Elsa Faucillon : communiste, elle dit non à Fabien Roussel ?
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Mon regret aujourd'hui, c'est que le monde politique, en tout cas le monde politique de gauche, soit moins représentatif du monde du travail qu'il ne l'a été dans le passé. Et moi, par exemple, déjà, je suis la première de ma famille avec mon frère à avoir le bac et à faire des études supérieures. Et donc, ça, à gauche, en fait, c'était un peu avant le profil type. Je pense qu'il faut que toute la gauche porte une candidature commune. Je ne suis pas en train de dire que ça va arriver demain, que toutes les conditions sont réunies et favorables. Je dis, moi, en tout cas, ce que je pense être notre responsabilité face au péril.
Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue pour un nouvel épisode du Fauteuil. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Elsa Faucillon, députée des Hauts-de-Seine. Bienvenue, Elsa, dans le Fauteuil du Média. Merci. Pour que ce format puisse continuer d'exister, je vous le rappelle, on est en pleine campagne de survie et on a besoin de vous. Rendez-vous sur cap.lemedia.tv.fr pour permettre à ce format de continuer d'exister et à d'autres de naître. Elsa, bienvenue. Merci. On est bien installés. Oui, ça va, c'est confortable. Très. On commence toujours le Fauteuil avec une question qu'on aime bien poser à tous les invités. C'est quoi ton premier moment de politisation ?
C'est quoi ton premier rapport avec la politique ?
Difficile à dire parce qu'avec deux parents déjà très engagés.
À la CGT.
À la CGT, exactement. J'imagine dès le plus jeune âge, à la fête de l'UMA ou en manifestation, mais ça c'est plutôt du souvenir de moments politiques. Après, sur la politisation, très certainement plutôt, je dirais, au collège, au moment d'attaque contre l'école publique, où je commence à comprendre des mesures gouvernementales, enfin comprendre, peut-être pas dans la précision, mais où en tout cas, je participe à des actions avec les parents d'élèves en tant qu'élève. Et je pense que c'est là que ça commence.
Et puis après, le moment où vraiment, je dirais, je passe un cap parce que c'est aussi le moment où je décide d'adhérer au PCF, c'est la bataille contre le CPE, contre le contrat première embauche, avec une lutte étudiante. On a bloqué l'UFR. Donc je crois que c'est là le premier vrai moment parce que c'est le passage ensuite à un engagement de long terme.
Tu viens de parler de ta famille, c'était la question d'après. Ça t'a marqué dans ta jeunesse, le fait que tes parents soient très engagés ? C'est quoi tes premiers souvenirs politiques de ça ?
Les soirées à la bourse du travail. Où on passait avec mon frère et on y faisait des dessins pendant les réunions des parents, puisque les deux, pour le coup, étaient à la CGT, très engagés. Les manifestations le week-end à Amiens, mais parfois aussi même des distributions devant les entreprises avant d'aller à l'école.
Et très jeune, t'as baigné là-dedans, du coup. Oui, vraiment très jeune.
Mais vraiment dans les luttes syndicales, plus d'ailleurs que politiques. Donc des choses très concrètes. Moi, je me souviens vraiment de moments aussi de solidarité avec des luttes. J'ai en tête, je ne sais même plus exactement la boîte, mais je crois que c'était une usine textile, avec des femmes qui menaient un blocage de leur usine, une grève. Et donc il y avait des actions de solidarité, des fêtes de solidarité pour elles.
Ça, c'est vraiment, je trouve, des choses en tout cas qui me sont restées dans mon parcours politique aujourd'hui, où la question de cette solidarité concrète et de moments aussi de rapports humains forts, joyeux, etc., ça compte beaucoup aussi pour moi dans mon parcours politique, dans mon engagement.
En parlant de parcours, t'as pas fait un parcours, disons, classique, au sens que les gens donnent à ça. Enfin, t'as pas fait le Sciences Po Ena, quoi.
Ouais, mais tu vois, c'est marrant, j'en discutais il n'y a pas longtemps, parce qu'en fait, pour les militants de gauche, ou même pour les élus de gauche, ceux qui l'ont fait avant moi, c'était pas un parcours classique, les grandes écoles. On était plutôt des syndicalistes, des personnes issues du monde du travail, des gens qui n'avaient pas forcément fait d'études. En tout cas, moi, dans mon parti politique, il y en avait beaucoup. Et moi, je suis d'une génération un peu intermédiaire, je vais avoir 45 ans cette année. Et moi, par exemple, déjà, je suis la première de ma famille avec mon frère à avoir le bac et à faire des études supérieures.
Et donc, ça, à gauche, en fait, c'était un peu avant le profil type. Ce qui est vrai, c'est que maintenant, on a une professionnalisation aussi, des carrières politiques, qui amènent aussi à des parcours que toi, t'appelles classiques, aujourd'hui, des grandes écoles. Mais moi, d'abord, un, c'était pas le modèle quand je me suis engagée politiquement, ou pas encore tout à fait. Et puis, deux, dans le milieu d'où je venais, c'était un peu quelque chose qui n'existait pas, ces grandes écoles. Tu vois, même si j'ai fait des études supérieures, j'étais à la fac. T'as fait l'histoire de l'art. Ouais, j'ai fait médiation culturelle. Mais je sais même pas si...
Bon, je suis pas sûre que j'avais les notes pour y accéder, ou le... En tout cas, mais même si... Enfin, je me le serais pas autorisée, de toute façon, je crois.
Est-ce que t'as l'impression que ça a changé, ça, parce que ces écoles se sont plus ouvertes, ou parce que les profils de ceux qui incarnent la politique de gauche sont différents maintenant ?
Ouais, je pense qu'il y a beaucoup de ça.
Beaucoup de ça, plutôt.
Ouais. Mais à la fois, il y a aussi une forme d'efficacité, et puis c'est bien aussi que des gens, justement, de ce milieu de gauche, investissent ces écoles, qu'elles ne restent pas le lieu aussi d'une élite de droite. Après, moi, mon regret, aujourd'hui, c'est que le monde politique soit moins représentatif qu'il ne l'a été, en tout cas, le monde politique de gauche soit moins représentatif du monde du travail qu'il ne l'a été dans le passé.
C'était surtout un moyen de parler de ça, peut-être que là, à l'Assemblée, ou avant, tu dois le vivre, mais est-ce que t'as vécu des moments de violence de classe dans ton parcours, de choses qui t'ont marquées ?
