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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 25 juin 2026 22 min

Canicule, changement climatique... Le "8h30 franceinfo" de Françoise Vimeux

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

France Info Bonjour à tous, bonjour Françoise Vimeux. Bonjour. Vous êtes climatologue, directrice de recherche à l'Institut de recherche pour le développement. Bonjour Aurélie. Bonjour. On attaque ce matin le 9ème jour de canicule, 72 départements en vigilance rouge. Hier fut le jour le plus chaud jamais enregistré en France et on compare évidemment ce phénomène historique à la terrible canicule de 2003 qui avait fait 15 000 morts. Est-ce que vous arrivez, malgré tout ça, à dormir ?

0:28
Invité

Alors j'ai du mal à dormir comme tout le monde parce que ça fait plusieurs nuits que vraiment il fait très chaud et puis probablement j'ai aussi du mal à dormir de voir cette canicule vraiment historique arriver avec un degré d'impréparation, on va en parler, bien que ça fait des décennies qu'on explique que ce genre de phénomène va arriver.

0:51
Présentateur

Donc de vos insomnies, outre la canicule, il y a quoi ? Il y a la colère de ne pas avoir été écoutée, entendue par les pouvoirs publics ?

0:56
Invité

Il y a une certaine colère je pense effectivement d'avoir été entendue, oui je pense que nos politiques entendent, je pense qu'ils comprennent même très bien la situation, mais la colère de voir finalement ce fossé entre des plans nationaux d'adaptation et puis leur mise en œuvre. On arrive à peine à la fin du mois de juin, Françoise Vimeux, on avait déjà connu une vague de chaleur en mai, est-ce que dans les alertes que vous aviez pu faire, vous aviez déjà possibilité de voir que dès 2026, on aurait sitôt dans la saison ce genre de phénomène, ou on est plutôt sur un scénario que les spécialistes vous envisagiez pour 2050 ?

Alors ce qu'il faut bien comprendre c'est qu'avec un climat réchauffé qui a atteint plus 1,3 degré au niveau mondial par rapport à l'ère pré-industrielle, ce genre de vague de chaleur rentre dans la gamme des possibles. Il aurait été impossible d'avoir cette vague de chaleur au mois de juin dans un climat non modifié par l'homme. Aujourd'hui ça rentre dans la gamme des possibles, on est dans le haut du panier des simulations, mais on est quand même dans le panier.

Et donc pour moi, ça veut dire qu'il faut vraiment se préparer, non pas à des événements extrêmes moyens, à des vagues de chaleur moyennes, il faut aussi se préparer à des événements extrêmes particulièrement hauts, même s'ils ont une faible probabilité d'arriver.

2:19
Présentateur

Et le ministère de l'Education nationale communique ce matin sur 13 500 écoles fermées ou avec des aménagements en raison de cette canicule historique. Est-ce que l'Education nationale est suffisamment préparée pour vous ?

2:30
Invité

Je crois que la réponse elle est dans votre question. On prend des mesures, je dirais, au jour le jour. Les écoles, les collèges, les lycées sont des bâtiments très peu isolés thermiquement. On a même des établissements scolaires qui n'ont pas de store pour se protéger du soleil.

2:48
Présentateur

Sauf qu'à votre place, le ministre de l'Education, il y a quelques jours, disait que le problème c'est que les écoles c'est les mairies, les collèges ce sont les départements, les lycées ce sont les régions, et donc chacun se renvoie un peu la balle.

2:58
Invité

Voilà, mais peu importe à qui la faute. Ce qu'il faut comprendre, c'est que ça fait des années qu'on dit que les canicules vont devenir plus précoces, plus tardives. Plus précoces, ça veut dire qu'elles arrivent au mois de mai, on en a vu un exemple cette année, au mois de juin, on en vit un. Donc on est en plein le calendrier scolaire, et donc on aurait pu se préparer, peu importe qui a la responsabilité de cette préparation, on est dans un état d'impréparation qui, pour moi, est sidérant. Si les accords de Paris avaient été respectés, est-ce qu'on serait dans cette situation aujourd'hui ?

