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interviewBFM TV (sur YouTube)· 16 janvier 2024

L'intégralité de l'interview de Sandrine Josso sur BFMTV

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Son témoignage avait ému beaucoup, choqué aussi, c'était en novembre dernier, la députée Sandrine Jossot, accusée un de ses amis, sénateur Joël Guériot, de l'avoir droguée lors d'un dîner chez lui. Le sénateur Guériot a depuis été mis en examen et Sandrine Jossot, elle, va faire son retour à l'Assemblée aujourd'hui. Bonjour Madame la députée.

Bonjour Maxime. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation ce matin. Vous êtes donc députée de Loire-Atlantique.

Je vais faire une petite confidence à nos téléspectateurs. On s'est un peu parlé. J'ai le droit de dire ce que vous m'avez dit avant de rentrer sur ce plateau ?

Allez-y. On s'est un peu parlé avant le début de cette émission. Je vous ai demandé comment vous alliez.

Et vous m'avez dit, ici ça va. Ici, dans ces murs, ça va. Mais vous redoutez particulièrement le fait de retourner tout à l'heure à l'Assemblée ?

C'est à ce point-là ? Tout à l'heure, je vais retourner pour la première fois dans l'endroit où j'ai été récupérée par le SAMU. Donc je suis sortie dans l'ambulance du SAMU la dernière fois que je suis allée à l'Assemblée nationale.

Donc oui, là, je vous avoue que la pression commence à monter. Mais bon, je vais y arriver. Bon, c'était en novembre dernier, je le disais.

Moi, je me souviens de vous, y compris sur ce plateau et sur d'autres plateaux de télé. Vous avez choisi à ce moment-là de parler tout de suite, très vite. Je me souviens de vous donnant votre témoignage, racontant ce qui s'était passé.

Je suis un peu forte dans la parole que vous donniez à ce moment-là. Mais comment ça se passe juste après ? Comment ça se passe quand l'attention médiatique s'est dissipée, que vous êtes rentrée chez vous ?

Comment ça s'est passé pour vous ? Quand je suis rentrée chez moi, j'ai continué à faire tout ce que je pouvais pour comprendre ce qui s'était passé. Donc je me suis raccrochée à toutes les personnes qui ont bien voulu me faire part de leur témoignage, toutes les victimes, les professionnels aussi du sujet.

Et là, à partir de ce moment-là, j'ai été vraiment en cohérence. C'est-à-dire que je me suis dit qu'il faut vraiment que je remonte vite en selle pour porter la voix de toutes ces victimes de l'ombre, parce qu'il y en a des milliers. Victimes de la soumission chimique, on va en parler ce matin.

Quand vous dites vous reconstruire, ça veut dire que vous avez été aidé ces dernières semaines, ces derniers mois, pour vous reconstruire, pour dépasser. Vous parlez de stress post-traumatique ? Oui, le stress post-traumatique est quelque chose de très particulier que des milliers de Français vivent.

Mais finalement, je me suis aperçue que personne ne connaît le stress post-traumatique. C'est plein de symptômes désagréables au quotidien qui mobilisent énormément d'énergie. Par exemple, tout à l'heure, quand je vais retourner à l'Assemblée nationale, je sais ce qui va m'arriver.

Je vais avoir des nausées, des palpitations. Et là, je vais devoir rationaliser, reprendre sur moi. J'ai des collègues qui m'attendent à l'entrée de l'Assemblée.

Comme ça, je vais être aussi en sécurité. Je suis obligée de mettre des parades pour avancer. Et le stress post-traumatique, c'est un enfer.

C'est vraiment un enfer au quotidien. Et ça, il faut bien être capable de l'entendre, ça. Et c'est aussi reconnaître que finalement, ce fléau peut aussi toucher tout le monde et vraiment en profondeur.

Et c'est pour ça que je me bats aujourd'hui pour toutes ces victimes. Vous dites que vous savez ce qui va vous arriver tout à l'heure, parce que c'est ce que vous vivez depuis toutes ces semaines. Les nausées, les palpitations.

Votre quotidien, il est fait de ça aujourd'hui ? Il est fait de ça. Donc, je régule comme je peux.

Et avec tout le travail que je fais avec la psychologue qui me suit à la police judiciaire, j'arrive petit à petit à diminuer les symptômes. Mais ce n'est pas gagné encore. Oui.

Je le disais, Joël Guerriot, il a été mis en examen. Quelles sensations il vous reste de cette soirée-là, de cette soirée de mi-novembre ? Quelles sensations, quelles impressions il vous reste de cette soirée-là ?

Une soirée d'horreur, en fait, où j'arrive le cœur léger chez cet ami sénateur. Et je le découvre au fur et à mesure de la soirée en agresseur. Vous n'avez aucun doute aujourd'hui sur les intentions qu'il a pu avoir à ce moment-là.

Je dis ça parce que lui dit, écoutez, c'était un accident. Cette drogue s'est retrouvée par hasard dans ce verre. Ce n'était pas dans mon intention, etc., de vous droguer.

Vous, vous n'avez aucun doute aujourd'hui sur son intention ? Qui peut croire ça ? Ce n'est pas possible.

Moi, j'ai compris au fur et à mesure de la soirée qu'il y avait des choses pas normales qui se passaient. Et quand j'ai vu qu'il tenait ce sachet de drogue, c'est là que j'ai compris. Mais j'en suis sortie vraiment in extremis, finalement.

Je crois que c'était à cinq minutes près. Oui. Vous racontez qu'il y a cette soirée où il insiste pour que vous buviez du champagne.