Alors, j'en ai vécu dans mon parcours scolaire, ça, oui. Dans le monde politique, ou en tout cas à l'Assemblée nationale, je ne sais pas si je l'ai vécu directement, ou si, moi, je l'ai intégré, c'est-à-dire que... Souvent, je raconte que, quand je suis arrivée à l'Assemblée, j'avais l'impression de ne pas avoir assez de vocabulaire.
C'est drôle que tu dis ça, toi.
J'avais l'impression qu'il me manquait, qu'il y avait des mots que des gens utilisaient que j'identifiais ces mots-là, mais qu'on n'avait jamais utilisés dans le champ lexical dans lequel j'ai été élevée. Et pourtant, je le dis, mes parents sont des gens qui vont au spectacle, ont toujours beaucoup lu. Moi, j'ai été élevée avec un capital culturel qui était important, parce qu'il y avait une envie de culture, pas parce qu'il connaissait déjà tous les auteurs, déjà tout ça, mais il y avait une envie de culture. Et donc, ça, c'est une ouverture sur le monde qui est incroyable, et que je souhaite à tous les enfants.
Mais pour autant, le fait de ne pas avoir fait les grandes écoles, le fait, y compris d'avoir choisi un parcours qui était plutôt un parcours orienté culture, mais qui était aussi un parcours professionnalisant, en réalité, oui, j'avais ce sentiment-là. Et donc, je pense que ça me limitait aussi dans mes prises de parole. J'avais peur, parfois, de ne pas avoir les bons mots. Je me suis libérée de ça. Voilà, je me suis libérée de ça. Mais le mépris de classe, je ne le vis pas pour moi. J'entends du mépris de classe à l'Assemblée nationale dans la manière dont on parle des travailleurs ou des travailleuses, mais je ne me sens pas directement visée parce que je suis députée.
Et qu'en fait, les députés de droite, etc., quand ils usent de mépris de classe, ils ne le font pas vis-à-vis de moi, ils le font vis-à-vis de celles et ceux aujourd'hui qui sont particulièrement agressés par un monde du travail qui les protège moins.
Sans tomber dans l'antiparlementarisme, mais est-ce que tu peux dire un mot de ça de la manière dont sont perçus les travailleurs dans une instance comme l'Assemblée où tu as l'impression qu'il y a une sorte de coupure aussi qui arrive très nette, surtout pour les gens qui sont là-bas depuis longtemps ?
Ça revient un peu à ma question de représentativité. C'est que forcément, on a beaucoup utilisé le terme de déconnexion. Ce n'est pas parce que tu parcours la France et que tu vas rencontrer des boulangers régulièrement, des sudérogistes, on n'en a plus beaucoup, que tu connais le monde du travail.
Et je pense qu'à la fois le fait qu'il y ait des métiers issus plutôt des classes supérieures qui soient ultra représentés, le fait aussi que les carrières politiques soient des carrières, beaucoup, même si tout ça a été un petit peu cassé quand même, un petit peu avec Macron, puisqu'il y a une arrivée soudaine, et puis aussi avec les Insoumis, puisque c'est deux mouvements politiques plus récents. Mais c'est vrai que ça se voit plus avec la France insoumise, parce qu'il y a plus une représentativité de métier des classes populaires. Non, moi, je sens surtout de la déconnexion.
Et puis, en fait, une déconsidération de ce que peut être la violence patronale, la violence de politique antisociale, etc., ça, je trouve que c'est extrêmement minimisé. Et c'est ça que je trouve méprisant en réalité.
Oui, parce que techniquement, tous les députés deviennent des patrons, une fois qu'ils arrivent, parce qu'ils ont une équipe.
Ils sont employeurs de trois, quatre personnes.
Je leur rappelle toujours ça, des fois, et ils ont du mal à l'intégrer, le fait que ça peut biaiser, d'une certaine manière, la vision des salariés.
Il y avait une députée, je ne voudrais pas me tromper, mais je crois qu'il y avait une députée qui avait raconté qu'elle était allée une fois sur un rond-point gilet jaune, où les gens étaient très en colère et racontaient leur salaire et étaient en colère contre les députés. Et elle avait dit, bah oui, mais moi, je sais ce que c'est. Donc, je pense que j'étais aide-soignante et je gagnais tant, etc. Et il lui avait répondu, bah oui, mais maintenant, t'es députée et que tu gagnes 5 000 euros. Et donc, en fait, je pense que... Et c'était vrai ? Enfin, ils avaient raison.
Je ne dis pas que tu oublies immédiatement ou que tu, d'ailleurs, que tu oublies du tout ce que ça a été, puisque je pense qu'il faut plus d'aide-soignante, plus de boulangers, boulangères, gens du BTP à l'Assemblée nationale. Mais je crois aussi qu'il faut des mandats de députés qui tournent beaucoup pour permettre aussi que, en fait, t'es pas une carrière politique. Et je le dis en essayant de me... À un moment, je vais devoir me l'appliquer à moi-même parce que, très clairement, ça fait longtemps maintenant, à la fois que je suis élue, mais que j'étais aussi embauchée par mon parti avant. Donc, voilà.
Très bonne transition. Pour nous revenir sur ton parcours, parce qu'on a fait un petit aparté. C'est le concept, en tout cas. Comment tu te retrouves au Parti communiste ? Qu'est-ce qui t'attire dans ce mouvement ? Enfin, dans ce mouvement de ce parti, excusez-moi, camarade.
Je disais que mes parents étaient à la CGT. Mais à l'époque, il était très courant que, quand tu étais membre de la CGT, tu sois aussi membre du Parti communiste français.
Le pouvoir.
Voilà. Donc, ils étaient les deux. Et c'est vrai que quand je me suis vraiment engagée au moment de la lutte contre le CPE, j'ai senti que j'avais besoin de poursuivre, d'avoir un espace, un lieu pour poursuivre cet engagement parce qu'en réalité, je faisais le constat qu'une fois qu'on avait fait le blocage dans la fac, qu'on avait défilé et qu'on avait, y compris gagné, cet espace, s'il n'existait plus, ça redevenait la fac, quoi. Et donc, il y avait besoin d'un espace pour continuer. Et franchement, je ne me suis pas posée longtemps la question. Il y a un camarade qui m'a proposé d'adhérer. J'ai dit oui. Voilà. C'était pour moi assez évident.
