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interviewfranceinfo (sur YouTube)· 16 mai 2025 10 min

Marie-Charlotte Garin, députée écologiste et social, est l'invitée de la matinale de franceinfo

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour Marie-Charlotte Garin. Alors bien évidemment un petit commentaire après la longue audition du Premier ministre dans le cadre de cette commission d'enquête parlementaire sur les les violences scolaires et le manque ou pas de contrôle des établissements sous contrat. Déjà une première impression qu'avez-vous pensé lieu premier ministre ?

Pensez-vous qu'il a menti avant la commission et pendant la commission d'enquête ? Alors, sur la question de des conclusions de la commission d'enquête, je laisserai à mes collègues euh présidents, présidentes de commission, corra rapporteur de s'en charger. En revanche, moi j'ai trouvé que le premier ministre n'était pas à la hauteur.

Il n'était pas à la hauteur parce qu'il a fait en fait finalement de cette commission d'enquête un espèce euh de ring de plateau télé euh voire même d'une pièce de théâtre et une commission d'enquête. Ça n'est pas ça. C'est souvent un point de tournant pour des questions qui traversent la société et je crois que les violences dans le milieu scolaire, notamment dans les établissements privés, ça traverse notre société et ça doit être pris avec sérieux. il en a fait une affaire d'ego, une affaire personnelle et moi j'ai une pensée pour les victimes qui ont dû regarder ces débats et se dire que franchement c'était pas à la hauteur.

Et au-delà de ça, on a un premier ministre qui banalise et on voit qu'il a rien compris aux violences sur les enfants. Et qu'est-ce qui m'a particulièrement frappé moi dans cette audition, c'est quand on l'interroge sur la gifle que monsieur Baou a donné en 2002 et bien finalement il évacue pendant sa campagne présidentielle une gif sur un mineur très clairement, donc sur un enfant. Il évacue tout cela et il dit que finalement c'était une table de bon père de famille.

Et moi j'aimerais dire à monsieur Bairou, les bons pères de famille en fait Dominique Péico, c'était un bon père de famille. Les bons-pères de famille, on les retrouve dans les tribunaux parce qu'ils ont frappé leurs enfants ou qu'ils ont frappé leurs femmes. Et on voit qu'il est complètement à côté de la plaque sur un changement sociétal qui a eu lieu dans notre société.

On est 10 ans après, il y a aussi eu le mitou des violences sur les enfants et il est pas à la hauteur. Et franchement, c'est indigne en fait. Et quand il vilipende euh la professeur qui a lancé l'alerte en 1995 déjà, quel message on envoie à la société ?

On envoie le message que finalement quand vous parlez, quand vous révélez des violences, vous allez être traîné dans la boue et vous allez être s ensuite alors qu'on a besoin des personnes qui vont lancer l'alerte parce qu'on en a besoin pour protéger nos enfants tout simplement. Alors l'un des buts de de ces commissions d'enquête parlementaire au-delà, j'allais dire du climax de cette audition du premier ministre, c'est de faire des préconisations. Et votre patronne, la secrétaire nationale Marine Tondoli, a dit "Aujourd'hui, on ne parle plus que de François Beou, nous on souhaite remettre la focale sur les enfants." Et elle demande la création d'un ministère de l'enfance.

J'imagine que vous êtes d'accord avec cette proposition. Absolument. et les associations, l'appel de leur veœu aussi et était franchement en colère contre le gouvernement de ne pas avoir de ministère dédié alors qu'on voit bien que la question de la protection de l'enfance, elle traverse la société.

Nous, on a organisé des débats à l'Assemblée nationale, on a interrogé le premier ministre. Il y a une urgence aujourd'hui parce qu'il y a une forme de mépris et de non considération de la place des enfants dans notre société. Alors, bien évidemment, tout ça passe par écouter les professionnels sur le terrain et les associations.

Une des premières recommandations, c'est la mise en place de l'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle. Pourquoi ? Parce que dès le plus jeune âge, on va parler de consentement, on y reviendra, mais de ce qui est possible ou pas de subir par un adulte.

Et donc ces séances-là, par la sensibilisation, elles vont permettre aux enfants de savoir est-ce que c'est normal si tu es frappé par un adulte dans la pièce d'à côté ? Non. Si tu subis des violences sexuelles, non.

Et donc ça va permettre de libérer la parole et ça ça va être un levier puissant de transformation et surtout de protection. Il faut le rappeler quand même aujourd'hui en France, on a un enfant toutes les 3 minutes qui est qui est victime de viol, d'inceste ou d'agression sexuelle. Donc on voit bien que la protection des enfants dans notre pays aujourd'hui c'est une question d'urgence et pour certains enfants, c'est une question d'urgence vitale.

