Hausse des prix de l'énergie : Sophie Binet appelle au "blocage des prix des carburants" et à "nationaliser Total"
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Questions et réponses
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- 1:01OuverteRéponse directe
Pour fêter le travail, de quoi le 1er mai est-il le symbole pour vous ?
- 1:38RelanceRéponse directe
Vous volez cette journée ?
- 10:12RelanceÉludée
Est-ce que c'est un combat d'arrière-garde, Sophie, sur l'application toujours ?
- 11:05FerméeRéponse directe
Est-ce que vous demandez un blocage immédiat des prix du carburant ?
- 12:23FerméeRéponse directe
Est-ce qu'il faut nationaliser Total Énergie ?
- 13:47OuverteRéponse directe
Il faut en rester là ou est-ce qu'il faut même augmenter le SMIC et l'indexer sur l'inflation ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 8:33Invité politiqueChiffre
« Et je rappelle que les inspecteurs et les inspectrices du travail, il y en a seulement 1600 sur tout le territoire français. »
- 8:59Invité politiqueChiffre
« Il y a aujourd'hui 4 millions de salariés qui vivent sur des territoires qui n'ont pas d'inspecteurs et inspectrices du travail. »
- 11:52Invité politiqueFait
« Total vient d'annoncer ses profits hier. »
- 12:28Invité politiquePromesse
« Oui, nous pensons qu'il faut nationaliser Total Énergie parce que l'énergie, c'est un bien essentiel. »
- 14:50Invité politiquePromesse
« Il faut augmenter le SMIC immédiatement de 5% immédiatement sans attendre l'augmentation automatique qui peut-être arrivera en juin ou en juillet »
- 15:43Invité politiqueChiffre
« Depuis 2020, il a décroché de 12% par rapport au SMIC et alors depuis 20 ans, c'est encore plus élevé le décrochage du salaire des fonctionnaires. »
Temps de parole
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France Inter, Alibadou, le 6-9. L'invité du grand entretien en ce vendredi 1er mai est la secrétaire générale de la Confédération Générale du Travail. Bonjour Sophie Binet. Bonjour. Aux auditeurs, je vous rappelle que vous pouvez réagir et poser vos questions à Sophie Binet au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France. 350 rassemblements syndicaux à vous prévus aujourd'hui en France. Depuis 1947 et la loi du 30 avril, le 1er mai est donc un jour férié. Chômé est payé pour tous les salariés. Seuls les établissements et services dont l'activité est continue peuvent faire travailler leurs salariés.
Ce jour, Chômé a été au cœur de débat ces dernières semaines pour éventuellement élargir l'autorisation de travail. On va y revenir Sophie Binet. Mais d'abord, vous serez évidemment dans la rue tout à l'heure en tête de cortège aux côtés d'autres syndicats. Et c'est à noter, on va en parler. Pour fêter le travail, de quoi le 1er mai est-il le symbole pour vous ?
D'abord, le 1er mai, c'est la journée internationale de lutte des travailleurs et des travailleuses. Ce n'est pas la fête du travail. Je vous rappelle, la fête du travail, c'est Pétain qui l'a instaurée pour effacer justement cette journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs et des travailleuses. Donc, de tout temps, le 1er mai, ça a été synonyme de bataille politique. Et je note que, malheureusement, il y a beaucoup de députés aujourd'hui qui ont toujours des problèmes avec les droits des travailleurs et des travailleuses et qui veulent nous voler cette journée qui n'est pas comme les autres.
Vous volez cette journée ?
Oui, tout à fait, puisque la particularité du 1er mai, c'est d'être la seule journée chômée, fériée et obligatoirement rémunérée. Et ce n'est pas tombée du ciel. Je veux dédier cette journée de mobilisation à Maria Blondeau, une des neuf ouvriers et ouvrières qui a été assassinée le 1er mai 1891 à Fourmis, alors qu'elle était en grève pour exiger une réduction de son temps de travail. Dans la mine de Fourmis. Oui, exactement. C'est important de le rappeler parce que tous les droits dont nous bénéficions aujourd'hui, ils ne sont pas tombés du ciel. Ils ont été gagnés grâce à des milliers de travailleurs et travailleuses qui ont lutté, parfois qui ont laissé leur vie.