Les accords de Paris sur le climat qui avaient été signés, donc en France, sous le quinquennat de François Hollande. Alors l'objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris, c'est de limiter le réchauffement à plus 1,5 degré au cours du XXIe siècle. On sait qu'on va atteindre ce réchauffement dans les années qui viennent, à horizon 2030, et si on était sur la trajectoire pour respecter, en fait, cet accord, eh bien le réchauffement ne se serait pas poursuivi ces dernières années, donc on ne serait pas dans un état de réchauffement aussi important, et probablement on n'échantillonnerait pas ce genre de vagues de chaleur en plein mois de juin.

4:03
Présentateur

Il a déjà fait très très très chaud en mai, on en parlait, là c'est terrible, toute la semaine jusqu'à dimanche. Est-ce que ces vagues de chaleur, dès le début de l'été, laissent entreapercevoir le fait que tout l'été, ça va être terrible ?

4:13
Invité

Alors, il y a deux choses. Le fait d'avoir des vagues de chaleur au mois de mai et au mois de juin ne nous dit rien de ce que va être la météorologie au cœur de l'été. En revanche, Météo France fait des prévisions saisonnières, et pour cet été, ce qui est dit, c'est qu'on a 50% de chance ou de malchance que l'été soit plus chaud que la normale. La normale, je rappelle, c'est la moyenne entre 1991 et 2020. Alors pour moi, c'est presque attendu qu'on soit plus chaud, parce que depuis 2020, le réchauffement a continué, on est en 2026.

Autre chose, c'est le fait d'avoir des vagues de chaleur précoces, intenses, ça vient en quelque sorte préparer le terrain pour favoriser des vagues de chaleur plus importantes si elles se produisent au cœur de l'été, parce que l'océan a emmagasiné de la chaleur, et parce que les sols se sont asséchés. Et un sol sec, ça vient renforcer les températures pendant une vague de chaleur. Donc le risque, là, si on vous entend bien, c'est que cet été, si on a d'autres canicules, elles vont être encore plus féroces que celles qu'on subit en mois de juin.

Alors, encore plus féroces, je ne sais pas, mais en tout cas, le terrain est préparé pour que, si on a une vague de chaleur, elle soit plus intense que ce qu'elle aurait été si on n'avait pas eu ces vagues de chaleur au mois de mai et au mois de juin.

5:22
Présentateur

Ce qui est intéressant aussi, c'est que l'ère du Sahara, il touche tout le continent, pas que la France. Il y a un rapport qui s'appelle le rapport Copernicus, qui était publié à la fin du mois de mai, qui montre que 95% de l'Europe a connu des températures supérieures à la normale l'an dernier. 34 degrés en Norvège, plus de 30 degrés dans le cercle arctique. En fait, il n'y a plus aucun refuge climatique en Europe ?

5:40
Invité

Alors, en fait, il n'y a plus aucune zone en Europe qui est épargnée par les impacts du changement climatique, et en particulier les vagues de chaleur. Et en 2025, on a eu, dans la région de la Phénoscandie, une vague de chaleur qui, pour nous, aurait paru fraîche.

5:52
Présentateur

C'est quoi, pardon, la Phénoscandie ?

5:53
Invité

Eh bien, si vous êtes au nord de l'Europe, la Norvège, la Sud.

5:56
Présentateur

Ce dont je parlais, c'est l'Arctique.

5:58
Invité

Voilà. Alors, au niveau de l'Arctique, c'est la région du monde qui se réchauffe le plus, et donc une partie de l'Arctique est en Europe. Et c'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle l'Europe est le continent qui se réchauffe, un des continents qui se réchauffe le plus vite, deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Françoise Humeux, vous parliez d'impréparation face à cet épisode de chaleur extrême. On va évidemment continuer à en parler, mais là, on est dans le dur, disons. Il y a un sujet qui fait beaucoup parler, notamment dans la classe politique ces jours-ci, c'est la climatisation.