Alors vous évoquez euh l'affaire Pédico, Dominique Péico. Euh a été adopté 3 mois une proposition de loi que que vous portez euh avec une autre députée Véronique Crioton d'ensemble pour la République euh donc euh qui est au Sénat le 18 juin, on vient de on vient de l'apprendre donc 3 mois après le verdict du procès des des viols de Mazan. C'est introduire donc la la notion de consentement dans la définition pénale du viol.

Déjà, soyons pédagogique, que contient cette proposition de loi adopté par l'Assemblée nationale ? Alors, très précisément, c'est introduire la notion de non consentement. Aujourd'hui, la définition du viol, en réalité, elle ne parle pas de consentement.

Alors que si on demande à tout un chacun dans la rue "Qu'est-ce que c'est qu'un viol On va vous dire que c'est un acte sexuel non consenti. Aujourd'hui, on viendrait introduire la notion de non consentement en disant que c'est un acte sexuel non consenti. Et surtout, on va venir préciser ce que c'est ou ce que ça n'est pas le consentement pour ne pas que ça soit instrumentalisé notamment par les agresseurs dans les tribunaux.

Donc on va venir dire que le consentement, il doit être libre, éclairé, préalable, révocable et c'est très important parce qu'évidemment si on vous force à consentir, on a bien conscience que là il y a pas de liberté et donc il y a pas de consentement valable. Et surtout, on dit que le consentement, il doit être apprécié au regard des circonstances environnantes. Et ça, ça va changer et c'est important de le rappeler, c'est une loi qui est attendu par un certain nombre de professionnels, mais aussi par pour les victimes qui aujourd'hui 73 % 73 % de classement sans suite quand même aujourd'hui pour les victimes de viol.

Là, en changeant la définition, on va pouvoir permettre aux victimes d'être mieux prises en compte qu'il y ait moins de classement sans suite parce qu'on va mieux outiller les professionnels de justice et de police. C'est important de le dire déjà au stade de l'enquête, qui vont pouvoir aller chercher plus largement que la loi actuelle qui définit le viol par la violence, la contrainte, la menace ou la surprise. Et moi, j'avoue que là, depuis ce premier passage à l'Assemblée quand je rentre en circonscription, j'ai beaucoup de femmes qui viennent nous remercier pour ce travail de longue haleine que nous avons mené parce que pour ell c'est porteur d'espoir et cette loi, elle marque un point de départ 10 ans après il y a pas eu de vraie réponse politique en fait à cette vague de libération de l'écoute qui a eu lieu dans la société et là on vient leur dire ça c'est le point de départ, c'est le point de départ pour ensuite aller demander évidemment plus de moyens pour les forces de police, pour les forces de justice, plus de moyens pour la formation, plus de moyens pour les associations qui soutiennent les victimes.

Et aujourd'hui, c'est plus qu'essentiel et c'est extrêmement attendu. Alors, on verra ce qu'en fera le Sénat le 18 juin, mais certains considèrent qu'il y a un risque judiciaire pour les victimes en disant, je je résume à ce que disent certains juristes et certaines associations, est-ce que les victimes devront prouver qu'elles n'étaient pas consentantes ? Est-ce qu'il y a pas un effet, je dirais pervers dans cette introduction du non consentement ?

Cette loi, elle est le fruit de 14 mois de mission d'information et des d'un avis devant le conseil de l'État, très écrite longuement. Voilà, on a énormément travaillé et en fait toutes les questions que se posent les personnes qui peuvent craindre et moi je suis féministe évidemment je défends les intérêts des victimes, j'irai jamais défendre une loi qui les mettra en danger. Donc toutes ces questions là on se les a posé et l'avis du Conseil d'État qui est sérieux est venu nous aider à y répondre encore plus au fond d'un point de vue juridique.

Donc là on arrive devant le Sénat avec un texte qui a adopté toutes les recommandations du Conseil d'État, qui est sérieux, qui a répondu à ces questions et il faut se souvenir que en droit pénal, on regarde les actions de l'auteur. On regarde pas les actions de la victime. Donc en réalité, les victimes aujourd'hui, elles sont déjà au centre de tous les procès.