Et donc, en voulant nous voler le 1er mai, Gabriel Attal, Bardella Retailleau et tous leurs amis, ont fait une insulte à cette histoire ouvrière et ont voulu s'asseoir sur tout cet héritage. C'est très choquant.
Alors, le drame de Fourmis, c'est l'un des grands moments de la lutte ouvrière et un massacre absolument sans nom contre des ouvriers. Ça fait maintenant donc près de 80 ans que cette journée internationale des travailleurs est chômée en France. Elle est plus encadrée que les autres jours fériés. Le 1er mai, j'ouvre les guillemets, est pour la France dans ses profondeurs un Noël des ouvriers et des employés. Je referme les guillemets, je cite. Est-ce que vous êtes d'accord ? C'est une phrase du garde des Sceaux, le ministre de la Justice Gérald Darmanin, publiée cette semaine sur X. Un Noël des ouvriers et des employés.
Bon, nous, on ne croit pas au Père Noël. Et ce qu'on sait, c'est que nos droits, ils n'arrivent pas par magie, ils arrivent par la lutte et la mobilisation. C'est pour ça que le 1er mai est important. Et c'est pour ça que j'appelle toutes celles et ceux qui nous écoutent à venir manifester en nombre aujourd'hui parce qu'on a besoin de se faire entendre sur la vie chère pour exiger des augmentations de salaire, dénoncer les plans de licenciement. Il faut se mobiliser aujourd'hui.
Mais ça ne peut pas devenir un jour férié comme un autre.
Non, mais surtout d'ailleurs, ce que veulent faire Gabriel Attal, Bruno Rotaillot et tant d'autres, ce n'est pas faire devenir le 1er mai comme un jour férié comme les autres, c'est surtout faire que le 1er mai devienne un dimanche comme les autres, sachant que le dimanche est déjà devenu un samedi comme les autres puisque Emmanuel Macron a libéralisé comme jamais les possibilités de travailler le dimanche. Et donc, avec l'expérience du dimanche, on sait exactement ce qui se passe. On nous parle de volontariat et de majoration au début, mais aujourd'hui, pour le travail du dimanche, il n'y a plus ni volontariat ni même de majoration. C'est ça qui risque de se passer pour le 1er mai.
C'est pour ça que nous ne voulons pas toucher à sa spécificité.
Alors, le 10 avril dernier, c'était donc une proposition de loi qui arrivait à l'Assemblée pour élargir les dérogations au repos obligatoire de ce 1er mai. Le texte ciblait plusieurs secteurs, boulangers, fleuristes, épiceries, boucheries, établissements culturels. Un texte a été débattu en commission mixte paritaire pour accélérer la procédure. Les syndicats dont vous êtes ont dénoncé un coup de force. Le gouvernement a retiré le texte. Il a reculé. Il a proposé que seuls les boulangers, artisanaux et les fleuristes puissent s'ouvrir sur la base du volontariat. Vous avez le sentiment d'avoir été entendu ou même ça, ça va trop loin ? Vous n'y croyez pas à cette idée de volontariat ?
On a gagné une première victoire parce que ce texte était catastrophique puisqu'il permettait des ouvertures tous azimuts, la grande distribution, l'industrie agroalimentaire, les établissements culturels, les jardineries, les greneteries, c'était du grand n'importe quoi. Donc ce texte, il faut qu'il soit enterré définitivement. Mais par contre, je ne comprends pas pourquoi le gouvernement met à l'ordre du jour un nouveau projet de loi. C'est un non-sens. Aujourd'hui, le problème des boulangers...
Mais vous avez été soulagé par le discours de Sébastien Lecornu, du Premier ministre ?
Déjà, oui, c'était très important de ne pas convoquer cette commission mixte paritaire et de refuser ce passage en force. Mais maintenant, mettre à l'ordre du jour un nouveau projet de loi, c'est un non-sens. Le problème des boulangers, ce n'est pas d'ouvrir le 1er mai. Le problème des boulangers, c'est leur facture d'énergie qui explose, c'est le prix des matières premières et du blé qui augmente considérablement, et c'est le dumping organisé par la grande distribution, les franchisés, les markets, etc., qui les mettent en difficulté. Et puis, excusez-moi, il me semble que le pays est face à des enjeux majeurs.