Mais je pense que je ne mesurais peut-être pas à ce moment-là en adhérant ce que c'était d'être dans un parti politique. Pour moi, il y avait un espace pour militer, pour m'engager. Il y a beaucoup de gens, par exemple, je sais qu'ils disent je ne veux pas adhérer à un parti parce que je ne veux pas être enfermée. Je veux pouvoir penser librement. Je ne veux pas... En fait, ça, c'est quelque chose auquel je n'ai pas réfléchi du tout avant d'adhérer. Ce n'était pas une question pour moi. Et je pense que j'ai mesuré ce que pouvait être...
Je ne sais pas si c'est les désagréments parce que je ne le vois pas comme ça, en tout cas, le fait de devoir débattre, de pouvoir ne pas être d'accord, de créer de la discussion commune et parfois, à la fin, tenter d'avoir aussi une position commune. Je ne le vois pas comme un désagrément. Je comprends que pour des gens, ça le soit. Mais en tout cas, ce n'est pas quelque chose que j'avais en tête avant d'adhérer. Donc, ça ne m'a pas bloquée.
Tu deviens député en 2017. Tu récupères une circonscription pour le PCF qui n'était pas facile parce qu'il y avait une grosse implantation du PS. C'était comment cette première campagne législative pour toi, même si je sais que tu as dû bosser avant, vu que tu étais en charge de la communication pour le PCF. Mais là, c'était la première où tu étais très mis en avant.
Elle était folle, cette campagne. On a commencé un an avant. Parce qu'en fait, c'est une circo qui a très longtemps été aux communistes mais qui a été prise via la vague Hollande par un député socialiste qui, effectivement, s'était implanté. Et donc, on avait dit, OK, on reconquête. Ce qui n'est plus un bon terme aujourd'hui, mais à l'époque... Faisons comme s'il n'existait pas. Voilà. Et en fait, pendant un an, on a mené campagne avec le maire de Gennevilliers et les militants, mais disons en binôme, puisque lui, il était mon suppléant. On a fait toute la circo. Je ne sais pas combien d'affiches ont été collées. On a fait...
Je pense qu'on a inauguré plein de trucs, alors qu'ils devaient être inaugurés déjà dans d'autres circonscriptions. Tous les trucs à vélo pour aller dans les quartiers, poser une enceinte et parler aux gens à la fenêtre. Ah oui ? Tout ça, ce genre de choses.
Tu sais que ça ne se faisait pas beaucoup en ce moment, en 2017. Non.
Et pour moi, tu vois, prendre la parole comme ça à un micro devant des gens qui sont censés sortir, c'était vraiment la grosse angoisse. Mais du coup, il fallait se dépasser. Il y avait des équipes militantes derrière et tout ça. Et non, ça a été évidemment une super campagne. Et surtout après, victoire. Pas facile, mais victoire.
Ça a changé quoi dans ta vie de devenir députée ? Comment ça t'a impacté au quotidien ? Surtout que, même dans ce que tu dis là, le fait de prendre la parole à ce moment-là, ce n'était pas facile, j'ai toujours l'impression que tu as beaucoup de mal à te mettre en avant. C'est très dur pour toi, j'ai l'impression de faire ça.
C'est un effort. Et à la fois, il y a des aspects... C'est une ambiguïté. Ça, c'est toujours en tension. Parce qu'à la fois, tu vois, par exemple, les compliments ou les encouragements que les gens, dans ma circonscription en particulier, peuvent m'adresser, c'est très, très agréable. Tu vois, ça fait beaucoup de bien. Donc, c'est aussi cette mise en avant qui permet aussi de recueillir cette amitié, cette tendresse qui arrive. Mais oui, je ne dirais pas que je suis timide, mais je pense qu'il y a un truc un peu, chez moi, qui a un peu peur d'une trop grande exposition. Qu'est-ce que ça a changé ? Je pense quand même que...
Alors, je ne sais pas si c'est l'âge ou la députation, parce que ça s'est déroulé dans une période de la vie entre 35 et 45 ans, qui change aussi pas mal de choses. Je pense que je suis peut-être quelqu'un d'un peu plus posé aujourd'hui que je ne l'étais. Je ne sais pas, je pense que j'ai... Comment dire ? Je pense que c'est une expérience incroyable, quand même. Tu vois, les gens intéressants que tu peux rencontrer, parce qu'il y a tous les adversaires politiques inintéressants, il y a tous les gens intéressants que tu peux rencontrer. Le fait que tu apprends énormément tout le temps, c'est un moment d'élaboration politique permanent, et moi, c'est ça que j'aime beaucoup.
Tu élabores tout le temps. Et donc, je raconte souvent que... Je pense que c'est important en permanence de conserver la rage de départ quand tu fais de la politique telle que je la fais, c'est-à-dire une politique qui veut bouleverser un système, qui veut le chambouler. Je pense qu'il faut conserver cette rage de départ, mais elle ne suffit pas. Il faut ensuite élaborer à partir de cette rage, parce que la politique, ça ne se fait pas qu'avec cette émotion-là. Et il faut être en capacité, non pas de la tempérer, mais de lui donner des perspectives à cette rage de départ.
Et je trouve que ce travail politique-là, quand tu es députée, il est intéressant, parce que tu as plein de volets, tu as l'ancrage local, avec des luttes très locales. Tu as toutes les luttes nationales que tu peux accompagner, soutenir, porter. Tu as le travail un peu d'affrontement politique, de débats en tension et tout ça. Et puis, tu as ce travail un peu aussi de tenter d'améliorer les choses un peu au quotidien. Je trouve que c'est assez complet. Et après, sur le changement de vie, oui, tu as un peu moins de temps pour toi. Mais ça, ça arrive à plein de gens.
Est-ce que tu disais tout à l'heure que c'était un effort pour toi de te mettre en avant ? Que ce n'était pas de la timidité, mais c'était quoi le travail que tu as dû faire sur toi-même ? Il y a eu un déclic ? Qu'est-ce que tu as dû faire pour te pousser à aller au-devant de la scène ?
Des fois, tu n'as pas le choix. Tu vois, quand il faut que... Moi, les trucs qui m'angoissaient beaucoup, c'est vraiment les prises de parole où tu es censé un peu lever la foule. Ce truc qui est très, en réalité, aujourd'hui, qui est encore très codifié par le genre masculin. Et donc, je ne sais pas faire. En tout cas, je pense que je ne sais pas faire et ce n'est pas un exercice qui me fait plaisir. Mais il y a bien des moments où tu es obligé d'y aller. Prendre le micro, tu es en manif, tout ça. C'était quelque chose qui vraiment m'angoisse. Bon, il faut le faire. Et donc, plus tu le fais, c'est un travail.