Est-ce que la climatologue que vous êtes dit c'est une solution miracle, la clim, ou le remède serait pire que le mal ? Alors, je pense qu'entre les deux, il faut ouvrir le débat. Il ne faut pas que ce soit un tabou, la climatisation. Donc d'abord, je pense qu'on sera tous d'accord pour dire qu'on a besoin de la climatisation dans certains bâtiments. Je pense aux hôpitaux. Vous prenez les hôpitaux parisiens aujourd'hui. Dans les vieux bâtiments qui datent du 19e siècle, on n'a pas la climatisation. On a des gens qui souffrent. Ce n'est pas normal au 21e siècle en France. Après, quand on parle de climatisation, il y a tout un tas de technologies différentes derrière.

Et ça, on ne le dit pas suffisamment. Quand vous achetez un climatiseur sous roulette, parce que vous avez chaud, et moi, je ne blâme pas les gens qui achètent un climatiseur. Ce qu'il faut savoir, c'est que, d'abord, ce n'est pas très efficace. D'un point de vue énergétique, ça consomme beaucoup. Vous favorisez, en fait, le processus qu'on appelle des îlots de chaleur. Qu'est-ce qui se passe concrètement ? On réchauffe l'extérieur quand on rafraîchit son appartement ? Voilà, c'est-à-dire que si vous rafraîchissez l'appartement, eh bien, en fait, vous réchauffez à l'extérieur. Parce qu'il faut un équilibre. La chaleur, elle ne se crée pas ou elle ne disparaît pas comme ça.

7:33
Présentateur

C'est ça qu'on appelle des gaz frigorigènes ?

7:36
Invité

Alors non, ça, c'est autre chose. C'est que ces climatiseurs-là ont des fluides frigorigènes. Si jamais ça fuit, eh bien, ça émet des gaz à effet de serre qui sont environ 2000 fois plus puissants que le dioxyde de carbone. Donc, il y a d'ailleurs, je crois, une réglementation européenne qui vise à ce que ces climatiseurs soient vraiment conçus pour qu'il n'y ait pas de fuite.

7:56
Présentateur

Donc, il y a deux problèmes. Il y a à la fois ces gaz dont vous parlez et il y a surtout le fait d'un transfert de chaleur. C'est un peu, entre guillemets, égoïste d'avoir bien frais à l'intérieur de celui-là, mais ça aggrave dans les villes la chaleur.

8:04
Invité

Exactement. Ça a été quantifié, par exemple, sur Paris. Alors, ce n'est pas uniforme. Ça dépend des quartiers, ça dépend des rues. Mais si, par exemple, vous avez une cour entourée d'immeubles, si chacun met la climatisation, ça peut augmenter la température jusqu'à 2,5 degrés. Donc, la clim appelle la clim, en fait, après. En quelque sorte. Mais le problème, c'est qu'aussi, si vous climatisez, vous allez vous dire, voilà, on va continuer à vivre comme avant et puis on ne va rien changer. Et puis, climatiser un bâtiment qui n'est pas isolé thermiquement, c'est une ineptie. Il faut isoler thermiquement, il faut se protéger de la chaleur.

Dernière chose, toutes les activités ne sont pas climatissables. Vous n'allez pas aller dans la rue avec une bulle autour de vous, climatiser. Vous dites la climatisation pour les publics les plus fragiles, donc dans les hôpitaux, les EHPAD aussi. J'imagine, qu'est-ce qu'on fait ? Des écoles à l'heure où il y a 13 500 écoles qui sont soit fermées, soit qui adaptent leurs horaires. Les écoles, ce n'est pas prioritaire pour mettre la clim ? Alors, les écoles, la priorité, c'est l'isolation thermique. L'isolation thermique par l'extérieur, la protection des rayons du soleil, ça peut être par des stores à l'extérieur, ça peut être par des brises soleil.

Après, on peut avoir recours à la climatisation de manière ponctuelle, mais on peut aussi décider que quand on a un département en vigilance rouge, eh bien, systématiquement, tous les après-midi, les établissements scolaires qui ne sont pas climatisés ou qui n'ont pas encore une isolation thermique sont fermés. Sauf que comme les canicules peuvent arriver plus tôt dans la saison, voire plus tard, on n'exclut pas des canicules en septembre, ça pose un vrai problème pour les apprentissages des enfants. Quand c'était limité à juillet-août, ça va, les écoles sont fermées, mais là, ça pose un vrai problème de devoir fermer des écoles.