On n'a jamais traversé une crise énergétique aussi grave avec des baisses de salaire, des millions de travailleurs et de travailleuses qui sont obligées de choisir entre remplir leur frigo ou faire leur plein d'essence. Et les députés nous parlent de nous voler le 1er mai.
On va en parler de la question de l'énergie parce qu'elle est évidemment centrale. Mais vous avez le sentiment, et vous ne vous y êtes pas associé d'ailleurs, vous êtes, contrairement au syndicat Sud, de ceux qui n'ont pas accusé le Premier ministre d'abus de pouvoir quand il a dit qu'il fallait appliquer la loi avec souplesse aujourd'hui. Aucun salarié qui travaille aujourd'hui, fleuriste, boulanger, pâtissier, ne le fait volontairement d'après vous. Mais pourquoi alors ne pas vous être associé, par exemple, à Sud ?
Mais c'est ce qu'on a fait, en fait, ce recours au Conseil d'État. La CGT en faisait partie, la fédération qui est concernée et qui organise les salariés de la boulangerie. Et donc ce recours au Conseil d'État a permis de forcer le gouvernement à retirer sa communication mensongère et qui était problématique. Ce n'est pas possible qu'un gouvernement dise et appelle à ne pas respecter la loi.
Donc il ne faut pas éviter les contrôles en attendant qu'une loi soit votée ?
Mais ça n'a aucun sens, on est dans un état de droit. La loi aujourd'hui, elle est claire. Le 1er mai, les artisans peuvent ouvrir. La seule condition, c'est qu'ils n'ont pas le droit de faire travailler les salariés. Et donc la loi doit s'appliquer. Il y a déjà des millions de personnes qui sont obligées de travailler le 1er mai. Je tiens à leur rendre hommage parce que ce sont elles et eux qui garantissent la continuité du service public, la continuité de l'activité économique. Ça suffit, on n'a pas besoin de s'acheter des gâteaux ou des fleurs le 1er mai au-delà de ce qui est possible.
On n'a pas besoin de s'acheter des gâteaux ou des fleurs, c'est étonnant comme formule 1 ?
Non, c'est factuel. On peut un jour sur 365 ne pas consommer outre ce qui est déjà permis par le fait que les artisans peuvent travailler. Mais alors allons au bout de votre logique, Sophie Binet. Ça fait 80 ans que cette loi s'applique et qu'elle ne pose pas problème. Pourquoi tout d'un coup est-ce qu'il faudrait la changer ?
Mais est-ce qu'il faudra verbaliser les boulangers, les fleuristes ou les autres commerçants qui ouvriront malgré l'interdiction ? Je rappelle que l'amende, elle s'élève à 750 euros par salarié en cas d'infraction.
Oui, mais franchement, tout ça, c'est parti d'une polémique politicienne qui a été montée de toutes pièces. Je rappelle les origines de cette proposition de loi de la honte. Cinq boulangers vendéens qui ont été verbalisés en 2024 parce que notamment ils faisaient travailler des mineurs quand même. Le 1er mai, donc ils ont eu un procès verbal de l'inspection du travail. L'inspection du travail leur a proposé un simple rappel à la loi, donc ça ne coûte rien. Ils ont refusé, c'est du coup parti en justice et au bout d'un an de procédure, ils n'ont même pas été condamnés. Donc aujourd'hui, il faut arrêter les délires. Il n'y a pas de condamnation violente et de sanctions graves qui existent.
Et je rappelle que les inspecteurs et les inspectrices du travail, il y en a seulement 1600 sur tout le territoire français.
C'est très insuffisant.
C'est très insuffisant, c'est un énorme problème. Les inspecteurs et inspectrices du travail, je tiens à leur rendre hommage et j'aimerais d'ailleurs que tout le monde le fasse au lieu de les accuser de tous les maux et de les mettre en difficulté en organisant l'impunité patronale. Les inspecteurs et inspectrices du travail, c'est les vigies du respect de nos droits. Il y a aujourd'hui 4 millions de salariés qui vivent sur des territoires qui n'ont pas d'inspecteurs et inspectrices du travail. C'est ça que devrait faire le gouvernement, c'est augmenter les effectifs des inspecteurs du travail pour garantir l'effectivité du droit.