Plus tu le fais, tu t'entraînes, tu te répètes les quelques phrases, machin, il faut le faire. Les médias, c'était très, très dur. Je pense qu'il y a eu des fois où j'avais l'impression que ma bouche n'allait pas s'ouvrir tellement elle était sèche, tu vois, d'angoisse, de stress.
Là, ça va.
Oui, mais d'abord, il y a des formats qui sont plus simples que d'autres. Oui, ici, ça va. Non, mais ici, ça va aussi parce que, tu vois, typiquement, on est dans un mode de conversation. Ça, c'est un mode très codifié par le genre féminin, la conversation, en réalité. Oui, c'est vrai. Et donc, je ne suis plus à l'aise. Ça, c'est sûr.
C'est les plateaux type Clash, BFM, un peu, qui te m'aident à l'aise. On va passer sur le travail parce que c'est très lié. Moi, je disais que tu avais du mal à te mettre en avant, mais c'est parce qu'au Média, on t'a beaucoup invité. Et c'est très bien. Oui, mais à chaque fois, tu me disais des choses. Non, désolé, je suis en commission. Non, désolé, je suis la seule sur ce texte-là, etc. Et moi, je me disais, mais c'est la seule députée que, quand tu l'habites dans les médias, elle priorise le travail parlementaire classique sur un truc où tu peux pas... Je sais qu'à l'Assemblée, tu peux t'absenter et faire donner des procurations à quelqu'un d'autre, etc.
Et toi, tu as toujours une priorité au travail parlementaire.
Oui, alors après, je rappelle que moi, je suis dans un tout petit groupe, donc on n'a pas beaucoup d'alternatives pour se faire remplacer. On est 17, avec la moitié de députés qui sont des députés venant des territoires dits d'outre-mer et qui, donc, ne sont pas en permanence à Paris. Donc, en fait, parfois, on n'est que 8-7. Donc, voilà, il y a ça. Mais après, oui, je... Comment dire ? Je pense que... Enfin, c'est toujours un débat. Il faut le... Dans les médias, type BFM, etc. Pas ici. T'es toujours pareil en réflexion. Est-ce qu'il faut y être, pas y être ? Comment tu utilises ça pour mener la bataille ? Je l'ai fait un temps. Je ne sais pas si je suis... Comment dire ?
Je ne sais pas si je suis la plus utile dans ce type de médias-là. Sur les clashs, sur tout ça. Ce n'est pas ma... Ce n'est pas ton truc. Ce n'est pas mon truc. Donc, j'ai appris aussi à tenter de privilégier les choses ou des formats qui me semblaient, moi, plus intéressants. Voilà. Pour moi. Pour ce que je veux dire. Pour les luttes que j'ai envie de mettre en avant, etc. Et puis après... Oui, je crois que je suis quelqu'un un peu de besogneux. J'aime bien.
Juste, on va parler un peu de ton travail parlementaire. Tu as beaucoup travaillé sur les exilés. Tu as été calée récemment d'ailleurs dans le cadre de ton travail sur un rapport parlementaire. Oui. Ce dernier déplacement, qu'est-ce que tu en gardes ? On a fait une émission là-dessus juste avant de ton déplacement ici qui est disponible juste là. Et des rencontres que tu as pu faire sur place dans ce dernier déplacement ?
Alors, ce n'était pas le premier. J'en avais déjà fait plusieurs. D'ailleurs, c'est ces déplacements qui m'ont poussé à demander est-ce qu'il y a une commission d'enquête sur les conséquences des accords du Touquet ? J'étais déjà venue en parler. Mais en fait, pour évaluer les politiques qui se mènent sur le nord de la France du point de vue des exilés, c'est toujours terrible. C'est de pire en pire. Là, ce qui m'a marquée en allant visiter ce que les assos appellent des lieux de vie, ce qu'on pourrait appeler des campements. Mais je trouve qu'on peut respecter aussi la dignité des personnes. C'est aussi des lieux où les gens vivent. ils survivent.
Ce qui m'a marquée, c'est vraiment l'augmentation du nombre d'enfants et de femmes qui étaient beaucoup moins présents avant. Et souvent, c'est évoqué par les personnes qui arrivent sur Calais ou sur Dunkerque. Ils disent « Quand je suis arrivée en France, je ne pouvais pas penser qu'il y avait ça. » Voilà. Ça ne veut pas dire qu'ils se faisaient une image grandiose. Mais pour eux, c'était impossible d'intégrer qu'après la Libye, par exemple, ils allaient trouver ces conditions là, dans un pays comme la France. Voilà. On ne peut que partager. Mais eux, ils le disent comme ça parce qu'il y en a beaucoup qui disent « Après l'enfer libyen, en vrai, c'est horrible ici aussi.
» Alors, toute proportion gardée. Mais regardons quand même, quand on va sur ces lieux de vie, les assauts le disent, elles se mettent en mode terrain de guerre. Il y a une crise humanitaire qui se déroule en France. Elle se déroule sur le littoral nord. Et après, c'est souvent des images qui restent, qui créent toujours un peu de frissons. C'est-à-dire que ce petit garçon qui avait dû trouver quelque part un masque de Spider-Man sur un campement où il n'y avait rien. Il y avait très peu d'eau, très peu de nourriture, mais il avait son masque de Spider-Man.
Donc, c'est des trucs un peu qui surgissent comme ça et qui viennent te faire une photographie de la misère qui s'y joue et de ce monde de l'enfance qu'on voudrait tellement éloigner de ça. On voudrait l'éloigner pour tout le monde, mais je dirais en particulier pour eux.
Qui te donnent encore plus de motivation pour le reste.
Mais tu sais, entretenir la rage de départ, c'est ça aussi.
Avec des images. Oui. En parlant des jeunes, des enfants et des jeunes, on tourne, on est quelques jours avant la niche parlementaire du groupe GDR, où tu portes une proposition pour protéger les mineurs en alternance.
Oui.
Parce que récemment, on a vu les chiffres sur les accidents de travail qui concernent les mineurs. qu'est-ce qu'elle peut apporter concrètement à cette proposition ?
En gros, l'idée, c'est de prioriser la santé et la sécurité au travail.
Simple.