Avec cette loi, on va venir rééquilibrer justement pour qu'on s'interroge sur ce qu'a fait l'auteur et qu'on lui pose la question "Mais monsieur, vous nous dites qu'elle était consentante. Qu'est-ce que vous avez fait pour vous assurer de ce consentement ?" Et là, on va justement changer un peu le rapport de force et rééquilibrer et ça ça va être une avancée majeure pour toutes les victimes de ce pays.

Alors, autre proposition de loi alors qui a rien à voir mais qui est au cœur je dirais de votre engagement, c'est un sujet écologique. Un sénateur, donc euh Laurent Duplomb a fait euh adopter au Sénat une proposition de loi qui, alors je la lis parce que c'est précis, visant à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur. Vous vous reprochez à ce texte que c'est une façon de réintroduire des pesticides.

Euh vous comptez faire quoi pour vous opposer à ce texte ? qui arrive je crois en fin de de mois de mai devant l'assemblée. Alors, il est déjà il est déjà débattu effectivement en commission et moi je salu le travail d'arrache pied de mes collègues écologistes qui ont largement notamment en commission du développement durable et de l'aménagement du territoire réussi à inverser certaines propositions de ce texte.

Le la bataille continue en affaire économique en ce moment. Cette loi franchement c'est une honte sans nom parce que c'est une attaque sur la science sans précédent. C'est-à-dire qu'on se retrouve avec une loi avec clairement des effets quasiment trumpistes hein, sur le rapport au réel qui vient contredire tous les effets de la science.

On nous propose là de réintroduire certains pesticides. On parle même de la réintroduction des né néonicotinoïdes alors que l'on sait qu'ils sont dangereux pour la science de l'acétamye. Exactement.

Précisément l'acétamye. Alors que on a des études de l'OMS, des agences européennes qui nous disent c'est dangereux pour la santé. Rappelons quelque chose quand même.

Quand c'est dangereux pour la santé de tous les Français, c'est dangereux en premier lieu pour les agriculteurs et les enfants des agriculteurs qui sont particulièrement exposé. Nous, on a organisé à l'Assemblée nationale une projection du film Goliath et j'invite nos téléspectateurs à le regarder parce que ça explique assez bien les logiques des lobby sur le monde industriel. Et on recevait des personnes de notamment Antoine Lambert qui est agriculteur qui est malade parce qu'il est agriculteur de l'association phy et tout ça on en parle pas.

Et on a finalement euh les macronistes main dans la main avec la droite qui essayent de nous expliquer qu'ils auraient une espèce de solution magique en réintroduisant tous les produits chimiques qui sont dangereux pour la santé avec cette loi. Et ça c'est l'arbre qui cache la forêt. Oui.

Mais alors le sénateur défend euh cette réintroduction en disant que d'autres pays européens l'utilisent et que de fait si les Français ne l'utilisent pas les arigeurs français bah ça crée une concurrence déloyale. On a beaucoup parlé des mesures miroirs dans la crise agricole. Est-ce que cet argument-là pour vous il est fallacieux ?

Vous parlez d'un d'un lobbying de la FNSEA ou est-ce que il a scientifiquement et économiquement un vrai un vrai intérêt ? Bah déjà, il faut rappeler le conflit d'intérêt du sénateur Duplomb qui est lui-même ancien président de la FDSEA. Donc c'est ça dit quelque chose de de pour qui il parle et en fait il ne parle pas pour la majorité des agriculteurs.

Ça peut vouloir dire qu'il connait le sujet aussi. Absolument. Mais ça veut surtout dire, et vous avez utilisé un terme très intéressant, c'est celui de la concurrence déloyale.

Ça oui, effectivement, on doit protéger nos agriculteurs de la concurrence déloyal comme on doit se battre pour qu'ils aient accès à un revenu digne. Ça c'est la réalité. Mais c'est pas avec une proposition loi qui est court termiste et qui nie les effets de la science qu'on va résoudre tout cela.

Et finalement, si les macronistes s'engouffrent dans cette brèche, c'est parce qu'ils n'ont rien de proposer à proposer à la crise structurelle qu'on connaît sur l'agriculture. En fait, ils n'ont pas réussi à répondre à la crise que nous avons connue l'année dernière et aux manifestations très larges. Et ça, les écologistes pour le coup, nous on les a les solutions sur le revenu digne, sur protéger la santé des agriculteurs.

Mais à côté, c'est la vacuité la plus totale et le prix à payer, c'est la santé des Français parce que les ces produits dangereux, c'est des cancers, c'est des morts, c'est des familles enillées derrière. Merci beaucoup Marchal Gardin d'être passé par France info ce matin. Merci à vous.