Alors c'est intéressant parce que sur l'application Radio France, les auditeurs sont très partagés. Il y a par exemple Lou qui se demande pourquoi ce débat sur le 1er mai, si ce n'est pour noyer le poisson. Oui, c'est un jour férié, chômé, il doit le rester. On a toujours trouvé du pain le 1er mai, selon les conditions du code du travail. Et il y a Jean-Louis par exemple qui vous dit vous tolérez les boulangeries ouvertes le 1er mai pour des motifs d'ordre public, mais pas les fleuristes. Où tracez-vous la ligne entre les services essentiels et non essentiels ? Sophie Binet.
Et oui, mais en fait Jean-Louis a raison. Le problème c'est qu'une fois qu'on ouvre la boîte de Pandore, elle est où la limite ? On autorise les fleuristes artisanaux à ouvrir, et bien pourquoi est-ce qu'on n'autorise pas les jardineries ? Pourquoi est-ce qu'on n'autorise pas les commerces de bouches ? Etc, etc. Donc c'est pour ça qu'il faut rester très clair sur la base de ce que dit la loi depuis 80 ans. Les seules entreprises qui sont autorisées à faire travailler leurs salariés, c'est celles qui ne peuvent pas arrêter leur activité pour la continuité des services publics ou pour des questions industrielles. Il y a des usines qu'on ne peut pas arrêter juste pour un jour.
Mais est-ce que c'est un combat, j'allais dire, et je le dis de manière volontairement provocatrice, d'arrière-garde Sophie sur l'application toujours ? Elle dit qu'hier, elle est allée faire son complément de course. Elle a vu que son monoprix, bon peu importe la marque, serait ouvert aujourd'hui de 9h à 20h avec uniquement les agents de sécurité et des caisses automatiques. Elle ne comprend pas pourquoi, mais c'est possible.
Ben non, c'est interdit. C'est interdit. Les agents de sécurité sont des salariés et donc ils n'ont pas à travailler le 1er mai. Le 1er mai, c'est une journée de lutte. J'appelle d'ailleurs toutes celles et ceux qui nous écoutent à regarder sur la cgt.fr. Il y a la liste des 300 rassemblements qui seront organisés dans toute la France. Vous pouvez en trouver un près de chez vous. Tout le monde peut y participer, en famille. C'est extrêmement important. On a besoin de faire entendre nos revendications aujourd'hui, notamment en termes de salaire.
Alors, il y a la question évidemment de l'énergie. Est-ce que vous demandez un blocage immédiat des prix du carburant ? On a débattu tout à l'heure avec Dominique Seux et Thomas Porchet de savoir si nous passerions l'été avec un gasoil à 2,50 euros à la pompe. C'est une inquiétude évidemment qui est liée à des questions géopolitiques. Mais vous demandez à l'État de bloquer les prix de l'énergie.
Oui, tout à fait. C'est une mesure à mettre en place.
Oui, tout à fait. Oui, bien sûr. Quoi qu'il en coûte ?
Quoi qu'il en coûte. En fait, c'est simple. Il n'en coûte rien puisque le blocage des prix du carburant, ça sera pris sur... Ça va permettre de bloquer les marges des producteurs et des distributeurs. Et c'est ça qui est important parce que ce qui est extrêmement choquant depuis le début de cette crise, c'est que chaque mois, on a des annonces toujours plus indécentes de profits de Total. Total vient d'annoncer ses profits hier. Ils sont encore plus élevés que ceux de 2022 qui étaient déjà inédits. C'est quand même une honte. Et donc, il faut bloquer ces prix pour mettre fin à ce phénomène de profiteur de guerre qui profite de la crise pour faire la culbute financière.
Je refuse le total bashing, disait Sébastien Lecornu cette semaine quand il était interrogé au Sénat après la publication de ses bénéfices trimestriels de 5 milliards d'euros. C'est en hausse de 50% par rapport à la même période l'année dernière. Qu'est-ce que ça vous inspire ? Est-ce qu'il faut nationaliser Total Énergie ?
Oui, nous pensons qu'il faut nationaliser Total Énergie parce que l'énergie, c'est un bien essentiel. On le voit aujourd'hui et ce n'est pas possible que ça soit renvoyé à la loi du marché pour la fixation des prix et la stratégie globale.
Donc la taxation exceptionnelle des superprofits ne suffit pas. Il faut nationaliser et éventuellement établir un monopole de la distribution et de la production d'énergie en France.