Alors là, il faut s'inspirer de ce que l'on voit dans nos territoires ultra-marins, où vous avez des horaires qui sont adaptés en période de chaleur, où vous pouvez commencer l'école à 7h, à 7h30, pour la finir à l'heure du déjeuner, un peu tardivement. Et donc, il y a toute une adaptation structurelle de nos modes de vie, de notre société. Et on voit que là, en fait, ce sont des petites adaptations ponctuelles. On gère une crise, alors que le changement climatique, c'est une trajectoire.

10:04
Présentateur

Et vous lancez une alerte qui marque, vous dites qu'à la fin du siècle, le risque d'incendie en région parisienne pourrait ressembler à celui qu'on a connu dans l'arrière-pays méditerranéen. Donc, vous dites ce matin que la forêt de Fontainebleau ou la forêt d'Orléans pourrait brûler.

10:18
Invité

Tout à fait. En fait, ce sont des études d'évaluation du risque qui montrent que si on reste sur la trajectoire d'émissions de gaz à effet de serre sur laquelle on est aujourd'hui, on va vers un risque incendie qui existe partout en France, alors qu'aujourd'hui, il est négligeable dans certaines régions, comme par exemple autour de Paris. Et ce risque incendie remonte vers le nord et s'accentue, ce qui pose quand même un problème pour l'organisation de la sécurité civile, par exemple.

10:46
Présentateur

J'aimerais également vous interroger sur ce qui s'est passé à Biarritz hier soir. Un bout de la falaise est tombé, une femme est décédée, un plongeur est disparu. Est-ce que vous pensez que l'érosion de la côte atlantique, qui n'est pas liée à la chaleur, est quand même aggravée par cette canicule historique ?

11:01
Invité

Alors, c'est un peu tôt pour savoir exactement ce qui s'est passé. On sait que l'érosion, d'abord je rappelle, c'est un processus naturel qui est amplifié par l'élévation du niveau des mers et par les pluies torrentielles et ça vient finalement grignoter les falaises, ça fragilise le tout. Ce qui est possible, c'est que les fortes chaleurs qu'on a depuis plusieurs semaines, elles aient entraîné une sécheresse importante du sol en rendant plus friable une falaise qui était déjà très fragilisée. Donc, il va falloir attendre. Mais effectivement, la sécheresse des sols, elle peut venir être la goutte supplémentaire qui fait déborder le vase.

11:35
Présentateur

Le 830 France Info, Aurélie Herbemont, Paul Larouturou, avec Françoise Vimeux, climatologue, directrice de recherche à l'Institut de recherche pour le développement. Aurélie, on va s'interroger ensemble, on va interroger notre experte sur cette question. Est-ce que le gouvernement a bien pris la mesure du problème ?

11:52
Invité

Vous parliez tout à l'heure d'impréparation. Les oppositions sont très critiques à l'égard du gouvernement. Sébastien Lecornu, dans Le Parisien, dit qu'il y a des défauts d'investissement depuis des décennies. Est-ce que le gouvernement a pris la mesure du problème ? Il enchaîne les cellules de crise depuis ce week-end ? Alors, moi je pense que nos politiques, ils comprennent bien la situation depuis un long moment d'ailleurs. Je pense même qu'ils ont une grande confiance dans les scientifiques.

12:22
Présentateur

Ils comprennent, mais est-ce qu'ils agissent ?

12:24
Invité

Alors, vous m'avez devancé. Force est de constater que la mise en œuvre, mais même du plan national d'adaptation, on en est au troisième plan national d'adaptation. C'était en mars le dernier. C'était l'année dernière. Le premier plan national d'adaptation, il date de 2011, pour la période 2011-2015. Donc, on est 15 ans après. Force est de constater que pour les vagues de chaleur, il y a eu des progrès qui ont été réalisés depuis 2003, avec des petites mesurettes pour éviter qu'on revive ces 15 000 décès qu'on avait eus lors de cette canicule. Mais vous voyez bien, vous sortez dans la rue, vous voyez toutes ces écoles fermées, on n'est pas préparées. Moi, je ne me l'explique pas.

