Philippe Page Le Merour de la CGT à la centrale EDF de Fessenheim : "Nous faisons face à la casse organisée d'EDF"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:26OuverteRéponse directe
En quoi la fermeture de cette centrale vieillissante est-elle scandaleuse ?
- 1:30RelanceRéponse partielle
Les réparations ne relèvent-elles pas de l'acharnement thérapeutique ?
- 2:21OuverteRéponse directe
Les failles sismiques rendent-elles la centrale inondable ?
- 2:40OuverteRéponse directe
Est-ce un risque à prendre pour préserver les emplois ?
- 4:30FerméeRéponse directe
Allez-vous défendre le maintien de Fessenheim ou une meilleure indemnité ?
- 5:31OuverteRéponse directe
Ségolène Royal réaffirme qu'il faut fermer Fessenheim pour respecter la loi.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:59InvitéFait
« Il s'agit de la fermeture d'un outil du service public de l'électricité qui a vocation à produire un produit de première nécessité, qui est justement cette électricité. »
- 1:06InvitéFait
« Deux réacteurs nucléaires qui fonctionnent parfaitement bien, sur lesquels des investissements ont été réalisés, qui peuvent produire encore pendant plusieurs années. »
- 1:46InvitéFait
« La centrale de Fessenheim est un modèle copié sur une centrale américaine qui va tourner jusqu'à 60 ans. »
- 3:53InvitéChiffre
« 400 millions d'euros sur plusieurs années. »
- 3:55InvitéChiffre
« 400 millions d'euros, c'est ce que rapporte l'EDF, la centrale de Fessenheim, en un an. »
- 4:00InvitéChiffre
« Le manque à gagner, il est de 4 milliards. »
- 6:32InvitéFait
« Avec les moyens tels que les centrales de Porcheville, Cœur de Mai, Fessenheim, maintenant c'est à la perte, ce sont dans les prochains hivers des délestages massifs prévus en France, avec des coupures non plus de 3 heures, mais de 8 heures de prévu. »
Temps de parole
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France Inter, point fr, France Inter, Eric Delvaux, le 5-7. Et l'invité ce matin de France Inter, c'est donc Philippe Page, le mérour délégué CGT chez EDF, CGT premier syndicat chez EDF, syndicat qui appelle avec d'autres CFE, CGT, CFDT, FO, UNSA Énergie, appel à la grève aujourd'hui contre la fermeture programmée de la centrale nucléaire de Fessenheim. Bonjour Philippe Page, le mérour, en quoi la fermeture de cette centrale vieillissante est-elle scandaleuse, pour reprendre le terme des élus du CCE ?
Tout d'abord, de quoi s'agit-il ? Il s'agit de la fermeture d'un outil du service public de l'électricité qui a vocation à produire un produit de première nécessité, qui est justement cette électricité, et qui s'apparente aujourd'hui à la volonté d'une fermeture d'usines, comme si dans ce pays il n'y avait pas assez de fermeture d'usines, hélas, à regretter. On a affaire à quoi ? On a affaire à deux réacteurs nucléaires qui fonctionnent parfaitement bien, sur lesquels des investissements ont été réalisés, qui peuvent produire encore pendant plusieurs années, comme l'a d'ailleurs confirmé l'autorité de sûreté nucléaire, qui est l'autorité indépendante.
Deux réacteurs qui fonctionnent parfaitement bien, pour l'un des deux, il est quand même en soutien artificiel, tout de même. Non, non, vous savez, on a un parc nucléaire aujourd'hui de 58 réacteurs en France, qui subit régulièrement des opérations de maintenance. Alors, évidemment, ces opérations de maintenance peuvent durer 15 jours, 3 semaines, 1 mois, 2 mois.
Non, c'est plus que ça, pardon de vous couper, c'est plus que ça. L'un des deux réacteurs de Fesserman est arrêté, la cuve bombardée de neutrons, elle se fragilise. Est-ce que les réparations qui s'accumulent ne relèvent pas plutôt de l'acharnement thérapeutique en ce moment ?
Non, non, il n'y a pas d'acharnement thérapeutique, bien au contraire, il y a des investissements qui sont faits. D'ailleurs, il faut savoir que la centrale de Fessenheim est un modèle copié sur une centrale américaine qui va tourner jusqu'à 60 ans. L'autorité de sûreté nucléaire, je le redis, est l'autorité qui est à même de valider ou pas le fonctionnement des centrales nucléaires.
La CGT, suivie par d'autres syndicats d'ailleurs, dit aujourd'hui simplement que cet outil du service public, qui est performant, qui est rentable pour le service public, donc qui contribue aussi à ce que le prix soit bas pour nos concitoyens, et qui de plus produit une énergie décarbonée à toute sa place dans le mix énergétique français, demain comme aujourd'hui, qu'on a rien simplement à faire à une décision politique.
Alors si ce n'est pas l'âge de la doyenne des centrales qui vous inquiète, elle a 39 ans, c'est peut-être l'argument géologique sismique qui vous rendra plus sensible. Je lis les constats failles sismiques qui rendraient la centrale inondable en cas de rupture d'une digue, avec des conséquences qu'on a pu vérifier à Fukushima. A la CGT, vous estimez que c'est un risque qu'il faut prendre pour préserver les emplois autour de Fessenheim ?