Tu vois ? Non, mais c'est-à-dire, ça devrait être vrai pour tous les travailleurs. Là, moi, je me suis intéressée à ce sujet-là parce qu'il y a aussi des questions spécifiques chez les jeunes, enfin, chez les enfants, et puis c'est les plus vulnérables. D'abord, on va le dire, je considère qu'ils n'ont rien à faire en entreprise. Mais là, ils y sont et il y a une augmentation du nombre de jeunes qui se retrouvent en situation de travail, que ce soit en bac pro ou que ce soit en alternance. Précisons aussi qu'on y retrouve globalement les enfants des milieux populaires en très, très grande majorité, très souvent aussi encore en orientation subie. Et en fait, on ne les protège pas assez.
Ils ne sont pas assez protégés, voire même sous l'ère Macron, il y a eu une très forte impulsion pour accentuer, enfin, pour augmenter l'apprentissage à coups de subventions publiques pour les entreprises. Et alors même que depuis les années 2000 et y compris sous l'ère Macron, il y a eu tout un tas d'assouplissements, de normes et de dérogations qui ont fait qu'en fait, il y a moins de contrôle, moins de prévention, moins de contrôle. Et donc, ça met des jeunes en danger tout simplement.
Donc, l'idée, c'est redonner de la place à l'inspection du travail pour contrôler, aussi des sanctions aux entreprises qui ont des manquements et donc proposer qu'ils ne puissent pas reprendre de stagiaires s'il y a eu des manquements constatés.
Et puis, un volet aussi sur toute la question des violences sexistes et sexuelles au travail pour ces jeunes parce que quand j'ai commencé à travailler sur ce texte, je me suis beaucoup intéressée aux jeunes garçons qui étaient décédés dont on entend maintenant parler en me disant bon, il y a un sujet, c'est à chaque fois traité comme un fait divers, ce n'est pas possible, on a là un fait social et politique donc il faut le démontrer et il faut travailler dessus. Et puis, quand j'ai auditionné, j'ai rencontré des jeunes en parcours pro, en fait, les filles, elles ont raconté des violences sexistes et sexuelles subies en entreprise et en fait, toutes.
Et je ne les avais pas, je ne les avais pas demandé spécifiquement à faire venir donc je me suis dit qu'il y a quand même un vrai sujet et donc il n'y a pas, il y avait la question beaucoup de garçons parce que les milieux accidentogènes beaucoup en BTP, enfin ce type de secteur mais d'abord, il y a aussi des accidents sur les filles, elles sont parfois victimes aussi de tous les produits chimiques toxiques dans certains secteurs et puis, il y a aussi des garçons qui subissent des violences sexistes et sexuelles mais disons-le, c'est très majoritairement des filles donc il faut pouvoir leur donner l'information, les outils nécessaires parce que je pense que ce n'est pas assez fait aujourd'hui en lycée pro ou en CFA donc voilà et puis une mesure aussi qui me semblait qui je pensais exister déjà c'est que les entreprises qui récidivent sur justement des manquements à la sécurité et à la santé de leurs employés ne puissent pas accéder aux marchés publics, aux appels d'offres des marchés publics, je pensais que c'était le cas.
Ça n'existe pas ça ?
Non, voilà.
Ah donc une entreprise qui a pu violenter des travailleurs et des mineurs peut...
Voilà, donc par exemple voilà, ce type de proposition dans ce texte de loi
qui a été adopté
à l'unanimité à la commission des affaires sociales quand il est passé là.
On espère que d'ici là on pourra mettre le petit bandeau adopté. On parlait de ces combats que tu portes en ce moment à l'Assemblée mais sur les dernières années t'es une voix singulière à gauche aussi dans ton mouvement politique puisque tu portes le combat antiraciste, la lutte pour la Palestine, la lutte pour les exilés et les personnes étrangères aussi en France. Est-ce que t'as l'impression qu'une partie de la gauche veut mettre ses combats sous le tapis ? Est-ce qu'il y a une stratégie d'évitement de ces sujets-là ?
Bon, il faudra peut-être que j'ai presque envie de t'interroger pour que tu précises quand tu dis une partie de la gauche.
Question d'après.
D'abord, c'est des débats vieux comme la gauche, tout ça, qui ont toujours traversé la gauche, les positionnements sur les luttes d'indépendance, les positionnements sur comment affronter la question du racisme comme un phénomène individuel ou comme un système. Sur la Palestine, pareil. Parfois, pendant un temps, les communistes ont été bien seuls sur cette question. Donc, si tu veux, c'est vraiment des débats qui ont traversé la gauche.
Je pense que de là où je parle, c'est-à-dire de la gauche qu'on peut appeler gauche radicale, qu'on pourrait appeler gauche révolutionnaire aussi, cette question-là, elle est extrêmement importante parce que j'appartiens aussi à un courant qui s'inscrit dans un courant internationaliste. Donc, toutes ces questions, en réalité, pour nous, elles sont, ou en tout cas pour moi, elles sont aussi importantes que la question de l'exploitation au travail, aussi importantes que la question de la lutte des classes, et y compris, on fait l'analyse qu'on ne peut pas les décorréler.
en réalité, on voit bien comment aujourd'hui, dans l'impérialisme brutal à l'échelle mondiale, on voit bien comment la question à la fois d'accaparement des ressources, mais aussi combien la question coloniale surgit, enfin ressurgit ou de manière encore un peu plus violente. Donc, en fait, pour moi, en tout cas, ces combats, ils sont prioritaires et ils s'articulent avec les autres combats que je viens de citer. Je pense qu'effectivement, tout ça n'est pas vrai pour toute la gauche. Et quand je dis ça, ça ne veut pas dire que je considère que, comment dire, un courant de gauche est raciste.
Mais je pense que, par contre, c'est une mauvaise analyse ou en tout cas une erreur d'analyse des combats qu'il faut mener auprès des classes populaires, si on veut, à la fois les unifier et permettre aussi d'obtenir des victoires. Donc, et quand je dis ça, d'ailleurs, je pense que chaque organisation, chaque militant de gauche doit toujours aussi s'interroger, se former sur les questions d'antiracisme parce qu'on peut nous-mêmes avoir parfois des biais qui existent.
Comme sur les VSS, d'ailleurs. Exactement.
Mais en tout cas, alors pour répondre peut-être plus précisément à ta question, je pense aussi que ces questions-là, elles ont souvent été des prétextes de division.