Je n'ai pas la réponse à la question de pourquoi on en est. Est-ce que c'est un manque de priorité politique ou un problème juste financier parce que la France a des finances publiques dans le rouge et que du coup, l'adaptation, ça ne passe pas en priorité ? Alors, je pense probablement les deux, sachant quand même qu'il y a 15 ou 20 ans, on n'était pas aussi dans le rouge qu'aujourd'hui. On n'était pas aussi dans le rouge que la carte de France aujourd'hui qui ressemble à une tartine à la confiture de fraises. Donc, ce que je veux dire par là, c'est que oui, il y a un manque de volonté politique mais qui date depuis très très longtemps. Ce n'est pas comme si les climatologues...

Ce n'est pas ce gouvernement-là qui est responsable. Non, les climatologues, dès les années 70, ont commencé à alerter sur le fait que les vagues de chaleur seraient beaucoup plus intenses et fréquentes au fur et à mesure que le réchauffement augmente. Donc, quand même, ça fait un moment.

13:50
Présentateur

Votre tartine à la confiture de fraises, on va être très concret, il y avait notamment ce qu'on appelle un fond vert qui permet par exemple de végétaliser des cours d'école, de créer des îlots de fraîcheur dont vous voyez tout à l'heure ou de rénover des bâtiments publics dont des écoles. Son budget est passé de 2,4 milliards d'euros en 2024 à 837 millions cette année. Est-ce qu'on peut adapter la France aux canicules avec moins d'argent qu'avant ?

14:10
Invité

Ah ben non, ce n'est pas possible parce qu'il faut être clair, l'adaptation, ça a un coût. Alors, on sait quand même que le coût de l'adaptation... Combien ? Jean Pisani Ferry, à quelques années, disait qu'il ferait 60 à 70 milliards. Oui, alors moi, j'avais retenu 3 milliards d'euros par an jusqu'à 2030. Les chiffres, ils sont toujours imprécis. D'ailleurs, dans le rapport de la Cour des comptes qui est sorti, je crois, c'est en 2024, il n'y avait même pas d'estimation parce que selon aussi les solutions que l'on va choisir dans tel ou tel secteur, le coût n'est pas le même. Donc oui, l'adaptation, ça a un coût.

Le fond vert, c'est évidemment pas suffisant mais si en plus, vous réduisez ce fond et si en plus, vous gelez une partie parce que je crois qu'une partie du fond est gelée, on ne prend pas du tout la bonne direction. Ça paraît absolument évident. L'adaptation est une nécessité mais il y a aussi une question d'atténuation que ces vagues de chaleur. Qu'est-ce qu'il faudrait faire urgentement pour faire baisser la température ? Alors oui, il faut vraiment rappeler que le succès de notre adaptation, il va dépendre de notre capacité à limiter le réchauffement. Pourquoi ?

Il y a vraiment pléthore d'études scientifiques qui montrent qu'au-delà d'un réchauffement global de 2 degrés, donc environ 3 degrés pour la France hexagonale. L'adaptation, elle devient vraiment très difficile voire impossible dans certains secteurs, oui, voire impossible dans certains secteurs, certaines régions. Quand on parle d'une France à plus 4 degrés par exemple, il va falloir choisir ce qu'on garde, ce qu'on abandonne. Par exemple, dans les départements du sud de la France, sur la ressource en eau, à qui l'eau va être destinée ? Il faut arbitrer. Est-ce que c'est pour les agriculteurs ? Est-ce que c'est pour la population locale ?

Est-ce que c'est pour la sécurité civile qui doit éteindre les incendies ? On vous dit c'est trop tard, on n'aura plus d'eau.

15:53
Présentateur

La question c'est à qui on donne l'eau, c'est ça ? C'est trop tard, on n'aura plus d'eau.

15:56
Invité

À une France à plus 4 degrés, c'est qu'est-ce qu'on garde ? Qu'est-ce qu'on abandonne ? Et ça, c'est jamais facile, ça veut dire des sacrifices. Je prends un exemple sur l'eau, mais il y a d'autres exemples.

16:05
Présentateur

Allez-y Aurélien.