Nous, à la CGT, après Fukushima, on a considéré qu'il fallait prendre en compte tous les risques et faire la revue, non seulement sur les risques techniques, mais sur les risques également sociaux. D'ailleurs, on a porté ce sujet qui a été accepté par l'autorité de sûreté. Après Fukushima, Fessenheim, comme les autres sites, ont dû faire des modifications qui ont été réalisées et validées par l'autorité de sûreté nucléaire. Il n'y a pas plus de risques à Fessenheim aujourd'hui par rapport au canal du Rhin que deux ans après sa création.
Ça, c'est simplement des arguments qui sont portés par certains qui voudraient non seulement attaquer Fessenheim, mais attaquer EDF, parce qu'aujourd'hui, c'est un élément du puzzle, simplement. On a en parallèle, je le rappelle, des fermetures de tranches fuel ou charbon qui sont programmées, la vente du RTE qui est programmée, le bradage de concessions hydrauliques aux privés qui sont programmées. Donc, on est simplement face à un élément du puzzle de la casse organisée en haut lieu d'EDF, services publics d'électricité. C'est ça aussi que nous dénonçons aujourd'hui.
Quels seront vos arguments aujourd'hui devant le CCE qui doit interiner l'accord de fermeture trouvé le mois dernier entre EDF et le gouvernement ? Nos arguments, c'est simplement de demander à cette direction qui nous annonce un deal en fin de compte entre l'État et EDF sur une indemnisation que nous trouvons hautement scandaleuse. 400 millions d'euros sur plusieurs années. Oui, 400 millions d'euros, c'est ce que rapporte l'EDF, la centrale de Fessenheim, en un an. Et le manque à gagner, il est de 4 milliards. Autrement dit, c'est une spoliation du service public, à la fois pour les citoyens, à la fois pour cette entreprise publique, déjà fragilisée par d'autres dossiers économiquement.
Donc, évidemment, nous, nous allons demander les arguments et l'argumentaire qui a amené à ce deal de 400 millions d'euros dans laquelle une enveloppe contrainte sur la reconversion du personnel, par exemple, est annoncée, alors qu'on ne nous parle à aucun moment de la sous-traitance et de tous les salariés prestataires concernés.
Pour comprendre le combat syndical que vous allez mener pour Fessenheim, est-ce que vous allez défendre le maintien de Fessenheim ou est-ce que vous allez vous battre pour avoir une meilleure indemnité ?
Non, je crois que nous, pour nous, il n'y a aucune raison de fermer cette centrale. Il se trouve que dans le dossier de plus, j'allais dire, ça arrive sur le gâteau pour certains... Vous ferez deux combats syndicaux. Non, non, c'est-à-dire qu'en CCE, on a besoin d'avoir des arguments. Donc, nous allons demander cet après-midi au CCE des expertises, à la fois techniques et financières, sur ce fameux deal dont on a aujourd'hui, en tant que représentant du personnel, aucun élément sur ce qui a pu permettre d'arriver à ce chiffre de 400 millions d'euros. Tout à fait, je le redis, scandaleux pour nous. Et Ségolène Royal voudra encore qu'il soit moins cher.
Oui, alors Ségolène Royal voudra qu'il soit moins cher, évidemment. Mais ce gouvernement dont elle fait partie, à la fois demande la fermeture de centrales nucléaires en France et projette d'en construire en Grande-Bretagne et pousse à ce qu'on aille en construire en Grande-Bretagne. Vous noterez comme moi le paradoxe, quand même, de ce gouvernement qui n'est qu'un paradoxe de plus, mais qui peut quand même faire poser des questions.
Oui, mais enfin, une centrale en Grande-Bretagne qui serait de meilleure qualité, moins vieillissante que celle de Fessenheim, entre parenthèses. La ministre de l'Environnement, Ségolène Royal...
Non, j'ai juste un mot là-dessus. Une centrale en Grande-Bretagne dont nous estimons, nous, pour ce qui est de la CGT, qu'on doit attendre le retour d'expérience de Flamanville pour savoir si on peut la construire quand même.
Oui, parce que Ségolène Royal le réaffirme pour respecter. Il faut fermer EDF Fessenheim. On n'a pas le choix, dit-elle, pour respecter le plafonnement de la capacité de production nucléaire de la France. C'est inscrit dans la loi de transition énergétique. Fessenheim doit fermer parallèlement à l'entrée en service du réacteur EPR de Flamanville, prévu fin 2018, je crois. Vous répondez quoi à ça ?
On répond tout simplement qu'il faut aller voir dans les bilans prévisionnels de RTE, qui a la capacité de voir ce qu'on peut produire ou pas dans les années à venir en France, et ce qu'il faut produire pour... Vous savez, l'électricité, c'est un produit qui ne se stocke pas. C'est sa particularité. Mais on a un indicateur très important, qui est l'équilibre production-consommation à tout moment. Nous, ce qu'on regarde aujourd'hui, c'est qu'avec la démographie qui augmente, et si on a de la réindustrialisation du pays, ce qu'on souhaite, une vraie réindustrialisation, eh bien évidemment, on a besoin de moyens de production.
Alors aujourd'hui, avec les moyens tels que les centrales de Porcheville, Cœur de Mai, Fessenheim, maintenant c'est à la perte, ce sont dans les prochains hivers des délestages massifs prévus en France, avec des coupures non plus de 3 heures, mais de 8 heures de prévu. Pour nous, ce n'est pas ça la réponse au service public de l'électricité.
Merci Philippe Page, le Mérour délégué CGT chez EDF, dont les agents sont en grève aujourd'hui contre la fermeture programmée de la centrale nucléaire de Fessenheim. Merci et bonne journée. Merci à vous.