Il y a cette soirée où il joue avec la lumière pour abaisser, augmenter la lumière. Et les médecins vous expliqueront ensuite que c'était pour activer l'efficacité de la drogue, le processus chimique. Il y a le fait que vous le voyez dans l'entrebaillement de la porte, en train de mélanger ce sachet dans votre verre, dans la cuisine.

Et sachez qu'il sera retrouvé ensuite par les enquêteurs. Et puis, il y a la confrontation derrière, en garde à vue. Quel souvenir vous gardez de cette confrontation-là et des explications qu'il vous donne ?

Alors, un souvenir épouvantable, parce que je n'avais pas dormi pendant 48 heures. Je me suis retrouvée dans une pièce de 3 ou 4 mètres carrés, juste derrière lui, à 50 centimètres de lui. Donc, pendant deux heures, où j'ai répondu et aussi il a répondu aux questions des enquêteurs.

Et voilà, pour vous avouer, j'étais dans un état terrible, très amoindri, très fatigué, épuisé. Je me suis vraiment écroulée. J'étais en pleurs.

Au bout d'une heure et demie, vraiment, je n'en pouvais plus. Et quand vous parlez de stress post-traumatique, c'est parce que vous revivez cela aussi, en permanence ? Je revis ça.

Effectivement, la confrontation est un traumatisme. J'ai aussi des pertes de mémoire. Je revois certaines scènes.

C'est tout un ensemble de choses qui vous polluent la vie, en fait, au quotidien. C'est devenu, depuis le 15 novembre, et quasi instantanément, encore une fois, je me souviens des interviews que vous aviez données à l'époque, votre combat contre la soumission chimique, c'est-à-dire le fait de droguer quelqu'un pour en abuser. C'est devenu votre combat.

Mais qu'est-ce que ça veut dire aujourd'hui, concrètement ? Vous retournez à l'Assemblée. Vous allez tout à l'heure pouvoir poser une question au gouvernement.

Qu'est-ce que vous allez réclamer au gouvernement aujourd'hui ? Alors, c'est très simple, en fait. Moi, je ne connaissais pas la soumission chimique, très peu, en fait, comme tout le monde.

Je pensais que ça arrivait à quelques personnes, par-ci, par-là, dans des contextes particuliers. Et en fait, je me suis rendue compte de quoi. C'est que ça peut arriver à tout le monde, à n'importe quel âge, dans n'importe quel endroit de la société, et surtout dans la sphère privée.

Donc, tout le monde est susceptible d'être touché par ça, du berceau à l'EHPAD. Et donc, quand on découvre un tel fait de société qui est un fléau, moi, en tant que femme victime, aujourd'hui, je passe, en tant que députée de la nation, qui souhaite vraiment s'emparer du sujet pour toutes ces victimes de l'ombre, et puis qu'elles puissent obtenir aussi réparation, et que la prévention et la sensibilisation soient majeures. Et ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, et qu'au niveau judiciaire, en fait, on puisse plus aider les victimes, parce que là, on a vraiment l'impression que tout aide, malheureusement, les coupables.

Votre question, vous l'adresserez à qui, cet après-midi, au gouvernement ? À la ministre Aurore Berger. À la ministre Aurore Berger, qui est en charge, effectivement, notamment des inégalités.

Mais, hommes, femmes, précisément, la question, c'est notamment le fait d'améliorer la prévention et de mieux cerner, ne serait-ce que le nombre de personnes qui peuvent être victimes de soumission chimique ? Vous vous dites que c'est le crime parfait. Oui, c'est le crime parfait, parce que, finalement, c'est très insidieux, parce qu'on ne s'y attend pas, parce que ça peut être un ami, ça peut être quelqu'un de très proche de vous, et puis, en plus, vous avez des pertes de mémoire, Donc, moi, j'ai de la chance, quelque part, parce que je me rappelle de quasiment tout dans la soirée.

Mais les victimes, pour la plupart, ne se rappellent plus de rien, ou ont juste quelques petits morceaux qui restent dans leur mémoire. Et ensuite, toutes ces substances, elles partent rapidement de notre corps. Donc, c'est difficile à prouver.

Donc, il va falloir vraiment faire des choses. Et le gouvernement, qui m'a déjà très bien soutenu, doit continuer à faire des choses pour qu'on puisse, en fait, enrayer ce fléau au sein de notre société. C'est votre combat en tant que député.

C'est votre combat en tant qu'ambassadrice de l'association Bande en repas, qui est l'association de Caroline Darian, dont la mère a été droguée pendant des années par son mari, qui l'a livrée à des inconnus, ensuite, qui l'ont violée. Est-ce que ce combat-là, vous pourriez aussi le porter à l'intérieur du gouvernement ? Est-ce que vous vous dites, il faut que j'aille partout, y compris à l'intérieur du gouvernement, en ayant tel ou tel poste, ou à d'autres postes ?

Mais est-ce que vous dites, il faut que ce combat, je le mène partout ? Je porterai partout. Partout.

Parce que, déjà, je suis très honorée d'être la marraine de cette association. Pourquoi je suis très honorée ? Parce que, finalement, quand on est victime comme ça, d'une part, on peut, dans un premier temps, ne pas être cru, ne pas être écouté, et ne pas être reconnu.

Et c'est aussi pour la reconnaissance de toutes ces victimes que je suis vraiment de tout cœur, et je serai partout où il faudra pour le faire, pour soutenir ces victimes de l'ombre. Merci beaucoup. Il faut que ça cesse.

Y compris au gouvernement, c'est ce que je vous disais. Où on me demandera, j'irai, avec force, conviction et détermination. Merci beaucoup, Sandrine Jossot.

On vous souhaite tout le courage, évidemment, pour les heures qui viennent et votre retour à l'Assemblée. On était ravis de vous accueillir ce matin sur le plateau du live. Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin, Madame la députée.