16:07
Invité

La France diminue ses émissions de gaz à effet de serre, mais manifestement, c'est insuffisant ce qu'on fait aujourd'hui. Alors, la bonne nouvelle quand même, c'est que... Ah, il y a des bonnes nouvelles. Oui, alors quand même, depuis l'accord de Paris, il y a 35 pays au monde, dont l'ensemble des pays européens, qui diminuent leurs émissions de gaz à effet de serre. C'est le cas aussi des Etats-Unis, qui continuent à diminuer ses émissions. C'est mieux que la décennie précédente, puisqu'on avait un peu moins de 20 pays qui diminuaient leurs émissions sur la décennie précédente. Alors, la France diminue ses émissions.

Par contre, il faudrait qu'elle les diminue deux à trois fois plus vite pour atteindre les objectifs européens. Et ce qui est en fait inquiétant, et pourquoi on en parle en ce moment, c'est que sur 2024 et 2025, on a vu une baisse du rythme de la diminution. Je ne suis pas si clair. Voilà, ça ne diminue pas assez vite. Vous avez eu une formule intéressante

17:00
Présentateur

la dernière fois que vous êtes venu, 8h30, vous avez dit « La France est une bonne élève, mais dans une classe qui travaille mal ».

17:05
Invité

Oui, c'est exactement ça. Je ne suis pas la seule à le dire.

17:09
Présentateur

Elle en est où, la classe, là ?

17:11
Invité

Pardon ?

17:11
Présentateur

Elle en est où, la classe, là, ce matin ?

17:12
Invité

Ben, ce n'est pas terrible, quand même. Qui sont les mauvais élèves ? Ça commence à être un peu une classe de cancre.

17:19
Présentateur

Qui sont les mauvais élèves ?

17:19
Invité

Les mauvais élèves, au niveau international, on peut quand même se poser des questions sur comment la situation va progresser au niveau des Etats-Unis. Vous savez que les Etats-Unis sont sortis de l'accord de Paris. Donc, aujourd'hui, il y a beaucoup de choses qui se font au niveau des Etats. Donc, on ne voit pas encore, forcément, en termes d'émissions de catastrophes. On voit, par contre, des catastrophes sur la recherche scientifique dédiée au climat et à l'environnement.

17:43
Présentateur

Supprimées, tout simplement.

17:44
Invité

Alors, beaucoup de recherches ne sont plus financées. Des thèses de doctorat qui s'arrêtent. Des gens qui sont mis à la porte, carrément, il faut le dire. Donc, on a très peur pour les services d'observation. Là, on a eu très peur, il y a quelques jours, pour les services d'observation de l'océan, qui étaient vraiment menés par les Etats-Unis, à la fois scientifiquement et même financièrement. Vous parlez des Etats-Unis. La semaine dernière, il y avait un G7 qui s'est déroulé en France. Il n'a pas du tout été question de climat parce que Donald Trump ne voulait pas en parler.

Comment est-ce qu'on peut avancer et améliorer la situation quand les Etats-Unis ne semblent pas préoccupés par ce phénomène de réchauffement climatique ? Alors, moi, je poserais la question de comment on peut accepter de ne pas en parler parce que le G7, ce n'est pas uniquement Donald Trump. et moi, je retourne la question aux autres pays qui étaient présents.

18:32
Présentateur

Dont le président Macron, c'était Evian.

18:33
Invité

Comment, effectivement, on peut ne pas en parler ? Alors, peut-être que j'ai une très grande naïveté sur la diplomatie internationale. Mais là, je crois que, vraiment, le climat, c'est un problème global, un problème mondial. Et donc, je suis très étonnée de ce genre de situation.

18:50
Présentateur

Et on n'en parle pas du tout, mais la Chine aussi, quand même, pollue énormément.

18:52
Invité

Alors, oui, alors, là, il faut remettre peut-être les choses au clair. Donc, la Chine, effectivement, c'est le premier émetteur de dioxyde de carbone au monde.

19:02
Présentateur

Dont le charbon.