Oui, d'ailleurs Total était un groupe nationalisé et la France allait très bien quand Total était nationalisé. Mais la mesure à mettre en place immédiatement, c'est un blocage des prix. C'est simple à mettre en place, ça ne coûte rien. C'est ce qui a été fait pendant la guerre du Golfe en 1990. Contrairement à ce que dit le gouvernement, ça n'a pas généré de pénurie et ça a protégé le pouvoir d'achat des ménages, mais aussi la situation des entreprises. Il y a des entreprises qui commencent à être en difficulté aussi avec cette augmentation des prix de l'énergie.
Alors à partir d'aujourd'hui, les prix du gaz en France vont augmenter de plus 15%. Une hausse liée donc évidemment toujours au même conflit au Moyen-Orient, à l'augmentation des redevances pour l'entretien du réseau et de la taxe carbone. La France insoumise a déposé une proposition de loi pour geler pendant trois mois les prix de l'énergie. Quelle est la position de la CGT ?
Eh bien nous pensons qu'il faut bloquer les prix, bloquer les marges des producteurs de pétrole et de la grande distribution pour préserver le pouvoir d'achat. Le problème c'est que le gouvernement...
Il faut en rester là ou est-ce qu'il faut même augmenter le SMIC par exemple, l'indexer sur l'inflation ?
Bien sûr, ça c'est la deuxième mesure très importante à prendre. C'est d'augmenter les salaires parce que ce qu'on observe c'est que nos salaires n'ont toujours pas retrouvé leur niveau de 2020. On ne s'est toujours pas remis de la crise inflationniste de 2022 et aucune leçon n'a été tirée de ce qui s'est passé en 2022. En 2022, le gouvernement a refusé d'agir sur les profits et sur les salaires et le résultat c'est un déclassement généralisé du monde du travail avec un tassement salarial très important qui derrière a un impact négatif pour l'économie puisque moins de salaire c'est moins de consommation et aussi des difficultés économiques pour les entreprises.
Mais donc ce que vous demandez au chef du gouvernement que tout le monde comprenne bien c'est que les salaires soient indexés sur l'inflation, sur les prix ?
Oui tout à fait. Là j'adresse aujourd'hui un courrier solennel au Premier ministre pour lui dire qu'il faut arrêter de faire l'autruche, il faut prendre des mesures d'ampleur parce que cette crise elle va s'inscrire dans la durée et que la première de ces mesures d'ampleur c'est d'augmenter les salaires. Il faut augmenter le SMIC immédiatement de 5% immédiatement sans attendre l'augmentation automatique qui peut-être arrivera en juin ou en juillet mais on n'en est pas sûr, ça sera trop tard et ça sera insuffisant. Et ensuite l'autre mesure extrêmement importante c'est d'indexer tous les salaires sur les prix pour mettre fin à ce tassement salarial et à ce déclassement.
Parce qu'en fait quand le SMIC augmente les autres salaires ne suivent pas, le patronat refuse de jouer le jeu des négociations et donc on a de plus en plus de salariés qui sont enfermés sur des emplois au SMIC malgré des qualifications élevées, des années d'expérience, etc. C'est pas normal ça.
D'après vous, il faut aussi du coup agir sur le point d'indice de la fonction publique et augmenter le salaire des fonctionnaires immédiatement ?
Oui, l'état employeur doit prendre ses responsabilités. Le salaire des fonctionnaires s'est effondré. Depuis 2020, il a décroché de 12% par rapport au SMIC et alors depuis 20 ans, c'est encore plus élevé le décrochage du salaire des fonctionnaires. Il y a une situation qui est catastrophique dans la fonction publique. Il faut augmenter les fonctionnaires qui sont parmi les moins bien payés des pays de l'OCDE.
Alors il y a beaucoup de questions à vous poser. Il y a la question du pouvoir d'achat évidemment. Et puis, il y a également des questions plus politiques et notamment le patronat dont on a dit qu'il se rapprochait du Rassemblement National, le parti de Jordan Bardella depuis deux ans. Ce sont des révélations de la cellule investigation de Radio France hier. Rendez-vous avec le MEDEF, des patrons des secteurs de la défense ou de l'aéronautique. Est-ce qu'il y a des partis indésirables, des partis avec lesquels il ne faut pas dialoguer, Sophie Binet ?