C'est vrai. NFP, NUPES, ça s'est fracturé sur des sujets du coup qui touchent les personnes racisées, les violences policières pour la NUPES avec les mobilisations qui ont suivi le meurtre de Naël. Pour le NFP, j'ai envie de dire que c'est la Palestine en soi. Oui,
mais ça allait déjà pas bien.
Oui, c'est ça. Tu vois. C'est un prétexte qui est mobilisé.
Alors, ça ne veut pas dire que quand je dis ça, je ne veux pas mettre sous le tapis les nuances, voire divergences qui peuvent exister. je constate juste que ça allait déjà pas bien, que les prises de position de chacun font que d'un seul coup on dit vous voyez, c'est impossible et puis à partir de là, en réalité, les positions s'éloignent. C'est-à-dire, il y a vraiment un système où à partir du moment où il y en a qui avaient décidé que la NUPES ou le NFP ne devaient pas exister, ils se saisissent du moment pour aller gratter les difficultés divergences, les nuances, etc. pour dire, vous voyez, ils sont vraiment affreux, il ne faut pas être avec. Et ça fonctionne bien.
Et ensuite, chacun est embarqué dans la distinction puisque on n'est plus ensemble. Donc, il faut bien se différencier. Donc, je redis, ce n'est pas pour enterrer le fait qu'il y a des divergences, mais je pense qu'elles sont, comment dire, non pas absorbables, mais traitables parce que, pour moi, l'unité, ce n'est pas dire à chaque fois pareil. on appartient à des courants différents, on raconte à certains moments des choses différentes sur certains sujets et en réalité, l'unité, elle doit permettre à cette diversité d'exister. Sinon, en fait, ce n'est pas une unité, c'est juste une absorption, une fusion et moi, je ne propose pas la fusion.
Après, c'est, est-ce que quand on exprime le point de vue, il devient l'expression d'un point de vue différent ou la distinction, la différenciation, etc. Puis même, des fois, on peut se disputer sur des sujets. Moi, je pense qu'il faut l'organiser, la dispute.
Je pense aussi, et je pense que d'ailleurs, c'était un peu ridicule comme moment parce que ça donnait l'impression qu'au moment de signer l'accord, ils ne savaient pas qu'ils étaient différents, le PS et l'AFI ou l'AFI et le PC ou les écolos, enfin, ils savaient très bien qu'ils n'avaient pas les mêmes projets. L'ambition, peut-être le cadre électoral.
Oui, puis on constate qu'à certains moments, en réalité, d'un seul coup, ils sont d'accord, ils étaient d'accord à un moment et puis ils ne le sont plus après, donc c'est qu'il y a quand même quelques, enfin, sur certains sujets, tu vois, il y a eu des manifs finalement après où tout le monde appelait ensemble pour la Palestine, tu vois, pour une manif Palestine ou...
Après, c'était un prix un an et demi à peu près, mais finalement... C'est ça, en essayant de rattraper
ceux qui étaient partis plus tôt, quoi, donc voilà.
Parce que moi, par exemple, je trouvais que la France insoumise n'était pas dans une radicalité très... Enfin, il y a eu des mouvements palestiniens qui étaient plus clairs, par exemple, dans le soutien à une solution en État ou des choses comme ça. Oui, c'est vrai. La France insoumise n'était pas sur les... Non, on avait qu'un moment... C'était un moment exceptionnel de...
On n'est pas sortis d'ailleurs, mais... Si tu veux, moi, ce qui m'a beaucoup blessée dans tout ça, enfin blessée, c'est que c'est une lutte qu'on mène avec d'autres, mais que les militants communistes mènent depuis longtemps, et où les prises de position de notre direction nationale nous ont éloignés des cadres qui se sont mobilisés, des cadres unitaires avec lesquels, parfois, on était en lien depuis très longtemps, et qui, donc, ont un peu mis à l'écart... De fait, les communistes, parfois, se sont un peu mis à l'écart de ces mobilisations, parce qu'en fait, il n'y avait pas la place pour, quoi.
Ils participaient aux manifs, etc., mais il y avait des cadres où ils n'existaient plus, et où je trouve ça dommage, parce que je pense qu'ils ont à apporter, parce que ça fait longtemps, et qu'ils ont, justement, une analyse qui vient de plus loin.
Parce qu'elle est internationaliste ?
Oui, parce qu'en fait, la colonisation, elle n'a pas démarré à partir du 8 octobre, quoi. Tu vois ? Et donc, parce que pour beaucoup, on vit dans des villes qui sont jumelées avec des villes palestiniennes, parce que pour beaucoup de militants communistes, des voyages, des délégations se sont déjà rendus là-bas de très longue date, et qui, donc, connaissent ces lieux, savent ce que c'est, les checkpoint permanents, etc., et je pense qu'ils ont à apporter dans cette bataille.
Et pour le coup, pour avoir travaillé un peu sur la question du prisme du monde arabe, les partis communistes dans le monde arabe qui existent, qui étaient en lien avec le PC français, ont tous été, on va dire, surpris par les premières positions, et ce sont, peu à peu, tu me corriges si je me trompe, éloignés du parti, du moins, que ce soit au Maghreb ou dans les... Je pense qu'il y avait
eu des choses qui étaient déjà entamées d'avant aussi, mais je t'avoue que je ne suis plus comme avant les rencontres qui peuvent avoir lieu entre mon parti et les différents partis d'autres pays, puisque je n'appartiens plus à la direction, donc je n'ai plus ce suivi-là, mais très certainement, en tout cas, qu'il y a eu de l'incompréhension par rapport à ce qu'on avait raconté jusque-là. Je rappelle qu'un an avant, on présentait un texte pour essayer de faire reconnaître le régime d'Apartheid en Israël, qui était un mot qui avait suscité beaucoup de débats déjà à l'époque et sur lequel on avait tenu bon.
Donc je pense que dans cette période-là, on pouvait aussi tenir bon avec nos propres mots qui n'étaient pas forcément les mêmes que ceux de la France insoumise, mais qui en tout cas n'étaient pas en volonté de distinction et qui par cette volonté de distinction, s'éloigner de la solidarité nécessaire avec les Palestiniens et les Palestiniennes.
Concrètement, on a l'impression qu'il y a deux stratégies qui s'opposent. Ceux qui veulent éviter des sujets spécifiques pour ne pas brusquer un électorat qu'on attribue à l'extrême droite et ceux qui, comme toi, assument une forme de radicalité ou d'aspect révolutionnaire, comme tu veux le décrire. Est-ce que tu sens ce clivage et pour toi, quelle stratégie devrait adopter le PC ?