19:02
Invité

Un peu près un tiers. En revanche, la Chine, c'est un grand pays avec beaucoup d'habitants. Si vous ramenez les émissions au nombre d'habitants, eh bien, on a la même empreinte carbone complète que celle d'un Français. Donc, déjà, je dirais, ça calme. Et puis, la Chine, c'est quand même un pays qui a atteint son pic d'émissions depuis, je crois, maintenant, presque 24 mois, en avance par rapport à ce qui avait été dit. Donc, on va dire que, oui, mais en fait, c'était prévu qu'ils soient en avance parce que ça fait bien d'être en avance.

Bon, toujours est-il qu'ils ont atteint leur pic d'émissions, qu'ils font beaucoup d'efforts, aussi beaucoup d'efforts pour la transition écologique, pour mettre les énergies renouvelables, je dirais, sur le devant. Et je pense que, eux, ont très bien compris depuis longtemps quels étaient leurs intérêts, alors pas forcément climatiques, probablement économiques, à rentrer dans cette transition. Françoise Vimeux, on a combien de temps pour essayer d'inverser la tendance et rendre la planète plus vivable ? Alors, inverser la tendance, non, ça ne va pas être possible. C'est trop tard. C'est trop tard. En revanche, stabiliser le réchauffement en dessous de 2 degrés, c'est encore possible.

On sait que, si on continue sur la trajectoire actuelle, on atteindra 2 degrés environ dans 25 ans, mais on a la possibilité encore de réduire drastiquement nos émissions pour atteindre ce qu'on appelle la neutralité carbone. Et c'est vraiment quand on aura atteint la neutralité carbone qu'on va arrêter le réchauffement. Aujourd'hui, même si nos émissions baissent en France, on continue à émettre. Donc, comme on continue à émettre la concentration de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, elle continue à augmenter parce que c'est un gaz qui reste un siècle dans l'atmosphère. Donc, la concentration continue à augmenter, donc le réchauffement se poursuit.

Donc, sans neutralité carbone, on n'arrête pas le réchauffement. La bonne nouvelle, c'est que quand on atteint la neutralité carbone, les dernières études scientifiques montrent qu'au bout de quelques années, la température de l'atmosphère se stabilise enfin. Il y a de l'espoir.

20:53
Présentateur

Il y a beaucoup d'espoir. On prend ce matin, ça c'était pour les adultes. Maintenant, il est 8h56 et je vais vous poser la question qui dit la vérité à un enfant de 6 ans. Je pense que l'enfant de 6 ans qui nous écoute va beaucoup aimer la phrase que vous avez prononcée en disant que c'était tellement dans le rouge que la carte de France ressemblait à une confiture de frais. Je pense que ça lui plaira. Et puis, vous avez écrit une phrase assez mélancolique. Nous ne reviendrons pas au climat de notre enfance. Comment expliquez-vous à un enfant qui va entrer en CP à la rentrée prochaine, à quoi ressemblera la France de ses 80 ans si nous restons sur la trajectoire actuelle ?

21:23
Invité

Je peux lui expliquer. Ça ne va pas forcément être joyeux. Mais un enfant aujourd'hui qui a 6 ans, il a vécu l'été 2025 qui est un de nos étés les plus chauds. C'est dans le top 3 des étés les plus chauds en France. Plus de 5 000 morts. Voilà. 5 700. 5 700. Et ça nous a paru un été chaud, ça a été difficile. Donc 2025 à horizon 2050, ce sera nos étés courants, nos étés usuels. Un été normal, ça sera 2025. Et puis à la fin du siècle, toujours si on reste sur notre trajectoire et si on rate en fait la décarbonation, eh bien 2025, ça sera un été frais. Et on se dira ah, un été 2025, ça fait du bien.

22:03
Présentateur

Donc ce matin, vous dites à cet enfant, cette petite fille ou cette petite garçon, là, c'est rien par rapport à quand tu auras 80 ans.

22:08
Invité

Oui, ce que disait ma collègue Magali Regeza, c'est qu'on est en train de vivre l'année ou notre été le plus froid du reste de notre vie. Et en fait, malheureusement, c'est ça si on rate la décarbonation parce qu'on l'a dit, il est encore possible d'agir.

22:22
Présentateur

Merci beaucoup, Françoise Vimeux. Merci.