans surprise. Je noterai deux choses. La première chose, je le disais dans mon intervention mais je vais insister : soyez observateurs, écoutez chaque fois qu’ils nous parlent de millions, de dizaines de millions, de centaines de millions.
Et qu’ils viennent nous faire croire que ces millions seront de grands chiffres, de grandes choses, de grandes concessions qu’ils nous font, de grandes chances que nous avons de les recevoir. Et dites-vous toujours que pour les riches on a compté en milliards. Pour les quelques personnes qui souffraient, qui subissaient ce terrible impôt sur la fortune pour eux ça a été automatiquement neuf zéros derrière.
Pour les centaines de milliers de personnes qui dans ce pays sont usagées des hôpitaux, des maisons de retraite, pour les dizaines, centaines de milliers de personnes qui y travaillent aussi, cela va se chiffrer en millions. Gardez ça à l’esprit. Ne vous laissez pas entuber par les millions.
La deuxième chose qu’à peine je prends la parole, je ne sais pas si tu as noté, ce sont les trucs qui claquent, c’est le brouhaha, ça crie. Pourquoi ? Parce qu’ils ne supportent pas le réel.
On me dit : « C’est du théâtre. » Au contraire je pense que je suis celui qui a le plus besoin de prendre des cours de théâtre dans cet hémicycle. Ils ne supportent pas qu’on leur rapporte des tranches de réel.
Dès qu’on apporte ça, ça part en sucette. Il faut rester dans des grandes généralités chiffrées, faire passer les millions pour des milliards dans des textes de loi. Tout ça, ça roule.
Si on sort des abstractions pour aller dans le concret, ils ne supportent pas. Je renvoie à ce que je racontais des caves de Lille chez Victor Hugo ou encore dans les Ecrits politiques de Victor Hugo : « Assez de lire !, assez de lire ! », disait à Lamartine en 1848 parce qu’il était poète.
On disait à Victor Hugo à la place de faire ses discours à la tribune d’aller emmener ses pièces sur les boulevards. Si c’est dans cette lignée que nous nous situons parce qu’on est hué comme ça, on prendra. Attention, je ne prétends pas du tout l’égal de la Lamartine ou de Victor Hugo.
Il se trouve que je m’efforce de faire le même effort en terme d’apport du réel dans cet hémicycle. Que la voix des gens, là des infirmières, de mon amie dont la mère a été au service gériatrie de l’hôpital d’Amiens, soient entendues.
François Ruffin