D'abord, je pense que, tu vois, il y a plein de nuances.
Bien sûr, je vulgarise un peu le truc. Oui,
mais c'est important parce que je pense qu'en fait, au milieu de tout ça, il y a des gens qui vont peut-être se sentir ou être plus radicaux que moi, même si, tu vois, on ne cherche pas la médaille de la radicalité, mais qui peut-être se disent, Elsa, elle n'est pas assez révolutionnaire, tu vois, et très certainement. Très certainement. Mais donc, il y a plein de nuances. La question aujourd'hui, si tu veux, moi, pendant longtemps, au sein du Parti communiste, j'ai milité pour que le Parti communiste contribue à fonder un pôle de radicalité à gauche parce qu'il me semblait important.
D'abord, on ne pouvait pas revendiquer seul être dans ce pôle de radicalité, mais incarner à gauche en France une gauche qui affirme effectivement de la détermination sur tout un tas de sujets qui ne négocie pas sur l'affrontement qu'il faut mener à la fois face au capital, mais aussi, évidemment, face à une tentative d'hégémonie culturelle de l'extrême droite, etc. Bon. Aujourd'hui, la question, pour moi, elle n'est pas tout à fait identique.
Je pense à la fois qu'il faut que cette gauche, elle existe et qu'elle soit très forte parce que je vois combien le capitalisme aujourd'hui dans sa forme finissante, ce qui ne veut pas dire qu'il va mourir, dans sa forme finissante, détruit pour survivre et dans une phase aussi de grande destruction pour survivre, je pense qu'on ne peut pas mégoter sur le niveau de détermination et d'affrontement face aux forces du capital. Et à la fois, on voit combien aussi cette phase du capitalisme, elle peut rentrer en négociation avec des mouvements fascistes, avec l'extrême droite.
Bien sûr.
Et on est pour moi dans une société où il y a un risque d'extrême droite extrêmement fort. Donc, ma question n'est pas est-ce qu'on a la gauche, est-ce qu'on a ce pôle de radicalité qui existe, est-ce qu'on décide que d'abord on doit montrer que cette gauche-là est la plus forte, mais comment on fait face à nos responsabilités dans ce temps présent ? Je ne dirais peut-être pas toujours ça et je n'ai pas toujours dit ça. Je dis que là, si on dit ok, on plante le drapeau de l'antifascisme, alors on a des responsabilités particulières. Et donc, je peux continuer à penser que le Parti socialiste n'a pas fait ce qu'il fallait là, voire même qu'il a fait une grave erreur politique.
En revanche, je pense qu'il faut allier la forme de détermination dont je viens de parler avec l'éloignement de toute forme de sectarisme possible. Voilà quelle est ma ligne.
C'est extrêmement bien précis. Mais du coup, tu me vois venir avec la suite.
Ça va être plus dur là, je vais peut-être être moins claire.
Sur le risque de fascisation dont on a parlé, on est à la veille des élections de 2027, de la présidentielle et le congrès du PCF vient d'aboutir sur une stratégie, enfin une proposition de... Doucement, doucement. ...issue de la direction. Il y aura des amendements évidemment que vous allez porter. mais globalement, on a l'impression que ça part sur une candidature à la présidentielle de Fabien Roussel. Comment on fait pour 2027 si on a... Enfin, si on se fie en tout cas au sondage, on a un véritable risque de l'extrême droite au pouvoir ?
Donc j'ai déjà un petit peu répondu à ta question puisque je pense qu'il faut que toute la gauche porte une candidature commune. Quand je dis ça, je suis tout à fait lucide. Je ne suis pas en train de dire que ça va arriver demain, que toutes les conditions sont réunies et favorables. Je dis, moi, en tout cas, ce que je pense être notre responsabilité face au péril. En ce qui concerne les débats au sein du Parti communiste, d'abord, je veux dire qu'on ne fait que commencer le Congrès et que j'ai lu là que Fabien Roussel était déterminé à être candidat à la présidentielle.
Je dis quand même que je trouve ça un peu étonnant et pas que étonnant mais aussi choquant que le premier secrétaire national, alors qu'on est qu'au début du Congrès, annonce en gros qu'il va être candidat puisque ça ne fait pas partie des décisions prises pour le moment. Et donc, voilà. Ça, je trouve que c'est d'abord pas bien. Je dis quand même que le vote sur nos textes alternatifs à la fois ne donne pas un score mirobolant au secrétaire national. Je vais le dire avec une forme d'humour, mais un secrétaire national qui fait un texte de la direction nationale qui fait moins de 80%, ce n'est pas un bon score chez nous. D'accord ? Donc, 61%, ce n'est pas un bon résultat.
Ce n'est pas un soutien massif. Et surtout, c'est la chute du nombre d'adhérents qui continue alors même que Fabien Roussel s'était fait élire secrétaire national sur l'idée PCF, is back, on va refaire réadhérer, etc. C'est un échec.
Et la stratégie au présidentiel
d'avoir un candidat au regard de ce que je viens de te dire sur fascisation, risque, moi je pense qu'avec l'expérience encore plus d'une présidentielle où il y a eu 2%, alors il n'est pas responsable et il est même un problème voire un risque de présenter un candidat à l'élection présidentielle pour le parti communiste. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de légitimité. Ça veut dire que là aujourd'hui, 2% à la dernière élection présidentielle, pas de signe récent qui pourrait dire que d'un seul coup on pourrait avoir un élan, un candidat ou une candidate qui permet d'un seul coup d'unir la gauche et de créer de la dynamique. On n'en est pas là du tout.
Au contraire, ce que je crois c'est que le rôle des communistes aujourd'hui devrait être s'ils en décident évidemment lors du Congrès d'être celles et ceux parce que je pense qu'ils en ont là pour le coup la légitimité d'être les passerelles d'être celles et ceux qui se battent justement pour que l'unité existe et qui peuvent le faire parce que je crois que régulièrement en tout cas je l'ai vu par exemple à l'Assemblée nationale on est le petit groupe au milieu des autres
et on fait le lien et je crois qu'en fait
on doit chercher à être ce lien voilà et je pense que c'est une sacrée belle campagne qu'on pourrait donner aux communistes et avec le sens je dirais de l'histoire qu'on a mais aussi de l'actualité mais je crois qu'à partir du moment où oui on dit risque fasciste possibilité d'extrême droite et puis au-delà de ça au-delà de l'élection présidentielle une sphère on peut penser à Stéphane Bolloré mais d'autres qui agissent sur les consciences qui travaillent à cette fascisation alors on a une responsabilité et qui n'est pas qu'une responsabilité historique parce que l'idée ce n'est pas non plus de faire un roman c'est de lutter très concrètement moi je crois que les communistes en tout cas pourraient se fixer cet objectif là de tout faire pour être le lien et de chercher à ce qu'on ne s'éparpille pas
Est-ce que ça pourrait exister qu'ils réussissent à convaincre Jean-Luc Mélenchon et Marine Tondelier de se mettre sur la même table pour discuter d'une candidature commune ou du moins d'un agenda commun pour les présidentielles ?