Oui. Pour la CGT, l'extrême droite ne sera jamais un parti comme les autres pour deux raisons. D'abord parce qu'ils sont en contradiction fondamentale avec les fondements de notre société démocratique aujourd'hui. Leur proposition de préférence nationale, elle remet en cause le droit du sol, l'égalité devant la loi qui fonde le pacte français depuis la Révolution française et même avant. Et ensuite parce que l'extrême droite est un danger pour la démocratie. On le voit partout dans le monde.
Elle arrive malheureusement souvent au pouvoir par les urnes, mais elle ne rend pas le pouvoir et elle fait tout pour affaiblir les contre-pouvoirs, s'attaquer à la liberté de la presse, s'attaquer à l'audiovisuel public, on l'a vu très récemment, s'attaquer à l'indépendance des organisations syndicales, s'attaquer aux juges et donc dégrader considérablement la démocratie.
Mais ça c'est la position de la secrétaire générale de la CGT. Un autre syndicat à force ouvrière a une position très différente, puisque votre homologue de FO lui disait que solliciter les politiques permet de faire parler de nos problématiques au national. Je n'ai aucune difficulté, je le cite, à me rendre chez le RN ou le PCF. Le député RN Sébastien Chenu avait été reçu quelques jours plus tôt par un représentant du syndicat sur le site très emblématique de Stellantis de Valenciennes. Vous comprenez cette position ou pas ?
Non, pas du tout. Je trouve qu'elle est extrêmement grave. Je suis très en colère vis-à-vis du patronat qui, pour la première fois depuis 1945, traite le Rassemblement national et l'extrême droite comme un parti comme les autres. et fait comme si la seule chose qui comptait, c'était le programme économique. On a l'impression que pour le patronat, l'argent n'a pas d'odeur, quelque part. C'est sur cette logique-là que le patronat a collaboré en 1940 avec le régime de Vichy, en choisissant la meilleure stratégie pour l'intérêt de ses affaires. Mais c'est extrêmement grave. Il y a des choses qui sont plus importantes que les enjeux économiques.
C'est la question de nos valeurs démocratiques et de nos principes.
Aujourd'hui, qu'est-ce qui vous unit ? On connaît l'histoire compliquée, l'histoire conflictuelle entre la CGT et la CFDT. Tout à l'heure, vous serez aux côtés de Marie-Lise Léon dans la rue pour défiler en tête de cortège. Qu'est-ce qui vous divise encore aujourd'hui ? On vous a souvent vu opposé. On se demande aujourd'hui ce qui vous réunit.
Ce qui nous rassemble, c'est que d'abord, on va être dans la rue aujourd'hui ensemble. C'est la quasi-totalité des organisations syndicales qui vont être rassemblées aujourd'hui. C'est très important. La CGT se bat toujours pour rassembler les organisations syndicales, parce que c'est quand on est ensemble qu'on est plus fort et qu'on peut gagner. C'est un ingrédient de la victoire qui est très important. Donc, je suis très contente qu'on soit rassemblés aujourd'hui. Et puis ensuite, oui, on a encore un certain nombre de désaccords, de débats.
C'est d'ailleurs pour ça qu'il y a différentes organisations syndicales en France, notamment sur les stratégies syndicales, les stratégies de négociation, de construction du rapport de force, etc.
Vous avez fait des études de philosophie. Vous citez souvent le philosophe André Gortz qui plaidait pour une civilisation du temps libéré. Aujourd'hui, c'est encore possible, tout simplement, à l'heure où les plateformes nous permettent de consommer à toute heure du jour et de la nuit. On parle d'ubérisation de la société. Tout est possible, disponible, pour peu qu'on en ait les moyens.
C'est non seulement possible, mais indispensable. Parce qu'aujourd'hui, on est dans une perte de sens complète où on a l'impression que tout se vend, tout s'achète, y compris le 1er mai, puisque les macronistes ont dit que c'était une journée à fort potentiel commercial. Et donc, c'est pour ça qu'il fallait laisser ouvrir. Nous ne sommes pas là pour ça. On a un progrès technologique inédit avec le numérique et l'IA. Ce progrès technologique doit servir au progrès humain et donc à la réduction du temps de travail.
Merci Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, d'avoir été l'invité de France Inter. Bon 1er mai. Merci. Et bonne journée.