Je comprends que ce soit difficile à imaginer vraiment je le conçois mais il y a eu quand même un sacré gâchis dans la dernière période un immense gâchis on a été élus les députés qui sont aujourd'hui sur les bandes gauches à l'Assemblée nationale parce que des gens nous ont donné le mandat de ne pas nous défiler face à l'extrême droite ils y sont allés pour certains pas parce qu'ils nous adoraient ou parce qu'ils adoraient toutes les lignes de notre programme mais ils ne voulaient pas voir l'extrême droite au pouvoir moi aujourd'hui je ne veux pas trahir ça voilà donc tout ce qui pourra être fait et je pense qu'en plus je te dis le parti communiste peut aider et servir à ça il peut être un contributeur efficace de ça alors fixons-nous cette mission avant de dire c'est pas possible fixons-nous cette campagne cette lutte pour y arriver
c'était la dernière question relou on va passer à une fin plus
mais on est quand même toujours très bien dans ce fauteuil c'est ça l'avantage
c'est qu'il y a des questions relou mais on est bien assis on fait toujours avec une partie un peu plus légère on parle un peu de culture trois morceaux que tu écoutes en ce moment
je ne suis pas une fille originale
c'est pas grave
comme tout le monde totalement conquise par Bad Bunny tu vois
t'es la première personne qui me donne cette réponse c'est vrai ? vraiment
j'aimerais bien aller à un de ses concerts prochainement mais je n'ai même pas essayé de prendre des places tu vois mais je me dis juste j'aimerais bien il vient en France ? ok quoi d'autre ? Naïka
c'est très bien Naïka
voilà et puis allez un peu de français ou de française quand même Feu Chatterton je recommande plein de leurs morceaux mais moi j'avais été très très touchée quand ils avaient repris la fiche rouge au moment de la panthéonisation de Mano Chiant il ne semblait vous voir français de préférence voilà et après il y a toujours plein de choses parce qu'en fait j'écoute aussi mon rap des années 90 tu vois
des années 90 t'as pas fait le switch non
j'en écoute mais en fait je peux en écouter en soirée avec des amis mais dans mes écouteurs
tu vas pas rajouter
à part quelques-uns j'aime bien SCH j'aime bien certains morceaux de quelques-uns mais si je dois être dans ça m'arrive de travailler d'écrire en écoutant du rap et je vais plutôt faire à l'ancienne dans ces moments-là voilà je capte
pas de soucis c'est quand ton dernier concert justement
alors il y a vraiment des trucs tu sais les soirées de ce type ciné tout ça Saint-Levant
Saint-Levant
ouais à l'Olympia donc l'année dernière je pense
non c'était avant c'était même bien avant
non non non je pense que c'est il y a un an et demi
parce que j'y étais à ce concert je suis presque sûre c'est le concert au Gaza c'est le concert où il y avait plein d'artistes et sans le voir à la fin non il est tout seul il est tout seul
c'est après non je pense que c'est il y a un an
ok trop bien
et sinon il y a toujours un concert fête de l'UMA tout ça je sais plus ce que j'ai fait cette année je sais plus
ok voilà un film ou une série qui t'a plu récemment
j'espère que je vais le dire dans le bon sens Los Anos Nuevos
je connais pas
c'est une série
ok
qui était dispo sur Arte
ok
tu suis un couple de sa rencontre à des séparations etc très très belle série aussi sur l'amour qui dure longtemps mais c'est pas si facile
c'est très beau
ouais
et un bouquin que tu ferais lire à tes adversaires
alors petit doute toujours parce que est-ce qu'on veut leur donner non en fait t'as toujours l'espoir un peu que en éprouvant des choses ça modifie les gens enfin moi je crois beaucoup à ça parce que en fait dans la vie le fait d'éprouver de l'amour d'éprouver des humiliations d'éprouver du mépris de classe ça te conditionne et ça peut te modifier aussi et donc je me dis qu'un roman c'est toujours aussi cette expérience-là parce que ça te fait éprouver des choses moi il y a alors pour le coup pas du tout récent un roman qui m'a vraiment énormément marqué qui s'appelle America qui est un roman de T.C.
Boyle et qui est un roman qui suit deux migrants mexicains aux Etats-Unis on veut visiblement pas d'eux mais en même temps on profite d'eux et c'est des conditions de vie extrêmement difficiles et à côté de mémoire on suit un mec de la classe bourgeoise dans une résidence qui se la joue très libéral lui mais en même temps je crois me souvenir qu'il y a des gens qui veulent monter des grilles dans la résidence parce qu'ils ont peur des migrants
forcément
et les grilles évidemment n'empêchent pas les migrants de passer par contre ça rend leur vie très dure et parfois ça mène parfois jusqu'à la mort donc je pense que c'est un roman qui a aussi beaucoup marqué après mes engagements politiques ça fera pas changer les fachos d'avis ça j'en suis je suis sûre que non en revanche je me dis adversaire il n'y a pas que les fachos je me dis que peut-être pour quelques-uns en tout cas
pour qui par exemple
peut-être que pour quelques heures chez les libéraux pour quelques heures au moins peut-être qu'ils peuvent éprouver une forme de doute sur ce qu'ils produisent j'en sais rien j'ai envie d'y croire
c'est joliment dit en tout cas merci beaucoup merci beaucoup d'avoir été avec nous et merci à vous de nous avoir suivis on vous le rappelle Le Média est en campagne pour sa survie on a besoin de vous on a besoin de 10 000 donateurs mensuels pour continuer d'exister pour que ce format puisse continuer d'exister et que d'autres puissent naître donc rendez-vous sur cap sur dica point lemédiatv point fr on a besoin de vous
on a besoin de vous pour que ce soit on a besoin de vous on a besoin de vous
Elsa Faucillon